Evaluation des impacts sur la santé des déterminants environnementaux

Par le Dr Sophie Florence (Paris) [Déclaration de liens d’intérêts] – Date de publication : 9 décembre 2024
Augmenter les espaces verts urbains, favoriser la mobilité active, agir contre la pollution de l’air, le bruit des transports et la chaleur entraînent des bénéfices notables pour la santé. Santé publique France publie les résultats d’une première évaluation quantitative des impacts sur la santé (EQIS) ayant estimé les bénéfices sanitaires associés au développement des espaces verts urbains et des mobilités actives, ainsi qu’à la réduction de l’exposition de la population à la pollution de l’air, au bruit des transports et la chaleur.
Menée en collaboration avec trois métropoles – Métropole européenne de Lille, Montpellier Méditerranée Métropole et Métropole Rouen Normandie – cette étude confirme que des actions ambitieuses sur chacun de ces déterminants environnementaux se traduiraient par des impacts positifs sur la santé. En végétalisant davantage, la mortalité pourrait être réduite de 3 à 7% selon la métropole, soit de 80 à 300 décès par an.
Si chaque habitant de 30 ans et plus marchait 10 minutes de plus chaque jour de la semaine, la mortalité pourrait diminuer de 3%, soit de 100 à 300 décès par an selon la métropole. Si chaque habitant de 30 ans et plus faisait 10 minutes de vélo de plus chaque jour de la semaine, la mortalité pourrait diminuer de 6%, soit de 200 à 600 décès par an selon la métropole.
Concernant la pollution de l’air, en respectant la valeur recommandée par l’OMS concernant l’exposition aux particules fines PM2,5, la mortalité pourrait diminuer de 7 à 12% selon la métropole, soit de 300 à 1000 décès par an. Respecter les valeurs guides recommandées par l’OMS quant au bruit associé aux transports permettrait, dans chaque métropole, d’améliorer le sommeil de plusieurs milliers de personnes par an. L’exposition à des températures élevées a été responsable de 1% de la mortalité observée durant l’été, soit de 35 à 90 décès par an selon la métropole.
Les auteurs concluent que l’ÉQIS apparaît comme un outil pertinent pour mieux prendre en compte les conséquences sur la santé de déterminants environnementaux urbains.
Référence :
Santé publique France
Agir sur les espaces verts, les mobilités actives, la chaleur, la pollution de l’air et le bruit : quels bénéfices pour la santé ? Évaluation quantitative des impacts sur la santé pilote sur trois métropoles. Rapport méthodologique
Décembre 2024
790111_spf00005606.pdf
« Des milliers de décès évitables grâce à l’aménagement urbain »
Date de publication : 5 décembre 2024


Elisa Doré remarque dans Le Figaro que « la pollution atmosphérique et sonore, l’activité physique, et la végétalisation ont une influence sur la santé mentale, cardio-vasculaire ou respiratoire des citadins. Mais dans quelle mesure ? ».
La journaliste explique que « dans une étude pilote menée dans les métropoles de Lille, Montpellier et Rouen, Santé publique France (SPF) a tenté de quantifier les bénéfices sanitaires liés à des quartiers plus verts, moins pollués, plus silencieux à l’aide d’un outil utilisé jusque-là uniquement pour estimer les effets de la pollution de l’air : l’évaluation quantitative d’impact sur la santé (Eqis) ».
Elisa Doré relève que « l’étude s’est d’abord intéressée aux espaces verts, privés ou publics, indépendamment de leur taille et de leur niveau d’accessibilité. Dans chacune des métropoles, les scientifiques ont estimé le niveau de végétalisation grâce aux données satellitaires existantes, sur la période 2015-2019 ».
La journaliste observe ainsi que « la présence de parcs bien desservis encourage l’exercice physique (marche, jogging), réduisant ainsi le risque cardio-vasculaire ou encore de diabète, tout en étant associé à une meilleure santé mentale et donc un plus faible risque de dépression ».
Elle poursuit : « Dans un scénario « idéal » où le niveau de végétation de chaque quartier atteindrait celui des quartiers les plus verts, proportionnellement à leur densité démographique, SPF estime qu’il serait possible de réduire de 3% à 7% la mortalité annuelle, soit entre 80 et 300 décès évités par an, selon les villes ».
Elisa Doré ajoute que « 10 minutes de marche quotidienne par habitant permettraient d’éviter 100 à 300 décès par an (soit 3% du taux de mortalité) dans les trois métropoles étudiées. L’effet serait encore deux fois plus important pour 10 minutes supplémentaires quotidiennes de vélo ».
La journaliste indique que « dans les autres scénarios, ce sont les actions visant à réduire la pollution, à commencer par la pollution atmosphérique, qui ont été passées au crible. […] Si l’exposition aux particules fines (PM2,5) était réduite aux niveaux préconisés par l’OMS (5 μg/m³), cela pourrait entraîner une diminution de 7% à 12% de la mortalité (entre 300 et 1000 décès évités chaque année) ».
Elisa Doré observe en outre que « sur le volet pollution sonore, le respect des seuils fixés par l’OMS – 45 décibels pour le bruit routier la nuit et 44 décibels pour le bruit ferroviaire -, améliorerait le sommeil de plusieurs milliers de personnes chaque année, et pourrait prévenir 20 à 90 hospitalisations pour maladies cardio-vasculaires ».
La journaliste note cependant que « ces projections se fondent sur des scénarios « ambitieux », difficilement atteignables en pratique, reconnaît SPF ».
Guillaume Boulanger, responsable d’unité qualité des milieux de vie et du travail et santé des populations chez SPF, précise que « des plans d’action dans ces trois métropoles sont d’ores et déjà en cours ou ont été récemment votés pour modifier l’aménagement urbain et les pratiques. […] Il faut plutôt voir cette étude comme la première d’une série afin de déterminer sur le long terme les bénéfices liés à ces actions publiques et ce qu’il reste à améliorer ».
Delphine Roucaute note également dans Le Monde : « Quels leviers environnementaux les collectivités ont-elles à leur disposition pour agir activement sur la santé de leurs habitants ? Santé publique France publie […] les résultats d’une étude menée pendant 3 ans dans 3 métropoles françaises pour évaluer les impacts concrets de 5 déterminants : les espaces verts, les mobilités actives, la pollution de l’air, le bruit et la chaleur. Autant de variables qui peuvent être intégrées dans les politiques d’aménagement du territoire au niveau local ».
La journaliste retient notamment que « concernant les facteurs ayant un impact positif sur la santé, l’étude conclut qu’atteindre dans tous les quartiers le niveau de végétation observé dans les plus verts de chaque métropole […], permet de réduire de 3% à 7%, suivant la métropole étudiée, la mortalité annuelle de la population, soit 358 morts à Lille (4,2%), 300 à Rouen (6,8%) et 114 à Montpellier (3,7%) ».
Delphine Roucaute observe en outre : « L’étude estime que si chaque habitant de plus de 30 ans marchait 10 minutes de plus au quotidien, la mortalité pourrait baisser de 3% par an. Dix minutes supplémentaires de vélo chaque jour permettraient une baisse de 6% par an. Enfin, si 90% des trajets de moins de 1 km étaient faits à pied et non pas en voiture (contre 60% à 75% aujourd’hui), on pourrait observer une baisse de 2% à 3% de la mortalité ».