Pourquoi le statut de PU-PH ne fait plus rêver les médecins
L’exercice hospitalo-universitaire n’attire plus suffisamment les médecins, alertent les PU-PH. Une situation qui met selon eux en danger ce que le système de santé a de plus précieux : son avenir. Car sans professeurs, pas d’enseignement possible. Décryptage.
14/11/2024
Par Adrien Renaud

Le temps du mandarinat est-il terminé ? Faut-il dire adieu à l’époque où le statut de professeur des universités – praticien hospitalier (PU-PH), vous plaçant au sommet de la pyramide médicale, était le graal dont rêvait tout étudiant ayant un minimum d’ambition ? C’est ce qu’on pourrait se dire en écoutant les revendications de ceux qui portent les fameuses trois casquettes de clinicien, d’enseignant et de chercheur. Ceux-ci n’hésitent plus à parler de crise d’attractivité, et mettent en garde contre une fuite des cerveaux hors du système hospitalo-universitaire, voire hors de France, qui aurait selon eux déjà commencé. Reste à comprendre les racines du malaise, afin d’envisager les remèdes à y apporter.
« C’est bien simple : depuis 1996, le nombre d’hospitalo-universitaires a baissé de 2,5 %, et le nombre d’étudiants à former a été multiplié par trois », calcule le Pr Guillaume Captier, président du Syndicat des hospitalo-universitaires (SHU). Une évolution en ciseaux d’autant plus dramatique que le nombre d’étudiants est appelé à augmenter encore dans les années à venir, rappelle ce chirurgien pédiatrique montpelliérain. « On voit mal comment la charge de travail pourrait être tenable à long terme », estime-t-il. Facteur aggravant : la reconnaissance est loin d’avoir, selon lui, suivi un chemin parallèle à celui de la charge de travail. « Aux dernières assises hospitalo-universitaires, il a été démontré que notre pouvoir d’achat avait diminué de 20 % en 20 ans », rappelle-t-il.
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La grogne des hospitalo-universitaires a été particulièrement visible au printemps dernier, quand ceux-ci ont protesté contre la réforme de leur système de retraite. En effet, une disposition de la loi Valletoux de 2023, entrée en vigueur le 1erseptembre dernier, a affilié les PU-PH à l’Institution de retraite complémentaire *des agents non titulaires de l’État et des collectivités publiques (Ircantec). Le montant de leur retraite, jusqu’alors calculé sur la seule partie universitaire de leur rémunération, prend désormais en compte également la partie hospitalière. Mais les représentants de la profession estiment que le nouveau mode de calcul a deux défauts : non seulement il diminuerait leur rémunération présente, mais il diminuerait également leur retraite future, car il porte sur l’ensemble de la carrière et non sur les six derniers mois.
« Les jeunes semblent de moins en moins à l’aise avec l’idée d’exercer nos trois missions »
Cette insatisfaction a conduit une partie des hospitalo-universitaires à se mettre en grève au moment des Examens cliniques objectifs structurés (Ecos) ** en mai dernier. Mais le malaise qu’ils expriment va bien au-delà de la question de la retraite. « On nous perçoit comme les cerveaux des spécialités, les experts, mais certains peuvent avoir l’impression d’être insuffisamment considérés à l’hôpital », se désole le Pr Michaël Grynberg, gynécologue et chef du service de médecine de la reproduction à l’hôpital Antoine-Béclère de Clamart (Hauts-de-Seine, AP-HP). Ce spécialiste de l’assistance médicale à la procréation (AMP) prend l’exemple du secteur privé à l’hôpital. « On nous dit qu’on peut faire du privé si on en a envie, mais dans les faits les limitations imposées à notre activité privée font que beaucoup d’entre nous restent très largement en-dessous des rémunérations de nos collègues du privé », constate-t-il.
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Au-delà de l’aspect financier, c’est l’image toute entière des carrières hospitalo-universitaires qui semble écornée. « L’une de mes grandes préoccupations, c’est d’identifier des jeunes, confie le Pr Julie Haesebaert, médecin de santé publique et chercheuse au sein du laboratoire Reshape de Lyon. Or ceux-ci semblent de moins en moins à l’aise avec l’idée d’exercer à la fois nos trois missions. » Une difficulté d’autant plus criante que la santé publique « a déjà du mal à attirer des étudiants », souligne l’enseignante, qui n’hésite pas à parler de « double peine ». Pour noircir encore le tableau, elle ajoute que de nouveaux acteurs font une sérieuse concurrence à la carrière hospitalo-universitaire. « Il y a des cabinets de conseil, des boîtes jeunes, dynamiques, comme celles qui accompagnent les CPTS, par exemple, qui peuvent donner un plus grand sentiment de liberté aux médecins de santé publique », remarque-t-elle.
Et comme si cela ne suffisait pas, aux trois casquettes qui s’accumulent sur la tête des PU-PH s’ajoute bien souvent une quatrième : celle de manager. Or, les hospitalo-universitaires ne sont pas formés au management, ce qui est d’autant plus regrettable qu’ils exercent souvent cette fonction dans des conditions difficiles. « On est dans le glissement de tâche permanent, s’indigne le Pr Henri Duboc, gastro-entérologue à l’hôpital Louis-Mourier de Colombes (Hauts-de-Seine, AP-HP) et membre du syndicat APH. On passe notre temps à remplir des demandes en format papier, on travaille avec des équipements informatiques obsolètes, et quand on veut nommer quelqu’un, cela prend tellement de temps que la personne n’a pas la patience de nous attendre. » Les PU-PH ont la responsabilité du fonctionnement des services, sans avoir les leviers d’action nécessaires, résume-t-il.
La faute à l’hôpital
Pour mieux comprendre les racines du mal-être hospitalo-universitaire, et la façon dont celui-ci peut conduire à des demandes accrues de mise en disponibilité, la professeure de gestion des ressources humaines Sarah Alves, enseignante à l’EM Normandie, a mené en 2023 une enquête quantitative auprès de 484 PU-PH et MCU-PH, dont les résultats ont notamment été présentés au mois d’octobre dernier au congrès de l’Association francophone de gestion des ressources humaines (AGRH). « Nous avons constaté que les répondants avaient un haut niveau d’engagement envers leur métier, et envers l’institution publique, résume la chercheuse. Ce qui pose problème, c’est l’engagement envers la structure locale de soins. » En d’autres termes, les hospitalo-universitaires sont attachés à la médecine et au service public, mais ils n’ont pas le sentiment d’avoir les moyens de les servir dans des conditions acceptables. Et cela « constitue un terreau favorable à leur départ », avertit la chercheuse dans sa communication à l’AGRH (à paraître).
Bien sûr, les PU-PH savent que leur malaise est loin d’être isolé au sein du système de santé. « La crise que nous vivons vient de la crise de notre environnement : l’hôpital est notre outil de travail, le support de notre recherche, et il est en faillite », avance Guillaume Captier. « Nous avons parfaitement conscience du fait qu’il s’agit d’un malaise généralisé des professionnels de santé », confirme Henri Duboc. Mais, remarque Sarah Alves, « ce qui est particulier avec la population des PU-PH, c’est qu’elle a la responsabilité de la formation des jeunes ». Si le corps des hospitalo-universitaires va mal, déduit-elle, « cela impacte les soins, mais cela impacte également l’avenir de notre système de santé ».
« Il me reste 15 à 17 ans à travailler, et je n’ai aucune perspective d’évolution »
Voilà qui donne selon les hospitalo-universitaires une force particulière aux revendications qu’ils portent pour améliorer leur sort. « Il faut plus de postes, avance Henri Duboc. On nous a trop répété qu’il n’y avait pas de postes, mais l’activité augmente, le nombre d’internes à former augmente, il faut donc investir. » Autre tableau sur lequel il faut agir : la reconnaissance financière. En dehors du sujet des retraites, qui n’est selon les syndicats toujours pas réglé, il faut selon eux adapter le calcul de leur temps de travail. « Notre rémunération est toujours calculée sur onze demi-journées de travail, observe Guillaume Captier. Il faudrait passer à dix demi-journées, et compter le samedi matin comme du temps additionnel. » De même, ajoute-t-il, créer de nouveaux échelons dans la grille de rémunération permettrait de conserver la motivation de ceux qui ont déjà avancé dans leur carrière. « Il me reste 15 à 17 ans à travailler, et je n’ai aucune perspective d’évolution, il faudrait donc au moins trois échelons supplémentaires », suggère le président du SHU. Reste à savoir si ce genre de proposition, alors que le Gouvernement est à la recherche d’économies tous azimuts, saura trouver une oreille favorable du côté de Bercy.
Un soutien de poids
« Les conditions d’exercice des personnels HU sont souvent devenues intenables, affectant lourdement l’attractivité de leur carrière chez les plus jeunes et provoquant de plus en plus souvent des départs de l’hôpital public pour un exercice dans le secteur libéral ou à l’étranger. » Tel est le triste constat dressé par Anne-Marie Armanteras et le Pr Manuel Tunon de Lara dans leur « plan de rénovation de la recherche biomédicale » remis au gouvernement en mai 2024. Dans ce document, celle qui fut directrice générale de l’offre de soin et celui qui fut président de France universités balaient divers sujets pour redonner à la recherche française une attractivité qu’elle a perdue, et s’attardent notamment sur le sort des PU-PH. Et leurs recommandations recouvrent en grande partie les revendications des représentants de ces derniers : on y retrouve notamment le passage du temps de travail à dix demi-journées, et le renforcement des effectifs.
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**Grève des Ecos : « Il est inadmissible de prendre en otage les étudiants à des fins politiques »
La menace d’une grève des praticiens hospitalo-universitaires (HU) pèse sur les Ecos* nationaux, qui doivent se tenir les 28 et 29 mai prochains. Ces derniers, opposés à la réforme de leur retraite, entendent faire pression sur le Gouvernement en se mobilisant lors de ces épreuves. Une situation « inadmissible » pour l’Association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf), qui dénonce une prise « en otage » des étudiants.
21/05/2024
Par Chloé Subileau

« Il est inadmissible de prendre en otage les étudiants à des fins politiques. » Alors que la crainte d’une grève des hospitalo-universitaires (HU) pèse sur les Ecos* nationaux, organisés les 28 et 29 mai prochains, l’Anemf appelle ces praticiens « à faire preuve de responsabilité et de compréhension envers les futurs confrères ». « Il serait intolérable que les étudiants subissent une mobilisation des hospitalo-universitaires, aussi légitime puisse-t-elle être », écrit l’organisation étudiante dans un communiqué, diffusé ce mardi 21 mai.
Car, depuis de longues semaines, les HU – qui tiennent le rôle d’examinateurs pendant les Ecos – menacent d’une grève les 27 et 28 mai. Déposé début mars, le préavis de grève « court toujours », prévient le Syndicat des hospitalo-universitaires (SHU), à l’origine de cet appel à la grève. Ce préavis « dénonce la mise en place d’une retraite au rabais » pour les HU. Selon le syndicat, la réforme de leur statut, qui doit entrer en vigueur le 1er septembre prochain, entraînera « une perte salariale très significative » pour ces praticiens, « notamment pour les plus jeunes ».
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« Un mutisme incompréhensible »
Pour éviter une grève lors des Ecos, le syndicat souhaite que des négociations soient engagées avec les ministères de la Santé et de l’Enseignement supérieur. « Les discussions informelles avec les ministères en vue d’un protocole d’accord pour l’ouverture de négociations, qui permettrait de lever le préavis, sont infructueuses, avance le SHU. Les propositions de revalorisation de grilles et la reprise des services auxiliaires sont systématiquement rejetées. Aucune annonce concrète à ce sujet n’a été faite par le ministre délégué à la Santé Fréderic Valletoux au cours du colloque organisé par l’INPH le 15 mai. » Un « mutisme » que le syndicat juge « incompréhensible ».
De son côté, si l’Anemf appelle « à une évolution de la formation à la recherche, ainsi qu’à une meilleure prise en compte de l’investissement dans l’enseignement et la pédagogie », l’association s’oppose « fermement » à la tenue d’une grève durant les Ecos. Ces examens pratiques, mis en place par la réforme du deuxième cycle des études de médecine (R2C) sont « déterminants dans le concours d’accès à l’internat », précise l’Anemf. Une telle « grève risque de saboter » ces épreuves, qui se déroulent pour la première fois, « impactant en premier lieu les étudiants ».
Si cette mobilisation menace la tenue de ces épreuves, la Conférence nationale des doyens des facultés de médecine tente de se montrer rassurante. « Nous faisons tout pour les examens se passent bien », a indiqué le Pr Benoît Veber, interrogé par L’Etudiant. Selon le président de la Conférence, l’hypothèse d’une reprogrammation des Ecos est possible, mais « compliquée ». Tout comme celle de réduire le nombre de mises en situation auxquelles doivent participer chaque carabin. Actuellement fixé à 10, celui-ci pourrait être ramené à huit ou cinq, notent nos confrères. Enfin, si l’hypothèse d’une annulation des Ecos est également« possible », cette solution serait « injuste pour les étudiants », estime le Pr Veber, puisqu’elle compte pour 30% dans la note finale** les classant pour leur choix d’internat et de subdivision.
*Examens cliniques objectifs et structurés (Ecos).
** Les épreuves dématérialisées nationales (EDN) organisés en octobre, comptent eux pour 60% de cette note ; 10% relèvent enfin du parcours de l’étudiant (stages à l’étranger, diplômes de langues étrangères, années effectuées hors médecine, engagements étudiants…)
[avec L’Etudiant]
*Retraite des personnels hospitalo-universitaires : ce qui change au 1er septembre
Annoncée par Aurélien Rousseau, ancien ministre de la Santé et de la Prévention, l’évolution du régime de retraite des personnels hospitalo-universitaires (HU) entrera bien en vigueur au 1er septembre 2024. Deux décrets ont été publiés en ce sens le 9 juillet 2024 au Journal officiel. Le premier fixe l’assiette et les taux de cotisations. Le second supprime l’affiliation au régime additionnel de la fonction publique (Rafp) sur cette partie de la rémunération.
12/07/2024
Par Sandy Bonin

C’est officiel, à compter du 1er septembre 2024, les 6 300 hospitalo-universitaires seront désormais affiliés à l’Ircantec, le régime de retraite complémentaire des agents non titulaires de la fonction publique, pour la part relative à leur activité hospitalière.
Cette affiliation se fera sur l’ensemble de la rémunération hospitalière (émoluments, primes et indemnités), précise le décret. Les bénéficiaires qui exercent une activité libérale ne cotiseront en revanche que sur 70% de cette rémunération. La cotisation salariale est fixée à 5,21% et la cotisation employeur à 9,5%.
L’objectif de cette réforme est triple : permettre aux HU de bénéficier d’un taux de remplacement identique à celui des praticiens hospitaliers, soit 44% du dernier revenu ; leur offrir un système de calcul et de cotisation simplifié, plus homogène, plus lisible et surtout plus créateur de droits ; et renforcer l’attractivité des carrières hospitalo-universitaires.
Un argumentaire qui ne semble pas convaincre le syndicat des hospitaliers universitaires SHU. « La mise en place de cette réforme aura pour conséquence directe une baisse de salaire sur la partie hospitalière de 5,21% au 1er septembre 2024 pour tous les hospitalo-universitaires au profit d’une retraite au rabais par accumulation de points Ircantec. L’avenir de ces points reste très incertain avec un taux de remplacement cible théorique et hypothétique de 45% maximum, bien loin des taux de remplacement des autres fonctionnaires d’Etat ou des praticiens hospitaliers, agent de la fonction publique, qui sont supérieurs à 50% », a déploré le SHU dans un communiqué.
Le second décret publié le 9 juillet au JO exclut la partie hospitalière de l’activité des hospitalo-universitaires titulaires du Rafp.
Auteur de l’article
Cheffe de rubrique Actualités
*** »La charge clinique était devenue insupportable » : PU-PH, il a quitté la France pour le Québec
Ex-chef du service de radiologie au CHU de Caen, le Pr Jean-Pierre Pelage a quitté la France en 2022 pour devenir « chair » de l’imagerie médicale à l’université McGill de Montréal. Témoignage.
14/11/2024
Par Adrien Renaud

Comment avez-vous pris la décision de quitter la France ?
J’avais rejoint le CHU de Caen en 2010-2011, avec un challenge fort : regrouper toutes les activités d’imagerie sur un seul site, équiper le service, lancer des activités de recherche… Au départ, tout s’est très bien passé, j’avais le soutien sans faille du directeur, du président de CME, du doyen… Mais au bout de quelques années, j’ai dû me rendre à l’évidence : la lune de miel était terminée. Une nouvelle direction était arrivée, avec une feuille de route intenable. Or en France, le pouvoir de la direction est très fort. J’ai subi ce que je n’ai pas peur d’appeler de la maltraitance institutionnelle, et j’ai commencé à faire savoir dans mon réseau que j’étais ouvert à toute proposition.
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Comment la maltraitance institutionnelle dont vous parlez s’est-elle manifestée ?
L’élément principal, c’est le fait que la charge clinique était devenue insupportable, et impactait de façon extrêmement marquée les missions universitaires. Quand il n’y a pas de praticien pour assurer la partie hospitalière, les universitaires en font plus qu’ils ne devraient : j’étais d’astreinte une semaine sur deux, je travaillais sur le terrain cinq jours par semaine… Faire l’académique le soir et le week-end, ce n’est pas possible à long terme. C’est pourquoi quand des amis de Montréal m’ont indiqué que le poste de « chair » à McGill allait être disponible, j’ai présenté ma candidature.
En quoi le fonctionnement que vous avez trouvé au Canada diffère-t-il de celui que vous avez connu en France ?
La première chose, c’est que la composante académique est forte : on a du temps protégé pour l’enseignement et la recherche, ce qui n’est pas le cas en France. Pour la partie clinique, on a plus de praticiens, plus de machines, la pénibilité est bien moindre. Par ailleurs, j’ai des fonds de recherche substantiels pour mes travaux académiques, et j’ai un budget pour recruter un assistant de recherche à plein temps et un statisticien à temps partiel. Il y a également une plus grande volonté de collaboration entre les différents services de l’hôpital. Et bien sûr, les salaires nord-américains sont conséquents, même si dans mon cas, ce n’était pas la principale raison du départ. Le revers de la médaille, mais j’y suis favorable, c’est que mes performances individuelles sont évaluées de très près : nombre de publications, d’heures d’enseignement, évaluation des étudiants, etc.
Du point de vue français, on peut trouver que le départ de professionnels tels que vous est une forme de gâchis, qu’en pensez-vous ?
Oui, c’est du gâchis. Le système français est en train de couler. Mais la dégradation des conditions d’exercice est un phénomène mondial. Ici aussi, la situation est moins rose qu’auparavant. Il reste toutefois en Amérique du Nord des opportunités incomparables, alors que je suis très inquiet sur l’avenir des établissements et des universités en France.
Auteur de l’article
Adrien Renaud journaliste pigiste
Voir aussi:
Avis de l’académie de médecine: https://www.academie-medecine.fr/wp-content/uploads/2021/06/Avis-sur-l-attractivit-des-carri-res-hos_2021_Bulletin-de-l-Acad-mie-Nation.pdf
Question écrite au Sénat: https://www.senat.fr/questions/base/2022/qSEQ220902673.html
Réponse du Ministère de la santé et de la prévention publiée le 24/11/2022
Tout d’abord, les corps de maîtres de conférences des universités-praticiens hospitaliers (MCU-PH), d’une part, et des corps de professeurs des universités-praticiens hospitaliers (PU-PH), d’autre part, bénéficient d’un nouveau cadre statutaire depuis le décret n° 2021-1645 du 13 décembre 2021. Cette unification du cadre statutaire permet une revalorisation de la structure des carrières des personnels hospitalo-universitaires des disciplines pharmaceutiques et odontologiques, qui est désormais alignée sur celle des PU-PH et des MCU-PH des disciplines médicales. De plus, il a permis une amélioration du régime de protection sociale des personnels hospitalo-universitaires temporaires, chefs de clinique (CCU-AH) et assistants hospitalo-universitaires (AHU). Ensuite, les accords du Ségur de la santé signés le 13 juillet 2020 entre le ministre de la santé et plusieurs organisations syndicales ont permis aux personnels enseignants et hospitaliers titulaires, temporaires et non-titulaires de bénéficier de la revalorisation de l’indemnité d’engagement de service public exclusif, désormais fixée à 1 010 euros brut mensuels, à l’instar des praticiens hospitaliers. En outre, conformément à ces accords, un groupe de travail dédié à l’attractivité des carrières hospitalo-universitaires a été mis en place sous l’impulsion des ministères de la santé et de l’enseignement supérieur. Ce groupe a réuni les organisations syndicales représentatives des personnels enseignants et hospitaliers, les conférences de directeurs généraux des centres hospitaliers universitaires et de présidents de commissions médicales d’établissement, les conférences des doyens des facultés de santé, le conseil national des universités et France Universités. A l’issue de ses travaux, le groupe de travail a remis aux ministres de la santé et de l’enseignement supérieur un rapport présentant vingt-quatre mesures ayant pour objectif de renouer avec l’attractivité des carrières hospitalo-universitaires. Parmi ces mesures, la revalorisation de la grille des émoluments hospitaliers des personnels enseignants et hospitaliers titulaires a été mise en uvre dès le 1er janvier 2022. Cette mesure a consisté, pour les MCU-PH, en la suppression des deux premiers échelons de leur grille d’émolument et en la création simultanée de deux échelons en sommet de grille, représentant une revalorisation de 6 100 brut annuelle pour les MCU-PH classés au 1er échelon et de 3 000 brut annuelle environ pour ceux classés au dernier échelon. Pour les PU-PH, cette mesure a consisté en la suppression du premier échelon de leur grille d’émolument et en la création simultanée d’un échelon en sommet de grille. La rémunération brute annuelle versée à un PU-PH classé au 1er échelon de cette grille est augmentée de 4 450 euros et celle versée au titre de l’échelon sommital est revalorisée de 1 800 . Par ailleurs, d’autres mesures issues du groupe de travail précité nécessitent, pour leur mise en uvre, la modification du décret du 13 décembre 2021 évoqué plus haut. Elles concernent l’assouplissement des conditions de la mission temporaire et de la délégation, la prise en compte des services hospitaliers effectués en qualité de praticien contractuel et d’assistant hospitalier dans la carrière hospitalière lors de l’accès aux corps de MCU-PH et de PU-PH ainsi que la création d’un temps partiel pour convenances personnelles. Ce prochain décret modificatif, qui appuiera encore l’attractivité des carrières hospitalo-universitaires, sera publié durant le 1er semestre de l’année 2023.
Publiée dans le JO Sénat du 24/11/2022 – page 5918
L’avenir des hospitalo-universitaires dans les hôpitaux publics en question
https://youtu.be/NSY_5q_JfMw?feature=shared
Partager150 vues 1 sept. 2023
Si le phénomène de départ volontaire pour certaines catégories de personnels des hôpitaux français ou pour certaines professions (infirmier.ère) a été étudié, la question des hospitalo-universitaires (HU) n’est pas relevée. Notre enquête de terrain, par l’étude de données secondaires du Centre National de Gestion, confirme pourtant le phénomène. Ces données montrent en effet que la hausse des démissions, en particulier des MCUPH, mais aussi la hausse des demandes de disponibilités et détachements sont réelles avec un rajeunissement des demandeurs. Ce constat est d’autant plus préjudiciable que cette catégorie de personnel, en plus de participer aux soins, œuvre à la formation et à la recherche en santé ; limiter les départs des Hospitalo-Universitaires devient dès lors une question de santé publique. Auteur : Sarah ALVES Titre : Professeur Institution : EM Normandie
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Hospitalo-universitaires : la mission sur la recherche biomédicale préconise une fusion des corps de MCU-PH et PU-PH
« Augmenter de 15 % les effectifs d’enseignants universitaires d’ici à dix ans apparaît raisonnable et nécessaire », estiment Manuel Tunon de Lara et Anne-Marie Armanteras de Saxcé dans leur « plan de rénovation de la recherche biomédicale », officiellement remis aux tutelles lors du salon Santexpo, le 23 mai 2024. La mission appelle ainsi au lancement d’un plan de recrutement national « ambitieux », lequel s’accompagnerait « d’un solde positif de 100 à 150 PU-PH par an » et préconisent aussi une fusion des corps de MCU-PH et PU-PH pour « redonner de la lisibilité au déroulement des carrières ». Ils estiment par ailleurs que l’acte II de l’autonomie des universités « doit permettre de décentraliser la gestion des emplois HU
Parmi les 70 propositions du « plan de rénovation de la recherche biomédicale« , coordonné par Manuel Tunon de Lara et Anne-Marie Armanteras de Saxcé, dévoilé par AEF info (lire sur AEF info) et officiellement présenté jeudi 23 mai 2024 (lire sur AEF info), figure un volet concernant les conditions d’exercice et la carrière hospitalo-universitaire (HU).
Dans leur lettre de mission, datée de novembre 2023, les ministres de l’ESR, de la Santé et de la Prévention ainsi que celui en charge de l’Industrie, Roland Lescure, indiquent aux deux futurs auteurs du plan qu’un axe « valoriser et faciliter l’activité de recherche hospitalo-universitaire » devra être étudié et des propositions formulées. Celles « déjà formulées par le groupe de travail ‘Attractivité des carrières HU’ pourront nourrir cette réflexion », est-il écrit (lire sur AEF info).
Les auteurs du rapport constatent que « rénover le cadre général de la recherche biomédicale ne suffira pas à parer le défaut d’attractivité affectant aujourd’hui les carrières HU ». « Des adaptations fortes s’avèrent indispensables pour sortir de la spirale négative dans la fidélisation et le recrutement des personnels hospitalo-universitaires, et redonner de la confiance dans l’avenir de carrières HU », soulignent-ils.
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ORGANISER UN PLAN DE RECRUTEMENT NATIONAL AMBITIEUX D’EMPLOIS HOSPITALO-UNIVERSITAIRES
Pour la mission, un plan de recrutement national « ambitieux » d’emplois HU doit se mettre en place, estimant que le « financement annoncé dans le cadre du Ségur est insuffisant pour répondre aux besoins d’encadrement nécessaires à l’augmentation du nombre de médecins et de métiers du soin ». Les deux auteurs du rapport expliquent que « les annonces récemment faites sur le nombre de médecins à former à court terme (augmentation jusqu’à 16 000/an en 2027, soit une augmentation d’environ 60 % s’ajoutant à la progression antérieure) nécessitent absolument de revoir le taux d’encadrement des formations médicales par les HU ». D’autant plus que « la réforme mise en place pour les études médicales exige plus de temps et d’investissement pédagogique ».
En conséquence, « une cible visant à augmenter de 15 % les effectifs d’enseignants universitaires d’ici à dix ans apparaît raisonnable et nécessaire ». « La planification du recrutement d’un solde positif de 100 à 150 PU-PH par an permettrait d’atteindre l’objectif de 1 000 professionnels de plus d’ici à 2034 », calcule la mission, soulignant qu’un « tel plan devra nécessairement s’adosser à une stratégie de féminisation des effectifs de HU ». En 2024, 32 % des HU sont des femmes, « il faudra tendre vers la parité d’ici à dix ans », plaide la mission.
La mission recommande par ailleurs d’élargir le vivier de recrutement et de diversifier les statuts offerts. Cela pourrait passer par le renforcement de « la place des chercheurs, médecins ou non, dans les nouveaux recrutés ». « Au-delà de l’élargissement du vivier des HU, une diversification des modalités statutaires de l’enseignement hospitalier pourrait être renforcée », estime la mission. Ainsi, « reconnaître ces activités académiques (enseignement et recherche), aussi bien pour les PH que pour les chercheurs, par leur recrutement en tant que maître de conférences ou professeur associé serait une voie pour renforcer les effectifs d’enseignants dans le champ biomédical ».
ACTE II DE L’AUTONOMIE : VERS UNE DÉCENTRALISATION DE LA GESTION DES EMPLOIS
Pour la mission, la gestion de ces emplois hospitalo-universitaires doit relever de leurs employeurs, c’est-à-dire des universités, lesquelles « ont la charge, avec les CHU, de leur rémunération y compris le GVT correspondant, essentiellement financé sur ressources propres ». Ainsi, l’acte II de l’autonomie des universités annoncé par le président de la République « doit permettre de décentraliser la gestion de ces emplois ».
« À l’heure actuelle, la gestion prévisionnelle des emplois est préparée en amont par les doyens, les DG de CHU et les présidents de CME dans l’optique d’une stratégie locale qui devrait donc être renforcée pour mieux soutenir la recherche ». Mais la gestion de ces emplois « reste la prérogative du MESR et du MSP (ministère de la Santé et de la Prévention) », regrette la mission. « Cette procédure doit laisser la place à une véritable gestion des personnels hospitalo-universitaires par leurs employeurs, en adéquation avec la feuille de route stratégique des établissements et les moyens et dont ils sont responsables », estime-t-elle.
Toutefois, « cette gestion décentralisée des emplois HU doit continuer à obéir au principe de non-fongibilité avec le reste des emplois universitaires et faire l’objet d’une validation des deux ministères qui doivent s’assurer que les stratégies de site répondent également aux besoins du pays, en matière de recherche biomédicale mais aussi en besoin de formation des métiers de santé ».
SÉQUENCER DE FAÇON « CONTRACTUELLE » LES MISSIONS SOINS, ENSEIGNEMENT ET RECHERCHE
« Redonnez du temps aux fonctions académiques ! » La préservation du temps de travail académique des hospitalo-universitaires constitue un autre point « essentiel, systématiquement évoqué » lors des entretiens, relève le rapport. « La formalisation et l’organisation de séquences dans la carrière consacrées à l’une ou l’autre des missions des HU » devrait permettre « de desserrer l’étau, de privilégier notamment et surtout pour les nouveaux praticiens motivés par la recherche un moment plus intensif d’engagement », analyse la mission.
FORMER DES PROFESSIONNELS DE LA DONNÉE EN SANTÉ
Face au « volume et à l’extrême complexité des traitements statistiques nécessaires pour alimenter des algorithmes », la mission recommande « d’avoir recours à des professionnels » de la donnée. Ainsi, les fonctions de data managers, data scientists, « bio statisticiens » ou « bio informaticiens » apparaissent « indispensables au développement de la recherche médicale ». Or, « leur recrutement est difficile » pour plusieurs raisons : « ils n’ont pas été formés en nombre suffisant » ; « ils correspondent à des métiers nouveaux » ; et enfin, « l’attractivité de la France est insuffisante d’un point de vue salarial ».
La mission recommande « d’engager des programmes supplémentaires de formation des spécialistes des données en santé, et d’aligner leurs niveaux de rémunération sur les standards européens ».
ALIGNER LE TEMPS DE TRAVAIL SUR CELUI DES PH
Le rapport propose également d’aligner le temps de travail des HU sur celui des praticiens hospitaliers (PH) à 10 demi-journées par semaine. Cette adaptation fait partie « des demandes d’amélioration très attendues », mais qui « n’a pas encore fait l’objet d’une mesure réglementaire ». Un autre « point de crispation » est la question de la retraite des hospitalo-universitaires pour laquelle le ministre de la Santé a confié au professeur Catherine Uzan, en février 2023, la réalisation d’un rapport.
Les constatations faites au cours de la mission confirment une situation « objectivement injuste [qui] s’est creusée du fait des mesures catégorielles du Ségur comparativement avec celle des PH », est-il écrit. Deux solutions sont recommandées : le retour de la validation des services auxiliaires et l’élargissement des cotisations à la rémunération hospitalière.
UN NOUVEAU CORPS UNIQUE POUR LES HU PERMANENTS
La mission fait également des propositions sur le statut « peu attractif » de MCU-PH. Une « évolution de l’architecture de ces corps [MCU-PU et PU-PH] » et « de leur structuration permettra de résoudre trois difficultés » :
- « l’ambiguïté du corps des MCU-PH dans les carrières HU, considéré comme un statut transitoire avant d’accéder à un emploi de PU-PH ;
sa faible attractivité en tant que corps propre, en raison des trois grades à déployer alors que les MCF n’en ont que deux ; - la spécificité des carrières HU dont le démarrage se fait plus tard que pour les MCF ».
La mission recommande ainsi une fusion des deux corps, ce qui « permettra de corriger ces difficultés et de redonner de la lisibilité au déroulement de ces carrières ». « Un statut de professeur fusionnant les grilles des deux corps actuels sur quatre grades offrira un cadre rénové et attractif : le nouveau grade d’entrée couvrira les deux premiers grades actuels de MCU-PH, le second grade correspondrait aux actuels grades de MCU-PH HC et PU-PH 2C, les deux grades sommitaux resteraient inchangés par rapport aux grades de première classe et de classe exceptionnelle des PU-PH », précise le rapport.
Néanmoins, « si une telle évolution était retenue », « la question de la détention de l’HDR pour l’accès aux grades hors classe et classe exceptionnel devra nécessairement être posée ». La mission indique qu’il « faudra envisager la possibilité de ne pas recruter seulement au grade d’entrée en fonction des profils et des carrières antérieures à l’accès à ce corps ».
CRÉER UN STATUT UNIQUE D’ASSISTANT UNIVERSITAIRE
La mission s’est par ailleurs intéressée aux « parcours complexes et incertains des jeunes praticiens » s’engageant dans la carrière HU. Elle constate « que les postes contractuels ou non permanents de CCA/AHU (assistant hospitalo-universitaire) et PHU ne rencontrent plus l’adhésion » de ces jeunes. Elle recommande en conséquence de créer « un statut unique d’assistant universitaire ouvert à toutes les disciplines santé ainsi qu’aux différents parcours d’internat », dont la durée serait comprise entre 4 et 8 ans.
Ce nouveau statut aurait une durée comprise entre 4 et 8 ans, et serait ouvert aux différentes disciplines de santé (médecine, odontologie, pharmacie) et aux différents parcours d’internat (réalisation d’une année de recherche avec obtention d’un Master 2, parcours MD-PhD, réalisation d’une thèse précoce…). Deux nouvelles modalités devront être inscrites dans ce nouveau statut :
- « La possibilité de se consacrer exclusivement, durant deux années, à des travaux de recherche dans l’objectif de soutenir une thèse de doctorat ;
- la possibilité de bénéficier d’une année pour réaliser une mobilité internationale ».
Les praticiens exerçant sous ce nouveau statut devront « bénéficier d’un accompagnement spécifique local (UFR) et national (CNU) pour acquérir les prérequis pour accéder au statut de PU-PH, rejoignant ainsi l’esprit des chaires de professeur junior instaurées par la LPR ou les tenure tracks à l’étranger ».
Dans ce nouveau cadre, la mission souligne qu’il est « important de maintenir des dispositifs d’excellence à l’image des actions menées en collaboration avec l’école de l’Inserm Liliane Bettencourt comme les cursus précoces permettant de débuter les études médicales par une thèse de sciences ou de mener un projet de recherche en tant que chef de clinique assistant ». Par ailleurs, un « pack recherche pourrait être proposé à certains étudiants sélectionnés effectuant un double cursus avec une thèse précoce pour donner à ces futurs HU l’opportunité de développer un projet de recherche d’excellence ».
LES SIX RECOMMANDATIONS
- Augmenter et protéger le temps HU par une organisation séquentielle contractuelle dans la carrière entre soins, enseignement, recherche ; par une augmentation de 15 % de PU-PH d’ici 2034 selon un rythme à définir avec les CNU, les universités, les CHU, les doyens des disciplines de santé.
- Asseoir le temps HU sur 10 demi-journées par semaine.
- Créer un nouveau cursus d’assistant universitaire fusionnant CCA-AHU-PHU pour accéder à la carrière HU et un dispositif d’accompagnement pour la mobilité internationale et les PhD.
- Maintenir les dispositifs d’excellence (école de l’Inserm) et créer un dispositif « pack recherche » d’excellence pour de nouveaux assistants hospitalo-universitaires porteurs de projets remarquables.
- Fusionner les deux corps d’enseignants-chercheurs de MCU-PH et de PU-PH en un seul corps de PU-PH à quatre grades.
- Décentraliser la gestion des emplois hospitalo-universitaires dans le cadre de l’acte II de l’autonomie des universités.