Santé : les mesures d’économie du gouvernement aggravent la situation des plus modestes
La fédération des associations de patients a évalué les dépenses de santé qui restent à la charge des personnes malades ou handicapées : elles sont de plus de 1 500 euros par an. Et elles ne peuvent qu’augmenter avec le détricotage actuel de l’assurance-maladie.
Par petites touches, presque à bas bruit, l’assurance-maladie recule. Au printemps dernier, le gouvernement a décidé de la hausse des franchises médicales et de la baisse de 5 % de la prise en charge des consultations et frais dentaires, à 65 ou 55 %, selon le type de soins. Le gouvernement vient encore de décréter, sans consultation du Parlement, deux autres baisses de la prise en charge par l’assurance-maladie : − 5 % sur la consultation médicale (de 70 à 65 %) et − 5 % sur les médicaments (aujourd’hui remboursés à 65, 30 ou 15 % selon leur service médical rendu).
Rien que ces deux dernières mesures d’économie pour l’assurance-maladie s’élèvent à 900 millions d’euros, qui basculent vers les complémentaires santé ou la poche des assurés sociaux, notamment pour les 4 % d’entre eux qui en sont dépourvus.
Jusqu’ici, la part des dépenses de santé prises en charge par les complémentaires santé restait stable, selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) du ministère de la santé. En 2023, elle devrait être de 12,4 %. Mais en valeur, le montant de ces dépenses ne cesse d’augmenter – 30,9 milliards d’euros en 2023, soit 454 euros en moyenne par habitant·e – au rythme de la progression de l’ensemble des dépenses de santé.

Mais en 2024, la Mutualité française prévoit une hausse très forte des cotisations des mutuelles, de 8,1 %. Le reste à charge des patient·es, soit la part qu’ils et elles paient directement sans être remboursé·es, était jusqu’ici en baisse constante, à 7,5 % des dépenses de santé, selon la Drees.
Les personnes handicapées en première ligne
Mais cette évaluation officielle du reste à charge n’est que la partie émergée de l’iceberg, assure France assos santé, la fédération des associations de patient·es. Celle-ci vient de publier, mercredi 27 novembre, une étude qui cherche à évaluer les autres dépenses de santé payées par les patient·es, dites « invisibles » car non étudiées. France assos santé a construit, avec un sociologue et une société de recherche clinique, un questionnaire diffusé en septembre et en octobre par son réseau d’associations de patient·es.
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24 novembre 2024
Une peu plus de 3 000 personnes ont répondu. L’étude comporte un biais : la quasi-totalité des répondant·es sont des personnes malades ou handicapées informées de leurs droits, puisque membres ou proches d’associations. Près de 70 % sont en affection longue durée (ALD), prises en charge à 100 % par l’assurance-maladie. 7,7 % bénéficient de la complémentaire santé solidaire, ouverte aux personnes qui perçoivent au plus 13 724 euros par an. Cette complémentaire est gratuite ou plafonnée à moins de 30 euros par mois selon les revenus. 3,8 % n’ont aucune couverture santé complémentaire.
Les montants des restes à charge invisibles de ces personnes malades ou handicapées sont très importants : 1 557 euros en moyenne par an. Ce sont les personnes handicapées qui ont, de loin, le reste à charge invisible moyen le plus élevé : 2 535 euros par an.
On voit aussi exploser les dépassements d’honoraires des médecins : 70 % des jeunes médecins spécialistes s’installent en secteur 2 [avec un droit aux dépassements].
Féreuze Aziza, chargée de mission assurance-maladie de France assos santé
Dans le détail, ce reste à charge invisible comprend des équipements ou des soins loin d’être anecdotiques. La liste est longue. Elle comprend des déplacements avec son véhicule personnel, la part non prise en charge des aiguilles, compresses et piluliers, des fauteuils roulants ou des lits médicalisés, des prothèses capillaires, du salaire des auxiliaires de vie, des frais d’adaptation de son logement ou de sa voiture, des soins psychologiques, etc. Il faut aussi compter la perte de revenus lorsque la personne malade ou handicapée doit passer à temps partiel ou cesser de travailler. À cela s’ajoutent les médicaments peu ou pas remboursés.
Sans surprise, plus de 50 % des répondant·es déclarent renoncer à des soins pour des raisons financières. Ces renoncements sont d’autant plus importants que le salaire est faible, comme le montre ce graphique.

« Nous ne sommes pas du tout surpris, commente Féreuze Aziza, chargée de mission assurance-maladie de France assos santé. Et nous sommes convaincus que ces restes à charge invisibles progressent : en 2019, nous les avions évalués à 1 000 euros par an. Le détricotage actuel de l’assurance-maladie ne peut que déboucher sur une nouvelle hausse. On voit aussi exploser les dépassements d’honoraires des médecins : 70 % des jeunes médecins spécialistes s’installent en secteur 2 » avec un droit aux dépassements.
« Dans certains territoires, les plus désertés, il n’y a plus de spécialistes en secteur 1,poursuit Féreuze Aziza. Ces restes à charge seront presque imperceptibles pour les personnes en bonne santé. Mais ils seront de plus en plus élevés pour les personnes malades ou handicapées. » Elle prédit donc « une hausse des renoncements aux soins ». Les inégalités de santé ne peuvent donc que se creuser.
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