Education sexuelle à l’école : faut-il consentir au dialogue ?
Aurélie Haroche | 29 Novembre 2024 https://www.jim.fr/viewarticle/education-sexuelle-à-lécole-faut-il-consentir-au-2024a1000ltw?uac=368069PV&ecd=wnl_all_241130_jim_jim-plus_&sso=true
Paris – La fragilité du gouvernement n’est plus à rappeler. Et pourtant, certains ministres semblent considérer que l’heure n’est pas nécessairement à la solidarité gouvernementale. Cette semaine, le ministre délégué à la Réussite scolaire a porté une estocade majeure en dénonçant le contenu du projet du programme scolaire d’éducation sexuelle. A l’Assemblée, Alexandre Portier a affirmé qu’il n’était pas « acceptable en l’état ».
Et il n’a pas hésité à invoquer sa fibre paternelle pour dire tout le mal qu’il pensait du texte : « Je vous le dis à la fois comme élu, mais aussi comme beaucoup ici en tant que père de famille, ce programme, en l’état, n’est pas acceptable et il doit être revu ». L’attaque a plus que probablement ébranlé le ministère de l’Education nationale. Jusqu’alors, à plusieurs occasions, Anne Genetet avait évoqué l’importance de ce programme d’éducation sexuelle « très progressif et séquencé ». Mais depuis la sortie d’Alexandre Portier, la communication est un peu brouillée.
On a ainsi promis que le terme « identité de genre » ne figurerait pas dans la version définitive du programme (alors que selon le Monde jusqu’en début de semaine, la direction générale de l’enseignement scolaire travaillait sur l’inclusion de cette notion dans le cadre de la lutte contre les discriminations à partir de la classe de 5ème).
Prudence et justesse
Education à la sexualité : premier recul d’Anne Genetet face aux pressions conservatrices
Après les déclarations de son ministre délégué, Alexandre Portier, jugeant le projet de programme à l’éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité « pas acceptable en l’état », l’entourage de la ministre de l’éducation indique que la notion d’« identité de genre » ne figure plus dans le texte.
Publié le 27 novembre 2024 à 21h07, modifié hier à 09h50 https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/11/27/education-a-la-sexualite-premier-recul-d-anne-genetet-face-aux-pressions-conservatrices_6417234_3224.htm
Temps de Lecture 3 min.

L’estocade est venu du ministre délégué à la réussite scolaire et à l’enseignement professionnel, Alexandre Portier. Interrogé, mercredi 27 novembre lors des questions au gouvernement, par le sénateur Les Républicains des Pyrénées-Atlantiques Max Brisson, l’un de ses proches, sur le premier projet de programme d’éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité, le ministre a jugé que ce texte « n’est pas acceptable en l’état » et « doit être revu ». « Je m’engagerais personnellement pour que la théorie du genre ne trouve pas sa place dans nos écoles », a-t-il affirmé – alors qu’il n’existe pas de théorie du genre, vocable utilisé comme repoussoir par un courant réactionnaire, mais des études sur le genre.
Dans la foulée, l’entourage d’Anne Genetet a indiqué à la presse que le terme « identité de genre » – utilisé pour distinguer le sexe de naissance du sentiment d’identité masculine ou féminine notamment – « ne figurera pas » dans la version définitive du programme sans donner plus d’explications. Lundi, pourtant, l’équipe de la ministre affirmait encore au Monde que « l’identité de genre fait partie des motifs de discriminations inscrits dans le code pénal ».
Selon nos informations, avant ce revirement, la direction générale de l’enseignement scolaire travaillait encore mardi sur une version qui intégrait ce terme au programme à partir de la classe de 5e dans le cadre de la lutte contre les discriminations.
« Peurs et fantasmes »
Depuis quelques jours, les pressions d’associations de droite et d’extrême droite comme SOS-Education, le Syndicat de la famille (ex- Manif pour tous) ou Parents vigilants – proche du mouvement Reconquête d’Eric Zemmour – , s’intensifient contre ce premier projet de programme consacré à l’éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité.
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Le texte doit permettre de rendre effectives les trois séances annuelles obligatoires prévues dans la scolarité depuis une loi de 2001 et très peu appliquées. L’enjeu de santé publique, de lutte contre les LGBTphobies et les violences sexistes et sexuelles est pointé par les acteurs éducatifs, alors que près de 160 000 enfants sont victimes d’agression sexuelle et d’abus chaque année. Mais pour ces associations conservatrices, cette éducation n’a pas sa place à l’école et revient à la famille. Nombre d’entre elles contestent la distinction entre sexe et genre, parlant d’une « théorie du genre ».
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Les déclarations du sénateur Max Brisson et la réponse d’Alexandre Portier amènent la polémique au sein du Parlement et du gouvernement. « Un ministre ne devrait pas diffuser de fausses informations en agitant des peurs et des fantasmes pour espérer se faire connaître des Français. Il n’est nullement question de “théorie du genre” dans l’éducation à la vie affective. Il est question de respect et d’égalité », a ainsi réagi Aurore Bergé, députée Ensemble pour la République.
« Théorie du genre »
L’entourage d’Anne Genetet a pourtant assuré d’un « alignement » des points de vue entre la ministre et son ministre délégué, même s’ils s’expriment différemment, et endosse désormais ce même discours : « La théorie du genre ne trouve pas sa place à l’école », indiquait ainsi sommairement l’équipe de la ministre de l’éducation nationale dans la foulée des déclarations d’Alexandre Portier. Depuis sa prise de fonction, Anne Genetet défend pourtant encore, le 19 novembre sur CNews et Europe 1, ce programme « très progressif et séquencé ».
Dans la communauté éducative, la nécessité d’un tel programme fait consensus. « Ce projet de programme va dans le bon sens et doit être appliqué rapidement », assure ainsi le secrétaire national du SE-UNSA, Jérôme Fournier. « Le ministre cède aux marchands de peur et leurs contrevérités : la théorie du genre n’existe pas », s’énerve Sophie Vénétitay, responsable du SNES-FSU pour qui il s’agit de « diffuser des paniques morales au mépris de l’éducation et la prévention ».
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La nouvelle version du programme, en vue de la présentation au conseil supérieur de l’éducation de décembre, devrait « circuler en début de semaine prochaine », indique-t-on dans l’entourage d’Anne Genetet.
Mise à jour vendredi 29 novembre, 9h35 :
Jeudi 28 novembre, la ministre de l’éducation nationale a fait machine arrière. Elle a martelé lors d’un déplacement que « la théorie du genre n’existe pas ». Son entourage a assuré que le terme « identité de genre » ferait bien partie du programme d’éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité, même si le nombre d’occurence sera réduit dans le texte définitif par rapport à la version de travail. L’entourage de Anne Genetet plaide « l’erreur ».
Pour en savoir plus : A l’éducation nationale, cafouillages en cascade sur l’éducation à la sexualité**
**A l’éducation nationale, cafouillages en cascade sur l’éducation à la sexualité
Le ministre délégué à la réussite scolaire, Alexandre Portier, a défendu, mercredi devant le Sénat, que la « théorie du genre », marotte réactionnaire sans existence réelle, n’avait « pas sa place à l’école ». L’entourage d’Anne Genetet a ensuite assuré que la notion « d’identité de genre » avait été supprimée du programme, avant de rétropédaler.
Par Sylvie Lecherbonnier et Violaine Morin
Publié le 28 novembre 2024 à 21h02, modifié hier à 07h54 https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/11/28/a-l-education-nationale-cafouillages-en-cascade-sur-l-education-a-la-sexualite_6419245_3224.html
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A quoi joue l’éducation nationale sur l’éducation à sexualité ? Mercredi 27 novembre, devant les sénateurs, le ministre délégué à la réussite scolaire, Alexandre Portier, a déclaré que « la théorie du genre [n’avait] pas sa place à l’école ». Il répondait à une question du sénateur Max Brisson (Les Républicains, Pyrénées-Atlantiques) sur le programme d’éducation à la vie affective et relationnelle et à la sexualité (à partir du collège), que le ministre ne juge « en l’état pas acceptable ». Le texte est en cours de finalisation avant un vote prévu à la mi-décembre au Conseil supérieur de l’éducation. La formule a déclenché l’ire des syndicats d’enseignants et de diverses institutions et associations de défenses des droits des enfants et des minorités.
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En effet, il n’existe pas de « théorie du genre », vocable utilisé comme repoussoir par un courant réactionnaire, mais des études sur le genre. De nombreux observateurs ont perçu dans cette formule la marque d’une droite qui refuse que l’éducation à la sexualité soit abordée au sein de l’école. Celle-ci est déjà prévue par une loi de 2001, à raison de trois séances par an, rarement effectuées dans les faits. Le nouveau programme fait par ailleurs l’objet, depuis plusieurs jours, d’une offensive conservatrice dans des médias appartenant à Vincent Bolloré, comme Le Journal du dimanche.
Les propos d’Alexandre Portier, qui ont, à eux seuls, provoqué des réactions, ont en outre semé un véritable imbroglio gouvernemental. L’entourage de la ministre de l’éducation nationale, Anne Genetet, a pris l’initiative d’informer les journalistes, dans la soirée de mercredi, que les deux ministres étaient sur la même ligne : « La théorie du genre n’a pas sa place à l’école », indiquait-on, avant d’assurer que l’expression « identité de genre » ne figurerait pas dans la version définitive du programme. Lundi, pourtant, l’équipe de Mme Genetet affirmait encore au Monde que « l’identité de genre [faisait] partie des motifs de discrimination inscrits dans le code pénal ».
« Moment de flottement »
Au cours d’un déplacement qui réunissait les deux ministres dans la matinée du jeudi 28 novembre, Anne Genetet a repris la main, affirmant « piloter » le programme. Elle a répété plusieurs fois que « la théorie du genre [n’existait] pas », et qu’il n’y avait, sur ce sujet, « qu’une seule ligne, celle du ministère ».
Que s’est-il passé ? Dans les couloirs de l’éducation nationale, on évoque un « moment de flottement ». Selon nos informations, il n’a en réalité jamais été question de supprimer la notion d’identité de genre du programme d’éducation à la sexualité. Dans l’entourage d’Anne Genetet, on reconnaît une « erreur » sur ce point, la ministre ayant souhaité « un allègement, et non une suppression ». De dix-sept occurrences dans la dernière version, on serait passé à « moins d’une dizaine », soutient-on, toujours dans l’idée de lutter contre les discriminations.
Faut-il voir dans l’utilisation du vocable « théorie du genre » par les équipes d’Anne Genetet une méconnaissance de la charge idéologique de cette expression ? La ministre a-t-elle été invitée à clarifier les choses par l’Elysée et Matignon ? Les deux hypothèses circulent parmi les acteurs du monde éducatif. De son côté, l’entourage d’Alexandre Portier récuse l’idée qu’il y aurait eu un « recadrage » à la suite de ses propos, qui sont « dans la ligne » de ce que souhaite le gouvernement, souligne-t-on.
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Ce cafouillage en règle n’en révèle pas moins une ligne de fracture politique bien réelle, qui semble traverser le gouvernement, comme la société.
D’un côté, une droite incarnée par Alexandre Portier qui donne la primauté à la sphère familiale en matière d’éducation à la sexualité et agite le chiffon rouge d’une approche « militante » dans la rédaction du projet.
De l’autre, les défenseurs de la protection de l’enfance, de la lutte contre les discriminations et les violences sexistes et sexuelles, pour qui l’éducation à la sexualité permet, entre autres choses, d’appréhender des questions sociétales essentielles telles que le consentement et l’égalité filles-garçons, mais aussi de prévenir l’inceste en sensibilisant les enfants aux frontières de l’intimité.
Les propos d’Alexandre Portier ont ainsi fait réagir plusieurs instances. « Des voix isolées, mais véhémentes, se font entendre pour attaquer ce programme et le vider de son contenu, voire pousser le gouvernement à y renoncer », a déploré la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants, dans un communiqué. « Jamais, insiste-t-elle, le besoin d’instruire les enfants de manière progressive et ajustée à leur âge et de leur permettre de comprendre les enjeux de la vie affective et relationnelle, de l’intimité, du consentement n’ont été plus évidents et consensuels. »
« Peurs et fantasmes »
Si les deux ministres s’efforcent de montrer − en public − qu’ils sont d’accord, les autres parties prenantes à ce débat ne cachent pas leurs divergences. Le sénateur Max Brisson voit dans cette polémique la marque d’un clivage profond. « Que le débat sur l’identité de genre ait lieu, cela s’appelle la démocratie. Mais cette querelle n’a pas sa place dans les programmes scolaires », remarque-t-il. « Les réponses divergentes des deux ministres montrent que le clivage gauche-droite existe toujours et que le dépassement prôné par Emmanuel Macron tombe à l’eau. »
Selon le parlementaire, Anne Genetet aurait répondu à la pression de sa « famille politique », qui n’a, en effet, pas tardé à réagir. « Un ministre ne devrait pas diffuser de fausses informations en agitant des peurs et des fantasmes pour espérer se faire connaître des Français », a ainsi réagi la députée Aurore Bergé (Renaissance, Yvelines), dès mercredi soir.
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Du côté de l’éducation nationale, les acteurs appellent à dépasser un clivage pensé pour provoquer une panique morale. « Si on ne parle que de l’épouvantail supposé − l’identité de genre −, on fait le jeu des associations hostiles au programme. Le projet est bien plus que cela », observe Frank Burbage, copilote du groupe d’élaboration du texte au sein du Conseil supérieur des programmes. « Il permet aux élèves, selon leur âge, d’acquérir une culture, des savoirs scientifiques, de réfléchir et de travailler sur leur sensibilité et leur éthique. C’est pourquoi le respect occupe une place centrale dans ce texte. » Le terme « respect » apparaît plus d’une centaine de fois dans la dernière version connue.
Sylvie Lecherbonnier et Violaine Morin
**Education à la sexualité : le projet de programme doit être « profondément remanié », selon l’enseignement catholique
La ministre de l’éducation, Anne Genetet, a défendu la pertinence du futur programme d’éducation à la sexualité face à une fronde conservatrice, relayée jusqu’au sein de l’exécutif, qui fait craindre à des syndicats et des associations un recul du gouvernement.
Le Monde avec AFP Publié hier à 16h39, modifié hier à 16h44 https://www.lemonde.fr/education/article/2024/11/29/education-a-la-sexualite-le-projet-de-programme-doit-etre-profondement-remanie-selon-l-enseignement-catholique_6420651_1473685.html
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L’enseignement catholique a demandé, vendredi 27 novembre, que le projet de programme d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle, censé être prochainement officialisé, mais qui suscite de vives critiques de milieux conservateurs, soit « profondément remanié ».
« Nous partageons les ambitions de la démarche notamment sur le respect du corps, de l’intimité, de l’indispensable éducation au consentement et de la promotion de l’égalité entre filles et garçons. Cependant la lecture du document nous amène à formuler de sérieuses réserves », ont communiqué le secrétariat général de l’enseignement catholique, qui scolarise près de 20 % des élèves du premier et second degrés, et l’APEL (Association de parents d’élèves de l’enseignement libre) dans un communiqué commun.
« Ce projet de programme prend le parti de se substituer à la responsabilité éducative des parents. Nous ne pouvons l’accepter », souligne le communiqué. Par ailleurs, « la rigidité d’un programme annualisé » ne permet « pas de s’adapter à la maturation et la singularité de chaque élève », et il faut « une très grande prudence sur les contenus qui doivent rester imperméables à toute influence idéologique », ajoute-t-il.
Education à la sexualité : premier recul d’Anne Genetet face aux pressions conservatrices
« La théorie du genre n’existe pas », pour Anne Genetet
La veille, la ministre de l’éducation, Anne Genetet, avait défendu la pertinence du futur programme d’éducation à la sexualité face à une fronde conservatrice, relayée jusqu’au sein de l’exécutif, qui fait craindre à des syndicats et associations un recul du gouvernement.
« La théorie du genre n’existe pas, elle n’existe pas non plus dans le programme », a souligné Me Genetet lors d’un déplacement à Marcq-en-Barœul (Nord), en présence de son ministre délégué à la réussite scolaire (LR), Alexandre Portier, partisan pour sa part d’une révision de ce programme.
Ce programme en préparation « est très clair », « progressif », « adapté à tous les âges » et « permet d’apprendre des notions fondamentales comme le respect, comme le consentement, savoir dire non, ce que c’est qu’une fille, ce que c’est qu’un garçon », a poursuivi la ministre, en précisant qu’elle en « pilot[ait] » la rédaction.
Alexandre Portier a estimé mercredi devant le Sénat que le projet de programme d’éducation à la sexualité n’était « pas acceptable ». Il avait assuré qu’il « s’engagerait personnellement pour que la “théorie du genre” ne trouve pas sa place dans nos écoles ». La « théorie du genre » est une expression utilisée par une frange conservatrice de la société qui s’inquiète des études et des enseignements ouvrant à une perception nuancée des différences entre les sexes.
Lire aussi | A l’éducation nationale, cafouillages en cascade sur l’éducation à la sexualité**
Alexandre Portier a affirmé ne pas « retirer un seul mot »
En 2014, la polémique sur une prétendue « théorie du genre » enseignée à l’école française, qui nierait les différences sexuelles, avait été virulente, lors de l’expérimentation d’« ABCD de l’égalité » à l’école pour lutter contre les stéréotypes filles-garçons. Elle avait été portée par des mouvements proches des opposants au mariage homosexuel et parfois de l’extrême droite.
Interrogé aux côtés de la ministre à l’occasion de ce déplacement commun sur l’orientation scolaire, Alexandre Portier a affirmé ne pas « retirer un seul mot » de ses précédentes déclarations.
Prévu initialement pour la rentrée 2024, le premier programme d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (Evars), en cours d’écriture, fait l’objet de concertations depuis mars. Il doit être présenté à la mi-décembre au Conseil supérieur de l’éducation (CSE), instance consultative, en vue d’une publication pour la prochaine rentrée.
Depuis 2001, la loi rend obligatoire l’éducation sexuelle dans les écoles, les collèges et les lycées, à raison d’au moins trois séances annuelles. Mais cette disposition est, dans les faits, peu respectée. A l’approche de sa présentation, des organisations conservatrices se mobilisent, comme le Syndicat de la famille (ex-La Manif pour tous) évoquant « un bourrage de crâne progender et transactiviste ».
La Ciivise dénonce des « informations mensongères »
Après les déclarations d’Alexandre Portier, plusieurs organisations ont dénoncé jeudi cette offensive contre le texte, insistant sur son rôle « essentiel » dans la lutte contre les violences sexuelles. La Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) a dénoncé les « informations mensongères » des opposants à ce programme alors que « 160 000 enfants sont chaque année victimes d’inceste et de violences sexuelles ».
Le collectif Pour une véritable éducation à la sexualité, qui compte dans ses rangs, notamment, le Planning familial et Sidaction, a dénoncé « l’usage de rhétoriques » visant à « empêcher l’aboutissement de ce projet essentiel ». Parmi les syndicats enseignants, le SE-UNSA a souligné aussi le « besoin de clarté et de courage ministériels ». SUD-Education et la CGT-Educ’action appellent la ministre à « ne pas reculer ».
Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU, premier syndicat des collèges et des lycées, a qualifié de « bienvenue » la déclaration jeudi de la ministre « pour clarifier la position du ministère ». Pour la syndicaliste, « il est absolument nécessaire de consolider l’existence de ce programme », notamment « dans le contexte du procès Mazan, où on voit qu’il y a quand même bon nombre d’accusés qui ne savaient pas ce qu’est le consentement ».
Lire aussi | Education à la sexualité à l’école : offensive conservatrice contre le premier projet de programme****
Le Monde avec AFP
Voir aussi:
*Education à la sexualité : un programme scolaire qui vise à « être acceptable par tous »
Pour la première fois, le Conseil supérieur des programmes s’est penché sur cette question, sensible dans les familles. Tous les enseignants, et pas seulement ceux de sciences de la vie et de la terre, sont censés être mis à contribution.
Publié le 09 mars 2024 à 06h08, modifié le 09 mars 2024 à 09h03 https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/03/09/education-a-la-sexualite-un-programme-scolaire-qui-vise-a-etre-acceptable-par-tous_6221021_3224.html
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Attendu pour janvier 2024 et reporté pour cause de valse des ministres à la tête de l’éducation nationale, le premier projet de programme d’éducation à la sexualité a été publié, mardi 5 mars, sur le site du Conseil supérieur des programmes (CSP), au lendemain du vote du congrès en faveur de l’inscription de la « liberté garantie » d’accès à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) dans la Constitution.
Ce hasard de calendrier a valeur de symbole, alors que les trois séances annuelles d’éducation à la sexualité prévues tout au long de la scolarité ont été introduites par une loi de juillet 2001 relative à l’IVG et à la contraception. Depuis vingt-deux ans, pourtant, une minorité d’élèves bénéficient de l’ensemble de ces séances, encadrées par une circulaire de 2018.
C’est pour en clarifier le contenu et permettre à chaque élève d’y avoir accès que Pap Ndiaye a saisi, en juin 2023, juste avant son départ de la Rue de Grenelle, l’instance indépendante chargée d’élaborer les programmes au sein du ministère de l’éducation nationale.
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Ce sujet hautement sensible crispe des associations proches de la droite conservatrice et de l’extrême droite, opposées à ces enseignements qui doivent, selon eux, rester dans la sphère familiale. A l’inverse, le Planning familial, SOS Homophobie et Sidaction ont, eux, saisi le tribunal administratif de Paris, en mars 2023, pour que les trois séances prévues par la loi soient réellement effectives, afin de lutter contre les discriminations et les violences sexistes et sexuelles.
Formulations choisies avec soin
Conscient du potentiel éruptif d’un tel programme, le CSP a choisi la prudence. L’instance a mené une quarantaine d’auditions afin d’appréhender toutes les sensibilités, du Planning familial au Syndicat de la famille (ex-Manif pour tous) en passant par les associations de défense des droits LGBT ou les représentants des grandes familles spirituelles (Conférence des évêques, grand rabbin, recteur de la Mosquée de Paris…). « Les auditions servent à nous éclairer, à écouter, en aucun cas à débattre », précise Mark Sherringham, le président du CSP.
Lire aussi le reportage : L’éducation à la sexualité, priorité d’un collège de l’Hérault : « Le porno, c’est du spectacle, ce n’est pas la réalité »
Soucieux d’« équilibre », l’ancien conseiller des ministres de l’éducation François Fillon et Xavier Darcos dans les années 2000 a voulu « trouver la juste voie », même s’il « ne vise pas le consensus ». « Notre objectif est que ce programme soit acceptable par tous, et en particulier par les familles. S’il n’est pas accepté, il ne pourra pas être appliqué », considère le président du CSP. « Les questions qui nous ont guidés en permanence : qu’est-ce qui revient en propre à l’école ? Qu’est-ce qui est spécifiquement scolaire ? », abonde Frank Burbage, inspecteur général et copilote du groupe d’élaboration de ce programme. « Une manière de ne pas entrer en tension ou en opposition avec ce que peuvent faire la société, les associations, les familles », remarque ce docteur en philosophie.
Les formulations de ce document de 65 pages ont été choisies avec soin. Le programme s’intitule ainsi « Education à la vie affective et relationnelle » de la petite section de maternelle au CE2, puis « Education à la vie affective et relationnelle et à la sexualité » du CM1 à la classe de terminale. Des termes qui rappellent ce que propose l’enseignement catholique. Mark Sherringham se défend de toute inspiration : « Cette appellation permet avant tout de replacer l’éducation à la sexualité dans un contexte plus large. »
Dimension pluridisciplinaire
Trois questions constituent le fil rouge du texte : « comment vivre et grandir, sereinement, avec son corps ? », « comment construire avec les autres des relations respectueuses et s’y épanouir ? » ou encore « comment trouver sa place dans la société, y devenir une personne libre et responsable ? ». « La neutralité et la distance exigées par le principe de laïcité »sont requises. L’intervention d’associations agréées, souvent sollicitées dans le cadre de ces séances, doit ainsi être « systématiquement anticipée et coordonnée » et ne pas être instrumentalisée « au profit d’une cause militante ou d’une idéologie ».
Le projet insiste sur la dimension pluridisciplinaire de l’éducation à la sexualité, afin de dépasser le cadre sanitaire et les seules sciences de la vie et de la Terre (SVT). Le document fait des ponts avec les programmes de français, d’éducation morale et civique, d’arts plastiques et même de mathématiques. Emilie Bacro, enseignante de SVT et membre du bureau national de l’Association des professeurs de biologie et de géologie, apprécie : « Cela permettra aux professeurs de notre discipline ou à l’infirmière scolaire de ne pas se sentir isolés. »
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Autre point saillant : la progressivité des apprentissages. La sexualité est évoquée à partir de la classe de CM1 à travers les changements du corps. « Nous tenons compte du fait que la puberté intervient de manière plus précoce qu’auparavant », explique Mark Sherringham. La pornographie et les dangers d’une exposition précoce sont cités à partir de la classe de 4e.
Cette progressivité n’exclut pas de parler des sujets sensibles dès le plus jeune âge. L’étude de la notion de consentement ou celle des stéréotypes de genre sont préconisées dès le CP. Apprendre à repérer les violences sexistes et sexuelles intervient aussi à partir du début de l’école primaire, même si le terme d’inceste, qui touche 160 000 enfants par an, n’apparaît pas explicitement. « La formule “violences sexuelles” permet d’y faire référence de manière générique », juge-t-on au CSP.
« Etape importante »
Ce projet doit désormais faire l’objet d’une consultation pour être éventuellement amendé avant sa publication officielle. Les réactions ne manquent pas. « Le document va dans le bon sens. La transphobie est clairement évoquée, par exemple », juge Joël Deumier, coprésident de SOS Homophobie, qui insiste néanmoins sur la nécessité de former les enseignants à ces questions.
A l’inverse, les Associations familiales catholiques, elles, se montrent virulentes et demandent la suppression des « très nombreuses références au genre ». « La très forte résistance des parents, il y a dix ans, aux ABCD de l’égalité aurait dû encourager le Conseil supérieur des programmes à la prudence », prévient cette confédération.
Lire aussi | Education à la sexualité : l’école sous pression d’associations de la droite conservatrice et d’extrême droite
Face aux attaques récurrentes, Emilie Bacro voit ce projet de programme comme une « étape importante » qui « permet de conforter ce qui est fait dans les établissements scolaires » et de « protéger les enseignants ». Le texte pourra également « engager des chefs d’établissement frileux à mettre en place ces enseignements pourtant obligatoires », espère la professeure. Elle s’interroge néanmoins sur la mise en œuvre effective du programme alors qu’« aucun moyen, aucune heure dédiée ou aucun temps de concertation ne sont prévus ». Pour Frank Burbage, « il y va désormais d’un volontarisme institutionnel ».
Sur le texte lui-même, le dernier mot reviendra à la ministre de l’éducation nationale, Nicole Belloubet, chargée de la publication des programmes. Celui-ci doit entrer en vigueur à la rentrée 2024 dans l’enseignement public comme dans l’enseignement privé sous contrat.
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***Education à la sexualité : l’école sous pression d’associations de la droite conservatrice et d’extrême droite
Alors que le premier programme scolaire autour de la vie affective et sexuelle doit être publié prochainement, des collectifs opposés à ces enseignements affichent sur les réseaux sociaux le nom d’établissements qui organisent des séances qu’ils jugent litigieuses.
Par Sylvie LecherbonnierPublié le 26 février 2024 à 05h15
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La principale du collège Jules-Ferry de Tours, Catherine Polito, se dit encore « surprise » de la tempête qu’elle a dû affronter ces dernières semaines. Comme chaque année, le collège prévoit début février un temps d’échanges de deux heures sur la « vie affective et les relations filles-garçons » pour les quatre classes de 3e de l’établissement. L’infirmière scolaire est accompagnée pendant ces séances de membres du personnel de santé de la PMI (protection maternelle et infantile) d’Indre-et-Loire. Leur intervention s’appuie sur une exposition itinérante, conçue par le département en 2011 et intitulée « 2XY », qui aborde les différents aspects de la vie affective et sexuelle : l’anatomie du corps, le respect, le consentement…
Après avoir pris connaissance de l’exposition, les élèves déposent leurs questions écrites sur ces différents sujets de manière anonyme et les intervenants y répondent. « Un classique » de l’éducation à la sexualité, selon la principale, qui juge ces séances « essentielles » pour « protéger les élèves des conduites à risques » et « promouvoir l’égalité filles-garçons », conformément à une circulaire de 2018 qui précise les objectifs de l’éducation à la sexualité dans le cadre scolaire. Depuis 2001, une loi a rendu obligatoires trois séances annuelles, du CP à la terminale. Dans les faits, une minorité d’élèves bénéficie de l’ensemble de ces séances.
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Tout aurait dû s’arrêter là au collège Jules-Ferry de Tours. Mais, lundi 5 février, la principale est prévenue que cette intervention est désignée à la vindicte populaire sur les réseaux sociaux par l’association Parents en colère, réputée proche des sphères complotistes et de l’extrême droite. « Alertée » par une mère d’élève, l’association met en avant une séance qui aurait évoqué la « masturbation des bébés », « schématisé les positions sexuelles et la manière de prendre du plaisir »ou « la possibilité d’avoir des rapports sexuels dès 9 ans ». « Des mensonges », s’indigne la principale, qui y voit une « attaque contre le rôle de l’école ». Quelques jours plus tard, une dizaine d’adultes non connus du collège distribuent des tracts aux élèves à la sortie de l’établissement pour leur demander de ne pas assister à ces séances.
« Campagnes de désinformation »
Devant cet emballement, la cheffe d’établissement dépose plainte pour diffamation le 7 février. Le conseil départemental fait de même le 13 février. « Tout ce qui est présenté dans le cadre de l’exposition a été validé et participe de nos missions de prévention », affirme Judicaël Osmond, vice-président du conseil départemental. La situation est inédite pour l’élu comme pour le personnel du collège. Christian Mendivé, directeur académique des services de l’éducation nationale d’Indre-et-Loire, s’étonne encore : « La prévention effectuée au collège a rarement été polémique. L’idée de préserver les adolescents de conduites à risques me semble consensuelle et répond à notre mission de service public. »
Cet incident s’avère emblématique de la surveillance opérée par des associations de droite conservatrice et d’extrême droite sur ce que fait l’école en matière d’éducation à la vie affective et sexuelle, à laquelle elles sont opposées. Des associations de parents d’élèves comme Parents vigilants, lancée par Eric Zemmour et son parti Reconquête !, ou Parents en colère demandent aux internautes de leur signaler toute situation jugée litigieuse. Elles livrent ensuite sur les réseaux sociaux le nom de l’établissement, sa localisation géographique et ce qu’elles lui reprochent.
Un « harcèlement en ligne » et des « campagnes de désinformation » dénoncés à plusieurs reprises depuis 2022 par une intersyndicale. « Les collègues et communautés éducatives visées sont plongés dans des situations intenables, où la peur devient quotidienne », écrivaient ainsi en novembre 2023 SUD, la FSU, l’UNSA, la CGT et le SGEN-CFDT dans un courrier au ministre de l’époque, Gabriel Attal, au sujet de Parents vigilants et de ses « attaques », qui touchent, outre l’éducation à la sexualité, les activités pédagogiques autour de la lutte contre les LGBTphobies et les droits des personnes migrantes.
Mise en place à la rentrée 2024
Alors ministre de l’éducation nationale, Amélie Oudéa-Castéra décomptait, mi-janvier, lors d’un débat à l’Assemblée nationale sur « l’instrumentalisation politique des élections des parents d’élèves », 42 signalements effectués entre septembre et décembre 2023 par les établissements scolaires auprès du ministère concernant la remise en cause d’un enseignement, « qu’elle soit revendiquée directement par le collectif Parents vigilants – c’est le cas d’un seul signalement – ou par des collectifs ou des parents qui s’y apparentent ». Là encore, l’opposition à l’éducation à la sexualité fait partie des thèmes récurrents de ces actions. Un nombre peu important au regard de la totalité des signalements, 11 800, mais en hausse par rapport à la même période en 2022, où 24 avaient été remontés au ministère.
Lire aussi le reportage : L’éducation à la sexualité, priorité d’un collège de l’Hérault : « Le porno, c’est du spectacle, ce n’est pas la réalité »
Ces pressions interviennent alors que le Conseil supérieur des programmes, instance indépendante chargée d’élaborer les programmes scolaires au sein du ministère de l’éducation nationale, doit publier fin février ou début mars un projet de programme scolaire d’éducation à la sexualité du CP à la terminale. Une première pour le système scolaire français, lancée en juin 2023 par Pap Nidaye, alors ministre concerné, qui « s’inscrit pleinement dans la politique éducative en faveur de l’égalité et de la lutte contre les discriminations et les violences ».
Prévue pour novembre 2023 puis pour janvier 2024, la publication de ce programme, politiquement sensible, a pris du retard avec la valse des ministres. Le 20 janvier, le chef du gouvernement, Gabriel Attal, a précisé que ce programme serait mis en place à la rentrée 2024. « A l’école primaire, on doit apprendre le respect de l’intégrité du corps », a-t-il précisé, et l’éducation sexuelle « en tant que telle » doit « venir au collège et au lycée ».
Les « ex » de La Manif pour tous
Là encore, les milieux conservateurs se mobilisent. SOS Education, association qui se présente comme « apolitique »mais réputée proche de la droite conservatrice, a rédigé un rapport, sous-titré « de la prévention à la sexualisation précoce », pour pointer des « dérives » de l’éducation à la sexualité dans le cadre scolaire, qui serait « à l’opposé de ce qu’il convient de faire ». Pour l’association, qui s’était déjà opposée à la circulaire de 2021 sur la transidentité à l’école, la liberté pédagogique n’a pas lieu d’être sur ces sujets.
Le Syndicat de la famille, ex-Manif pour tous, qui s’est mobilisé en 2012 contre le mariage de couples de même sexe, a, lui, organisé un colloque au Sénat le 9 février avec les associations Famille et liberté et Juristes pour l’enfance sous la bannière « union pour une éducation responsable » sur le projet de programme d’éducation sexuelle, même si celui-ci n’est pas encore connu. En conclusion, la présidente du Syndicat de la famille, Ludovine de La Rochère, a estimé que les « jeunes ont avant tout besoin d’une éducation affective et relationnelle » qui se fait principalement dans la sphère familiale. « S’il ne reste qu’une éducation à la sexualité, comme elle est écrite dans la loi, elle ne peut être que déplacée et contre-productive », a-t-elle avancé.
Ces associations ont été reçues par le Conseil supérieur des programmes, au même titre que les associations de défense des droits LGBT ou les représentants des cultes, dans le cadre de la trentaine d’auditions menées pour élaborer le programme scolaire d’éducation à la sexualité. Une consultation « extrêmement large » revendiquée par le président de ce conseil, Mark Sherringham. « Tous ceux qui ont demandé à être auditionnés l’ont été, mais cela ne signifie pas que l’on va dans un sens ou un autre. Nous ne sommes là ni pour promouvoir ni pour dénoncer tel ou tel aspect, mais pour tenir les objectifs fixés par la loi et veiller à ce que le programme soit acceptable par tous », prévient-il. Une fois rendu public, le projet sera soumis, comme tout projet de programme, à consultation avant que la version définitive soit publiée par le ministère de l’éducation nationale.
Lors du colloque du 9 février au Sénat, Ludovine de La Rochère a invité les participants à « veiller avec une extrême vigilance sur ce que fera le ministère de l’éducation nationale » avec ce programme scolaire et à « veiller à ce que feront les établissements scolaires, qui portent une responsabilité évidente ».
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****Education à la sexualité à l’école : offensive conservatrice contre le premier projet de programme
Des associations mènent campagne contre un dispositif qui n’est pas encore entré en vigueur et qui fait l’objet d’un très large consensus dans la communauté éducative. La ministre de l’éducation nationale, Anne Genetet, défend ce programme, mais insiste sur les consultations encore en cours.
Par Sylvie Lecherbonnier
Publié le 26 novembre 2024 à 05h30, modifié le 26 novembre 2024 à 08h04 https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/11/26/education-a-la-sexualite-a-l-ecole-offensive-conservatrice-contre-le-premier-projet-de-programme_6414661_3224.html
Temps de Lecture 4 min

Le Syndicat de la famille (ex-Manif pour tous), SOS-Education ou Parents vigilants repartent en campagne. Ces associations proches de la droite conservatrice et de l’extrême droite intensifient leurs attaques contre le premier projet de programme scolaire consacré à l’éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité. Ce texte, en voie de finalisation, doit être présenté courant décembre au conseil supérieur de l’éducation, instance consultative rassemblant les acteurs de l’éducation, puis être publié.
Ludovine de La Rochère, présidente du Syndicat de la famille, déplore « l’idéologie du genre » et « l’influence “woke” »qui « transparaît » dans la version actuelle. Elle souhaite « une révision en profondeur » du projet « expurgé de tout contenu militant et sexualisant ». Les très conservatrices associations familiales catholiques ont, elles, lancé une pétition, qui avait recueilli près de 1 800 signatures lundi 25 novembre, pour demander à la ministre de ne pas publier le programme car « les parents sont invisibilisés », le genre « omniprésent » et le consentement « promu comme une nouvelle norme éthique ».
Conscient du caractère éruptif du sujet et de la désinformation qu’il suscite, le ministère de l’éducation nationale a pris son temps pour élaborer ce programme. Depuis 2001, une loi a inscrit l’obligation de conduire trois séances par an sur l’éducation à la sexualité, du CP à la terminale. Dans les faits, seule une minorité d’élèves a accès à cet enseignement. Face à ce constat et aux récurrentes contestations d’une minorité, Pap Ndiaye, alors ministre de l’éducation nationale, a saisi en juin 2023 le Conseil supérieur des programmes (CSP) pour concevoir ce premier programme et ainsi asseoir ces enseignements.
Un équilibre prudent
Le CSP, présidé par Mark Sherringham, un ancien conseiller de François Fillon, a publié sa copie en mars 2024. Le projet – qui « vise à être acceptable par tous », insiste depuis le départ le président de ce conseil – joue sur un équilibre prudent. Il replace cette « éducation à » dans des objectifs plus vastes que sont la connaissance de soi, le respect de l’autre ou encore l’ambition de « trouver sa place dans la société », sans faire d’impasse sur les différents types de familles, hétéroparentales comme homoparentales, ou sur les violences sexistes et sexuelles, notamment. Une consultation, classique dans l’élaboration des programmes scolaires, s’est enclenchée au printemps et s’est enrayée du fait de la dissolution de l’Assemblée nationale, Nicole Belloubet, alors ministre de l’éducation, ne souhaitant pas attiser les tensions en période électorale.
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La direction générale de l’enseignement scolaire a depuis, comme il est d’usage, apporté « des clarifications et des précisions », indique-t-on dans l’entourage d’Anne Genetet, l’actuelle ministre de l’éducation. Cette deuxième version, réalisée en concertation avec le CSP, n’est pas publique car elle peut encore subir des modifications. Elle circule pourtant et est scrutée mot à mot par ses opposants, dont nombre d’entre eux pensent que cette éducation ne relève pas de l’école, mais de la famille.
Ce projet, que Le Monde a pu consulter, parle d’éducation à la vie affective et relationnelle à l’école primaire et y ajoute « à la sexualité » au collège et au lycée. La notion de consentement est abordée pour la première fois en CE2, la puberté est évoquée à partir de la classe de CM1 et la différenciation entre sexe, genre et orientation sexuelle est prévue, à ce stade, à partir de la classe de 5e. « L’identité de genre fait partie des motifs de discriminations inscrits dans le code pénal », précise l’entourage d’Anne Genetet, en réponse aux polémiques.
Des tracts mensongers
La contestation s’organise depuis plusieurs mois. Les mêmes tracts, émanant d’un collectif d’associations dénommées « Parents en colère » ou « Touche pas à mon enfant », entre autres, sont distribués ou affichés aux abords d’établissements scolaires dans plusieurs villes et villages de France, de Bordeaux à Nantes en passant par le Loir-et-Cher. Ces prospectus font état d’un programme « imposé par l’éducation nationale » et « de très nombreux signalements d’enfants et adolescents gravement choqués et traumatisés », alors que ce programme n’est ni effectif ni publié. « Ces tracts participent à créer de la suspicion et conduisent les parents à s’interroger sur ce qu’on enseigne à leurs enfants », déplore Aurélia Stedransky, responsable du SNES-FSU dans le Loir-et-Cher.
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« Ces polémiques trouvent aujourd’hui une caisse de résonance avec les médias de Vincent Bolloré », remarque Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU, qui dénonce l’instauration d’« une panique morale ». Le projet de programme a notamment fait la une du Journal du dimanche, le 24 novembre, avec la question « Les enfants en danger ? » Anne Genetet a également été longuement interrogée sur le sujet lors de son passage sur la chaîne du groupe Bolloré CNews, le 19 novembre.
Ces controverses tranchent avec le consensus – rare – des organisations syndicales autour de ce projet. « Un travail sérieux est mené, loin des idéologies », remarque un proche du dossier au sein du ministère. « L’institution prend ses responsabilités et émet un cadre clair », remarque Jean-Rémi Girard. Pour le président du Snalc, syndicat réputé conservateur, « s’il reste quelques ajustements à faire », il n’existe pas de « problème majeur » sur ce texte, excepté « sa faisabilité au vu de son ampleur et du temps à y consacrer ».
La « frilosité » des pouvoirs publics
Guislaine David, responsable du SNUipp-FSU, insiste sur « l’absolue nécessité » de la publication d’un tel programme au vu des 160 000 enfants agressés sexuellement chaque année selon la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants.
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Dans un avis daté du 10 septembre, le Conseil économique social et environnemental avait déjà souligné la « frilosité »des pouvoirs publics « qui souhaitent éviter les controverses », alors que l’éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité doit « s’inscrire dans une politique de santé publique et de lutte contre les discriminations et les violences sexuelles ».
A l’approche des derniers arbitrages, Anne Genetet défend ce programme « très progressif et séquencé » tout en insistant sur les consultations en cours. « La question de l’âge approprié pour parler de sujets comme la contraception reste à débattre », concède-t-elle au Journal du dimanche.
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« On va voir si la ministre écoute la communauté éducative ou ceux qui instrumentalisent l’école », prévient Sophie Vénétitay. Les enseignants pensent déjà à la suite. Chacun garde en tête le souvenir des « ABCD de l’égalité », ce dispositif pédagogique de lutte contre les stéréotypes de genre mis en place à titre expérimental en 2013 et abandonné un an plus tard à l’aune d’une virulente campagne de dénigrement orchestrée peu ou prou par les mêmes acteurs qu’aujourd’hui. « Depuis, la propagation des fake news s’est encore accrue, avertit Guislaine David. L’éducation nationale va devoir former les enseignants à ce sujet sensible et les soutenir en cas de contestation. »