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« Alzheimer : le régulateur européen approuve pour certains patients le Leqembi, un traitement très attendu »
Date de publication : 15 novembre 2024


Le Parisien indique en effet que « l’Agence européenne des médicaments (EMA) a approuvé jeudi pour certains patients un traitement très attendu destiné à réduire le déclin cognitif des personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer, après l’avoir initialement bloqué en juillet ».
Le journal explique que « commercialisé sous le nom de Leqembi, ce traitement est désormais recommandé par l’EMA pour des patients n’ayant pas encore atteint un stade avancé de la maladie, a expliqué le régulateur européen ».
L’EMA fait savoir qu’« après avoir réexaminé son avis initial, le comité des médicaments à usage humain (CHMP) de l’EMA a recommandé d’accorder une autorisation de mise sur le marché du Leqembi (lécanemab) pour le traitement des troubles cognitifs légers (troubles de la mémoire et de la pensée) ou de la démence légère dus à la maladie d’Alzheimer (maladie d’Alzheimer au stade précoce). […] Un réexamen a permis de conclure que les bénéfices l’emportent sur les risques dans une population restreinte de patients ».
Le Parisien précise que l’agence « a approuvé le traitement uniquement pour les patients présentant un risque plus faible d’hémorragie cérébrale potentielle, c’est-à-dire ceux qui n’ont «qu’une ou aucune copie du gène ApoE4 – un type de gène connu comme un facteur de risque important pour la maladie d’Alzheimer. Ces patients sont moins susceptibles de souffrir de certains problèmes de santé graves que les personnes possédant deux copies du gène» ».
Le Figaro relaie également l’information. Le journal explique notamment que le médicament, « mis au point par le laboratoire pharmaceutique japonais Eisai avec le fabricant américain Biogen, avait été autorisé en janvier 2023 aux États-Unis pour les patients n’ayant pas atteint un stade avancé de la maladie. Il est également commercialisé au Japon et en Chine. Le régulateur britannique du médicament a quant à lui approuvé ce traitement en août dernier ».
Le quotidien observe que « malgré des décennies de recherche, les scientifiques ne sont pour l’instant pas parvenus à réaliser une véritable percée dans la lutte contre la maladie d’Alzheimer, qui touche des dizaines de millions de personnes dans le monde. La cause exacte de cette maladie reste mal comprise ».
« L’observation du cerveau des patients montre cependant la présence de plaques amyloïdes, qui se forment autour de leurs neurones et les détruisent à terme. C’est ce qui entraîne les pertes de mémoire caractéristiques de la maladie. Dans les dernières phases, les patients ne peuvent plus effectuer les tâches quotidiennes ou avoir de conversations. Le traitement Leqembi, administré par intraveineuse une fois toutes les 2 semaines, permet d’après des essais cliniques de réduire ces plaques amyloïdes », relève Le Figaro.
Alzheimer : l’EMA fait machine arrière sur le lecanemab
Quentin Haroche| 15 Novembre 2024 https://www.jim.fr/viewarticle/alzheimer-lema-fait-machine-arrière-lecanemab-2024a1000kvu?ecd=wnl_all_241115_jim_daily-doctor_etid7002199&uac=368069PV&impID=7002199&sso=true
Amsterdam – Quatre mois après avoir rendu un avis négatif sur ce médicament, l’agence européenne du médicament a finalement donné son feu vert à l’autorisation du lecanemab, mais pour une partie des patients atteints de la maladie d’Alzheimer seulement.
Un peu moins de quatre mois (et un allèle de plus ou de moins) peut parfois faire la différence entre la colère et l’espoir. Le 25 juillet dernier, l’agence européenne du médicament (EMA) avait suscité la colère des associations de patients atteints de la maladie d’Alzheimer en refusant d’accorder une autorisation de mise sur le marché (AMM) au Leqembi (lecanemab), un anticorps monoclonal visant les plaques amyloïdes (dont l’accumulation dans le cerveau est responsable de la maladie d’Alzheimer) développé par la firme pharmaceutique américaine Biogen et la société japonaise Eisai.
Moins de quatre mois plus tard ce jeudi, c’est avec surprise et joie que ces mêmes associations ont appris que l’EMA avait changé d’avis et finalement donné son feu vert à l’autorisation de ce médicament. « Un succès fruit d’une mobilisation collective qui marque une étape majeure » a immédiatement commenté la Fondation Vaincre Alzheimer.
Un allèle qui fait toute la différence
Comment expliquer ce revirement (presque) complet du gendarme européen du médicament en seulement quatre mois, alors qu’aucune nouvelle étude sur l’efficacité du Leqembi n’a été publié depuis ? En juillet dernier, l’EMA avait en effet jugé que « les effets observés du Leqembi sur le ralentissement du déclin cognitif ne permettent pas de contrebalancer le risque d’effets secondaires graves liés à ce médicament ».
Elle s’était alors appuyé sur une étude parue dans le New England Journal of Medicine en novembre 2022 qui démontrait que le Leqembi permettait de réduire de 27 % à 18 mois le déclin cognitif des patients atteints de la maladie d’Alzheimer à un stade précoce mais qu’il augmentait également la fréquence des « anomalies à l’imagerie liées aux amyloïdes » (ARIA en anglais) : chez les patients sous lecanemab, 16,9 % ont subi une hémorragie cérébrale et 12,6 % un œdème cérébral (contre 6,8 % d’hémorragie et 1,3 % d’œdème chez les patients sous placebo).
Mais dans son avis de juillet, l’EMA avait souligné que ces effets secondaires étaient plus prononcés chez les patients porteurs homozygotes du gène APOE4, qui sont justement plus à risque d’être atteint de la maladie d’Alzheimer. L’agence européenne a donc décidé de réexaminer le Leqembi mais uniquement chez les patients non-porteurs du gène APOE4 ou porteurs hétérozygotes. Elle a ainsi pu observer (toujours à partir des données de l’étude de 2022) que le Leqembi était tout aussi efficace chez ces patients que chez les porteurs homozygotes du gène APOE4 mais que les effets secondaires étaient en revanche moindres : seulement 12,9 % de ces patients ont été victime d’une hémorragie cérébrale et 8,9 % d’un œdème.
Un médicament seulement autorisé pour une partie des patients
Pour l’EMA, la moindre proportion d’effets secondaires dans cette population est suffisante pour inverser la balance bénéfice-risque. Elle se prononce donc en faveur de l’autorisation du Leqembi mais seulement donc chez les patients à un stade précoce de la maladie d’Alzheimer et qui sont non-porteurs ou porteurs hétérozygotes du gène APOE4. Par ailleurs, l’EMA demande que soient mises en place toute une série de mesures de précautions.
Les patients sous Leqembi devront ainsi régulièrement bénéficier d’IRM avant et durant le traitement afin de prévenir la survenue d’effets secondaires. Les firmes Eisai et Biogen devront également fournir des recommandations aux médecins susceptibles de prescrire ce médicament et diligenter une étude sur la survenue de ces effets secondaires neurologiques.
Le refus par l’EMA d’accorder une AMM au Leqembi en juillet dernier avait illustré les différences d’approches entre les Etats-Unis et l’Europe sur les médicaments anti-béta-amyloides, qui présentent tous le même profil : un ralentissement du déclin cognitif chez les patients atteints de la maladie d’Alzheimer couplé à des effets secondaires neurologiques rares mais graves.
Depuis 2021, la FDA (Food and Drug Administration), l’agence du médicament américaine, a autorisé trois de ces anti-béta-amyloïde : l’aducanumab (finalement retiré du marché), le lecanemab et le donanemab. A l’inverse, l’EMA avait initialement refusé d’autoriser l’aducanumab et donc le lecanemab. Sa décision de ce jeudi marque peut-être le début d’un infléchissement de sa politique vis-à-vis de cette classe de médicament.
Pour être pleinement autorisé, le Leqembi doit encore obtenir le feu vert de la Commission Européenne, qui suit généralement les avis de l’EMA. Restera alors à la Haute Autorité de Santé (HAS) à se prononcer sur le devenir de ce médicament en France.
Commentaire Dr Jean SCHEFFER:
La pertinence d’effet significatif n’a jamais été démontrée scientifiquement. Nos autorités avaient pris la bonne décision de ne pas l’autoriser , le changement d’avis, comme l’acceptation aux US ne sont probablement que l’effet des pressions de Big Pharma.
La revue Prescrire l’avait déconseillé (je ne suis pas abonné, mais je suis preneur de leur avis détaillé).
Des évaluations différentes d’un pays à l’autre
Le 3 novembre, le Daily Mail se fait l’écho d’une étude qui établirait un triplement des décès avec le lecanemab par rapport aux personnes atteintes de démence à qui le médicament n’était pas prescrit. Mais finalement cette étude a été retirée par ses auteurs avant d’être publiée… « Les auteurs ne soutiennent plus les résultats/conclusions de ce travail. Par conséquent, les auteurs ne souhaitent pas que ce travail soit cité comme référence ».
Néanmoins, la balance bénéfice/risque de ce traitement est diversement appréciée par les différentes instances régulatrices. Autorisé aux Etats-Unis et au Japon, ce médicament n’a pas reçu l’aval des autorités européennes et britanniques.
Le 26 juillet, l’Agence européenne des médicaments (EMA) a refusé la commercialisation du Leqembi (lecanemab) pour le traitement de la maladie d’Alzheimer à un stade précoce en Europe. Le 3 juillet, les autorités américaines avaient de leur côté donné leur feu vert pour la mise sur le marché de ce médicament. Les raisons avancées alors par l’agence européenne était un faible effet sur le score des tests d’évaluation des capacités cognitives, des effets secondaires potentiellement graves et un risque plus élevé de complications pour certaines formes génétiques (notamment ApoE4). Tous les détails de cette décision et les réactions des associations dans notre article « Alzheimer : L’Europe bloque un traitement très attendu et autorisé aux USA« .
L’organisme de surveillance des dépenses du National health service (NHS) anglais a également refusé de rembourser le médicament, arguant qu’il offre « des avantages relativement modestes […] ce qui signifie qu’il ne peut pas être considéré comme ayant un bon rapport qualité-prix« . Il reste toutefois accessible pour les patients, pour la modique somme de 20 000 livres, soit plus de 23 000 euros. Le même organisme a également rejeté la demande pour le donanemab.
Un risque important d’hémorragies et d’oedèmes cérébraux
Au total, ce sont 3000 patients qui auraient commencé à prendre ce type de molécules aux Etats-Unis, depuis leur approbation par les autorités sanitaires américaines en juillet 2023. Mais les patients prenant ces médicaments courent également un risque accru d’oedèmes et de saignements cérébraux potentiellement mortels.
Selon Robert Howard, l’un des auteurs de l’étude, expert en psychiatrie de la vieillesse à l’University College de Londres, « l’idée selon laquelle le lécanémab est un médicament miracle n’est pas étayée par les preuves issues des essais. Il est même douteux de dire que ces médicaments ralentissent la progression de la maladie, car ce n’est qu’une interprétation ».
Avant de mettre en garde : « Quiconque a l’argent nécessaire pour se permettre le lécanémab doit y réfléchir attentivement, car les risques sont réels ».
Faut-il prescrire ces médicaments aux patients touchés par Alzheimer ?
Interrogé sur le sujet, le Dr Christophe de Jaeger, médecin physiologiste et membre du comité d’experts de Doctissimo, reste prudent. « En réalité, nous ne connaissons pas suffisamment l’efficacité de ces molécules sur le long terme » estime-t-il tout d’abord. « La question est de savoir si elle peut procurer un avantage réel pour les patients, sachant que le risque existera toujours« .
Comment se passe la prescription de ce type de molécules en France ? Selon notre expert, elle n’existe pas dans le secteur privé. « A l’hôpital, les médecins discutent en comité de la pertinence ou non d’injecter ce traitement à un patient » ajoute-t-il. « Aux Etats-Unis, le patient et sa famille devront même signer un consentement, avant de se voir prescrire le médicament. Mais si le bénéfice n’est que de 6 mois, il est difficile de faire prendre des risques à un patient pour une durée aussi courte » concède-t-il encore. Pour notre expert, il faut donc patienter. « Il faut attendre les résultats d’études complémentaires sur ces molécules, afin que l’on puisse disposer de données plus solides qui permettront de prescrire de la manière la plus adaptée possible, ce type de molécules aux patients qui en auront besoin ».
Sources
- Entretien avec le Dr Christophe de Jaeger, le 4 novembre 2024
- Daily Mail
- L’étude évoquée par le Dr Robert Howard, spécialiste du grand âge à l’University College London a finalement été retirée par ses auteurs. WITHDRAWN: Excess Mortality in Alzheimer’s Patients on Anti-Aβ Monoclonal Antibodies – https://www.researchsquare.com/article/rs-5282702/v1
Voir aussi:
Nouvelle polémique: le donanemab (Nisunia*) du laboratoire Lilly, pour traiter la maladie d’Alzheimer autorisé aux Etats-Unis sans résultats cliniques significatifs ! https://environnementsantepolitique.fr/2024/10/01/53512/
L’efficacité du donanemab, un anticorps qui cible les protéines amyloïdes impliquées dans la maladie d’Alzheimer, est effective sur les plaques mais faible sur les troubles cognitifs et avec des effets secondaires graves . https://environnementsantepolitique.fr/2023/07/18/46284/