Près d’un étudiant en médecine sur dix est en situation de précarité, révèle une étude
Une nouvelle étude commandée par la Conférence des doyens de médecine, et relayée par l’agence AEF info, s’est penchée sur la précarité et la santé mentale des étudiants en santé. Elle révèle que jusqu’à 12% des apprentis soignants font face à d’importantes difficultés financières. 20% ne peuvent pas couvrir leurs besoins mensuels.
22/11/2024 Par Chloé Subileau
Jusqu’à 12% des étudiants en santé sont en situation de précarité économique, selon les filières. C’est ce que révèle une nouvelle étude nationale sur les conditions de vie et le bien-être des étudiants en santé (Covies). Présentée début novembre lors des Etats généraux de la formation et de la recherche médicale, et relayée par l’agence d’informations spécialisées AEF Info, cette enquête a été réalisée à l’initiative de la Conférence des doyens de médecine.
Coordonnée par la Pre Marie-Pierre Tavolacci, médecin épidémiologiste au CHU de Rouen, l’étude porte sur plus de 12500 réponses d’étudiants en santé. Ces soignants en formation (hors internes) sont issus pour plus de la moitié de médecine (56%), des filières paramédicales (21%), MOPK* (12%) et Pass (11%), et sont à 76% des femmes.
Il en ressort que 9% des étudiants en médecine sont en situation de précarité économique. Un chiffre qui atteint 12% dans la filière paramédicale. 20% des étudiantes interrogés – quelle que soit leur formation – indiquent ne pas avoir assez d’argent pour couvrir leurs besoins mensuels ; 7% sont même à découvert chaque mois. Cette situation pousse, selon l’étude, 11% d’entre eux à renoncer régulièrement à des achats alimentaires.
17% des carabins ont un job étudiant
Au total, entre 10% et 18% des étudiants se trouvent en situation de très faible sécurité alimentaire. En médecine, ils sont 4,5% à avoir eu recours plusieurs fois à une aide alimentaire au cours de l’année passée ; 1,3% quelques fois par mois, et 0,5% s’y rendent toutes les semaines ou plus.
Alors qu’un nombre important d’étudiants font face à des difficultés financières, certains ont décidé de prendre un job étudiant. 17% des carabins affirment avoir un tel travail tout au long de l’année ; 23% en ont un plus ponctuellement. Ces chiffres sont plus élevés dans les filières MOPK, où 25% des étudiants ont un travail à côté de leur formation tout au long de l’année, et 30% pendant une partie de l’année seulement. Les élèves en Pass sont ceux qui ont le moins recours à un travail étudiant : ils ne sont que 1% à en avoir un toute l’année, et 9% de manière plus ponctuellement.
Dans une majorité des cas, ce job étudiant appartient au domaine de la santé : 50% des cas pour les carabins, 57% pour ceux dans une formation MOPK.
Lire aussi : « Je vois souvent des externes s’effondrer » : ces chiffres accablants sur la santé mentale des étudiants en médecine
« Pour un étudiant sur trois, ce job étudiant est indispensable pour vivre tandis que 50% le font pour avoir des compléments de ressources pour les loisirs, a précisé la Pre Marie-Pierre Tavolacci, citée par AEF Info. Ceux qui n’ont pas d’emploi ne le font pas forcément par choix, mais parce qu’ils manquent de temps ou qu’ils préfèrent se consacrer à leurs études et leurs révisions. »
Au-delà de ces chiffres, les auteurs de l’étude se sont intéressés aux impacts de la précarité sur la santé mentale des étudiants. Les résultats sont accablants : un étudiant en santé sur deux fait face à un état anxieux, et 15 à 25% à un état dépressif. En Pass, ce sont 61% des élèves qui souffrent d’un état anxieux, et 24% d’un état dépressif. L’épuisement professionnel est aussi particulièrement important chez ces apprentis soignants : 40% des étudiants en Pass en souffrent et 30% en médecine.
Revalorisation des stages
Le 19 novembre dernier, trois organisations étudiantes ont publié une vaste enquête sur la santé mentale des carabins (comprenant les internes). Leur constat était similaire : 52% des apprentis médecins interrogés affirmaient souffrir de symptômes anxieux, 16% de symptômes de symptômes dépressifs et 66% étaient en burn out.
Selon l’étude Covies, un étudiant en santé sur cinq a consulté un psychologue au cours de la dernière année. 5 à 10% d’entre eux se sont également rendus chez un psychiatre. Toutefois, les difficultés financières de ces apprentis soignants ont des conséquences sur leur recours aux soins, en particulier en matière de santé mentale : « le renoncement le plus fréquent concerne le recours au psychologue », peut-on lire dans le résumé de l’enquête.
Face à ces chiffres, les chercheurs avancent plusieurs pistes d’actions. Du côté des universités notamment, ils plaident pour un « élargissement de l’accès aux services de santé mentale aux étudiants les plus à risque » et une revalorisation de la gratification des stages hospitaliers. Il soutiennent aussi la mise en place de « groupes d’écoute et de soutien psychologique animés par des étudiants pairs formés », ainsi que la développement d’actions solidaires.
*Maïeutique, odontologie, pharmacie et kinésithérapie.
Commentaires Dr Jean SCHEFFER:
Cette enquête confirme une origine sociale différente de l’ensemble des étudiants français., car en gros trois fois moins d’étudiants précaires
https://www.ifop.com/publication/la-precarite-etudiante-en-france-quelle-realite-en-2024/
Pour les étudiants en général:
« En 2024, plus d’un tiers des jeunes interrogés déclare sauter souvent ou de temps en temps un repas par manque d’argent (36%, une proportion stable par rapport à 2023). C’est 7 points de plus que la moyenne nationale (29% en 2023) »
Par contre ils semblent plus souvent atteints par des problèmes de santé mentale (anxiété, dépressions et burn out).
Pour les étudiants en général:
Une persistance des problèmes de santé mentale dans la population étudiante malgré une légère embellie du moral des étudiants
« La crise du Covid a eu impact très lourd sur la population étudiante, dans la mesure où certains jeunes ont pu être isolés à des moments clés de leur intégration au sein du cursus universitaire (ex : en première année), ou ont dû revoir leur choix d’orientation. Dans le même temps, la hausse des prix a poussé ces jeunes à faire des concessions sur des activités généralement bénéfiques pour le bien-être mental à cet âge : 1 étudiant sur 2 a été contraint de réduire ses dépenses de divertissements et de sorties (autant d’occasions propices à la socialisation et aux rencontres). La détresse psychologique demeure ainsi plus importante chez les étudiants par rapport aux Français de manière générale : 41% déclarent qu’il leur arrive fréquemment de se sentir seuls, soit plus du double de la moyenne nationale (19% en 2021). A cet égard, la question de la solitude étudiante apparait comme un angle mort des politiques publiques. Loin de l’image d’Epinal d’une solitude liée au grand âge, les données de l’enquête montrent qu’il s’agit au contraire plutôt d’un problème qui concerne les jeunes.
De surcroît, les sentiments négatifs dominent parmi les étudiants : 64% indiquent ressentir des émotions négatives contre 36% des émotions positives. On notera en revanche un léger recul des émotions négatives exprimées par les étudiants : – 6 points par rapport à l’enquête de 2023. Le recours à un psychologue au cours de l’année écoulée concerne près d’un quart des étudiants (23%). Parmi eux, 37% ont consulté par le biais du dispositif « santé psy étudiants », soit près de 9% du total des étudiants qui en auraient bénéficié. Le manque de notoriété du dispositif constitue la raison première d’un non-recours (55% n’avaient pas connaissance de cette initiative). De surcroit, on notera que la proportion d’étudiants se déclarant suffisamment informés à l’égard des aides psychologiques recule par rapport à 2024 avec seulement 45% qui se déclarent bien informés (contre 51% en 2024). Outre l’élargissement du dispositif à plus de professionnels, un travail de communication pourrait être réalisé pour mieux faire connaitre le dispositif. »