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Challenges – Après l’hôtellerie et les casinos, pourquoi avoir investi dans la Seine ?
PMarie-Pierre Landowski – J’ai eu 1 000 vies, mais ma ligne directrice, ce sont les métiers de service. En 2016, j’ai commencé à investir dedans en reprenant Vedettes de la Seine, spécialisée dans les dîners-croisières. Puis j’ai acquis la Compagnie des bateaux à roue sur la partie événementielle, qui vient d’inaugurer son premier bateau électrique, le Héméra. L’an dernier, nous avons ouvert le restaurant Maison Jaune situé quai du Point-du-Jour, à Boulogne-Billancourt. Esprit Seine est l’entreprise qui réunit toutes mes activités fluviales.
Comment se comporte ce marché ?
C’est un marché relativement fermé, dont nous sommes un acteur significatif avec 200 000 passagers par an sur nos dîners-croisières et 350 privatisations réalisées l’an passé. Nous agissons dans le cadre d’un contrat d’occupation temporaire régi par l’établissement public d’Etat, Haropa Port. Nos principaux concurrents sont Yachts de Paris (Sodexo) et la Compagnie des Bateaux-Mouches.
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Quel est votre modèle économique ?
Nous sommes des armateurs : nous sommes propriétaires de notre flotte, que nous exploitons en interne avec nos 80 collaborateurs.
Quelles répercussions ont eu les jeux Olympiques de Paris 2024 sur votre activité ?
Cette année a été atypique. Entre mai et septembre, notre chiffre d’affaires a chuté de 40 %. Ce qui a contraint nos collaborateurs à anticiper leurs congés. Depuis, notre activité-dîners croisières est revenue à la normale, mais l’effet boost post-Paris 2024 se fait encore attendre.
Pourtant, participer à la cérémonie d’ouverture a été une fabuleuse vitrine…
Il y a eu un coup de projecteur sur la Seine et ses bateaux qui sera bénéfique pour nous sur un temps long. Nous avions cinq bateaux engagés pour cette cérémonie, ce qui fut dingue à vivre pour nos équipages.
Dès 2025, la Seine doit s’ouvrir à la baignade. Comment anticipez-vous ce projet ?
Après une année 2024 compliquée, notre activité risque d’être encore pénalisée. La baignade est difficilement conciliable avec la mixité des usages sur la Seine. Ce qui va menacer la navigation et impacter la fréquence de nos croisières.
Comment répondre à l’enjeu de l’électrification de votre flotte ?
Nous avons inauguré notre premier bateau à motorisation électrique que nous avons mis un an à construire. Le Héméra est le deuxième bateau à passager électrique neuf sur la Seine, qui navigue depuis juillet avec une autonomie de quatre heures. L’électrification de notre flotte est à l’étude avec des problématiques liées au volume et à la stabilité de celle-ci. Il faut donc arbitrer entre l’investissement, la rentabilité et l’impact réel.
Êtes-vous rentable ?
Oui. L’an passé, notre chiffre d’affaires était de 14 millions d’euros, dont 10 millions pour les dîners-croisières et 4 millions pour l’événementiel.
Comment vous projetez-vous dans dix ans ?
Je regarde les opportunités, sans chercher à me développer à tous crins.