Michel Barnier accorde une concession à la présidente du groupe Rassemblement national (RN), à propos des taxes sur l’électricité

Menacé de censure, Michel Barnier cherche le compromis avec Marine Le Pen. 

Par Denis CosnardRobin D’AngeloClément GuillouCorentin Lesueur et Nathalie Segaunes

Publié aujourd’hui à 05h31, modifié à 09h52 https://www.lemonde.fr/politique/article/2024/11/29/menace-de-censure-michel-barnier-cherche-le-compromis-avec-marine-le-pen_6419624_823448.html?lmd_medium=email&lmd_campaign=trf_newsletters_lmfr&lmd_creation=a_la_une&lmd_send_date=undefined&lmd_email_link=a-la-une-points-forts-chapo&M_BT=53496897516380

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Le premier ministre, Michel Barnier, à l’Elysée, à Paris, le 27 novembre 2024.
Le premier ministre, Michel Barnier, à l’Elysée, à Paris, le 27 novembre 2024.  STÉPHANE MAHÉ/REUTERS

Cela suffira-t-il à éteindre la crise ? Sous la menace d’une motion de censure qui pourrait faire tomber son gouvernement dès la semaine prochaine, Michel Barnier lâche du lest. A quelques jours du retour du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) à l’Assemblée nationale, lundi 2 décembre, le premier ministre a annoncé qu’il ne va « pas augmenter les taxes sur l’électricité », comme prévu initialement dans le projet de budget pour 2025. Cela permettra, précise-t-il, dans un entretien au Figaro, jeudi 28 novembre, une « baisse des prix de l’électricité de 14 %, qui ira donc bien au-delà de la baisse de 9 % prévue initialement ».

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Après avoir fait un geste en faveur du président du groupe de la Droite républicaine (DR, le groupe du parti Les Républicains) à l’Assemblée nationale, Laurent Wauquiez, sur les pensions de retraite, puis un autre, mercredi, en direction du président du groupe Ensemble pour la République (EPR, groupe du parti Renaissance), Gabriel Attal, sur les exonérations de charges, Michel Barnier accorde donc une concession à la présidente du groupe Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, qui avait fait de l’augmentation des taxes sur l’électricité l’une de ses « lignes rouges ».

Le premier ministre s’efforce de contrecarrer cette interprétation en soulignant que, dans sa « majorité » comme dans l’opposition, tous ceux qu’il a reçus ces derniers jours lui ont « demandé d’évoluer » sur la taxation de l’électricité. « Les sénateurs ont aussi voté à l’unanimité en ce sens », ajoute-t-il, afin de ne pas sembler céder à la présidente de groupe du RN, qui menace de voter la motion de censure promise par la gauche, et ainsi de renverser le gouvernement.

L’ultimatum de Marine Le Pen

Mais c’est pourtant bien à Marine Le Pen que le chef du gouvernement tend la main dans ce qui s’apparente à une offre de la dernière chance. M. Barnier « évolue » sur d’autres revendications du parti d’extrême droite. Ainsi promet-il de diminuer « sensiblement » le « panier de soins » pris en charge au titre de l’aide médicale d’Etat (un dispositif qui permet aux étrangers en situation irrégulière de bénéficier d’un accès aux soins), que Marine Le Pen demande de réduire « drastiquement ».

Et rappelle que des mesures seront prises « à court terme » pour « lutter » contre l’immigration illégale, et pour « maîtriser » de façon « très stricte » l’immigration légale. Il annonce également qu’un projet de loi sera présenté « au printemps » pour instaurer une dose de proportionnelle aux élections législatives. Là encore, une revendication de longue date de Marine Le Pen.

Au sein du camp présidentiel, les annonces du premier ministre suscitent l’inquiétude. « Il a raison d’être ouvert au dialogue, juge le député (Renaissance) du Val-de-Marne et vice-président du groupe EPR, Mathieu Lefèvre. Après, ma crainte est que le maître-chanteur demande toujours plus. »

La dirigeante du parti d’extrême droite exige déjà que le premier ministre abandonne ses projets de revalorisation au minimum des pensions de retraite et de baisse du remboursement des médicaments, deux autres « lignes rouges » qu’elle lui avait présentées lundi, lors d’un entretien à Matignon. « Nous sommes jeudi. Il a jusqu’à lundi », le prévient-elle, en guise d’ultimatum.

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A la liste de ses griefs, Marine Le Pen ajoute l’absence de financement des annonces de Michel Barnier, notant avoir fait des suggestions au premier ministre. « Nous avons fait des propositions sur l’augmentation de la taxe sur les transactions financières, de la taxe sur les rachats d’actions, sur la baisse de l’aide au développement, énumère-t-elle. Mais ils ne pensent pas autrement qu’en augmentations d’impôts ou en baisse de prestations. »

Surtout, Marine Le Pen aimerait que le premier ministre lui donne le point, scellant sa victoire aux yeux de tous. Elle a peu goûté que Michel Barnier refuse de préciser qu’il offrait au RN l’annulation de la hausse de la taxe sur l’électricité, ciblée par l’extrême droite depuis deux mois. « L’attachement à dire que cela n’est pas une concession au RN me pose un problème démocratique. Ils veulent nos voix et pas nos têtes, cela fait quarante ans que l’on vit cela !, s’offusque-t-elle. Je ne vois pas ce qu’il y a de honteux, dans une démocratie, à tenir compte des lignes rouges du premier groupe de l’Assemblée nationale. »

Pression sur les socialistes

Depuis la nomination de Michel Barnier, en septembre, la candidate putative à la présidentielle de 2027 attend de pouvoir revendiquer une victoire politique auprès de son électorat. La « victoire », revendiquée jeudi sur le réseau social X par Jordan Bardella, aurait ainsi meilleur goût si elle était accordée par le chef du gouvernement. L’ancien ministre de l’intérieur Gérald Darmanin s’y est résolu à demi-mot, remerciant sur X Michel Barnier d’avoir « tendu la main » aux parlementaires qui ne souhaitent pas le censurer a priori, y incluant « bien évidemment » le RN.

A gauche, les concessions de Michel Barnier ont ravivé le procès en « bienveillance » à l’égard de Marine Le Pen qui lui est fait depuis sa nomination à Matignon. « Ils ont voulu éviter la censure au prix du déshonneur. Ils ont eu le déshonneur et ils auront la censure », assénait, jeudi, sur Franceinfo, le député (La France insoumise) des Bouches-du-Rhône Manuel Bompard, tandis que Jean-Luc Mélenchon prédisait que, « dans six jours, le gouvernement sera tombé ».

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Ces derniers jours, le gouvernement et ses alliés du « socle commun » avaient redoublé leur pression sur les socialistes, espérant ouvrir une brèche au sein du Nouveau Front populaire. Les déclarations du premier ministre, notamment sur l’immigration et l’aide médicale d’Etat, enterrent définitivement cette option, si tant est qu’elle ait jamais existé. « Cela a tendance à durcir nos positions », abonde le député socialiste et candidat à la Mairie de Paris, Emmanuel Grégoire, qui fustige la « défaite morale » d’un « gouvernement prisonnier du RN ». « Le premier ministre tourne définitivement le dos au front républicain », renchérit le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure.

Avec ces nouvelles annonces, ce sont au total de 9 à 10 milliards d’euros de recettes ou d’économies attendues qui disparaissent du projet de budget. En y renonçant, Michel Barnier espère éviter une motion de censure dont il juge les conséquences plus néfastes pour les finances du pays que les ajustements proposés. « L’absence de vote du budget et le renversement du gouvernement provoqueraient inévitablement une hausse des taux d’intérêt pour l’Etat et donc pour les entreprises et les Français », prévient-il, alors que, depuis mercredi, la France doit payer aussi cher que la Grèce pour s’endetter sur les marchés financiers.

Concessions à répétition

L’exercice de communication est aussi une façon de prendre les Français à témoin des efforts entrepris pour arriver à un consensus, face à la gravité de la situation. Et, ainsi, de mieux renvoyer ceux qui le refusent à leur « irresponsabilité », Marine Le Pen en tête. Une accusation qu’elle bat en brèche. « Tout le monde comprendra qu’il n’y a pas de shutdown [paralysie de l’administration, aux Etats-Unis] et que les fonctionnaires peuvent être payés », minimisait-elle, jeudi, à l’Assemblée nationale.

Les concessions à répétition du locataire de Matignon posent cependant un autre problème, tout aussi crucial pour les finances du pays, celui du déficit. S’appuyant sur des prévisions de croissance optimistes, le budget paraissait déjà fragile dans sa première version, et aucun expert ne croyait qu’il permettrait d’atteindre l’objectif officiel : ramener le déficit public des 6,1 % du produit intérieur brut prévus en 2024 à 5 % en 2025. La nouvelle version du texte s’éloigne davantage encore de ce chiffre, pourtant érigé en totem par le gouvernement. De quoi éroder encore la crédibilité financière de la France, alors que l’agence de notation Standard & Poor’s publie vendredi une nouvelle analyse, très attendue, sur l’état des finances tricolores.

Denis Cosnard,  Robin D’Angelo,  Clément Guillou,  Corentin Lesueur et  Nathalie Segaunes

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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