Lutte contre la désertification : les États échouent à trouver un accord contraignant
La COP 16 de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification s’est achevée sans accord contraignant. Des progrès ont toutefois été réalisés avec le lancement d’un partenariat mondial pour la résilience à la sécheresse.
Gouvernance | 16.12.2024 | https://www.actu-environnement.com/ae/news/lutte-contre-la-desertification-cop16-riyadh-accord-contraignant-echec-unccd-cnulcd-45260.php4#ntrack=cXVvdGlkaWVubmV8MzY3NA%3D%3D%5BNDExMDgz%5D

© JSirlinLe lancement d’une initiative internationale de surveillance des tempêtes de sable et de poussière a été annoncé lors de la COP16.
Il était plus facile de rencontrer des chefs d’État ou de gouvernement lors de l’inauguration de la rénovation de cathédrale Notre-Dame à Paris, le 7 décembre, que lors de la 16e Conférence des parties (COP 16) à la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD ou UNCCD), qui s’est tenue du 2 au 14 décembre à Riyad (Arabie saoudite). Le défaut de mobilisation des décideurs de haut niveau peut sans doute expliquer la difficulté qu’ont eu les représentants des 197 Parties à la troisième Convention de Rio à conclure un accord contraignant. Et ce, même s’il s’agit de la COP désertification qui a réuni le plus de participants à ce jour, soit plus de 20 000.
« En fin de compte, malgré les efforts herculéens déployés par le pays hôte tout au long de deux semaines de négociations, les parties n’ont pas pu se mettre d’accord sur l’opportunité d’entamer des négociations sur un nouveau cadre de lutte contre la sécheresse ou sur un protocole juridiquement contraignant », rapporte l’International Institute for Sustainable Development (IISD). Les parties se sont limitées à adopter une décision de procédure acceptant de poursuivre les négociations sur la base des progrès réalisés lors de cette conférence en vue d’un futur accord qui pourrait être finalisé lors de la COP 17, qui se tiendra en Mongolie en 2026. Elles se sont toutefois engagées à donner « la priorité à la restauration des terres et à la résilience à la sécheresse dans les politiques nationales et la coopération internationale », se félicite le secrétariat de la Convention.
Caucus des peuples autochtones
La conférence est également parvenue à certaines avancées avec la création d’un « caucus des peuples autochtones » et d’un « caucus des communautés locales », en vue de garantir la prise en compte des intérêts de ces communautés. La décision Terres sacrées, présentée le 7 décembre, a aussi souligné le rôle des peuples autochtones dans la gestion durable des ressources et appelé à leur plus grande implication dans la gouvernance mondiale des terres et la résilience à la sécheresse.“ Malgré les efforts herculéens déployés par le pays hôte, les parties n’ont pas pu se mettre d’accord sur l’opportunité d’entamer des négociations sur un nouveau cadre de lutte contre la sécheresse ou sur un protocole juridiquement contraignant ”International Institute for Sustainable Development
La présidence de la conférence a par ailleurs annoncé le lancement d’une initiative internationale de surveillance des tempêtes de sable et de poussière, destiné à compléter les politiques existantes supervisées par l’Organisation météorologique mondiale(OMM). Les Parties à la Convention ont également adopté une décision encourageant la gestion durable, la restauration et la conservation des pâturages, dont la dégradation menace un sixième des ressources alimentaires mondiales.
Plusieurs grands rapports ont par ailleurs été publiés durant la COP. Le rapport de l’UNCDD sur la menace mondiale de l’assèchement des terres a révélé que plus des trois quarts des terres émergées sont devenues plus sèches au cours des trois dernières décennies et que jusqu’à 5 milliards de personnes pourraient vivre dans des zones arides d’ici à la fin du siècle. Le rapport spécial sur les terres, produit en collaboration avec l’Institut de Potsdam, révèle, quant à lui, que sept des neuf limites planétaires sont affectées négativement par une utilisation non durable des terres. Enfin, l’Atlas mondial sur la sécheresse documente la progression des sécheresses « en fréquence, en intensité, en étendue spatiale et en durée dans le monde entier », et rapporte que 1,8 milliard de personnes ont vu leurs moyens de subsistance affectés par la sécheresse en 2022 et 2023. Une progression qui a poussé la France à se déclarer partie affectée à la Convention à l’occasion de la COP.
Des besoins de financement de 2 600 Md$ d’ici à 2030
Sur la question des financements, le secrétariat de l’UNCCD a chiffré à 2 600 milliards de dollars (Md$) les besoins nécessaires d’ici à 2030 pour restaurer plus d’un milliard d’hectares de terres dégradées et renforcer la résilience face à la sécheresse. Soit un investissement de 1 Md$/j d’ici cette échéance. Lors de la conférence, des engagements financiers ont été annoncés pour soutenir de tels projets mais ils restent éloignés des montants nécessaires affichés. Le plus important correspond sans nul doute au Partenariat mondial pour la résilience à la sécheresse de Riyadh, qui a recueilli 12,5 Md$ d’engagements, dont 10 Md$ du Groupe de coordination arabe. Le projet de Grande Muraille verte, qui vise à restaurer 100 millions d’hectares de terres dégradées dans la bande soudano-sahélienne avec un objectif de financement de 16 Md$, a recueilli pour sa part 11 millions d’euros (M€) supplémentaires du gouvernement italien et 3,6 M€ du gouvernement autrichien durant la COP.
Les États-Unis, accompagnés de pays et d’organisations partenaires, ont quant à eux annoncé des investissements de près de 70 M$ pour faire avancer l’initiative Vision pour des cultures et des sols adaptés (VACS), qui vise à créer des systèmes alimentaires résilients fondés sur « des cultures diverses, nutritives et adaptées au climat, cultivées dans des sols sains ». De son côté, le Royaume d’Arabie saoudite a annoncé cinq nouveaux projets d’une valeur de 60 M$ pour intensifier les efforts en matière de climat et d’environnement dans le cadre de l’Initiative verte saoudienne.
Le secrétariat de l’UNCDD a également été chargé de mobiliser le secteur privé dans le cadre de l’initiative Business4Land, alors que celui-ci ne contribue pour l’instant qu’à hauteur de 6 % du financement de la restauration des terres dégradées et de la résilience à la sécheresse.