Amnesty International estime que la destruction de l’enclave palestinienne, qui a fait près de 45 000 morts, est le résultat d’une politique délibérée des autorités israéliennes. 

Un rapport d’Amnesty International qualifie la guerre en cours à Gaza de « génocide »

Dans un document de 300 pages, fruit de neuf mois d’enquête, l’ONG de défense des droits de l’homme estime que la destruction de l’enclave palestinienne, qui a fait près de 45 000 morts, est le résultat d’une politique délibérée des autorités israéliennes. 

Par Stéphanie Maupas (La Haye, correspondance)Publié le 05 décembre 2024 à 11h00, modifié le 05 décembre 2024 à 12h09 https://www.lemonde.fr/international/article/2024/12/05/un-rapport-d-amnesty-international-qualifie-la-guerre-en-cours-a-gaza-de-genocide_6431214_3210.html

Des Palestiniens font la queue pour un repas à Rafah, dans la bande de Gaza, le 16 février 2024.
Des Palestiniens font la queue pour un repas à Rafah, dans la bande de Gaza, le 16 février 2024.  FATIMA SHBAIR/AP

Pendant neuf mois, une équipe de chercheurs d’Amnesty International a recueilli les témoignages de plus de 200 Gazaouis, aussi bien des victimes des bombardements israéliens que des membres des autorités locales et des professionnels de la santé. Ils ont aussi analysé un vaste éventail d’images et de vidéos et examiné les déclarations des responsables gouvernementaux israéliens. Leur rapport de 300 pages, titré « Nous avons l’impression d’être des sous-humains », qui a été rendu public le 5 décembre, lors d’une conférence de presse à La Haye, qualifie la guerre en cours dans l’enclave palestinienne de « génocide ». Israël a réagi en parlant d’un rapport « inventé de toutes pièces ».

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C’est le quatrième rapport d’une entité de défense des droits de l’homme à conclure à un « génocide » à Gaza. La rapporteuse spéciale des Nations unies pour les territoires occupés, Francesca Albanesela Fédération internationale des droits de l’homme et le Comité spécial des Nations unies chargé d’enquêter sur les pratiques israéliennes étaient déjà parvenus à cette conclusion.

Les témoins interrogés par Amnesty entre octobre 2023 et juillet 2024 « veulent dire au monde que ce qu’ils traversent à un nom : c’est un génocide », a expliqué mercredi 4 décembre, de Ramallah, Budour Hassan, qui a dirigé sur place l’équipe d’enquêteurs de l’ONG. « Nos conclusions accablantes doivent retentir comme un signal d’alarme pour la communauté internationale : il s’agit d’un génocide, qui doit cesser immédiatement », a déclaré Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International.

« On a l’impression d’être des sous-humains »

« Certains [de ces témoins] ont perdu leur famille entière », a expliqué Budour Hassan. D’autres « vivaient dans les décombres » lorsqu’ils ont parlé avec Amnesty. « Ils nous ont dit qu’ils ne veulent pas voir leur histoire effacée, leur famille être oubliée. » Le rapport de l’ONG vise à lutter contre l’« inaction » et l’« indifférence », a expliqué Agnès Callamard.

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La Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, adoptée en 1948, définit ce dernier comme des « actes commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux ». Sur les cinq actes énumérés par la Convention, trois sont actuellement commis par Israël dans la bande de Gaza, selon Amnesty : les meurtres de membres du groupe, les atteintes graves à leur intégrité physique ou mentale, et la soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle.

Des dizaines de témoignages mettent en lumière les conditions de vie effroyables auxquelles sont confrontés les Gazaouis, comme celui de Mohamed, un ancien résident de Gaza-ville, déplacé de force à Deir Al-Balah, dans le centre de l’enclave, avec sa famille. « Ici, à Deir Al-Balah, c’est comme si c’était la fin du monde. (…) On doit protéger nos enfants des insectes, de la chaleur, et il n’y a pas d’eau propre, pas de toilettes, et pendant ce temps, les bombardements incessants se poursuivent. On a l’impression d’être des sous-humains. » L’ONG a recueilli des témoignages sur les tortures, les déplacements forcés, les disparus, etc.

Selon Amnesty, ces conditions de vie impossibles sont le résultat d’une intention délibérée de détruire le groupe des Palestiniens de Gaza, partiellement ou totalement, ce qui fonde l’imputation de génocide. Les chercheurs de l’ONG ont répertorié 102 déclarations publiques de responsables gouvernementaux, politiques et militaires israéliens, qui « déshumanisaient » les Palestiniens, « appelaient à des actes génocidaires » contre eux ou bien « les justifiaient ».

Référence à la destruction du peuple d’Amalek

Parmi celles-ci, les chercheurs ont isolé 22 déclarations de responsables « chargés de gérer l’offensive (…) qui semblaient demander ou justifier des actes génocidaires », dont un discours du premier ministre, Benyamin Nétanyahou, utilisant le récit biblique de la destruction totale du peuple d’Amalek, tué par vengeance après son attaque contre des Israélites. « Souvenez-vous de ce qu’Amalek vous a fait », avait dit, dans un discours, le premier ministre.

« Cette référence à Amalek s’est imprégnée dans la société israélienne », indique le rapport, au point d’être repris par les soldats, dans le tube d’un chanteur à succès israélien, dans des déclarations de la Knesset, dans les écrits de rabbins et de professeurs. Des soldats avaient dansé à Gaza sur cette tirade du chef de gouvernement. Ce sont souvent eux-mêmes qui fournissent les preuves du lien entre les déclarations prononcées par les chefs et leurs répercussions sur le front.

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Pour Amnesty International, l’accusation de « génocide » soulève la question de la complicité des alliés d’Israël dans celui-ci. « Les Etats qui continuent à l’heure actuelle de transférer des armes à Israël doivent savoir qu’ils violent leur obligation d’empêcher le crime de génocide, et qu’ils risquent de devenir complices de ce crime », a déclaré Agnès Callamard. Elle dénonce la résistance et l’hésitation des Etats « à conclure à l’intention génocidaire en ce qui concerne le comportement d’Israël à Gaza ».

Crimes contre l’humanité

En marge de l’affaire intentée fin 2023 par l’Afrique du Sud devant la Cour internationale de justice (CIJ), accusant Israël de violer la convention sur le génocide, l’Afrique du Sud avait remis aux Nations unies le 29 mai 2024 un rapport « relatif à l’intention et à l’incitation de l’Etat d’Israël à commettre un génocide contre les Palestiniens à Gaza ». Huit Etats plaident conjointement avec l’Afrique du Sud devant la Cour, dont la Palestine. La procédure est lente mais suit son cours. Pretoria a déposé son mémoire à la CIJ fin octobre, auquel Israël doit répondre.

Depuis le 21 novembre, Benyamin Nétanyahou et Yoav Gallant sont inculpés par la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité pour persécution. Pour délivrer ces mandats, les juges ont établi qu’il existe « des motifs raisonnables de croire que le manque de nourriture, d’eau, d’électricité et de carburant, ainsi que de fournitures médicales spécifiques, a créé des conditions de vie calculées pour entraîner la destruction d’une partie de la population de Gaza, ce qui a provoqué la mort de civils, y compris d’enfants, pour cause de malnutrition et de déshydratation ». L’enquête du procureur se poursuit.

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Si les autorités israéliennes sont responsables de « génocide », comme le dit Amnesty International, alors les fournisseurs d’armes de l’Etat hébreu, « les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne et les autres, prennent le risque d’être complices », prévient Agnès Callamard, qui fustige la France pour sa position sur les mandats d’arrêt. Paris estime que le premier ministre Benyamin Nétanyahou bénéficie de l’immunité diplomatique parce que son pays n’a pas ratifié le statut de la Cour pénale internationale. « L’architecte même du système établi après la seconde guerre mondiale (…) agit contre l’administration de la justice », a dénoncé Agnès Callamard.

Stéphanie Maupas (La Haye, correspondance)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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