Censure de Barnier : ce que coûtent les ex-Premiers ministres aux Français
Un rapport parlementaire détaille les frais de chaque ancien locataire de Matignon. En 2023, l’addition est en forte hausse.

Par Charles Plantade
Publié le 3 déc. 2024 à 17:01Mis à jour le 3 déc. 2024 à 18:33 https://www.lesechos.fr/politique-societe/gouvernement/censure-de-barnier-ce-que-coutent-les-ex-premiers-ministres-aux-francais-2135527
Pour dégager des économies, Michel Barnier comptait « demander un effort aux anciens Premiers ministres ». Mais il pourrait bientôt devoir montrer l’exemple. Le chef du gouvernement pourrait en effet devoir démissionner, si l’une des motions de censure déposées par la gauche et le RN est adoptée mercredi après-midi.
Il rejoindrait alors la longue liste des ex-Premiers ministres encore en vie qui peuvent bénéficier des largesses de l’Etat. Car chaque ancien locataire de la rue Varenne a à sa disposition un véhicule de fonction et son chauffeur attitré, doublé d’un secrétaire particulier. Selon un rapport parlementaire non encore publié mais largement évoqué ces derniers jours, l’addition 2023 est salée : 1,42 million d’euros, soit des frais en hausse de 11 % par rapport à l’année précédente.
Jean Castex, le plus raisonnable
La palme du plus dépensier revient au socialiste Bernard Cazeneuve, avec 201.387 euros déboursés en 2023 pour financer ses avantages en nature – non cumulables avec ceux issus d’un mandat parlementaire, d’élu local ou d’une autre fonction publique. Talonné par Dominique de Villepin (197.540 euros) et Jean-Pierre Raffarin (167.467 euros).
Non loin derrière ce trio de tête, un peloton où Edith Cresson, Lionel Jospin, François Fillon et Manuel Valls sont au coude à coude avec des factures comprises entre 162.000 et 125.000 euros. Alain Juppé, Jean-Marc Ayrault et Edouard Balladur affichent des notes plus raisonnables, oscillant entre 80.000 et 100.000 euros. Jean Castex, en queue de classement, pointe à seulement 3.607 euros dépensés en 2023, mais il faut dire qu’il est à la tête de la RATP. Mentions spéciales à Laurent Fabius et Edouard Philippe qui, en tant que président du Conseil constitutionnel et maire du Havre, ne peuvent jouir de leurs privilèges d’anciens Premiers ministres.
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« Par souci d’exemplarité au regard de la situation financière actuelle de la France », la députée LR du Jura Marie-Christine Dalloz, rapporteuse générale du rapport, demande aux anciens Premiers ministres « concernés par les fortes augmentations » d’être plus « mesurés dans leurs dépenses ».
En 2023, les factures de Manuel Valls (+259 %), Dominique de Villepin (+51 %), Jean-Pierre Raffarin (+13 %) et Alain Juppé (+10 %) enregistrent les hausses les plus fortes. Au contraire de Jean Castex (-54 %), Edouard Balladur (-28 %), François Fillon (-10 %) et Bernard Cazeneuve (-8 %).
Borne opposée aux « efforts » demandés
Elisabeth Borne, Gabriel Attal et prochainement Michel Barnier ne figurent pas dans cette liste puisqu’aucun des trois n’avait encore quitté Matignon en 2023. Ils devraient donc la rejoindre l’année prochaine. En attendant, la députée Renaissance du Calvados compte bien profiter de ses avantages. Interrogée à ce propos dimanche dernier sur France 3, l’ancienne Première ministre a rejeté tout de go les injonctions aux économies émises par Michel Barnier, avançant ses besoins de sécurité notamment.
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Non détaillés dans le document car dépendant du ministère de l’Intérieur et non de Matignon, les frais de protection policière des anciens Premiers ministres sont également dans le viseur du gouvernement. Un projet de réforme préparé par Bruno Retailleau a justement été remis tout récemment à Michel Barnier. Une trentaine de personnalités politiques ne bénéficiant pas d’une