Les soixante-trois projets de terminaux d’exportation de GNL prévus d’ici à 2030 pourraient émettre plus de 10 milliards de tonnes de CO2 à cet horizon, quasiment l’équivalent des émissions annuelles des centrales à charbon

L’expansion du gaz naturel liquéfié, une « bombe climatique » potentielle, alimentée par des investissements financiers

Les soixante-trois projets de terminaux d’exportation de GNL prévus d’ici à 2030 pourraient émettre plus de 10 milliards de tonnes de CO2 à cet horizon, quasiment l’équivalent des émissions annuelles des centrales à charbon, selon l’ONG Reclaim Finance. 

Par Audrey GarricPublié le 06 décembre 2024 à 19h00, modifié hier à 07h02 https://www.lemonde.fr/planete/article/2024/12/06/l-expansion-du-gaz-naturel-liquefie-une-bombe-climatique-potentielle-alimentee-par-des-investissements-financiers_6434285_3244.html

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Le réseau de regazéification du terminal méthanier de Cavaou, à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), le 22 juin 2023.
Le réseau de regazéification du terminal méthanier de Cavaou, à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), le 22 juin 2023.  CLEMENT MAHOUDEAU / AFP

Ils pourraient constituer une « bombe climatique ». Les nouveaux projets de terminaux d’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL), qui se multiplient depuis le début de la guerre en Ukraine en février 2022, pourraient émettre plus de 10 milliards de tonnes de gaz à effet de serre d’ici à 2030. C’est presque l’équivalent des émissions annuelles des centrales à charbon en activité au niveau mondial, prévient Reclaim Finance, dans un rapport publié jeudi 5 décembre. L’organisation non gouvernementale (ONG) dénonce le soutien « sans limite » des banques et des investisseurs à l’expansion de cette énergie fossile.

A quelques jours du sommet mondial du GNL, du 9 au 12 décembre à Berlin, Reclaim Finance voulait « déconstruire » le discours de l’industrie axé sur la sécurité énergétique et sur la transition, alors que le gaz naturel est présenté comme l’énergie fossile la moins polluante. « Les nouveaux terminaux de GNL, dont la durée de vie est de plusieurs décennies, enferment les pays dans des trajectoires carbonées, mettant en péril le développement des énergies renouvelables et les objectifs climatiques de l’accord de Paris », prévient Justine Duclos-Gonda, l’une des autrices de l’étude, experte à Reclaim Finance.

Depuis deux ans, huit projets de terminaux d’exportation de GNL et quatre-vingt-dix-neuf terminaux d’importation ont déjà été achevés sur la planète, ce qui a accru les capacités mondiales d’exportation de 7 % et d’importation de 19 %, selon le rapport.

Polluants et superflus

La tendance pourrait encore s’accélérer. Les entreprises pétrogazières telles que Shell ou TotalEnergies, ainsi que les compagnies spécialisées dans le secteur, projettent de construire 156 nouveaux projets de terminaux de GNL d’ici à 2030, dont soixante-trois dans l’exportation et quatre-vingt-treize dans l’importation, selon le rapport qui se base sur des données issues de la Global Oil & Gas Exit List, compilée par l’ONG Urgewald et une cinquantaine d’associations.

« Cela ne signifie pas 156 nouveaux terminaux, un terminal pouvant recouper plusieurs trains [infrastructures] et extensions, avec des mises en service et des financements différents », précise Louis-Maxence Delaporte, également auteur du rapport et analyste au sein de l’ONG. Les nouveaux projets d’exportation sont majoritairement concentrés aux Etats-Unis, au Qatar, au Canada ou au Mexique, à destination de l’Europe et de l’Asie.

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Ces projets polluent sur l’ensemble de la chaîne. L’extraction du gaz est associée à des fuites de méthane (qui constitue environ 90 % de la composition du GNL), un gaz à effet de serre plus de 80 fois plus puissant que le CO2 à un horizon de vingt ans. Sa liquéfaction (pour le refroidir à − 162 °C), son transport sur des méthaniers et sa regazéification sont gourmands en énergie. Enfin, l’utilisation du GNL émet du CO2.

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En plus d’être polluants, ces projets s’avèrent superflus, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Depuis 2022, dans son scénario de limitation du réchauffement à 1,5 °C, l’organisation indique qu’aucune nouvelle infrastructure d’exportation de GNL n’est nécessaire pour répondre à la demande actuelle et future. Dans son rapport World Energy Outlook publié mi-octobre, l’AIE prévient que les capacités mondiales d’exportation de GNL devraient augmenter de près de 50 % d’ici à 2030 et risquent de dépasser la demande. Cette « surabondance » devrait entraîner une baisse des prix des combustibles fossiles, posant la question du maintien des investissements dans la transition énergétique.

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Un autre rapport du cercle de réflexion Institute for Energy Economics and Financial Analysis avait également montré que les trois quarts des capacités d’import de GNL actuelles en Europe pourraient ne pas être utilisées d’ici à 2030, d’autant que la consommation de gaz baisse fortement sur le continent.

Développement des énergies renouvelables

Tous ces projets ne verront peut-être pas le jour. Pour Anne-Sophie Corbeau, chercheuse à l’université Columbia à New York et spécialiste du gaz, il serait « impossible » de construire soixante-trois trains de liquéfaction de GNL d’ici à 2030, alors que tous n’ont pas encore fait l’objet d’une décision finale d’investissement. « Il faut entre trois et cinq ans pour construire chaque terminal », rappelle-t-elle.

Certains projets sont toutefois déjà lancés. Si Anne-Sophie Corbeau juge que le gaz « a un rôle à jouer » dans le mix énergétique, elle estime que « l’expansion des énergies renouvelables va se poursuivre » et que « rien ne pourra l’empêcher en Europe ».

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Ces projets sont soutenus par des banques internationales, qui ont accordé 213 milliards de dollars (202 milliards d’euros) entre 2021 et 2023 à l’expansion du GNL, et par des investisseurs (à hauteur de 252 milliards de dollars). Selon le rapport, 27 % de ce financement vient de banques européennes (notamment Santander, ING ou Crédit agricole) et 24 % de banques américaines (J.P. Morgan ou Bank of America).

Sur les trente plus grosses banques et trente principaux investisseurs, seulement sept, tous européens, ont pris des mesures pour limiter les financements, par exemple lorsque le GNL est issu de gaz de schiste. Crédit agricole indique par exemple avoir « cessé de soutenir les projets d’exploration et de production ainsi que les obligations émises par les entreprises impliquées dans la production de pétrole et de gaz ».

« Ces mesures de restriction sont insuffisantes : elles ne portent que sur les projets, et non sur les entreprises derrière, alors que la grande majorité des financements du secteur se fait au niveau des entreprises », indique Justine Duclos-Gonda. Reclaim Finance exhorte les banques et les investisseurs à cesser de fournir un soutien financier aux développeurs de tous les nouveaux projets de GNL et à arrêter de financer en premier lieu les terminaux d’exportation.

Audrey Garric

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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