Les splendeurs de la dynastie Tang (618-907) au musée Guimet

À Paris, le musée Guimet nous plonge dans l’âge d’or de la Chine et ses merveilles

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Peinture murale de la partie supérieure de l’image en ruine de Vishvamitra, argile, Dynastie Tang (618-907), H. 70 x l. 54,5 x Ep. 3,5 cm, musée de la Région de Khotan, Province du Xinjiang

Contemporaine de l’empire carolingien, la dynastie des Tang (618-907) et Chang’an, sa capitale, incarnent aux yeux du peuple chinois la quintessence du luxe et du raffinement. Largement imprégné d’influences étrangères, son art de vivre s’expose dans toute sa magnificence au musée Guimet, du 20 novembre au 3 mars.

C’est une statuette en terre cuite découverte en 2002 dans une tombe d’un district de Chang’an (l’actuelle ville de Xi’an) qui résume peut-être le mieux l’atmosphère cosmopolite de la florissante dynastie des Tang qui régna pendant près de trois siècles sur le vaste Empire du Milieu. Calé entre les deux bosses d’un fier chameau à la gueule ouverte, un homme semblant originaire de Perse ou d’Asie centrale et arborant une barbe fournie, un turban, une robe à revers et des bottes pointues s’apprête à frapper de ses baguettes le tambourin accroché à sa poitrine.

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Témoins d’un monde foisonnant

Point de doute… Nous sommes bel et bien transportés au cœur de ce long chemin de terre et de sable baptisé commodément « Route de la Soie » et par lequel transitèrent pendant des siècles des hommes, des marchandises, des techniques, des idées et des religions. Il suffit, pour s’en convaincre, d’admirer ce petit monde en réduction de militaires, de palefreniers, de musiciens, de danseuses, d’acteurs burlesques et d’acrobates exhumés par milliers des tombes chinoises, et qui reflètent, plus que tout long discours, le caractère cosmopolite et bigarré de cette société profondément ouverte sur l’extérieur…

Acteur burlesque, Gansu, 730, terre cuite peinte, 48cm ©Qingcheng, musée du district de Qingcheng.

Loin d’être une civilisation repliée sur elle-même, la Chine des Tang fut en effet un formidable creuset d’échanges économiques, artistiques et spirituels. Plaques tournantes du commerce entre les royaumes de l’Ouest et de l’Est, ses capitales jumelles, Chang’an et Luoyang, étaient alors les deux plus grandes villes du monde et leurs élites dirigeantes allaient, à bien des égards, propulser la société chinoise dans une nouvelle ère de « globalisation » et de « modernité ». « Sous la dynastie des Tang, la Chine est un espace qui attire, mais pas seulement : il rayonne », résume ainsi Christophe Decoudun, spécialiste des arts bouddhiques, dans le catalogue de l’exposition du musée Guimet.

Porte-encens à décor ajouré d’oiseaux et de rinceaux floraux, Shaanxi, IXe siècle, argent doré, 18 x 5,8 cm ©Famen Zhen, musée du Famensi.

Prouesses techniques et hybridation des formes

Il faut alors imaginer ses mégalopoles fourmiller d’une foule de marchands, d’artisans et de pèlerins venus de Bagdad, de Boukhara, de Samarcande ou de Constantinople apportant dans leurs bagages leurs modes de vie, leurs savoir-faire et leurs croyances. Sur fond de pax sinica (période de stabilité et de paix régnant sur toute l’Asie orientale), les affaires sont alors prospères et l’on échange à peu près toutes les denrées les plus rares et les plus précieuses que convoitent les grands de ce monde : la soie bien sûr, si légère et si voluptueuse, mais aussi les pierres dures, les métaux et les bijoux, sans oublier les animaux exotiques, les épices et les plantes pour les pharmacopées. Parvenant, grâce à son plan en damier, à contenir en son sein 1,2 million d’habitants, la ville de Chang’an bruisse alors sous les odeurs et les parfums, et attire dans ses bazars et ses entrepôts la fine fleur des experts et des négociants originaires de Perse, d’Arabie, d’Inde et d’Asie centrale. « Le marché de l’Ouest possédait de nombreuses variétés d’encens, produit particulièrement prisé des Chinois. Il accueillait un bazar persan où l’on trouvait, entre autres, des connaisseurs de perles et de jades. Ces experts en pierres dures étaient pour la plupart originaires d’Asie centrale et conseillaient les résidents chinois de la ville. Un secteur en particulier se transforma ainsi rapidement en quartier de bijoutiers et d’orfèvreries – autant de proto-banques tenues pour la plupart par des Turcs ouïgours », précisent ainsi les deux commissaires Arnaud Bertrand et Huei-Chung Tsao.

Personnage étranger, 730, terre cuite peinte, 54 cm ©Qingcheng, musée du district de Qingcheng.

Il est alors souvent bien difficile d’attribuer à un artisan chinois ou étranger une aiguière ou un bijou, tant le style Tang est né précisément de ce goût pour le perfectionnement des matières et l’hybridation des formes. Découvertes en 1991 dans la tombe de la Dame Wu de l’État de Qi, une coupe et une soucoupe en argent doré utilisées pour préparer le thé (boisson qui connaît alors son premier essor) rappellent ainsi par leur forme et leur décor les pièces d’orfèvrerie produites en Perse et en Sogdiane (région recouvrant une partie de l’Afghanistan, de l’Ouzbékistan et du Tadjikistan actuels).

Grand bol avec couvercle à motifs floraux, Shaanxi, VIIIe siècle, argent doré, 9,5 x 21,8 cm ©Xi’an, musée d’histoire du Shaanxi.

A contrario, les artisans chinois rivalisèrent d’inventivité dans le domaine de la céramique. C’est en effet sous la dynastie des Tang que naquirent les expérimentations techniques les plus virtuoses, telles l’invention de la porcelaine blanche d’une pureté inouïe, la délicatesse du céladon et ses nuances exquises, les céramiques dites sancai au décor glaçuré « trois couleurs », ou bien encore les porcelaines bleu et blanc promises à un si long succès…

Ceinture Diexie, Shaanxi, 627, jade, or, perles et verre, 150 cm ©Xi’an, institut d’archéologie du Shaanxi.

Réservées aux fonctionnaires des trois premiers rangs, les ceintures de jade étaient, elles aussi, prétextes à des prouesses techniques, tel cet exemplaire mis au jour en 1991 dans la tombe de Dou Jiao (597-627), le cousin de l’empereur Taizong. Insigne de pouvoir autant qu’accessoire de parure, ce joyau combine à merveille la sculpture d’une pierre dure, la granulation de l’or et la fabrication de verres colorés imitant les pierres précieuses.

Une esthétique du féminin

Mais s’il est un thème cher aux poètes comme aux artistes de l’époque Tang, c’est bien celui de la femme, déclinée sous ses multiples facettes. Ainsi, comment ne pas s’extasier devant ces ravissantes musiciennes en terre cuite jouant de la flûte, de l’orgue de bouche ou de la cithare pour l’éternité ? Et comment interpréter ces gracieuses danseuses aux « manches longues » dont les chorégraphies célestes sont désormais figées derrière les vitrines d’un musée ? Plus savoureuses encore apparaissent ces cohortes de princesses, de dames de cour et de concubines aux faces lunaires et aux chignons en « lame de sabre » ou « en spirale ». Comme échappés d’une revue de mode, leurs atours et leurs constructions capillaires semblent lancer un défi à toutes les coquettes de la terre !

Personnage féminin, Henan, 709, terre cuite à glaçure trois couleurs (sancai), 39 x10 x 9 cm ©Luoyang, musée de Luoyang.

« La cour est également marquée par la culture féminine, les femmes jouissant sous les Tang d’une liberté inégalée sous les autres dynasties. Vers la fin du VIIIeet au cours du IXe siècle, les femmes deviennent des héroïnes dans les productions narratives et poétiques, au lieu d’être simplement des parangons de vertu », analyse la sinologue Yolaine Escande. Parmi les plus belles « pépites » de l’exposition, l’on admirera ainsi tout particulièrement les figurines de joueuses de polo saisies sur le vif, ou bien encore une troublante cavalière arborant un chapeau weimao et un voile… que l’on croirait surgie de notre Moyen Âge occidental.

Le grand compositeur et chef d’orchestre chinois Tan Dun offrira au musée Guimet les 13, 14 et 15 décembre, une création mondiale inspirée de la dynastie des Tang et des célèbres manuscrits découverts par Paul Pelliot dans les grottes de Mogao à Dunhuang. Billetterie en ligne et sur place.

« La Chine des Tang. Une dynastie cosmopolite »
Musée national des arts asiatiques-Guimet, 6, place d’Iéna, 75116 Paris
Du 20 novembre au 3 mars

Vidéo :

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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