Coup de théâtre ou coup d’épée dans l’eau : la Cour des Comptes demande l’annulation de la réforme PASS/LAS
Quentin Haroche | 17 Décembre 2024 https://www.jim.fr/viewarticle/coup-thétre-ou-coup-dépée-leau-cour-des-2024a1000nc4?ecd=wnl_all_241217_jim_daily-doctor_etid7094140&uac=368069PV&impID=7094140&sso=true
Paris – Dans un rapport particulièrement à charge, la Cour des Comptes estime que la réforme PASS/LAS de 2020 n’a pas remplit ses objectifs et propose de revenir à une voie unique d’accès aux études de santé.
https://www.ccomptes.fr/fr/publications/lacces-aux-etudes-de-sante
Redoublement interdit puis autorisé, oraux ineptes sans rapport avec la médecine, nombre de places variables, organisation illisible… depuis sa mise en place en 2020, la réforme de la première année de médecine a connu son lot de couacs. La mise en place d’un double accès aux études de médecine, soit par la PASS (sorte de première année de médecine classique), soit par la LAS (où l’étudiant planche principalement sur une matière autre que la médecine), avait pourtant créé l’espoir de mettre fin au formidable « gâchis humain » que constituait la très redoutée PACES. Mais la réforme a depuis fait l’objet de violentes critiques, à travers diverses tribunes et recours devant les tribunaux.
PUBLICITÉ
Des critiques reprises par la Cour des Comptes dans le rapport sur l’accès aux études de santé qu’elle a publié ce lundi et dans lequel elle demande ni plus ni moins que l’abandon de la réforme de 2020. « La Cour estime que la réforme n’a pas atteint ses objectifs » résume Nacer Medah, président de chambre à la Cour, qui a présenté son rapport à la commission des affaires sociales du Sénat ce lundi.
Les objectifs de la réforme de 2020 étaient nombreux : augmenter le nombre d’étudiants formés dans un contexte de pénurie de médecins, diminuer le taux d’échecs en favorisant la réorientation des étudiants, améliorer le bien-être de ces derniers, diversifier le profil des futurs médecins et enfin simplifier les études de santé.
L’échec de la LAS
S’agissant des effectifs, la suppression du numerus clausus par la réforme a effectivement permis d’augmenter depuis 2019 le nombre d’étudiants en deuxième année de médecine (+ 18 %) et d’odontologie (+ 14 %). Mais selon la Cour, cela s’est fait en partie au détriment de la pharmacie et de la maïeutique, dont le nombre d’étudiants a diminué (respectivement -6 % et -4%).
De plus, la Cour note que le nombre d’étudiants formés est désormais déterminé selon les besoins en professionnels de santé des territoires, mais sans aucune coordination nationale, ce qui donne lieu à des incohérences. « Certaines régions qui étaient déjà bien dotées en médecins, comme l’Occitanie ou l’Auvergne-Rhône-Alpes, ont bénéficié des plus grandes augmentations » note Nacer Medah.
PUBLICITÉ
« Bien que ces nouvelles modalités permettent une meilleure prise en compte des besoins territoriaux, elles nécessitent encore des ajustements pour se stabiliser et se rationaliser » ajoute-t-il.
Réussite mitigée également s’agissant du taux d’échec et du bien-être des étudiants. Certes, le nombre de redoublants diminue mais il reste important, puisque 63 % des étudiants redoublent au moins une fois.
La Cour s’inquiète également de la concurrence et de la différence de niveaux importantes entre les étudiants de PASS et ceux de LAS : ces derniers ont un taux d’accès en deuxième année deux fois plus faible que leurs camarades de PASS et redoublent fréquemment dans la suite de leurs études. Les étudiants ne s’y trompent pas : 53 % des étudiants de LAS disent avoir subi leur orientation et n’avoir choisi cette filière que pour des raisons stratégiques.
Pour ce qui concerne la diversification des profils des futurs médecins, la réforme est là aussi un échec : « les étudiants conservent des profils similaires avant et après la réforme, avec même une légère tendance à l’homogénéisation » souligne le rapport. Certes la création des LAS a permis aux étudiants de plus petites universités de tenter médecine, mais ces étudiants de milieu rural ont un fort taux d’échec.
Vers un retour à une première année de médecine unique ?
Enfin, la Cour note que la réforme, loin de simplifier la situation, a au contraire grandement complexifié l’organisation des études de santé, notamment parce que chaque université a appliqué différemment la réforme.
« Des étudiants de différentes filières (sciences de la vie, psychologie ou droit) se retrouvent en compétition et afin de départager ces candidats, un système d’interclassement a été mis en place à partir de retraitements statistiques des notes et des classements dans chaque licence : vous voyez qu’on est loin de la simplification attendue » commente Nacer Medah.
Pour la Cour des Comptes, la solution pour mettre fin à cet imbroglio administratif est simple : supprimer le système PASS/LAS pour le remplacer par une voie unique d’accès aux études de médecine. Une proposition similaire a été faite par la conférence des doyens en septembre dernier. « Il ne s’agit pas d’un retour à la situation antérieure » promet la Cour, qui souhaite que cette nouvelle première année de médecine contienne une matière mineure hors santé pour préparer la réorientation éventuelle des étudiants.
Pour le moment, les gouvernements qui se sont succédés ces dernières années sont restés hermétiques aux nombreuses critiques contre la réforme et ont refusé de revenir dessus, se contentant de modifications à minima. En juin dernier, sous la pression du Conseil d’Etat, le gouvernement a ainsi pris un décret pour enfin uniformiser entre les universités l’organisation des oraux de fin de première année, quatre ans après l’entrée en vigueur de la réforme.
Etudes de santé : la Cour des comptes pointe « l’irresponsabilité » des ministères de tutelle
Devant la commission des affaires sociales du Sénat, mercredi, le magistrat financier Nacer Meddah a étrillé une réforme qui, depuis quatre ans, n’a pas su diversifier les profils des futurs soignants ni identifier les besoins des territoires. La Cour préconise une voie unique d’accès aux études de santé dès la rentrée 2026.
Par Soazig Le NevéPublié le 11 décembre 2024 à 23h00 https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/12/11/etudes-de-sante-la-cour-des-comptes-pointe-l-irresponsabilite-des-ministeres-de-tutelle_6443113_3224.html
Temps de Lecture 4 min.
« Complexe et mal conçue » : le jugement, lapidaire, à l’égard de la réforme de l’entrée dans les études de santé, émane de la Cour des comptes, qui a examiné les nombreux dysfonctionnements que les deux nouvelles filières intitulées parcours d’accès spécifique santé (PASS) et licence avec option accès santé (L.AS) ont engendré depuis leur création, en 2020. Cerapport très attendu, publié mercredi 11 décembre, vient jouer le rôle d’« arbitre » qu’attendait depuis deux ans, en vain, la conférence des doyens de médecine.
Quatre ans après la réforme, les ministères de tutelle – l’enseignement supérieur et la santé –, ont laissé s’enliser un dispositif bien trop ambitieux au regard des moyens qui lui étaient dédiés. Selon Nacer Meddah, président de la troisième chambre de la Cour des comptes, les deux ministères ont fait preuve « d’irresponsabilité » car « il y a urgence », a-t-il déclaré devant les sénateurs de la commission des affaires sociales, lors d’une audition de deux heures, mercredi. « Le statu quo n’est plus possible », a-t-il estimé.
Pour stopper la spirale de l’échec qu’avait causée l’ex-première année commune aux études de santé (Paces), la réforme de 2020 prévoit la possibilité d’une poursuite d’études en cas de raté aux épreuves de fin de première année de PASS ou de L.AS. En PASS, le programme est axé sur les études scientifiques, tandis qu’en L.AS un étudiant de n’importe quelle licence suit un complément de formation à la fac de médecine, ce qui constitue une « mineure » en santé.
Lire aussi | Etudes de santé : la FAGE plaide pour une seule licence et la fin du système PASS et L.AS
La Cour préconise un recadrage national « car l’administration a sous-estimé l’autonomie des universités » qui se sont approprié la réforme à leur guise. Elle défend l’instauration, à la rentrée 2026, d’une « voie unique » d’entrée dans les études de santé, via une première année de licence générale dotée d’une « majeure en santé », c’est-à-dire d’un plus gros volume d’enseignements scientifiques, et d’une « mineure hors santé », afin d’assurer une ouverture sur un autre champ disciplinaire.
Des « écarts colossaux » entre les L.AS
« L’objectif de la mineure disciplinaire, et donc le choix des disciplines proposées, doit être centré sur la réorientation [éventuelle des étudiants] et non sur la diversification académique des profils [de ces étudiants], qui doit passer par d’autres leviers », détaille la juridiction pour qui les L.AS ont échoué dans leur mission d’ouverture.
Le but des L.AS était de diversifier les profils des futurs soignants et de démontrer l’apport, en sus d’études de santé, d’une formation parallèle dans une autre licence à même d’enrichir les compétences de futurs praticiens amenés à rencontrer des situations humaines très différentes, face aux défis des maladies chroniques, du vieillissement de la population ou de la révolution de l’intelligence artificielle.
« A ce jour, aucune amélioration de la diversité sociale, géographique ou de genre n’est observée », acte le rapport. Sur 40 000 étudiants qui font le choix d’un PASS ou d’une L.AS sur Parcoursup, la part de ceux issus d’une commune rurale a baissé d’un point entre 2020 et 2023 (de 7 % à 6 %), de même que la part de ceux dont les parents appartiennent à une catégorie socioprofessionnelle assez défavorisée ou défavorisée (de 20 % à 19 %).
Lire aussi | Parcoursup : le grand casse-tête des études de santé *
Les statistiques sont trompeuses lorsqu’elles indiquent que la moitié de ceux qui accèdent à une filière MMOP (médecine, maïeutique, odontologie et pharmacie) proviennent des L.AS. « Ce chiffre masque une réalité plus complexe », explique Nacer Meddah car il ne signifie pas que les étudiants de L.AS ont obtenu de meilleurs résultats que ceux du PASS dans 50 % des cas. En réalité, le contingent de L.AS qui passe en deuxième année est largement alimenté par des facultés de santé, au nombre de sept sur trente-six, qui proposent uniquement des L.AS. « Le PASS reste donc bien la voie principale d’accès », avec des étudiants présentant « les mêmes caractéristiques sociales qu’avant la réforme », tranche le magistrat financier. Quant au taux de réussite en 2023, il varie sensiblement en fonction de la L.AS choisie, avec des « écarts colossaux », observe M. Meddah : en bas de l’échelle, la L.AS Droit affiche un taux de passage en filière santé de 3 %, dix fois moindre que celui des L.AS Sciences de la vie (30 %).
La Cour des comptes pointe les défaillances du pilotage d’une réforme qui avait promis, en 2020, d’augmenter de 20 % le nombre d’étudiants formés. « Proclamer cet objectif au niveau national, c’est déjà avoir tout faux », tacle le président de la troisième chambre qui souligne que si l’objectif est atteint, il subsiste d’importants écarts entre les disciplines et entre les territoires : entre 2020 et 2023, le nombre de sages-femmes (– 4 %) et de pharmaciens (– 6 %) formés a diminué alors que celui des médecins (+ 18 %) et des chirurgiens-dentistes (+ 14 %) a connu une hausse.
Accès postbac en pharmacie
Nacer Meddah déplore que la hausse se soit produite « sans que les volumes aient été choisis de façon à rattraper et à combler des écarts régionaux ». Ainsi, l’Occitanie et l’Auvergne ont bénéficié de plus de médecins formés que la Normandie et le Grand-Est, qui n’ont pas pu ouvrir le nombre de places dont ils avaient besoin. Pour la Cour des comptes, il est urgent de reprogrammer une conférence de concertation réunissant les universités, les CHU, les agences régionales de santé et les collectivités territoriales « pour rétablir l’équité », la seule conférence de ce type remontant à 2021.
Pour attirer davantage de candidats en pharmacie et en maïeutique, la Cour propose d’expérimenter à la rentrée 2025 dans un panel d’universités une voie spécifique d’accès postbac, en complément des voies d’accès traditionnelles. Elle suggère de limiter le nombre de L.AS, de fermer celles offrant un faible taux d’admission en MMOP. Elle recommande au ministère de l’enseignement supérieur de mettre en place un système unifié pour que les universités pratiquent un interclassement similaire entre les résultats des étudiants aux examens dans les différentes L.AS.
Lire aussi le décryptage (2020) : Etudes de médecine : L.AS ou PASS, deux voies, deux stratégies
Enfin, la Cour des comptes demande que soit reconnu le rôle de planification des ressources humaines à l’Observatoire national de la démographie des professions de santé (ONDPS) avec les moyens matériels nécessaires.
Les magistrats financiers ne comptent pas en rester là, prévient Nacer Meddah. Le prochain rapport public annuel, publié au printemps 2025, comprendra des travaux sur l’échec en premier cycle universitaire et sur l’orientation au lycée. Enfin, le président de la troisième chambre prévoit de se pencher prochainement sur un « autre énorme sujet » : Parcoursup.
Parcoursup : le grand casse-tête des études de santé
Sur la plate-forme, ces filières sont toujours les plus plébiscitées par les lycéens. Mais les voies pour accéder en deuxième année, qui dépendent de chaque université, sont complexes.
Par Eric NunèsPublié le 01 février 2024 à 07h00 https://www.lemonde.fr/campus/article/2024/02/01/parcoursup-le-grand-casse-tete-des-etudes-de-sante_6214187_4401467.html
Temps de Lecture 7 min.

Il faut être « motivé », « tenace » et doté « d’une solide culture scientifique ». C’est, en quelques mots, le profil esquissé par l’ensemble des doyens de faculté interrogés pour décrire les étudiants susceptibles de poursuivre avec succès en médecine, maïeutique, odontologie, pharmacie et kinésithérapie (MMOPK). Si les qualités listées sont nécessaires pour devenir soignant, elles sont également indispensables pour comprendre comment fonctionnent les parcours d’accès aux études de santé en France !
Depuis la réforme de 2020, qui a mis fin à la première année commune aux études de santé (Paces), deux voies principales sont possibles : le parcours d’accès spécifique santé (PASS) et la licence accès santé (L.AS). « La réforme donne de grands caps qui s’imposent à toutes les facultés, mais les applications sont assez souples », décrit, avec mesure, le professeur Nicolas Lerolle, doyen de la faculté de santé d’Angers. « Elle est complexe et la lisibilité des parcours possibles est obscure », juge de son côté Benoît Veber, président de la Conférence des doyens des facultés de médecine et doyen de l’UFR santé de l’université de Rouen. Aux lycéens de tâtonner pour trouver un chemin.
Le démantèlement de la Paces était nécessaire : avec un taux de réussite de seulement 16 % en moyenne de 2010 à 2020, des milliers de très bons lycéens ont échoué après deux ans d’études, dont un redoublement. Deux années perdues, puisqu’elles ne permettaient pas une poursuite d’études. Un énorme gâchis aux yeux des doyens de faculté de médecine.
Lire aussi : Parcoursup 2024 : quelle stratégie adopter pour faire ses vœux ? Notre mode d’emploi
La réforme de 2020 a fait disparaître cet effet « cul-de-sac » et permet aux étudiants qui échouent au concours de rebondir dans une autre filière, qu’ils aient choisi PASS ou L.AS. « C’est ce qui fait que, sur le fond, ce nouveau système est meilleur, souligne Cyrille Blondet, praticien hospitalier et maître de conférences à la faculté de médecine de Strasbourg. Même si, dans sa forme, il est étrange. » Une difficulté qui ne freine pas l’appétence des élèves de terminale pour les études de santé. En 2023, sur plus de 600 000 candidats lycéens qui ont posé des vœux sur la plate-forme d’orientation Parcoursup, 10 % ont postulé pour intégrer un PASS, 19 % une L.AS, selon le ministère de l’enseignement supérieur.
Numerus apertus
Le PASS est une formation universitaire d’une seule année, qu’il n’est pas possible de redoubler. Les modules d’enseignement sont divisés en deux catégories : une majeure santé et une mineure qui peut être du droit, des mathématiques, des sciences humaines… selon l’offre proposée par l’université dont dépend la faculté de médecine. A la fin de l’année, s’il est admis dans l’une des cinq filières de santé (MMOPK), l’étudiantentre en première année de spécialité dans sa filière. En cas d’échec, et s’il a bien obtenu les crédits ECTS (European Credit Transfer and Accumulation System) de sa mineure, il entre en deuxième année de L.AS, et sa mineure devient majeure. Il aura encore la possibilité de se présenter une fois au concours des études de santé, en fin de L.AS 2 ou en fin L.AS 3, selon son choix.
En ce qui concerne la L.AS, c’est l’inverse. Les matières de santé constituent la mineure, et la majeure est au choix du futur étudiant. Il doit, de la même manière, obtenir ses crédits pour passer en deuxième année. Si l’étudiant obtient la moyenne dans la mineure santé, il peut postuler au concours MMOPK en fin de première année. En cas d’échec, il peut se présenter une seconde fois (pas plus) dans le parcours des trois années de licence.
Ces dernières années, le taux de réussite est en forte augmentation. La réforme, appliquée en 2021, a officiellement mis fin au numerus clausus, qui limitait le nombre de places de formation dans les filières de santé. Il a été remplacé par un numerus apertus. C’est donc chaque université qui fixe le nombre de places disponibles, en fonction de ses capacités d’accueil et d’enseignement.
Le plan de formation de soignants prévu par le gouvernement pour la période 2021-2025 prévoit d’intégrer au total environ 51 000 futurs médecins, 17 000 pharmaciens, 7 000 dentistes et 5 000 sages-femmes. « Nous avons déjà réalisé des efforts et le taux d’admis est passé à 20 % [+ 4 % par rapport à 2020], estime Benoît Veber. Mais nous ne pouvons plus pousser les murs. » La sélection reste rude, déjà sur Parcoursup : « Les étudiants qui sont admis en PASS ont souvent eu une mention très bien au bac. Le niveau scolaire exigible pour intégrer un PASS est supérieur à celui demandé en L.AS, qui est très variable d’une faculté à une autre », souligne le doyen de la faculté de Rouen. En L.AS, il est nécessaire d’être bon dans sa majeure : il s’agit d’une course de fond, avec un grand nombre d’évaluations, possiblement pendant trois années. La motivation et la persévérance sont donc indispensables. La compétition est d’autant plus difficile que chaque université a la liberté d’appliquer le système qui lui convient.
« Grands classés »
Le plus gênant, pour les lycéens, c’est que les facultés de santé sont peu enclines à rendre publics les critères précis de classement des admis en fin de première année. Néanmoins, une règle semble s’appliquer : celle des « grands classés » de la filière PASS. En effet, 50 % des places ouvertes sont réservées aux premiers du classement, sans qu’ils aient à passer d’épreuves orales. La première condition est d’avoir obtenu le nombre requis de crédits ECTS. Mais d’autres critères existent. A la faculté de Rouen, seules les matières de santé sont prises en compte pour établir une sélection en PASS. La mineure ne sert qu’à obtenir une place en L.AS 2 en cas d’échec au concours santé. Mais, dans d’autres universités où la mineure est prise en compte, elle peut même devenir déterminante dans l’élaboration du classement.
Lire aussi : Rebondir après Parcoursup : « Je prends cet échec comme une bénédiction »
Etudiant en PASS à la faculté de Toulouse en 2022-2023, Samson, 19 ans, opte pour une mineure mathématiques-physique et mécanique. Comme sa moyenne dans la majeure santé dépasse les 14, il ose espérer un classement qui lui donnera tous les choix de filières santé. Mais sa note en mathématiques le rétrograde : il doit abandonner son vœu de devenir dentiste et se retrouve aujourd’hui en première année de pharmacie. « J’aurais dû choisir une mineure moins exigeante », regrette-t-il. Evaluer son appétence pour les matières qui seront prises en compte dans l’évaluation et mesurer leur poids dans la moyenne finale sont des points essentiels que les lycéens doivent considérer avant de choisir une faculté et une filière.
Pour ne rien simplifier, des établissements ont mis en place une troisième voie. « A Strasbourg, c’est ni PASS ni L.AS », rappelle Cyrille Blondet. Idem à Créteil. Les deux facultés ont adopté un parcours « sciences de la santé », une licence qui intègre des blocs disciplinaires de santé et d’autres matières (mathématiques, économie, sciences humaines…). L’accès au concours pour intégrer une filière santé dépend du classement de l’étudiant, dont la note est établie « à 50 % par le module santé et à 50 % par les autres matières », sans que se dégage une majeure, précise Pierre Wolkenstein, doyen de la faculté de santé de Paris-Est Créteil. En cas d’échec et si la première année de licence est validée, il peut poursuivre le parcours licence et se présenter une fois supplémentaire au concours santé.
Si faire un choix entre PASS et L.AS n’est pas simple, l’affaire se complique encore pour comprendre les systèmes d’évaluation des étudiants, qui varient selon les universités. Comment établir un classement qui permettra de départager un étudiant ou une étudiante qui aura choisi du droit de son camarade qui aura opté pour de la biologie ? « Par l’interclassement », explique le professeurVincent Deramecourt, vice-doyen à l’université de Lille. En clair, les notes des étudiants dans chaque groupe de matières (santé-droit, santé-biologie, santé-mathématiques…) sont divisées en cinq quantiles. Les meilleures moyennes seront dans le premier quantile, et ainsi de suite jusqu’au dernier, afin d’établir un classement. Une usine à gaz qui ne convainc pas. « On compare des navets avec des carottes, reconnaît Benoît Veber.Ce système d’interclassement est un immense problème. »
Mise en situation
En effet, la multiplicité des parcours possibles rompt l’égalité des chances des candidats. Et ce système renforce les disparités de niveau entre les élèves entrés dans leur première année de spécialité. « En pharmacie, ceux qui ont choisi droit ou sciences humaines ont énormément de retard sur ceux qui sont passés par une année de chimie ou de biologie », témoigne Eva, 19 ans, étudiante en pharmacie à Angers. Et ce ne sont pas les seules imperfections des systèmes de sélection.
En PASS, les « grands classés » sont donc admis, les moins bien classés iront en deuxième année de L.AS, et ceux qui se situent entre les deux passent une sélection orale, devant un jury, afin d’être départagés pour les places restantes. Une épreuve similaire est prévue pour les étudiants de L.AS en cas de réussite de leur première année : leur dossier sera examiné et, s’il est validé, ils passeront un oral – un examen sans aucun lien avec les études réalisées durant l’année écoulée, mais simplement une « mise en situation ».
Lire aussi : Parcoursup : de nouvelles applications permettent de mieux comprendre les mécanismes de sélection
« On m’a demandé ce que je ferais dans le cas où j’entendrais le bébé de mes voisins pleurer dans sa chambre, alors que les parents déjeunent sur leur terrasse », raconte Samson, l’étudiant toulousain. Cette question a pesé à hauteur de 30 % dans son évaluation finale, et donc dans son classement. Certaines facultés font monter le poids de ces épreuves orales au-delà de 50 % de la note générale. « C’est trop lourd », reconnaît Benoît Veber, qui souhaite que l’évaluation des candidats porte sur les matières qui seront au cœur du métier des futurs soignants.
Une analyse partagée par le Conseil d’Etat, qui, dans un avis publié le 29 décembre 2023, somme le gouvernement de revoir les conditions et les modalités d’admission en deuxième année d’ici à juin. Parallèlement, la Cour des comptes mène un audit dont les conclusions seront rendues dans les premiers mois de 2024. Quelle que soit la réforme du gouvernement, elle sera trop tardive pour ceux qui sont déjà entrés en première année, mais elle pourrait bouleverser le système de sélection des futurs étudiants de l’année 2024-2025, ajoutant une inconnue à un système déjà bien complexe.
Réforme de l’accès aux études de santé : bilan mitigé

Par le Dr Sophie Florence (Paris) [Déclaration de liens d’intérêts] – Date de publication : 17 décembre 2024 https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=253337f00067942642b94355b4c19dd6&site_origine=newsletter_mediscoop&nuid=44baf5968540a6248a8065e80f2f7273&midn=21309&from=newsletter
En 2024, 21% des nouveaux bacheliers ont fait un vœu sur Parcoursup pour accéder en PASS ou en LAS, mais les deux nouvelles voies d’accès se caractérisent par un nombre élevé de possibilités, souvent très hétérogènes. Quatre ans après sa mise en place, la Cour des comptes publie une évaluation de réforme. Elle recommande de mettre en place une voie unique d’accès, axée sur une première année principalement dédiée à la santé, et de mieux articuler les besoins territoriaux et les capacités de formation.
Quatre ans après la mise en place de la réforme, le bilan des deux principaux objectifs, améliorer la réussite étudiante et diversifier les profils, est mitigé. La première année commune aux études de santé (PACES) constituait, depuis 2010, une année de préparation à des épreuves de sélection pour intégrer les formations en santé. Elle concernait 57.000 étudiants en 2019 et sélectionnait 16.000 étudiants en médecine (10.000), maïeutique, odontologie et pharmacie (MMOP).
Alors que cette PACES était critiquée pour ses modalités d’enseignement et pour sa proportion d’échecs importante, souvent après deux tentatives, la nécessité de faire évoluer le dispositif est rapidement apparue, donnant lieu à une réforme en 2019 supprimant la PACES et le numerus clausus à partir de la rentrée universitaire 2020.
L’accès au premier cycle se fait désormais via trois nouvelles voies : le parcours avec accès spécifique santé (PASS), la licence avec option accès santé (LAS), et des passerelles depuis certaines formations. Cette réforme visait entre autres à augmenter le nombre de professionnels de santé, améliorer la réussite des étudiants ou encore diversifier les profils des étudiants.
Le nombre d’admis en MMOP sur les trois premières années de la réforme a augmenté par rapport à l’année précédente pour les filières médecine (+18%) et odontologie (+14%) mais a diminué pour les autres filières (-6% pour pharmacie, -4% pour maïeutique).
Par ailleurs, la répartition géographique des places en médecine se révèle disparate entre régions et, plus encore, entre universités, sans qu’une logique de rattrapage des inégalités n’aboutisse.
Référence :
Cour des comptes
L’accès aux études de santé
décembre 2024