Quelle jeu joue « Doctolib » par rapport à « Mon espace santé » de l’assurance maladie ?

DOCTOLIB ET MON ESPACE SANTÉ : COMPÉTITION OU COMPLÉMENTARITÉ ?

par Kern Consulting | 28 novembre 2024 | Assurance

https://www.kern-consulting.fr/doctolib-et-mon-espace-sante-competition-ou-complementarite/#_ftn2

‘Doctolib, Ameli, Mon espace santé… Les patients s’emparent des services numériques’ indiquait en début d’année le Figaro-Economie. [1]

Nous vous avions déjà présenté ‘Mon espace santé’ le service numérique personnel et sécurisé, proposé par l’Assurance maladie et le ministère de la Santé. Grâce à une plateforme en ligne sécurisée l’objectif et de vous permettre de stocker et d’accéder rapidement à toutes vos informations médicales. 

(Cf. nos articles précédents)

EVOLUTIONS DE ‘MON ESPACE SANTÉ’

Lancé début 2022, le service fête ses 2 ans, avec plus de 12 millions de Français l’ayant activé. Il absorbe chaque année près de 300 millions de documents de santé. Près d’un tiers des utilisateurs ont rempli leur profil médical qui peut être partagé avec leurs professionnels de santé et un document de santé sur deux est désormais directement envoyé vers ‘Mon espace santé’.

Des évolutions sont apportées en continu pour améliorer l’expérience des utilisateurs et simplifier leurs parcours de soins et de nouveaux services viennent progressivement enrichir l’offre.

Nous noterons plus particulièrement :

  • La possibilité de recevoir des messages de prévention personnalisés en fonction d’un profil personnel établi sur ce carnet de santé en ligne.
  • Un agenda qui permet de retrouver et d’être notifié de vos rendez-vous pour des examens importants, principalement des rappels personnalisés des principaux rendez-vous de santé et de prévention.
  • La possibilité de préparer les examens liés aux bilans aux âges clés, soit 18, 45, 60, et 70 ans. Avec la création en 2023 de ces bilans, l’Assurance maladie incite les patients à faire un point d’étape avec un de leurs professionnels de santé. Pour faciliter leur préparation, les patients concernés reçoivent en amont un formulaire qui leur permet de préremplir les réponses aux différentes questions.
  • L’envoi des ordonnances à la pharmacie : ‘Mon espace santé’ intègre une messagerie sécurisée pour les patients. Les professionnels de santé sont tenus d’utiliser ce type d’outil pour sécuriser les informations de santé qui transitent par messages. Les patients peuvent maintenant initier d’eux-mêmes un échange via ce canal dans le cas de l’envoi électronique d’une ordonnance vers leur pharmacie. L’officine peut ainsi éventuellement préparer ou commander certains produits qui figurent sur l’ordonnance. Cela évite les envois non sécurisés par boîte mail classiques. Cette fonctionnalité répond à un usage concret pour les patients dans leur quotidien et vient renforcer le rôle de ‘Mon espace santé’ pour sécuriser les données de santé des usagers. Reste à savoir si les pharmacies vont collaborer et utiliser ce canal de communication alors qu’elles sont parfois habituées à d’autres outils, bien que pas forcément aussi sécurisés.

Toutes ces fonctionnalités viennent compléter celles déjà disponibles : accès à votre profil médical, votre dossier médical partagé, une messagerie sécurisée de santé afin de dialoguer avec des professionnels de santé.

Qui veut la peau de Mon espace santé ?

(Communiqué de France Assos Santé)

05/12/2024

https://toute-la.veille-acteurs-sante.fr/227468/qui-veut-la-peau-de-mon-espace-sante-communique/

Émis par : France Assos Santé

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Devra-t-on bientôt composer avec deux carnets de santé numériques, un public et un privé ? C’est en tout cas le projet de Doctolib. Or les données de santé ne sont pas un terrain de chasse. Des associations de patients et d’usagers de santé s’élèvent contre cette perspective et appellent les pouvoirs publics à accélérer le développement de Mon espace santé.

Jamais tribune non publiée n’aura fait autant parler d’elle ! Suite à l’annonce par Doctolib, et par voie de presse, du lancement prochain de « Santé », rubrique compilant les documents des utilisateurs de la plateforme, France Assos Santé et des associations de patients et d’usagers du système de santé se sont associées pour rappeler les lignes rouges à ne pas franchir pour garantir un numérique en santé sécurisé et public. Tel était l’objet de cette tribune : alerter.

Doctolib s’est imposé comme un acteur central de la prise de rendez-vous médicaux en ligne en France. Si ce service répond à de nombreux besoins, sa décision de lancer un carnet de santé numérique privé vient concurrencer Mon espace santé, résultat d’années de travail collectif avec les patients, les professionnels de santé et les éditeurs de logiciels.

En 2019, le législateur a créé un droit, pour chaque usager du système de santé, à avoir accès, et gérer, son dossier médical par voie électronique, de manière gratuite, via un service public : c’est l’acte de naissance de Mon espace santé, successeur officiel du Dossier Médical Partagé ou DMP. Développé par le ministère de la Santé et l’Assurance maladie, en concertation avec l’ensemble des acteurs, représentants de patients compris, il bénéficie d’un cadre robuste pour son fonctionnement, en particulier en ce qui concerne la manière dont les données de santé des patients peuvent être partagées ou non, en toute confidentialité. Un décret paru le 24 mai 2024 définit, pour sa part, les conditions d’utilisation de ces données à des fins de prévention.

Aujourd’hui, Mon espace santé s’enrichit chaque mois d’environ 30 millions de documents de santé (soit 1 document produit sur 2) et est utilisé par près de 16 millions de personnes (1 Français sur 5). Néanmoins, il a encore besoin d’être soutenu et optimisé. En outre, des interrogations subsistent toujours quant au parcours des données de santé : qui les collecte et pour en faire quoi ?

A cet égard, l’arrivée imminente de la nouvelle rubrique « Santé » de Doctolib nous inquiète et nous alarme aussi. Et pour cause : peu d’informations ont été fournies lors d’un récent échange avec la direction de la start-up, si ce n’est que les patients pourront rassembler leurs informations santé (traitements, allergies, etc.) sur leur compte et, en fonction, recevoir des conseils de prévention personnalisés, dont certains seront payants.

Alors que l’ensemble des acteurs du secteur travaille de concert depuis des années pour construire un cadre de confiance autour du numérique en santé, conforme aux valeurs de solidarité de notre système de santé, difficile de voir dans le projet de Doctolib un bon signal et de ne pas s’interroger sur ses finalités :

  • Pourquoi créer un carnet de santé bis ?
  • Comment les usagers du système de santé et les professionnels de santé vont-ils se positionner par rapport à ce doublon ?
  • Comment garantir la protection des données et préserver le droit de chaque citoyen à une gestion transparente de ses données sensibles, dans des circuits parallèles ?
  • Quid de l’indépendance des contenus en matière de prévention ?

C’est pourquoi nous, représentants des usagers du système de santé, appelons les pouvoirs publics à réunir autour d’une table tous les acteurs concernés, éditeurs de logiciels compris, pour clarifier les règles et les conditions d’hébergement des données de santé afin de garantir leur sécurisation, et, sans attendre, à booster le développement et les fonctionnalités de Mon espace santé.

Libres de toute pression, les associations de patients tiennent à rappeler leur attachement à un carnet de santé numérique unique, pensé et conçu comme un authentique service public, préservé des appétits financiers.

Créée en mars 2017, France Assos Santé est l’organisation de référence qui porte la voix et défend les intérêts des patients et des usagers du système de santé. Elle regroupe près de 100 associations nationales qui agissent pour la défense des droits des malades, l’accès aux soins pour tous et la qualité du système de santé. Elle forme les 15 000 Représentants des Usagers qui siègent dans les instances hospitalières et de santé publique. Elle prend une part active dans le débat public et porte des propositions concrètes auprès des acteurs institutionnels et politiques pour améliorer le système de santé.

Contact presse : Service communication – communication@france-assos-sante.org

DE NOUVELLES INNOVATIONS POUR DOCTOLIB

En parallèle un autre grand acteur du numérique en santé Doctolib poursuit son développement avec le lancement de nouvelles solutions pour enrichir son offre

  • Une nouvelle messagerie de santé : Doctolib Siilo (qui remplace Doctolib Team).[2] Les professionnels de santé peuvent partager en un clic les informations et documents d’un patient (bilan médical, résultats d’analyse), via large éventail de moyens de communication, incluant les messages, appels vocaux, appels vidéo et notes vocales.
  • Un service de paiement en ligne, les patients qui le souhaitent auront la possibilité d’ajouter leur moyen de paiement directement sur l’application Doctolib.  D’ici la fin de l’année, Doctolib lancera également un paiement ‘mutuelles’ sécurisé pour les professionnels de santé qui pratiquent le tiers-payant.
  • Un gestionnaire de tâches qui permet d’avoir au même endroit une vision globale et centralisée de toutes les tâches administratives et cliniques du cabinet.
  • Doctolib annonce déployer un assistant de consultation basé sur l’intelligence artificielle qui doit permettant au médecin de se concentrer davantage sur son patient. Destiné dans un premier temps aux médecins généralistes et pédiatres, l’assistant utilisera le micro de l’ordinateur du médecin pour « écouter » et « analyser » la conversation avec le patient,  prendra des notes en temps réel et retranscrira fidèlement l’échange entre le soignant et le patient, pour ensuite générer une synthèse structurée reprenant les éléments classiques : observation, examen clinique, diagnostic, qui sera vérifiée et validée par le médecin. Cette synthèse viendra alimenter automatiquement le dossier du patient dans le logiciel utilisé par le professionnel de santé. Doctolib précise que la discussion n’est pas enregistrée. Cet outil sera progressivement étendu à d’autres spécialités médicales d’ici la fin de l’année.

UNE RAPIDE COMPARAISON 

Doctolib et ‘Mon espace santé’ sont deux plateformes numériques qui jouent un rôle important dans le domaine de la santé en France. Chacune dans une stratégie de développement car le domaine de l’e-santé est en pleine expansion. Bien qu’elles possèdent des objectifs et des fonctionnalités distincts, une forme de concurrence indirecte s’installe de fait entre elles.

Avec des périmètres et des propositions différents mais des cibles similaires, nous constatons des similitudes sur les offres autour de la gestion des rendez-vous médicaux et de la coordination des soins. Alors oui, des zones de concurrence mais aussi et surtout des complémentarités. Par exemple sur l’intégration des services : Doctolib fait partie de la trentaine de services de confiance référencés et qui pourra s’intégrer avec ‘Mon espace santé’ pour transférer automatiquement les informations des consultations et des téléconsultations vers le dossier médical personnel du patient.

Sur la coordination des soins, ‘Mon espace santé’ vise à améliorer la coordination des soins, un domaine où Doctolib peut apporter une valeur ajoutée grâce à ses outils de gestion de cabinet et de prise de rendez-vous.

Mais reste que chacune de ces plateformes possède ses spécificités :

 ‘Mon espace santé’ est avant tout un service public socle du numérique en santé avec une mission forte portée par l’état qui est de supporter l’infrastructure rendant possible le développement de l’e-santé : << … la responsabilité de l’Etat de concevoir et mettre à disposition toute l’infrastructure (Carte vitale, sécurité, interopérabilité…), qui doit permettre aux soignants et aux entrepreneurs d’innover. Cette infrastructure devant garantir la sécurité et la confidentialité des données restant un sujet on ne peut plus important, la puissance publique doit apporter sa garantie sur ces sujets. >>[3]

Pour Doctolib les atouts sont différents. Passé du statut de start-up à celui de plus grosse licorne française [4], Doctolib a gardé cet esprit d’innovation et cherche à proposer sans-cesse le produit le plus simple et efficace pour répondre à un usage. Il revendique être utilisé par 430 000 praticiens et par 90 millions de patients à travers l’Europe.

Avec l’innovation comme moteur, Doctolib a l’objectif de construire le système de santé du futur aux côtés des soignants et des patients. Mais il se doit d’être vigilant, car très exposé sur les problématiques de sécurité et de déontologie. Pour illustration, en 2022, à la suite de polémiques, la plateforme a dû prendre des mesures visant à renforcer ses procédures de vérification et de signalement des professionnels référencés sur son site.

La gestion des données de santé et la fluidification du parcours de soin représentent aujourd’hui des enjeux majeurs, témoignant d’une tendance croissante à l’innovation et à l’amélioration continue des soins médicaux. Si la gestion des données de santé est cruciale, notamment parce qu’elle assure une meilleure coordination entre les différents acteurs du secteur de la santé, elle permet également une prise en charge plus cohérente et efficace des patients. Les données de santé, lorsqu’elles sont bien collectées, traitées et analysées, peuvent révéler des tendances importantes, contribuer à la prévention des maladies, et faciliter la recherche médicale. Ainsi, des solutions pour simplifier le partage de données médicales sont continuellement développées. Mais attention, les données de santé sont des données sensibles et nous devons être vigilants sur ce point. En France avec la CNIL et le RGPD il existe des protections qui s’appliquent également aux opérateurs privés, même si parfois des rappels à l’ordre sont nécessaires.

La concurrence entre Doctolib et Mon Espace Santé repose principalement sur les sujets autour de la prise et du suivi de rendez-vous médicaux. Cependant, les deux plateformes peuvent se compléter en intégrant leurs services pour offrir une expérience utilisateur plus fluide et une meilleure coordination des soins. Les utilisateurs peuvent ainsi bénéficier des points forts de chaque plateforme : la simplicité et l’efficacité des services proposés avec Doctolib et la gestion complète et sécurisée des informations médicales avec Mon Espace Santé.


[1] Marie-Cécile Renault, publié le 05/02/2024 dans le Figaro

[2] Siilo est une entreprise néerlandaise acquise en 2023 par Doctolib qui est déployée dans 28 pays, avec plus de 9 millions de messages échangés chaque mois sur l’application, elle s’est imposée comme la première messagerie de professionnels de santé en Europe

[3] Voir sante.gouv.fr

[4] https://www.usine-digitale.fr/article/doctolib-devient-la-plus-grosse-licorne-francaise.N1796242

Données de santé : une nouvelle application de Doctolib fait débat

Le leader de la prise de rendez-vous médical propose un espace permettant de réunir les données de santé d’un patient. Une offre vue par certains acteurs du secteur comme concurrente de « Mon espace santé », de l’Assurance-maladie. 

Par  et Publié aujourd’hui à 06h00, modifié à 06h08 https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/12/01/donnees-de-sante-une-nouvelle-application-de-doctolib-fait-debat_6423214_3224.html

Temps de Lecture 4 min.

Stanislas Niox-Chateau, cofondateur de Doctolib, à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), le 23 mai 2022.
Stanislas Niox-Chateau, cofondateur de Doctolib, à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), le 23 mai 2022.  JOEL SAGET / AFP

Avec cinquante millions de Français inscrits sur Doctolib, le leader de la prise de rendez-vous médical en ligne est largement scruté dans le monde de la santé.

Mercredi 20 novembre, l’entreprise française a annoncé, comme chaque année, les fonctionnalités qu’elle comptait développer dans les douze prochains mois. Assistant téléphonique virtuel avec de l’intelligence artificielle pour soulager les secrétariats, développement de la messagerie patients-soignants… La polémique est pourtant venue d’une nouveauté qui peut paraître moins révolutionnaire : un onglet, dénommé « Santé », permettant de réunir les données de santé d’un patient, a ranimé les craintes de voir le groupe privé élargir encore sa place dans ce secteur sensible.

Voilà plusieurs décennies que la puissance publique avance sur cette centralisation des données de chaque assuré : appelé « dossier médical personnel », puis « dossier médical partagé », le projet a été relancé par l’Assurance-maladie, depuis 2022, avec le dispositif « Mon espace santé ». Il compte aujourd’hui plus de quinze millions d’utilisateurs.

Lire aussi :  Mon espace santé : ce qu’il faut savoir sur le nouveau dossier médical numérique

De son côté, Doctolib veut encourager les patients à déposer sur sa nouvelle application leurs résultats médicaux, leurs ordonnances, à renseigner leurs antécédents, leurs traitements, leurs allergies, leur carnet de vaccination… Cela doit permettre de faciliter le travail des soignants, clients de la plateforme, mais aussi d’envoyer des messages de prévention personnalisés.

« L’hébergement des données, c’est le service public »

Une démarche concurrentielle ? La question est posée, dans les rangs des médecins, bien que Doctolib s’en défende. « Il ne s’agit pas de privatiser le “carnet de santé numérique” ou de créer un autre coffre-fort numérique. Nos logiciels sont les premiers contributeurs de la plateforme publique “Mon espace santé” », souligne le patron du groupe, Stanislas Niox-Chateau, qui rappelle aussi que l’Etat est l’un de ses premiers actionnaires par le biais de la Banque publique d’investissement.

Reste à savoir si les patients, feront, eux, la « double démarche » de transmettre des informations dans deux espaces numériques. « Nous n’avons aucunement vocation à faire doublon », répond aussi Jean-Urbain Hubau, le directeur général France de Doctolib, en assurant avoir proposé une « interopérabilité à 100 % » au ministère de la santé.

Du côté de l’Assurance-maladie, on s’interroge quand même sur le positionnement de cette offre. « Elle semble très proche de ce que propose “Mon espace santé”, relève Thomas Fatôme, son directeur général. Nous avons toujours considéré comme utile, pertinent et même nécessaire que des acteurs privés et publics soient embarqués dans la même feuille de route sur le numérique en santé, et c’est ce qui se passe, ce qui est très positif. Mais le lieu de référence de l’hébergement des données de santé, c’est le service public, avec “Mon espace santé”, c’est un choix du législateur, et il y a une vraie ambiguïté à en proposer un autre. » Le patron de l’Assurance-maladie fait part de son inquiétude et dit attendre une « clarification » de la part de Doctolib, car « il ne doit pas y avoir concurrence ».

Lire aussi |   Les données de santé, un trésor mondialement convoité

La bataille aurait pu en rester là, si une tribune n’avait pas circulé ces derniers jours dans les cercles médicaux (syndicats de praticiens, associations de patients…), critiquant vertement le risque de « privatisation » du carnet de santé numérique. Le texte, proposé au Monde pour publication, entendait dénoncer, derrière cette nouvelle application, « le risque de valorisation de nos données les plus sensibles », et « de financiarisation de notre système de santé ». Mais, plus que le fond, c’est son auteur et la méthode employée pour donner de l’écho au texte qui ont scandalisé certains destinataires.

La tribune émane en effet de la délégation du numérique en santé (DNS), soit l’administration du ministère de la santé chargée de la question. Selon le courriel que Le Monde a pu consulter, celle-ci a contacté directement des acteurs du monde de la santé pour leur demander s’ils acceptaient de soutenir ce texte qu’elle avait rédigé, sans pour autant apparaître parmi les signataires.

Décryptage :  Sécurité des données, position hégémonique… Faut-il avoir peur de Doctolib ?

« On s’est dit, “c’est quoi ce bin’s ?”, raconte Franck Devulder, patron de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), qui n’a pas apporté sa signature. Etre contacté par notre administration centrale qui nous dit qu’elle a écrit une tribune et qu’elle serait ravie qu’on la signe… c’est assez incroyable ! Si cette application de Doctolib pose problème, ne respecte pas certaines règles, ou même vient concurrencer un service public essentiel comme “Mon espace santé”, que l’Etat dise “stop”. » De source syndicale, la ministre de la santé, Geneviève Darrieussecq, n’aurait pas été dans la boucle de cette opération masquée. Et manifestement manquée.

Parmi les premiers signataires, France Assos Santé, qui représente des dizaines d’associations de patients, admet que le circuit venant de la DNS peut amener à s’« interroger », mais préfère mettre l’accent sur « le fond » : « Nous assumons, ce texte nous a paru pertinent, alors que nous voulions alerter sur un danger pour le système de santé », dit Gérard Raymond, son président, qui a demandé au ministère d’organiser une réunion avec tous les acteurs concernés.

Le ministère rappelle le « devoir de neutralité »

Chez Doctolib, on se dit particulièrement « choqué »« Comment la DNS, notre autorité de tutelle, celle qui certifie que nous respectons bien toutes les règles en matière de confidentialité et de protection des données, peut-elle porter de telles accusations ? », s’interroge de nouveau Stanislas Niox-Chateau, en dénonçant autant des « fake news » que le « procédé ».

« Si la participation de membres de la DNS, autrement dit de notre administration, est établie, il appartiendra au ministère de la santé de prendre les décisions adéquates pour que cela ne se reproduise pas », réagissait-on, vendredi, Avenue de Ségur, en invoquant le « devoir de neutralité ». Sur le fond, le ministère défend la mise à disposition, pour les patients comme pour les soignants, d’une « base de services proposée par des acteurs publics comme privés », Doctolib n’étant pas la seule entreprise positionnée sur ce secteur porteur. Tout en assurant être « vigilant » « Les données de santé peuvent être déposées sur des applications qui les hébergent, à condition que le cadre réglementaire soit bien respecté. »

Enquête :  Les ambitions dévorantes de Doctolib

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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