France nature environnement dénonce des agressions à répétition par la Coordination rurale
L’ONG écologiste a été la cible de dégradations et de menaces revendiquées par le syndicat agricole. Elle appelle le gouvernement à prendre position contre « l’écolo-bashing » et demande à la justice de faire son travail.
12 novembre 2024 à 16h24 https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/121124/france-nature-environnement-denonce-des-agressions-repetition-par-la-coordination-rurale?utm_source=quotidienne-20241112-205200&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-quotidienne-20241112-205200&M_BT=115359655566
ClermontClermont-Ferrand (Puy-de-Dôme).– « On ne peut pas laisser s’installer de telles méthodes. Quel que soit le débat, on n’attaque pas ses adversaires avec des discours de haine et des intimidations. » Antoine Gatet, président de France nature environnement (FNE), ne cache pas son exaspération et son inquiétude. En l’espace d’une semaine, l’organisation écologiste a été victime, à trois reprises, d’opérations revendiquées par des comités locaux de la Coordination rurale (CR), sans que la direction nationale du syndicat agricole juge bon de les désavouer ou le gouvernement de les condamner.
Dans la nuit du 18 au 19 octobre, des tracteurs sont venus déverser des déchets agricoles devant les domiciles du président et du trésorier de Saint-Junien Environnement, association de la Haute-Vienne affiliée à FNE, en représailles à l’assignation au tribunal d’un ancien cadre de la CR accusé d’avoir perturbé la projection, en janvier 2023 à Limoges, d’un film sur les mégabassines en introduisant des animaux dans le cinéma.
« Oui, c’est la CR qui l’a fait », a confirmé à Mediapart Thomas Hegarty, responsable départemental, reprochant également aux écologistes une opposition systématique à tous les projets défendus par des agriculteurs – retenues d’eau, méthaniseurs, photovoltaïque –, avant de menacer : « Maintenant, on les a repérés, on sait où ils sont. Qu’ils arrêtent de nous les briser ou ça va mal se passer un jour. »

Une semaine plus tard, c’est le parvis de la mairie de Guéret qui a été recouvert de messages à la bombe indiquant « FNE foutez-nous la paix »et « FNE on n’oublie pas Sainte-Soline », quelques heures avant une conférence sur les pesticides organisée par l’ONG. « Oui, c’est nous », admet Florian Tournade, président de la section creusoise de la coordination, estimant qu’il est « temps de leur montrer que [ses membres] n’[ont] pas peur ».
La même nuit, les locaux de FNE Occitanie-Pyrénées, à Toulouse, étaient couverts de graffitis et d’affiches signées par la CR, et un mannequin pendu au-dessus de la devanture. « Bref, les syndicats agricoles réactionnaires ont décidé d’utiliser la violence et les discours de haine pour essayer de faire taire tout débat public sur les modèles agricoles », a commenté l’ONG dans un récent communiqué.
Ces méthodes ne sont pas nouvelles, et elles n’ont pas toujours été l’apanage de la seule Coordination rurale. Mais la récente recrudescence de ces incidents fait redouter à Antoine Gatet que le syndicat agricole désigne les défenseurs de l’environnement comme des « cibles » lors des mobilisations annoncées à partir de la mi-novembre.
Plusieurs fédérations agricoles ont appelé à manifester contre la possible signature d’un accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur, qui pourrait déstabiliser le monde de l’élevage, et contre les promesses non tenues de l’exécutif en matière d’aides aux agriculteurs et agricultrices. Facteur aggravant, « on entre dans la campagne électorale pour les chambres d’agriculture, et c’est à celui qui affichera l’opération coup de poing la plus spectaculaire », souligne Antoine Gatet.
Blocs de pierre et barbelés
Des élections professionnelles en janvier détermineront la composition des chambres d’agriculture. Deuxième syndicat du pays avec 21,54 % des sièges en 2019, la CR détient actuellement la majorité dans trois chambres départementales. « Tout le monde redoute une montée en puissance de ce syndicat-là, particulièrement agressif avec les associations environnementales », commente le président de FNE.
Soulignant que toutes les actions la visant font l’objet de dépôts de plaintes, mais que celles-ci sont « systématiquement classées sans suite, parfois sans enquêtes », l’association exige « que des enquêtes soient conduites, que les auteurs de ces actes soient interpellés et jugés, que les syndicats responsables de ces agissements ne bénéficient plus de responsabilités ou de financements publics ».
FNE réclame également « qu’au plus haut niveau de l’État, une parole forte s’exprime pour dénoncer ces actes de violence ». D’autant que ce sont parfois les agent·es de l’État qui sont visé·es par la vindicte des militant·es CR, comme à Noidans-lès-Vesoul (Haute-Saône), où, le 31 octobre, des agriculteurs affiliés au syndicat ont bloqué l’entrée des locaux de l’Office français de la biodiversité (OFB) avec des blocs de pierre, avant d’entourer le site de fils de fer barbelés.
À LIRE AUSSIAnti-écolo, anti-FNSEA : la Coordination rurale, le syndicat qui attise la colère agricole
28 janvier 2024
S’il ne désigne pas spécifiquement la coordination, l’OFB indique avoir déposé 16 plaintes ou signalements entre le 1er janvier et le 1er novembre pour des insultes, menaces ou outrages, dont une pour le déboulonnage de la roue du véhicule d’un de ses personnels à Montauban (Tarn-et-Garonne) le 8 octobre, et 15 plaintes pour des dégradations de bâtiments.
Antoine Gatet indique avoir proposé une réunion d’apaisement à Véronique Le Floc’h, présidente de la Coordination rurale. Il risque cependant d’être déçu. « Ce que j’ai à lui dire, c’est que ce n’est pas à nous d’entamer le dialogue mais que c’est à eux de revoir leur idéologie », affirme l’agricultrice, interrogée par Mediapart.
Pas question non plus de désavouer les actions menées par les comités locaux. « Ce qui est dommage et triste à dire, c’est qu’en France, on est obligés d’en arriver là parce qu’on laisse tellement d’organisations de ce type prendre le dessus », commente la syndicaliste. « Trop de pouvoir a été donné à toutes ces associations, à l’OFB… et aujourd’hui on est dans le mur, poursuit-elle. Ils nous empêchent de produire et si on ne se levait pas, on serait au fond du trou, sans souveraineté alimentaire, et, demain, un pays en faillite. »