34 % expulsions de campements, bidonvilles, squats de plus en un an

Les expulsions de campements, bidonvilles et squats en forte hausse, selon les associations

L’Observatoire des expulsions de lieux de vie informels en a recensé près de 1 500 entre novembre 2023 et la fin d’octobre 2024, soit 34 % de plus en un an. Avec des effets délétères sur la santé des personnes concernées. 

Par Claire AnéPublié le 05 décembre 2024 à 19h56, modifié hier à 13h28 https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/12/05/les-expulsions-de-campements-bidonvilles-et-squats-en-forte-hausse-selon-les-associations_6432285_3224.html

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Evacuation de migrants hors de leur campement de fortune, à Paris, le 17 novembre 2022.
Evacuation de migrants hors de leur campement de fortune, à Paris, le 17 novembre 2022.  CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Dans son sixième rapport annuel, l’Observatoire des expulsions des lieux de vie informels fait état d’« une nette augmentation » des évictions de personnes qui vivent dans des campements, des bidonvilles, des squats, ou encore dans un véhicule ou sur un simple matelas. Et cette hausse « traduit une politique d’expulsions systématique », ajoute l’organisme fondé par huit associations, dont la Fondation Abbé Pierre, Médecins du monde et la Ligue des droits de l’homme.

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Près de 1 500 expulsions ont été dénombrées entre le 1er novembre 2023 et le 31 octobre 2024, en hausse de 34 % en un an, annonce la coordinatrice de l’observatoire, Célia Mougel, qui précise que « ce bilan, s’il est de mieux en mieux documenté, reste en deçà de la réalité, de nombreuses évictions passant sous les radars ». Comme les années précédentes, la majorité a eu lieu dans quatre communes du littoral du Nord et du Pas-de-Calais, point de départ des migrants qui tentent de gagner le Royaume-Uni : Calais, Dunkerque, Marck et Loon-Plage. Mais l’écart se resserre avec le reste de la métropole, où 608 évictions ont été décomptées, en hausse de 60 % en un an et de 400 % en quatre ans.

Plus de 100 000 personnes ont été contraintes de quitter leur lieu de vie – parmi elles, certaines ont été décomptées plusieurs fois, parce qu’elles subissaient des évictions répétées.  « Leurs droits sont bien trop souvent bafoués », ajoute Célia Mougel : une décision de justice, susceptible d’accorder des délais, ne survient que dans 13 % des cas. Les décisions administratives, permettant une éviction rapide en cas d’urgence, sont devenues plus fréquentes.

88 % des personnes délogées sont renvoyées à l’errance

Surtout, 68 % des expulsions s’effectuent sans fondement légal, un taux qui monte à 98 % sur le littoral du Nord et du Pas-de-Calais. Une fois délogées, 88 % des personnes concernées sont renvoyées à l’errance. Seulement 11 % se voient proposer une mise à l’abri temporaire, et 0,65 % « un relogement digne, pérenne et adapté ».

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Le rapport décrit ensuite les effets de ces expulsions sur la santé. « Les personnes sans domicile ont une espérance de vie en moyenne de 30 ans inférieure à la population générale », rappelle le président de Médecins du monde, Jean-François Corty, avant de citer une étude menée en Nouvelle-Aquitaine : « Plus les conditions d’habitat sont précaires et illégales et plus le risque de maladie chronique et de dépression sévère est élevé. »

Les expulsions aggravent la situation, renvoyant les personnes plus loin des services de santé, et engendrant des ruptures dans le suivi. Il cite l’exemple d’une expulsion qui avait empêché de procéder à une deuxième injection de vaccin alors qu’une épidémie de rougeole sévissait.

Selon le délégué général de l’Association nationale des gens du voyage citoyens, William Acker, les évictions successives ont une autre conséquence néfaste pour la santé : « Les personnes sont contraintes de se réfugier dans les interstices laissés libres en raison des nuisances : au plus près d’usines Seveso, sur des terrains aux sols pollués qui peuvent causer du saturnisme… »

« Les mauvaises pratiques perdurent d’année en année, et pèsent de plus en plus sur les personnes qui en sont victimes. L’instruction du 25 janvier 2018 visant à résorber les campements et bidonvilles marquait une volonté politique, mais elle est loin d’avoir été suivie d’effets », regrette Célia Mougel. « Faute d’avoir réussi à convaincre les ministres du logement successifs, nous demandons aujourd’hui la mise en place d’une commission parlementaire pour une stratégie de résorption globale, contraignante, et qui ne fasse pas de distinction entre les publics », annonce le directeur des études de la Fondation Abbé Pierre, Manuel Domergue.

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Claire Ané

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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