Quel impact des micro- et nano-plastiques sur la santé humaine ?
Anne-Gaëlle Moulun |
03 Décembre 2024 https://www.jim.fr/viewarticle/quel-impact-des-micro-et-nano-plastiques-santé-humaine-2024a1000m22?ecd=wnl_all_241203_jim_daily-doctor_etid7051355&uac=368069PV&impID=7051355&sso=true
Paris – En vue de préparer un traité international sur la réduction de la pollution plastique, l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) a présenté les conclusions d’une audition publique sur son impact sur différents aspects de la santé humaine [ 1].
Forte augmentation de la production mondiale de plastiques
Alors que s’est tenu le dernier cycle de négociations sur le futur traité international visant à supprimer la pollution plastique (du 25 novembre au 1er décembre en Corée du Sud), « nous avons souhaité entendre les principaux experts français et mondiaux sur l’impact des plastiques sur la santé humaine », explique le député Les Démocrates Philippe Bolo, rapporteur de la mission de l’OPECST sur le sujet.
L’audition a d’abord permis de mettre en évidence une forte augmentation de la production de plastiques. « Elle a doublé au cours des 20 dernières années et devrait dépasser les 500 millions de tonnes en 2024, ce qui représente environ 60 kg par terrien. Selon les projections de l’OCDE, la production de plastiques devrait atteindre 750 millions de tonnes en 2040 et dépasser un milliard de tonnes avant 2050 », détaille-t-il.
Très peu de déchets plastique recyclés
Parmi ces plastiques, 32 % sont utilisés pour des emballages. « La production de plastiques reste donc majoritairement destinée à un usage unique », souligne l’élu. Les déchets plastiques suivent également logiquement cette même courbe croissante : ils devraient passer de 360 millions de tonnes en 2020 à 617 millions en 2040. Or, très peu de déchets sont réellement recyclés, même dans les pays les plus avancés en termes de collecte, de tri et de traitement.
Ainsi, en France en 2018, sur les 3,6 millions de tonnes de déchets plastiques produits, seul 0,6 million de tonnes a été réellement recyclé, soit 17 %. Au niveau mondial, c’est moins de 10 % des déchets plastiques qui sont recyclés. En 2020, les déchets plastiques qui finissent dans l’environnement représentaient 81 millions de tonnes, soit 22 % du total.
« Au-delà des déchets, cela entraîne une pollution aux microplastiques et aux nanoplastiques, issus de leur fragmentation. Tous les milieux sont touchés : les mers, les fleuves, les sols, l’air et même les organismes vivants », alerte le député.
Difficultés méthodologiques
Or, la mesure de l’impact de ces plastiques sur la santé se heurte à des difficultés méthodologiques liées à la grande variété de composition, de taille et de forme des plastiques. Néanmoins, l’Association française de normalisation s’est penchée sur le sujet, ce qui a permis d’établir une norme de caractérisation des microplastiques dans l’eau servant de référence au niveau international.
« Il est également très difficile de savoir ce que nous ingérons. Une étude menée en 2019 avait estimé que l’absorption de plastiques par les humains était de 5 g par semaine, soit l’équivalent d’une carte de crédit [ 2]. Depuis, d’autres études ont revu ces données à la baisse, sans parvenir à un consensus », développe Philippe Bolo.
Ainsi, des travaux récents, conduits dans 109 pays industrialisés et en développement, ont montré une forte exposition, évaluée à 500 mg par jour, dans les pays d’Asie du Sud-Est en raison essentiellement de la consommation de fruits de mer [ 3].
Les nanoplastiques sont quant à eux encore plus difficiles à quantifier. Une revue bibliographique de 2023 a néanmoins mis en évidence la présence de nanoplastiques dans certains aliments comme le thé ou le riz.
Une autre étude (à confirmer) a conclu pour sa part que l’eau contenu dans les bouteilles plastiques présente 250 000 particules par litre, dont 90 % de nanoplastiques [ 4]. Or, ces particules peuvent traverser la barrière intestinale ou l’épithélium pour pénétrer dans la circulation sanguine et atteindre de nombreux organes (rein, testicules, placenta, cerveau, etc.). (Lire Bouteilles d’eau : des chercheurs mettent à jour le monde jusque-là inconnu des nanoplastiques)
Modifications du microbiote
Par ailleurs, les microplastiques s’accumulent dans les organes. Ainsi, la quantité de plastique dans le poumon augmente avec l’âge, ce qui suggère que des particules peuvent persister dans l’organisme sans être éliminées. Les conséquences sur la santé sont encore mal connues, mais il a été montré que l’exposition aux plastiques semble entraîner des modifications dans la composition du microbiote intestinal. Des bactéries apparaissent à la fois chez l’adulte et l’enfant telles que les pathobiontes (sous-types de bactéries commensales dont le potentiel est délétère, RDLR), qui peuvent contribuer à une dysbiose du microbiote intestinal.
Par ailleurs, une diminution du butyrate, un acide gras à chaîne courte (AGCC) très bénéfique, a été observée chez l’enfant. Les nanoplastiques inhalés peuvent quant à eux perturber les mécanismes de clairance mucociliaire de l’appareil respiratoire.
La toxicité des particules plastiques inhalées a été démontrée dès les années 1970 auprès de travailleurs de l’industrie du flocage. Certains d’entre eux ont développé des altérations de la fonction pulmonaire, un essoufflement, des inflammations, des fibroses et même pour certains des cancers du poumon. Les mêmes symptômes ont été observés auprès de travailleurs dans l’industrie du textile et du PVC.
Par ailleurs, une étude publiée récemment dans le New England Journal of Medicine a mesuré la quantité de microplastiques prélevés au niveau de la plaque carotidienne sur plus de 300 patients ayant subi une chirurgie carotidienne [ 5]. Elle a mis en évidence un risque d’infarctus du myocarde 4,53 plus élevé, et potentiellement plus d’accident vasculaire cérébral, voire de mort, chez les personnes qui présentaient les plus forts taux de micro- et nanoplastiques.
Un impact sanitaire élevé
La dangerosité des plastiques est aussi liée aux substances chimiques qu’ils contiennent. Une revue générale scientifique s’est penchée sur l’impact sur la santé de trois substances chimiques utilisées quasiment exclusivement dans les plastiques [ 6] : les polybromodiphényléthers (PBDE), utilisés comme retardateurs de flamme dans les produits textiles ou électroniques ; le bisphénol A (BPA), utilisé pour le revêtement des boîtes de conserve et des canettes ; les phtalates et en particulier le DEHP – phtalate de bis(2-éthylhexyle) utilisés notamment pour rendre le plastique plus souple.
Elle a mis en évidence des preuves épidémiologiques solides établissant des liens entre l’exposition du fœtus aux PBDE pendant la grossesse et un poids faible à la naissance, un retard ou une altération du développement cognitif chez l’enfant ou encore une perte de quotient intellectuel (QI). Des preuves statistiquement significatives de perturbation endocrinienne liée au fonctionnement du système hormonal thyroïdien chez l’adulte ont également été mises en évidence.
Le BPA est quant à lui lié à des malformations génitales chez les nouveau-nés filles exposées au BPA dans l’utérus, avec le diabète de type 2 chez les adultes et la résistance à l’insuline, ainsi qu’avec le syndrome ovarien polykystique chez les femmes. L’exposition au BPA augmente également le risque d’obésité et d’hypertension chez les enfants comme chez les adultes ainsi que le risque de maladies cardiovasculaires chez les adultes.
Enfin, la revue générale établit des liens entre l’exposition au DEHP et des fausses couches, des malformations génitales chez les nouveau-nés garçons, un retard ou une altération de développement cognitif chez l’enfant, la perte de QI, un retard du développement psychomoteur, une puberté précoce chez les jeunes filles et d’endométriose chez les jeunes femmes.
L’exposition au DEHP a également de multiples effets sur la santé cardiométabolique, notamment la résistance à l’insuline, l’obésité ou encore l’augmentation de la pression artérielle.
Les coûts économiques liés à l’impact sanitaire de ces trois substances ont été évalués à 675 milliards de dollars aux États-Unis [ 7].
Pour le député Philippe Bolo, la solution à cette pollution plastique est nécessairement internationale. « Il faut obtenir un traité ambitieux et juridiquement contraignant pour réduire la production de plastiques estime-t-il ». L’OPESCT a ainsi formulé 9 recommandations destinées aux négociateurs du traité. « Les dégâts sont déjà là, il faut agir pour préserver la santé humaine », conclut-il.
Cet article a été initialement publié sur Medscape.fr qui appartient au même groupe que le JIM.
LIENS
- Les micro et nanoplastiques découverts dans les artères sont de nouveaux facteurs de risque CV
- Bouteilles d’eau : des chercheurs mettent à jour le monde jusque-là inconnu des nanoplastiques
- Les microplastiques s’accumulent dans le foie cirrhotique
- Des microplastiques jusque dans les poumons
Bouteilles d’eau : des chercheurs mettent à jour le monde jusque-là inconnu des nanoplastiques
Stéphanie LavaudAUTEURS ET DÉCLARATIONS
12 janvier 2024
France – Grâce à une nouvelle technique microscopique, des chercheurs américains mettent en évidence la présence de 100 000 molécules de nanoplastiques par litre d’eau dans les bouteilles en plastique, lesquelles peuvent, de par leur taille, pénétrer dans le sang, les cellules et le cerveau. Ces nanoparticules sont susceptibles de présenter des effets potentiellement toxiques sur la santé, ce qui n’est pas sans inquiéter. L’étude vient d’être publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences [1].
Découvrir le monde inconnu des nanoplastiques
Ces dernières années, on s’inquiète de plus en plus de la présence de minuscules particules appelées microplastiques un peu partout sur Terre, de la glace polaire au sol, en passant par l’eau potable et les aliments. Formées lorsque les plastiques se décomposent en morceaux de plus en plus petits, ces particules sont consommées par l’homme et d’autres êtres, avec des effets potentiels inconnus sur la santé et l’écosystème. Il en a été retrouvé dans différents organes ces dernières années, notamment les poumons et le foie. Il s’agissait à chaque fois de macroplastiques (voir encadré ci-dessous). En ce qui concerne l’être humain, la question de leur présence préoccupe depuis qu’une étude publiée en 2018 a montré que sur 259 bouteilles examinées issues de 9 pays différents, 93% montraient des signes de contamination [2] ***. https://www.frontiersin.org/journals/chemistry/articles/10.3389/fchem.2018.00407/full
L’originalité de ce travail est de s’être intéressé, grâce à une nouvelle méthode de spectrométrie plus pointue, au monde mal connu des nanoplastiques (voir encadré ci-dessous), issus de la décomposition des microplastiques. Pour la première fois, des chercheurs américains – notamment des biophysiciens et des chimistes – ont compté et identifié ces minuscules particules dans l’eau en bouteille. Ils ont constaté qu‘en moyenne, un litre contenait quelque 240 000 fragments de plastique détectables, soit 10 à 100 fois plus que les estimations précédentes, qui se basaient principalement sur des tailles plus importantes.
Les microplastiques sont définis comme des fragments allant de 5 millimètres à 1 micromètre, soit 1 millionième de mètre. (Un cheveu humain mesure environ 70 micromètres). Les nanoplastiques, qui sont des particules inférieures à 1 micromètre, sont mesurés en milliardièmes de mètre.
Contrairement aux microplastiques, les nanoplastiques sont si petits qu’ils peuvent traverser les intestins et les poumons directement dans la circulation sanguine et, de là, atteindre des organes tels que le cœur et le cerveau ou encore le fœtus via le placenta.
***Bouteilles d’eau : des chercheurs mettent à jour le monde jusque-là inconnu des nanoplastiques
Stéphanie Lavaud
12 janvier 2024 https://francais.medscape.com/voirarticle/3610964
France – Grâce à une nouvelle technique microscopique, des chercheurs américains mettent en évidence la présence de 100 000 molécules de nanoplastiques par litre d’eau dans les bouteilles en plastique, lesquelles peuvent, de par leur taille, pénétrer dans le sang, les cellules et le cerveau. Ces nanoparticules sont susceptibles de présenter des effets potentiellement toxiques sur la santé, ce qui n’est pas sans inquiéter. L’étude vient d’être publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences [1].
Découvrir le monde inconnu des nanoplastiques
Ces dernières années, on s’inquiète de plus en plus de la présence de minuscules particules appelées microplastiques un peu partout sur Terre, de la glace polaire au sol, en passant par l’eau potable et les aliments. Formées lorsque les plastiques se décomposent en morceaux de plus en plus petits, ces particules sont consommées par l’homme et d’autres êtres, avec des effets potentiels inconnus sur la santé et l’écosystème. Il en a été retrouvé dans différents organes ces dernières années, notamment les poumons** et le foie.* Il s’agissait à chaque fois de macroplastiques (voir encadré ci-dessous). En ce qui concerne l’être humain, la question de leur présence préoccupe depuis qu’une étude publiée en 2018 a montré que sur 259 bouteilles examinées issues de 9 pays différents, 93% montraient des signes de contamination [2].
L’originalité de ce travail est de s’être intéressé, grâce à une nouvelle méthode de spectrométrie plus pointue, au monde mal connu des nanoplastiques (voir encadré ci-dessous), issus de la décomposition des microplastiques. Pour la première fois, des chercheurs américains – notamment des biophysiciens et des chimistes – ont compté et identifié ces minuscules particules dans l’eau en bouteille. Ils ont constaté qu’en moyenne, un litre contenait quelque 240 000 fragments de plastique détectables, soit 10 à 100 fois plus que les estimations précédentes, qui se basaient principalement sur des tailles plus importantes.
Les microplastiques sont définis comme des fragments allant de 5 millimètres à 1 micromètre, soit 1 millionième de mètre. (Un cheveu humain mesure environ 70 micromètres). Les nanoplastiques, qui sont des particules inférieures à 1 micromètre, sont mesurés en milliardièmes de mètre.
Contrairement aux microplastiques, les nanoplastiques sont si petits qu’ils peuvent traverser les intestins et les poumons directement dans la circulation sanguine et, de là, atteindre des organes tels que le cœur et le cerveau ou encore le fœtus via le placenta.
« Auparavant, il s’agissait d’une zone obscure, inexplorée. Les études de toxicité ne faisaient que deviner ce qu’il y avait là-dedans », a déclaré Beizhan Yan, coauteur de l’étude et chimiste de l’environnement à l’Observatoire de la Terre Lamont-Doherty de l’université de Columbia dans un communiqué de l’université [3]. « Cette étude ouvre une fenêtre qui nous permet d’observer un monde auquel nous n’étions pas exposés auparavant ».
Auparavant, il s’agissait d’une zone obscure, inexplorée. Les études de toxicité ne faisaient que deviner ce qu’il y avait là-dedans
90 % de nanoplastiques
La nouvelle étude utilise une technique appelée microscopie à diffusion Raman* stimulée, qui a été inventée par le coauteur de l’étude, Wei Min, biophysicien à Columbia. Cette technique consiste à sonder des échantillons à l’aide de deux lasers simultanés qui sont réglés pour faire résonner des molécules spécifiques.
*La spectroscopie Raman et la microspectroscopie Raman sont des méthodes non destructives d’observation et de caractérisation de la composition moléculaire et de la structure externe d’un matériau, qui exploitent le phénomène physique selon lequel un milieu modifie légèrement la fréquence de la lumière y circulant.
Les chercheurs ont testé trois marques populaires d’eau en bouteille vendues aux États-Unis, en analysant les particules de plastique d’une taille allant jusqu’à 100 nanomètres seulement. Ils ont repéré 110 000 à 370 000 particules de plastique par litre, dont 90 % étaient des nanoplastiques – invisibles par les techniques d’imagerie classique – , le reste étant des microplastiques. Ils ont également déterminé lequel des sept plastiques spécifiques il s’agissait.
Le plus abondant est le polyamide, un type de nylon. Ironiquement, selon Beizhan Yan, cela provient probablement des filtres en plastique utilisés pour soi-disant purifier l’eau avant qu’elle ne soit mise en bouteille [2]. Puis vient le polyéthylène téréphtalate (PET), ce qui n’a rien d’étonnant, puisque c’est avec ce matériau que sont faites de nombreuses bouteilles d’eau mais également d’autres contenants alimentaires. Enfin les chercheurs ont trouvé d’autres plastiques courants, en l’occurrence du polystyrène, du chlorure de polyvinyle et du polyméthacrylate de méthyle, tous utilisés dans divers processus industriels.
Ce n’est pas la taille qui compte mais le nombre
Ce qui est plus inquiétant, c’est que les sept types de plastique recherchés par les chercheurs ne représentaient qu’environ 10 % de toutes les nanoparticules trouvées dans les échantillons et qu’ils n’ont aucune idée de ce que sont les autres. S’il s’agit de toutes les nanoparticules, leur nombre pourrait s’élever à des dizaines de millions par litre. Mais il pourrait s’agir de presque n’importe quoi, « ce qui indique la composition complexe des particules à l’intérieur d’un échantillon d’eau apparemment simple », écrivent les auteurs.
Les chercheurs vont maintenant au-delà de l’eau en bouteille. « Il existe un vaste monde de nanoplastiques à étudier », a déclaré M. Min. Il note qu’en termes de masse, les nanoplastiques sont bien moins nombreux que les microplastiques, mais « ce n’est pas la taille qui compte. Ce sont les chiffres qui comptent, car plus les choses sont petites, plus elles peuvent facilement pénétrer en nous ».
Plus les choses sont petites, plus elles peuvent facilement pénétrer en nous
L’équipe prévoit notamment d’étudier l’eau du robinet, qui contient également des microplastiques, mais dans une proportion bien moindre que l’eau en bouteille.
L’étude a été cosignée par Xin Gao et Xiaoqi Lang du département de chimie de Columbia, Huipeng Deng et Teodora Maria Bratu de Lamont-Doherty, Qixuan Chen de l’école de santé publique Mailman de Columbia et Phoebe Stapleton de l’université Rutgers.
Voir aussi:
https://francais.medscape.com/voirarticle/3608842?_gl=11d8gguf_gcl_au*MTMxNTMzMzg0MC4xNzI4MTQwMDMw
*Les microplastiques s’accumulent dans le foie cirrhotique
Dr Nicola Siegmund-SchultzeAUTEURS ET DÉCLARATIONS
26 juillet 2022 https://francais.medscape.com/voirarticle/3608842#vp_1
Berlin, Allemagne – Des microplastiques ont été détectés pour la première fois dans des foies humains, et plus précisément des foies greffés pour cause de cirrhose. En revanche, aucune particule de microplastique n’a été retrouvée dans des foies sains ayant fait l’objet d’une autopsie[1].
Une explication possible de cette accumulation locale serait que l’hypertension dans la veine porte, qui s’observe en cas de cirrhose, et la modification de la perméabilité intestinale qui en résulte entraînent une absorption accrue de particules de microplastiques. Ces particules pourraient à leur tour favoriser les processus inflammatoires et donc aggraver la fibrose hépatique.
La pollution de l’environnement par les microplastiques (MP) est un problème mondial. Un contact, même involontaire, avec ces substances ne peut être évité, et elles ont déjà été détectés dans le sang et les selles des humains. Plus récemment, de telles microparticules ont été trouvées dans les poumonsmais aussi dans le placenta et le méconium de patientes de la Charité de Berlin après une césarienne[2 ,3]. Elles contenaient du polyéthylène, du polypropylène, du polystyrène et du polyuréthane. Selon les chercheurs, les microparticules pourraient également entrer dans l’organisme à l’occasion d’interventions chirurgicales[2].
Jusqu’à présent, on ignorait si les microplastiques s’accumulaient dans le foie et si une cirrhose favorisait ce processus. Une équipe de gastro-entérologues et de médecins légistes de l’hôpital universitaire de Hambourg-Eppendorf s’est penchée sur la question [1].
Conception de l’étude
Le matériel a été constitué d’échantillons de tissus provenant des foies explantés de 6 receveurs atteints d’une cirrhose, et de foies de 5 personnes autopsiées qui ne souffraient pas d’une pathologie hépatique, ainsi que des échantillons de tissus rénaux et spléniques de ces personnes.
La méthode a consisté à identifier et analyser des MP (4-30 μm) après combinaison de coloration au rouge du Nil et de microscopie de fluorescence, avec analyse du matériel par spectroscopie Raman.
Principaux résultats
– Aucune particule de microplastique n’a été détectée dans les échantillons tissulaires des personnes décédées dont le foie était sain, ou alors en très faible quantité (maximum 1 à 2 particules/g de tissu).
- On a trouvé en moyenne 8,3 particules/g de tissu (4,6 – 11,9) dans les foies cirrhotiques.
- Les MP étaient constitués de 6 matières plastiques différentes :
- polystyrène,
- polychlorure de vinyle (PVC),
- polyéthylène téréphtalate (PET),
- polyméthacrylate de méthyle (PMMA),
- polyoxyméthylène (POM) et
- polypropylène (PP).
Les chercheurs voient dans les résultats de leur étude une preuve de l’hypothèse selon laquelle la cirrhose favorise l’accumulation de microparticules de plastique dans le foie (proof of concept). La cause pourrait être une perturbation de la barrière intestinale. D’un point de vue physiopathologique, la fibrose hépatique progressive entraîne l’apparition d’une hypertension portale et, par conséquent, une perméabilité accrue de la paroi intestinale.
Dans le foie, les MP pourraient à leur tour favoriser les processus inflammatoires, ce qui stimulerait encore plus la fibrose.
D’après les auteurs, les résultats de cette étude devraient donner lieu à de nouvelles recherches sur les mécanismes de cause à effet de l’accumulation de plastique dans le foie, en particulier chez les patients atteints de maladies gastro-intestinales chroniques.
L’étude a été financée par des fonds publics.
Cet article est une traduction/adaptation par Claude Leroy d’un article de Nicola Siegmund-Schultze publié initialement sur Univadis et intitulé Mikroplastik reichert sich in der Leber von Zirrhosepatienten an
LIENS
**Des microplastiques jusque dans les poumons
Marine CyglerAUTEURS ET DÉCLARATIONS
20 avril 2022 https://francais.medscape.com/voirarticle/3608437
Hull, Royaume-Uni – Après avoir constaté la présence de microplastiques dans les poumons d’individus en vie, des scientifiques britanniques de l’université de Hull (Angleterre) considèrent que les microfragments constituent une bien plus grande menace qu’on ne pensait jusqu’à présent. Ils en ont identifiés dans la totalité du poumon, avec des niveaux significativement plus élevés dans les lobes inférieurs. Pour eux, l’inhalation peut être maintenant considérée comme un facteur de risque pour la santé respiratoire dont il est nécessaire d’investiguer les effets dans de nouvelles études. Publiée dans Science of the Total Environment , leur étude a analysé du tissu pulmonaire prélevé sur des patients du Castle Hill Hospital de Cottingham [1].
Polypropylène et polythéréphtalate d’éthylène
Dans cette étude, 39 microplastiques de 11 échantillons de tissu pulmonaire (sur 13) ont été analysés grâce à la microspectroscopie infrarouge à transformée de Fourier (µFTIR). D’après les scientifiques, cette méthodologie permet d’obtenir des résultats plus précis qu’avec les précédents tests de laboratoire. L’étude a détecté 11 microplastiques dans les lobes supérieurs, 77 dans le lobe intermédiaire et 21 dans les lobes inférieurs. Parmi eux, 12 polymères ont été identifiés dont les plus fréquents étaient le polypropylène (23%), le polythéréphtalate d’éthylène (18%) ainsi que de la résine (15%). Leur provenance : les emballages, les bouteilles, les vêtements, les cordes et ficelles…
Des microplastiques jusqu’à la taille minuscule de 4 μm ont été découverts mais les scientifiques ont eu aussi la surprise de trouver des échantillons de plus de 2mm dans tous les prélèvements pulmonaires, en majorité sous forme de fibres fragmentées. Les taux de plastique étaient considérablement plus élevés chez les hommes que chez les femmes.
Laura Sadofsky, qui a dirigé ce travail, rappelle que « des microplastiques ont déjà été trouvés dans les poumons humains lors d’autopsie. Mais c’est la première étude robuste qui prouve qu’il y en a dans les poumons de personnes en vie ». « Elle montre en plus que ces microplastiques se logent en particulier dans les parties inférieures des poumons, là où les voies respiratoires sont tellement étroites qu’on n’imaginait pas qu’il serait possible d’y pénétrer. Et pourtant on en trouve », poursuit-elle.
https://www.frontiersin.org/journals/chemistry/articles/10.3389/fchem.2018.00407/full
Poursuivre les investigations
« Caractériser le type et la quantité des microplastiques présents dans les poumons permet une vision réaliste pour les expériences d’exposition en laboratoire quand nous cherchons à déterminer les impacts sur la santé des microplastiques », a indiqué Laura Sadofsky, qui exerce comme maîtresse de conférence en médecine respiratoire à la Hull York Medical School.
Suite à ce travail, cette même équipe a réalisé une étude dans la région de Humber où elle a enregistré des concentrations élevées en microplastiques dans l’air. Publiés dans le journal Atmosphere , les résultats ont mis en évidence la présence de résines provenant probablement de la dégradation du revêtement des routes, des peintures de marquage au sol ou des pneus, mais aussi des fibres de polyéthylène [2].
L’article a été publié initialement sur Medscape.co.uk sous l’intitulé “Scientists Find Microplastics in Human Lung Tissue». Traduit/adapté par Marine Cygler.
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LIENS
- Dans l’Actu : cancérogènes, produits chimiques et intoxication au plomb
- Pollution de l’air : deuxième cause de cancer du poumon
- Décarboner l’hôpital : les médecins y sont de plus en plus favorables
Les micro et nanoplastiques découverts dans les artères sont de nouveaux facteurs de risque CV
Sue HughesAUTEURS ET DÉCLARATIONS
15 mars 2024
Naples, Italie – Selon une nouvelle étude, les patients présentant une plaque d’artère carotide dans laquelle des microplastiques et des nanoplastiques ont été détectés courent un risque plus élevé de décès ou d’événements cardiovasculaires majeurs que ceux dont les plaques ne contenaient pas de particules.
Un risque 4 fois plus élevé d’événements CV
C’est la première étude à montrer que des particules de plastique sont présentes dans les plaques d’athérome, mais la découverte la plus importante est que cela est lié à un risque quatre fois plus élevé d’événements cardiovasculaires, a déclaré à theheart.org | Medscape Cardiology le Dr Antonio Ceriello au IRCCS MultiMedica, Milan (Italie), co-auteur de l’étude.
« Je pense que nous avons démontré que les plastiques constituent un nouveau facteur de risque de maladie cardiovasculaire », a-t-il déclaré. « Et si les plastiques nous ont facilité la vie à bien des égards, il semble que le prix à payer pour cela soit un raccourcissement de notre vie. Ce n’est pas un bon équilibre. »
L’étude a porté sur 304 patients ayant subi une endartériectomie carotidienne pour une maladie asymptomatique de l’artère carotide, dont les échantillons de plaque excisée ont été analysés pour détecter la présence de microplastiques et de nanoplastiques, qui ont finalement été trouvés chez près de 60 % des patients.
Après un suivi moyen de 34 mois, les patients chez lesquels des microplastiques et des nanoplastiques ont été détectés dans l’athérome présentaient un risque 4,5 fois plus élevé pour le critère composite de décès toutes causes confondues, d’infarctus du myocarde ou d’accident vasculaire cérébral que ceux chez lesquels ces substances n’ont pas été détectées (rapport de risque [RR], 4,53 [2,00-10,27] ; p < 0,001).
L’étude, dirigée par le Dr Raffaele Marfella, de l’université de Campanie Luigi Vanvitelli, à Naples (Italie), a été publiée dans le New England Journal of Medicine le 7 mars 2024.
Les chercheurs affirment que l’étude ne prouve pas la causalité et que de nombreux autres facteurs de confusion non mesurés auraient pu contribuer aux résultats.
Cependant, le Dr Ceriello a noté que de nombreux facteurs de risque importants, tels que le diabète, l’hypertension et la dyslipidémie, ont été pris en compte.
« Dans cette étude, tous les patients impliqués présentaient un risque élevé d’événements cardiovasculaires et étaient bien traités avec des statines et des antithrombotiques, de sorte que la relation entre la présence de particules plastiques dans la plaque d’athérome et les événements cardiovasculaires a été observée en plus d’un bon traitement préventif », a-t-il déclaré.
« Bien que nous ne puissions pas affirmer avec certitude que nous avons démontré une relation de cause à effet, nous avons trouvé un effet important et il existe de nombreuses publications qui le confirment. Nous savons que les particules de plastique peuvent pénétrer dans les cellules et agir au niveau des mitochondries pour augmenter la production de radicaux libres et produire une inflammation chronique qui est à la base de l’athérosclérose », a ajouté le Dr Ceriello.
Une relation de cause à effet fortement suggérée
Dans un commentaire pour theheart.org | Medscape Cardiology, le docteur Philip Landrigan, auteur d’un éditorial accompagnant la publication de l’étude dans le NEJM, a qualifié le lien de « fortement suggestif ».
« Comme il s’agit d’une seule étude d’observation, elle ne prouve pas le lien de cause à effet, mais je pense qu’elle suggère fortement une relation de cause à effet », a-t-il déclaré. « Bien qu’il puisse y avoir d’autres facteurs de confusion en jeu, il m’est difficile d’imaginer qu’ils puissent expliquer un rapport de risque de 4,5, ce qui représente une augmentation importante et alarmante en seulement trois ans.
Le Dr Landrigan, qui est directeur du Program for Global Public Health and the Common Good au Boston College, souligne que, bien que l’on ne sache pas quelles autres expositions ont pu contribuer à l’évolution défavorable des patients dans cette étude, la découverte de microplastiques et de nanoplastiques dansla plaque d’athérome est en soi une découverte révolutionnaire qui soulève une série de questions urgentes : « L’exposition aux microplastiques et aux nanop plastiques doit-elle être considérée comme un facteur de risque cardiovasculaire ? Quels organes, outre le cœur, peuvent être menacés ? Comment réduire l’exposition ? »
Le professeur Landrigan a déclaré qu’il n’était pas surpris que des particules de plastique aient été trouvées dans les plaques carotidiennes. « Des études antérieures ont révélé la présence de microplastiques dans d’autres tissus, notamment les poumons, le côlon et le placenta. Aujourd’hui, on les retrouve dans la paroi des vaisseaux », a-t-il déclaré. « Mais ce qui est vraiment frappant dans cette étude, c’est qu’elle suggère que la présence de ces particules de plastique cause de graves dommages. »
Selon lui, il s’agit là d’un signal d’alarme. « Elle nous dit que nous devons nous préoccuper de la quantité de plastique présente dans notre environnement. Et ce n’est pas un problème qui se posera plus tard, c’est un problème qui nous affecte maintenant. »
Le professeur Landrigan a expliqué que les particules de plastique sont absorbées par l’organisme principalement par ingestion, par exemple en buvant dans des bouteilles en plastique ou en mangeant des aliments emballés dans du plastique. Selon lui, il est particulièrement dommageable d’utiliser des récipients en plastique pour réchauffer des aliments au micro-ondes, car le fait de chauffer le plastique fait pénétrer les particules dans les aliments. « Cela augmente vraiment l’exposition. »
Une production de plastique qui risque de tripler d’ici 2060
Il note que les plastiques sont souvent déjà présents dans les aliments eux-mêmes, en particulier les fruits de mer.
« Les plastiques sont déversés dans l’océan, ils se décomposent et sont ramassés par les poissons. En particulier si vous mangez des poissons au sommet de la chaîne alimentaire, comme le thon, ou si vous mangez des huîtres ou des moules qui sont des filtreurs, vous êtes plus susceptibles d’ingérer des microplastiques. »
Toutefois, le professeur Landrigan a déclaré qu’il ne déconseillait pas la consommation de poisson en général. « Le thon ou d’autres poissons prédateurs peuvent poser des problèmes, mais le poisson en général est bon pour nous, et les poissons comme le saumon, qui ont un régime principalement végétarien, sont probablement plus sûrs à cet égard. »
L’autre voie est l’inhalation, ces petites particules de plastique étant largement présentes dans l’air, à partir de sources telles que les pneus des véhicules qui s’abrasent en roulant sur l’autoroute.
Bien qu’il soit impossible d’éviter complètement l’ingestion de plastique, le professeur Landrigan affirme que les individus peuvent s’efforcer de réduire leur exposition.
« Les gens peuvent faire des choix intelligents à la maison sur ce qu’ils achètent pour eux-mêmes et leur famille, et ils peuvent agir dans leur environnement local et sur leur lieu de travail pour essayer de réduire les plastiques.
Il note que 40 % de tous les plastiques actuellement fabriqués sont des plastiques à usage unique, et que ce pourcentage augmente, la production mondiale de plastique étant en passe de doubler d’ici 2040 et de tripler d’ici 2060, et la majeure partie de cette croissance rapide étant constituée de plastiques à usage unique.
« Nous sommes tous des citoyens au sens large et nous devons nous informer et faire pression sur nos élus pour qu’ils élaborent un cadre juridiquement contraignant qui plafonnera la production de plastique », a conclu le Pr Landrigan.
Cet article a été traduit de Medscape.com en utilisant plusieurs outils éditoriaux, y compris l’IA, dans le cadre du processus. Le contenu a été revu par la rédaction avant publication.
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