Elon Musk nommé ministre du “cost-killing”, l’inquiétant signal envoyé par Trump

Nouvelle mission pour le milliardaire projeté à la tête du “département de l’efficacité gouvernementale” : démanteler le budget fédéral. Avec cette annonce, ce mardi 12 novembre, le président américain entame sa stratégie du chaos.
Publié le 13 novembre 2024 à 15h18 https://www.telerama.fr/debats-reportages/elon-musk-nomme-ministre-du-cost-killing-l-inquietant-signal-envoye-par-trump-7023000.php
C‘était une promesse de campagne. Un échange de bons procédés, pour récompenser son principal soutien financier. Une semaine à peine après avoir remporté la présidentielle américaine, Donald Trump a annoncé la nomination d’Elon Musk à la tête d’un « département de l’efficacité gouvernementale ». Le patron de X, Tesla et SpaceX sera assisté d’un autre milliardaire, Vivek Ramaswamy, un temps candidat à la primaire républicaine, qui veut restreindre le droit de vote des jeunes et démanteler le département de l’Éducation ou la Commission de réglementation nucléaire. Selon les mots de Trump, fidèle à son champ lexical de la fracturation, le binôme sera chargé « d’envoyer des ondes de choc dans le système », autrement dit de dégraisser le mammouth sans ménagement.
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S’il est resté flou sur le mode opératoire de ce nouveau ministère du cost-killing (réduction des coûts) qu’il compare au projet Manhattan (le programme clandestin de développement de la bombe atomique pendant la Seconde Guerre mondiale, ambiance…), Trump joue une inquiétante partition déjà ébauchée pendant sa campagne : celle de la vengeance et du soupçon en déloyauté. « [Les employés fédéraux] détruisent ce pays », déclarait-il dans une interview donnée fin août au YouTubeur Shawn Ryan. « Ce sont des gens véreux, des gens malhonnêtes. Ils devront rendre des comptes. »
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Cette rhétorique de la purge s’inspire de l’autocrate hongrois Viktor Orbán, qui a méthodiquement éliminé les contre-pouvoirs dans son pays pour verrouiller le pouvoir ; du président anarcho-capitaliste argentin Javier Milei, élu sur la promesse de licencier soixante-dix mille fonctionnaires. Et aussi du propre colistier de Trump, J.D. Vance. Partisan du coup d’État institutionnel, le gouverneur de l’Ohio estime qu’il faut « débaasifier » les institutions, à l’image de l’épuration du parti Baas dans l’Irak de l’après-Saddam. En 2021, dans un podcast politique, il offrait ce conseil à Trump : « Renvoyer tous les bureaucrates de niveau intermédiaire, tous les fonctionnaires de l’administration, et les remplacer par des gens à nous. »
Du reste, c’est exactement la recommandation du Projet 2025, ce vade-mecum de révolution conservatrice produit par l’Heritage Foundation, un influent think-tank conservateur. Au prétexte de « nettoyer l’État profond », ce document de 900 pages prévoit de subordonner à une approbation politique l’embauche de dizaines de milliers de fonctionnaires. Pendant la campagne, Trump a pris soin de prendre ses distances avec cette feuille de route. Trop autoritaire ? De toute évidence, il s’agissait surtout d’un calcul stratégique