Les centres médicaux (Maisons médicales de garde) à horaires élargis en danger ?

Les centres médicaux à horaires élargis en danger ?

Quentin Haroche | 18 Novembre 2024 https://www.jim.fr/viewarticle/centres-médicaux-à-horaires-élargis-danger-2024a1000kzs?ecd=wnl_all_241124_jim_top-jim_

Paris – Ces centres médicaux, qui accueillent des patients tard le soir et le week-end, vont subir une forte baisse de leurs tarifs en décembre.

Le 22 décembre prochain, les médecins libéraux auront le droit à un cadeau de Noël un peu en avance : à compter de ce jour, le tarif de la consultation de médecine générale passera de 26,50 euros à 30 euros (et la plupart des consultations de spécialistes connaitront également une augmentation). Un coup de pouce financier obtenue de haute lutte par les syndicats dans le cadre de la convention qu’ils ont signée avec la CNAM le 4 juin dernier. Mais tous les médecins libéraux n’ont pas pour autant le sourire, car l’entrée en vigueur de la convention médicale dans un mois entrainera également une chute des tarifs dans les centres médicaux à horaires élargis (CHE).

Ces structures, également communément appelées maisons médicales de garde, accueillent des patients souvent tard le soir et les week-ends. Ces établissements bénéficiaient jusque là d’une rémunération très attractive : une consultation était tarifée 61,50 euros après 20h et 45,56 euros les week-end et jours fériés. Mais en application de l’article 50-2 de la convention médicale, les consultations non-régulées, c’est-à-dire qui n’ont pas été préalablement prises en charge par la permanence des soins ambulatoires (PDSA) et les centres 15 (ce qui est le cas de la majorité des consultations dans les CHE), seront désormais tarifées 35 euros. Soit une majoration de seulement 5 euros par rapport au tarif de droit commun et une baisse de tarifs de 43 % pour les consultations du soir et de 23 % pour celles les week-ends.

Les patients risquent de se reporter vers les urgences alertent les CHE

« Quel médecin voudra travailler le 14-Juillet, le dimanche de la fête des mères ou simplement le week-end pour cinq euros de plus ? » s’inquiète auprès du journal Le Monde le Dr Aurore Baudoin-Haloche, généraliste qui exerce dans un CHE à Marseille. Selon les gérants de CHE, ces nouveaux tarifs peu attractifs risquent de faire fuir les médecins et à terme conduiront à la fermeture de nombreuses maisons médicales de garde. Les patients habituellement pris en charge par ces CHE risquent de se tourner alors vers des cabinets médicaux et surtout des services d’urgence déjà débordés, aggravant encore la situation de l’accès aux soins.

En mai dernier, au moment des négociations conventionnelles, un groupe d’une quarantaine de CHE situés dans les Bouches-du-Rhône (où ces établissements sont particulièrement nombreux) avait déjà alerté sur ce danger en envoyant un courrier au ministère de la Santé. En vain. Aujourd’hui, à un mois de la baisse des tarifs, les CHE tentent de nouveau de faire infléchir la CNAM et le gouvernement. Une pétition déjà signée par plus de 47 000 personnes a ainsi été lancée par le Dr Mathieu Prix, généraliste exerçant dans un CHE à Paris. 

« De nombreux médecins ne participeront plus au fonctionnement des maisons médicales de garde, dont beaucoup vont probablement fermer, purement et simplement » prévient l’omnipraticien. « Cela va priver de nombreux patients de soins(dont on sait qu’ils sont déjà insuffisants en France), cela va engorger davantage encore les urgences, coûter davantage aux patients et à la sécurité sociale (un passage aux urgences est nettement plus cher qu’une consultation en Maison Médicale de Garde) et conduire à des drames ».

La CNAM défend la nécessaire régulation du système des CHE

Selon la CNAM, qui a fait d’une meilleure régulation des soins primaires un de ses cheval de bataille, la baisse des tarifs des CHE était rendue nécessaire par les « dérives » de ces établissements et le « dévoiement du système ». « On ne peut pas fonctionner qu’avec des médecins qui voient des patients à la chaîne le soir et le week-end » expliquait ainsi en mai dernier Marguerite Cazeneuve, numéro 2 de la CNAM, alors que les majorations pour des consultations tardives ou les week-ends ont augmenté de 15 % en 2023. 

La CNAM espère que cette baisse des tarifs va inciter les CHE à adopter un système de régulation téléphonique des patients, « efficace pour faire un tri et éviter beaucoup de consultations inutiles » insiste-t-on du côté de l’Assurance Maladie. « Il faut que les médecins s’accordent pour mieux faire fonctionner les tableaux de garde » abonde dans le même sens le Dr Guillaume Michelon, membre du syndicat MG France, qui a signé la convention en juin dernier.

« On nous accuse de déstructurer l’offre de soins…mais si nous existons, c’est notamment pour répondre à la dégradation de cette offre et aux difficultés d’installation des nouveaux médecins en assurant pour eux l’intendance, la logistique et l’administratif » lui répond le Dr Jérémie Chaumoître, qui a créé plus d’une vingtaine de CHE. Face à ce qu’ils décrivent comme une menace existentielle, ces établissements menacent désormais de se mettre en grève.

Commentaire Dr Jean Scheffer:

Contrairement à ce qui est dit dans l’article, les patients qui viennent consulter dans ces maisons médicales de garde sont passés par le filtre du 15, soit en ayant téléphoné au 15 soit en ayant été adressés par les urgences au médecin dans la maison de garde. En conséquence la plupart des consultations seront rémunérées sur les bases de l’ancien bonus.

C’est du moins le reflet de l’expérience Albigeoise.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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