Les jeux et Notre Dame mis en avant pour donner une image trop flatteuse de notre économie

ENTRETIEN. « Avec les Jeux Olympique et Notre-Dame, la France a donné une image d’hyper-compétence au monde entier »

   

Politique,  France – Monde,  International

Publié le 13/12/2024 à 06:31

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Recueilli par Lucas Serdic

Le climat politique reste sinistre en France, au point d’emporter avec lui toute forme d’optimisme, et d’occulter que le pays a réussi dans la même année à mener à terme deux projets d’envergure internationale, avec les Jeux Olympiques de Paris et la réouverture de Notre-Dame. Pour le sociologue Jean Viard, ces deux événements ont donné une image d’hyper-compétence au monde entier, tant en savoir-faire qu’en organisation.

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Emmanuel Macron avait dit lors de ses vœux l’an dernier que 2024 serait l’année de la France, notamment à travers les Jeux Olympiques et la réouverture de Notre-Dame. Est-ce qu’on peut parler de promesse tenue et d’une France qui gagne à travers ces deux événements ?

On a clairement vécu en tout cas deux événements majeurs et assez incroyables. Si on nous avait dit il y a un an qu’il y aurait 50 chefs d’État, dont Donald Trump, pour la réouverture de Notre-Dame, je ne l’aurais pas vraiment cru. Et les JO, n’en parlons pas. Ces deux événements, dans le monde entier, ont eu une résonance énorme, pour des tas de raisons, mais aussi parce qu’ils ont été parfaitement accomplis et dans les meilleurs délais. Ça montre une compétence d’organisation impressionnante. Avoir réussi à mettre en œuvre, pour Notre-Dame par exemple, tous ces corps de métiers différents, avec ceux qui ont travaillé la pierre, le bois, les carreaux, les chaises… C’est inimaginable. Et ce sont des compétences qu’on a mobilisées essentiellement en France, puisque ça a été fait par des entreprises françaises. Et c’était pareil pour les JO, avec en plus un bilan écologiquement satisfaisant. Ils n’ont même pas dépensé tout le budget. C’est top sur tous les plans.

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Qu’est-ce que ça représente pour la France ces réussites ?

Ça donne une image d’hyper-compétence de la France, ce qui est énorme. Et ça montre l’exemple suivant : quand on s’affranchit un peu des règles, des normes, et qu’on travaille directement, on réussit. Ces succès illustrent aussi quelque part le problème français – et pas que français – de l’hyper-bureaucratisation de la décision, qui bloque des tas de choses.

Les Français parviennent-ils à être fiers de ces réussites, ou le contexte politique l’emporte-t-il ?

Vu de France, on apparaît très centrés sur les problèmes politiques. Mais au final, ce ne sont que des « petits » événements. Dans le monde entier, il y a ce genre de crise, ça devrait nous permettre de dédramatiser : le fait qu’il y ait un gouvernement de semi-minorité, ce n’est pas grave. Il y a quelques inconvénients, il ne faut pas le nier non plus, mais ça reste presque anecdotique. En fait, on a une lecture très politique du monde, mais la société est de moins en moins politique.

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C’est-à-dire ?

La confiance des Français aujourd’hui se trouve essentiellement dans les entreprises. Elle a augmenté dans les petites entreprises, autour de 80 %, et dans les grandes, ça doit être autour de 50 %. Par contre, la confiance en la politique n’est qu’à 15-20 %. Or c’est elle qui envahit notre actualité, ce qui dépeint un portrait très noir, sur un monde qui l’est beaucoup moins ça. Et toutes les études de chercheurs le montrent : cette société fonctionne bien, les gens n’ont pas une vision négative, et la jeunesse a confiance dans l’avenir, bien plus qu’avant. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de problème, mais on les grossit à outrance.

Avez-vous un exemple ?

Oui, prenez l’industrie. C’est vrai qu’on a ouvert un peu moins d’entreprises en France depuis deux ans, sans doute d’ailleurs à cause de la crise politique. Mais est-ce qu’on est vraiment encore dans une époque de grandes entreprises ? Non. Ce qui se passe en France, c’est l’explosion des entreprises start-up entre 10 et 50 salariés. Or, quand on dit que l’industrie recule, on ne compte que les entreprises de plus de 50 salariés, parce qu’on a les grilles de lecture du passé, où une entreprise, ça se compte en centaines de salariés. Mais avec la robotisation du travail, une entreprise de 40 salariés, c’est déjà énorme. Et puis on externalise beaucoup plus : les frais de gestion, la comptabilité, la logistique, le transport… Mais on a un tel discours négatif qu’on va mettre en avant ce chiffre qui traduit faussement que l’industrie française recule. Pourtant le CAC 40 ne chute pas, et le chômage augmente peu, par rapport au discours qu’on a. Notre pays est, par exemple, un leader mondial en matière de jeux électroniques. Ça n’intéresse pas tout le monde, mais vu de l’étranger, c’est vraiment important. Donc tout est loin d’aller si mal. Les Allemands ont beaucoup plus de mal que nous par exemple, parce qu’ils ont entièrement bâti leur économie sur la voiture haut de gamme, sur les chinois sont en train de leur ravir.

EDITORIAL. JO de Paris, Notre-Dame : les leçons du possible

Philippe Rioux
  • nullPhilippe Rioux DDM – DDM

   

L’édito du jour,  Société

Publié le 13/12/2024 à 06:31 https://www.ladepeche.fr/2024/12/13/editorial-jo-de-paris-notre-dame-les-lecons-du-possible-12388272.php

Philippe Rioux

Et si, en dépit de tout, les Français finissaient par retrouver le moral ? Poser cette hypothèse est peut-être présomptueux tant les enquêtes, études, sondages et rapports en tout genre nous disent combien les Français font grise mine et sont pessimistes sur l’avenir. Le mois dernier, l’Insee nous apprenait ainsi qu’après un léger rebond, la confiance des ménages s’était dégradée à nouveau : à 90, l’indicateur qui la synthétise a diminué de trois points, restant au-dessous de sa moyenne de 100 entre janvier 1987 et décembre 2023… Ce mois-ci, l’enquête « Quels communs dans une société française en tension ? », réalisée par BVA Xsight et la Fondation Jean-Jaurès, révélait un mal-être profond au sein de la population. Une lassitude collective qui s’accompagne d’un sentiment d’enfermement : un Français sur deux se sent prisonnier de sa propre vie.

Quelques jours plus tard, c’est la vaste enquête « Fractures françaises » d’Ipsos qui mettait en lumière une défiance record envers nos institutions. Trois quarts des Français n’ont pas confiance dans la présidence de la République, un chiffre en hausse de 7 points en un an. L’Assemblée nationale n’est pas épargnée, avec 74 % de défiance également. Quant aux partis politiques, ils atteignent le score alarmant de 86 % de défiance. L’interminable feuilleton de la nomination du Premier ministre après la censure de Michel Barnier, encore décalée de 24 heures hier soir, n’arrangera pas les choses. Et hier, la Fondation Jean-Jaurès a publié une note préoccupante sur « l’exode informationnel » des Français : des millions de nos concitoyens ont décidé de fuir « un écosystème médiatique saturé d’informations répétitives, anxiogènes et conflictuelles ». N’en jetez plus !

Dans cet océan de marasme, deux bonnes nouvelles, pourtant, allument une petite lumière au bout du tunnel de la sinistrose : Notre-Dame de Paris et les Jeux olympiques. La première, l’un des monuments les plus visités dont l’incendie en 2019 avait ému le monde, a été réouverte samedi dernier après seulement cinq ans de travaux, sa splendeur retrouvée suscitant une admiration mondiale méritée.

Les JO de Paris, qui ont fait naître cet été un engouement populaire et une vraie fierté française saluée partout dans le monde ont, eux, fini hier en beauté puisque le Comité d’organisation présidé par Tony Estanguet a annoncé dégager un excédent d’environ 27 millions d’euros là où certains prédisaient un dérapage financier comme c’est souvent le cas. Les Jeux de Paris deviennent ainsi synonymes d’une réussite logistique, sportive, artistique, écologique et donc financière. De quoi pousser un vrai cocorico.

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Ces deux exemples sont surtout deux leçons pour nous tous et peut-être plus encore pour notre classe politique qui se déchire depuis la dissolution ratée. Quand on a un objectif précis, un cap clair, un horizon galvanisant et ambitieux, quand chacun est respecté, considéré à sa juste valeur, motivé pour donner le meilleur de lui-même, alors les Français savent se retrouver sur l’essentiel, font vivre cette fraternité souvent malmenée et parfois oubliée et rendent possible ce qu’ils pensaient impossible. Ne dit-on pas qu’impossible n’est pas Français ?

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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