Au CHU de Nantes la communication et plus importante que les salariés !

Logo à plus de 150 000 euros, soirées électro… Les dépenses exorbitantes du patron «bling bling» du CHU de Nantes

La direction du Centre hospitalier universitaire de Nantes a multiplié les dépenses pour sa communication, relayant au second plan les besoins d’un personnel « au bout du rouleau ».

Marie Darout07/12/2024 à 21:03 https://www.lejdd.fr/societe/logo-plus-de-150-000-euros-soirees-electro-les-depenses-exorbitantes-du-patron-bling-bling-du-chu-de-nantes-152598

Le nouveau CHU (Centre Hospitalier Universitaire) en construction à Nantes, le 10 octobre 2024.

Le nouveau CHU (Centre Hospitalier Universitaire) en construction à Nantes, le 10 octobre 2024. © Sebastien Salom-Gomis/SIPA

Le CHU de Nantes, qui est le premier employeur de la région, est dirigé depuis juillet 2020 par le directeur général Philippe El Saïr, 57 ans, nommé par décret du président de la République, rapporte Marianne.

Ce haut fonctionnaire a fait ses preuves lorsqu’il était à la tête du CHU de Brest, dont il a redressé les comptes, à travers notamment des suppressions de postes, des fermetures de lits et une réorganisation drastique des services.

Depuis le début de son mandat à Nantes, celui qui préside aussi, depuis mars 2023, la conférence nationale des directeurs généraux de CHU, a mis en œuvre une approche similaire de rigueur, causant la colère des syndicats (CGT, FO, CFDT), qui sont vent debout contre des vagues successives de fermetures de lits et face à la perte de 230 autres lits et de 400 postes qui accompagnera l’installation dans le futur CHU. En effet, l’établissement va connaître de grands changements, puisqu’en 2027, ses deux antennes principales seront regroupées en un pôle unique, au cœur du futur « quartier de la santé ».

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« L’équivalent de 40 mensualités »

Mais là où le CHU de Nantes se distingue par rapport à d’autres regroupements d’hôpitaux qui appliquent également une stratégie de « rationalisation » des coûts, c’est autour d’un certain nombre de dépenses « annexes » qui sont en décalage avec la politique de l’économie.
L’exemple le plus représentatif est le nouveau logo du CHU, facturé 185.000 euros, qui a suscité de vives critiques. « C’est l’équivalent de 40 mensualités d’aides-soignants ou de 34 mensualités d’infirmiers », s’est insurgé Olivier Terrien, membre de la CGT.

Interrogée par Marianne, la direction de l’hôpital a déclaré qu’« il s’agit d’un projet de fond qui a été conduit sur plus d’un an et auquel ont été associés 150 hospitaliers »« Cette somme englobe l’ensemble de la démarche de repositionnement stratégique », a répondu Maud Raymond, directrice de la communication du CHU.

Par ailleurs, la CGT a soutenu, dans une lettre adressée au ministre du Travail le 27 novembre dernier, que les professionnels sont « épuisés et au bout du rouleau », dénonçant un « management inapproprié, brutal et autoritaire ». Un autre courrier, daté du 24 juillet et adressé au Centre national de gestion des praticiens hospitaliers, décrivait « une politique des ressources humaines qui a généré, non seulement de très nombreux arrêts de travail mais aussi des départs de professionnels ».

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Des « décompensations psychiatriques graves »

Alors que le Comité social territorial (une instance dédiée au dialogue social) a remis à la direction une « expertise indépendante » ayant conclu à une forme de « violence institutionnelle » due à la gestion de Philippe El Saïr, la direction a commandité un « audit RH » externe, dont Marianne a partagé les conclusions inquiétantes. Le rapport du Comité social constate une « augmentation de décompensations psychiatriques graves », tandis que les « difficultés exprimées [par les agents] et la gravité des symptômes associés sont alarmants ».

Le représentant du personnel, Jérémy Beurel, explique que « le problème, c’est que toutes sortes de dépenses délirantes, comme l’audit…ou l’affaire du logo, interviennent alors qu’on demande depuis des mois le remplacement de brancards obsolètes et dangereux. Pareil pour des chariots de pharmacie, de logistique, ou pour nos camions de service, dont un a récemment pris feu ».

Des dépenses essentielles, qui auraient pourtant été relayées au second plan au profit d’une… soirée électro. 31.859 euros exactement, pour une soirée électro organisée en guise de cérémonie des vœux le 1er février dernier au Stéréolux, en présence de la maire de Nantes Johanna Rolland, présidente du conseil de surveillance du CHU.

Les 800 employés, les plus rapides à s’inscrire, ont participé à la fête. « Sur un total de plus de 13.000 agents, on a un peu l’impression que c’était réservé à une petite minorité », a regretté Olivier Terrien. Le 21 janvier 2022, la direction a également organisé une cérémonie de pose de la première pierre du futur CHU, symbolisée par un empilement de gros Lego, pour la modique somme de 90.000 euros. Un événement qui a réuni le Premier ministre de l’époque, Jean Castex, la maire Johanna Rolland et Philippe El Saïr. Ce dernier s’est ainsi vu attribuer le surnom de « directeur bling-bling ».

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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