Notre-Dame : prière de ne pas plomber l’ambiance
Quentin Haroche | 06 Décembre 2024
Paris – Cinq ans après l’incendie qui l’a dévastée, la cathédrale Notre-Dame de Paris rouvrira ses portes ce week-end. Mais les associations de riverains s’inquiètent toujours du danger causé par la présence de plomb dans la toiture de l’édifice.
Dans le contexte politique morose du moment, c’est une célébration dont les Français avaient besoin : ce week-end, le monde entier fêtera la réouverture de la cathédrale Notre-Dame de Paris, un peu plus de cinq ans après le terrible incendie du 15 avril 2019 qui avait dévasté l’édifice. Le Président de la République Emmanuel Macron accueillera pour l’occasion une quarantaine de chefs d’Etat étrangers et un concert sera organisé pour saluer cette réussite du « génie français » et la reconstruction de cette merveille de l’art gothique en un temps record.
Des taux de plomb records bien supérieur au seuil d’alerte
Mais si le temps est à la joie et à la communion, certains n’oublient pas le danger sanitaire posé par cette reconstruction. L’incendie de Notre-Dame avait en effet entraîné des émanations de plomb, dont était recouverte la toiture. Dans les mois qui avaient suivi la catastrophe, l’Agence Régionale de Santé (ARS) d’Ile-de-France avait ainsi relevé des taux de plomb atteignant les 0,6 g/m2 aux alentours de la cathédrale parisienne, un taux plus de 100 fois supérieur au seuil d’alerte de 5 000 µg/m2. Des mesures qui avaient suscité l’inquiétude des associations de riverain en raison de la toxicité du plomb, notamment chez les enfants avec en particulier le risque de saturnisme.
Des opérations de nettoyage ont depuis été menées dans le quartier de la cathédrale et cinq ans après l’incendie, l’ARS se veut rassurante. Les relevés font ainsi état de taux de plomb désormais inférieur au seuil de 5 000 µg/m2et l’ARS précise que les opérations de nettoyage vont se poursuivre. Pas de quoi rassurer les associations de riverains, qui dénoncent l’omerta des autorités sur ce sujet et rappelle que ce seuil d’alerte est contestable, puisque l’exposition au plomb est nocive pour la santé même à faible dose. En 2022, la CGT avait par ailleurs déposé une plainte pour « mise en danger de la vie d’autrui », à propos cette fois des ouvriers participant au chantier et exposé au plomb. Une plainte toujours instruite indique le parquet.
Le choix de l’authenticité…au détriment de la santé publique ?
Au-delà de la question du plomb propagé au cours de l’incendie, certains s’indignent du choix qui a été fait de reconstruire la toiture et la flèche de Notre-Dame de Paris à l’identique, c’est-à-dire en utilisant du plomb. Interrogé sur ce choix, le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) s’y était pourtant clairement opposé en janvier 2021. Outre le fait que les ouvriers seraient exposés au métal durant le chantier, le HCSP avait indiqué que « la toiture de Notre-Dame émettrait environ 21 kg de plomb par an dans les eaux de ruissellement » : en d’autres termes, en cas de pluie, le plomb de Notre-Dame finira dans la Seine. De manière plus globale, le HCSP recommandait de toujours trouver des « alternatives au plomb laminé pour l’entretien ou la réhabilitation de bâtis anciens à chaque fois qu’il est présent ».
Mais, préférant l’authenticité historique (discutable, puisque la toiture en plomb date du XIXème siècle) à la santé publique, la commission nationale du patrimoine a tout simplement décidé de passer outre l’avis du HCSP et d’ordonner la reconstruction de la toiture à l’identique. A l’époque en charge des travaux, le Général Jean-Louis Georgelin (depuis décédé) s’était même moqué publiquement de ceux qui « s’inquiètent de ce que des enfants se promènent sur les toits ou viennent lécher la flèche ».
De manière un peu plus diplomate, le ministère de la Culture assure que le risque présenté par la toiture a été pris en compte. « Un dispositif de recueil des eaux de ruissellement sur la toiture en plomb et, d’autre part, un dispositif de filtrage et de purification de ces eaux » vont être mis en place, une information confirmée par l’ARS, même si aucune administration n’a pu préciser si ces derniers étaient effectivement installés, à quelques heures de la réouverture de la cathédrale. Ce serait un comble qu’un problème de ruissellement vienne gâcher la fête d’Emmanuel Macron.