Vivre ou travailler dans des lieux pollués aux particules fines augmente le risque de cancer du sein
Aude LecrubierAUTEURS ET DÉCLARATIONS
21 octobre 2023 https://francais.medscape.com/voirarticle/3610679
Madrid, Espagne — La pollution atmosphérique par les particules fines dans les lieux résidentiels et professionnels augmente le risque de cancer du sein, selon une nouvelle analyse de l’étude XENAIR présentée au congrès de l’European Society of Medical oncology (ESMO) 2023 à Madrid lundi matin par la Pre Béatrice Fervers, responsable du département Prévention Cancer Environnement, au centre Léon Bérard en France.[1].
« À notre connaissance, cette étude est la première à examiner le risque de cancer du sein associé à l’exposition à long terme à la pollution atmosphérique à la fois au domicile et sur le lieu de travail des sujets, estimée à l’aide d’un modèle [statistique] à résolution spatiale très fine », indiquent les chercheurs.

Pre Béatrice Fervers
« Nos données ont montré une association statistiquement significative entre l’exposition à long terme à la pollution de l’air par les particules fines, à la maison et au travail, et le risque de cancer du sein. Cela contraste avec des recherches antérieures qui ne prenaient en compte que l’exposition aux particules fines là où les femmes vivaient, et qui montraient des effets faibles ou nuls sur le risque de cancer du sein », a commenté la Pre Fervers dans un communiqué de presse diffusé en amont du congrès.
Pour rappel, l’étude XENAIR, réalisée à partir de la cohorte E3N, avait déjà montré, il y a un an, une augmentation du risque de cancer du sein lors d’une exposition à 5 polluants atmosphériques et notamment un risque élevé chez les femmes ayant été exposées pendant leur transition ménopausique pour le BaP et le PCB153, deux polluants classés comme perturbateurs endocriniens.
« Cette étude est la première à examiner le risque de cancer du sein associé à l’exposition à long terme à la pollution atmosphérique à la fois au domicile et sur le lieu de travail des sujets. «
Une hausse du risque linéaire
Dans cette nouvelle analyse, l’exposition à la pollution PM2.5, PM10, NO2 au domicile et sur le lieu de travail de 2 419 femmes atteintes d’un cancer du sein a été comparée à celle de 2 984 femmes sans cancer du sein au cours de la période 1990-2011.
Les témoins ont été appariés aux cas en fonction du département de résidence, de l’âge (±1 an), de la date (±3 mois) et du statut ménopausique au moment du prélèvement sanguin.
Les résultats ont montré que le risque de cancer du sein augmentait de 28 % lorsque l’exposition à la pollution atmosphérique par les particules fines (PM2,5) augmentait de 10 µg/m3 – ce qui équivaut approximativement à la différence de concentration de particulesPM2,5 généralement observée dans les zones rurales par rapport aux zones urbaines en Europe.
Des augmentations plus faibles du risque de cancer du sein ont également été enregistrées chez les femmes exposées à des niveaux élevés de pollution atmosphérique par des particules plus grosses (PM10 et dioxyde d’azote).
Aucune modification de l’effet en fonction du statut ménopausique n’a été observée (interaction p 0,99, 0,90 et 0,86 respectivement pour les PM2,5, PM10 et NO2). Les analyses en fonction du statut des récepteurs hormonaux ont montré une association positive mais non significative pour les PM2,5 dans les cas de cancer du sein à récepteurs d’œstrogènes positifs (ER+).
La Pre Fervers et son équipe prévoient maintenant d’étudier les effets de l’exposition à la pollution pendant les trajets domicile-travail afin d’obtenir une image complète des effets sur le risque de cancer du sein.
Le Pr Charles Swanton (Institut Francis Crick, Londres), qui avait explicité l’année dernière au congrès de l’ESMO comment la pollution de l’air – au travers des particules fines –induis ait une prolifération tumorale chez des individus présentant un certain type de mutations génétiques, a souligné l’importance de ces nouveaux résultats pour le cancer du sein.
« Ces très petites particules peuvent pénétrer profondément dans les poumons et passer dans la circulation sanguine, d’où elles sont absorbées par les tissus mammaires et autres. Il existe déjà des preuves que les polluants atmosphériques peuvent modifier l’architecture du sein [3,4]. Il sera important de vérifier si les polluants permettent aux cellules du tissu mammaire présentant des mutations préexistantes de se développer et de favoriser l’apparition de tumeurs, éventuellement par le biais de processus inflammatoires, comme nous l’avons observé chez les non-fumeurs atteints d’un cancer du poumon », a-t-il déclaré dans le communiqué ESMO.
« Il existe déjà des preuves que les polluants atmosphériques peuvent modifier l’architecture du sein (Pr Charles Swanton) »
« Il est très préoccupant que de petites particules polluantes dans l’air et des particules microplastiques de taille similaire pénètrent dans l’environnement alors que nous ne comprenons pas encore leur potentiel de promotion du cancer. Il est urgent de mettre en place des études de laboratoire pour étudier les effets de ces petites particules de polluants atmosphériques sur la latence, le grade, l’agression et la progression des tumeurs du sein », a-t-il ajouté.
« Il existe désormais des preuves épidémiologiques et biologiques solides du lien entre l’exposition aux particules PM2,5 et le cancer, et il y a de bonnes raisons cliniques et économiques de réduire la pollution afin de prévenir les cancers », a déclaré, pour sa part, le Pr Jean-Yves Blay, directeur de la politique publique de l’ESMO.
Suite à une proposition de la Commission européenne d’octobre 2022 visant à réduire la limite des particules PM2,5 dans l’air de 25 µg/m3 actuellement à 10 µg/m3 d’ici 2030, l’ESMO a demandé instamment une réduction supplémentaire de la limite des PM2,5 à 5 µg/m3, conformément aux directives de l’Organisation mondiale de la santé en matière de qualité de l’air[5,]indique le communiqué.
« Il est essentiel de ramener les particules PM2,5 dans l’air au niveau recommandé par l’OMS en raison de leur association avec divers types de tumeurs, dont le cancer du sein », a ajouté le Pr Blay.
« Il est essentiel de ramener les particules PM2,5 dans l’air au niveau recommandé par l’OMS en raison de leur association avec divers types de tumeurs, dont le cancer du sein (Pr Jean-Yves Blay) »
Plus récemment, en septembre 2023, le Parlement européen a adopté en session plénière son rapport sur la révision en cours des directives de l’UE sur la qualité de l’air ambiant, qui reflète les recommandations de l’ESMO de fixer la valeur limite annuelle pour les particules fines (PM2,5) à 5 µg/m³. Cette adoption ouvre les négociations interinstitutionnelles entre les co-législateurs – Parlement européen, Commission européenne et Conseil de l’UE – afin de s’accorder sur le texte final de la directive.[6,7]
« En étayant nos demandes par des preuves scientifiques solides, nous offrons une nouvelle dimension à la politique publique en matière de santé. Le travail n’est pas terminé et le changement ne se fera pas du jour au lendemain, mais nous avançons dans la bonne direction », a conclu l’oncologue français.
Financements et liens d’intérêt : Fondation ARC pour la recherche sur le cancer (CANCAIR201601245), ANSES, Ligue contre le cancer, Fondation de France. Les auteurs n’ont déclaré aucun conflit d’intérêt.
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LIENS
- L’étude XENAIR montre une augmentation du risque de cancer du sein en lien avec 5 polluants de l’air
- Cancer du poumon chez les non-fumeurs : le rôle conjugué de la pollution et des mutations explicité
Voir aussi:
La France a le plus gros risque de cancer du sein au monde https://environnementsantepolitique.fr/2024/11/29/56538/