IA et la validité scientifique de la théorie de l’intersectionnalité

INTERSECTIONNALITÉ ET INTELLIGENCE ARTIFICIELLE : UNE THÉORIE VALIDÉE ? … OU PAS !

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Ayant souhaité traiter le sujet de la validité scientifique de la théorie de l’intersectionnalité de Mme Kimberlé W. Crenshaw, Respublica a initié un exercice original : s’en remettre à la célèbre Intelligence Artificielle (IA) « ChatGPT » pour lui demander l’état des connaissances en la matière.

Voici la restitution de l’IA que nous rapportons point à point. Car vous allez avoir quelques surprises. Au premier abord, ChatGPT vous répond que la théorie de l’intersectionnalité « tendrait » à être validée scientifiquement. Mais une tendance qui clairement n’est pas affichée. Car en précisant votre requête, par exemple en demandant lesquelles des études sont issues de revues à comité de lecture avec validation scientifique, puis lesquelles sont reproductibles, l’on constate énormément de nuances … et beaucoup de réserves !

Certes la sociologie n’est pas une science exacte, mais il ne faut pas non plus faire dire n’importe quoi aux résultats scientifiques, surtout en matière de politique si les dites études sont utilisées ensuite pour des prises de décision par des gouvernements.

Le constat est flagrant quand on sait que ChatGPT a appris pour l’essentiel de ce qu’elle a lu sur les publications Internet : un agrégat d’hypothèses. L’IA nous présente donc ici une vision sociale d’un phénomène qui est loin, très loin, d’être un résultat scientifiquement prouvé.

Avertissement

Sans précision, par défaut ChatGPT propose des études américaines sur le sujet. Nous avons toutefois réalisé le même exercice en lui demandant les résultats d’études européennes. Quoique moins nombreuses, ces études existent.

Nous ne détaillons pas le résultat européen dans le présent article pour éviter à celui-ci des surdéveloppements. Nous préciserons cependant dans notre conclusion son résultat.

Les résultats aux Etats-Unis selon ChatGPT

1. Santé mentale et bien-être 

  • Watson, N. N., & Hunter, C. D. (2015). “Anxiety and Depression Among African American Women: The Costs of Strength and Negative Attitudes Toward Psychological Help-Seeking.” Cultural Diversity and Ethnic Minority Psychology, 21(4), 604–612.

Cette étude explore comment les pressions de la “force” attribuées aux femmes noires influencent leur santé mentale.

Bien que cette étude spécifique n’ait pas été directement répliquée, ses conclusions sont soutenues par des recherches similaires aux États-Unis sur la santé mentale des femmes noires. D’autres études ont trouvé des résultats convergents concernant le “Strong Black Woman Schema” et ses effets négatifs sur la santé mentale, ce qui valide en partie les conclusions de Watson & Hunter.

Les conclusions sur le “Strong Black Woman Schema” ont été explorées par d’autres chercheurs en psychologie, comme Cheryl Woods-Giscombé, qui a étudié l’impact de cette conception culturelle sur la santé mentale des femmes noires. Les effets de ce stéréotype ont été confirmés dans des études ultérieures portant sur le stress, l’autosoin et la santé mentale.

  • Williams, D. R., & Mohammed, S. A. (2009). “Discrimination and Racial Disparities in Health: Evidence and Needed Research.” Journal of Behavioral Medicine, 32(1), 20–47.

Cet article examine l’impact de la discrimination raciale, entre autres, sur la santé mentale des minorités raciales, avec une attention particulière sur l’intersection entre le sexe et la race. Les conclusions de cet article sont validées par un large éventail de recherches ultérieures sur l’impact de la discrimination raciale sur la santé, que ce soit pour les Afro-Américains ou pour d’autres groupes minoritaires. Des études similaires se concentrant sur les effets cumulatifs de la discrimination et du stress chronique soutiennent ces résultats.

Cette revue de littérature a été maintes fois citée et sert de référence pour des recherches ultérieures qui confirment ses observations. Des études postérieures, utilisant des échantillons similaires et des méthodologies comparables, ont confirmé les effets de la discrimination multiple sur la santé, notamment dans les travaux de David R. Williams lui-même, qui a publié plusieurs articles sur les liens entre la discrimination perçue et les disparités de santé.

Conclusion : Réplication indirecte – Des recherches subséquentes et des études longitudinales soutiennent les résultats de Williams & Mohammed.

2. Discrimination sur le marché du travail 

  • Hirsh, C. E., & Lyons, C. J. (2010). “Perceiving Discrimination on the Job: Legal Consciousness, Workplace Context, and the Construction of Race Discrimination.” Law & Society Review, 44(2), 269–298.

Cette étude examine comment les perceptions de discrimination sur le lieu de travail varient selon l’intersection de la race et du sexe.

Les résultats sur les effets combinés de la race et du genre dans la perception de la discrimination au travail sont validés par d’autres recherches menées aux États-Unis. Bien que cette étude précise n’ait pas été répliquée, des études similaires, y compris des enquêtes du National Bureau of Economic Research, montrent des tendances convergentes en matière de discrimination intersectionnelle.

D’autres recherches, telles que celles d’Evelyn Nakano Glenn, appuient aussi l’idée que les femmes de couleur sont particulièrement vulnérables aux discriminations croisées au travail.

  • Browne, I., & Misra, J. (2003). “The Intersection of Gender and Race in the Labor Market.” Annual Review of Sociology, 29(1), 487–513.

Les auteurs montrent que les femmes issues de minorités ethniques sont davantage pénalisées que les hommes de même origine ou que les femmes blanches(1).

3. Justice pénale et surreprésentation dans le système carcéral 

  • Crenshaw, K., Ocen, P., & Nanda, J. (2015). “Black Girls Matter: Pushed Out, Overpoliced and Underprotected.” African American Policy Forum.

Ce rapport met en lumière les effets de l’intersection du racisme et du sexisme dans le traitement des jeunes filles noires par le système de justice pénale. Il a servi de base à des recherches subséquentes sur la discipline scolaire et les biais contre les jeunes filles noires dans le système éducatif américain. Bien qu’il s’agisse principalement d’un rapport de politique publique, plusieurs recherches académiques ont confirmé des tendances similaires.

Des études, notamment dans le cadre de la Civil Rights Data Collection (CRDC) aux États-Unis, valident l’observation que les jeunes filles noires sont souvent surreprésentées dans les sanctions disciplinaires scolaires.

[ndlr] Ce rapport de Mme Crenshaw, à l’initiative de la théorie de l’intersectionnalité, n’est en aucun cas le résultat d’une étude scientifique.

  • Richie, B. E. (2012). Arrested Justice: Black Women, Violence, and America’s Prison Nation. New York University Press.

Cet ouvrage explore comment les femmes noires sont touchées de manière disproportionnée par le système de justice pénale.

4. Éducation et réussite académique 

  • Morris, E. W. (2007). “Ladies or Loudies? Perceptions and Experiences of Black Girls in Classrooms.” *Youth & Society*, 38(4), 490–515.

Cette étude examine les préjugés de genre et de race auxquels les jeunes filles noires sont confrontées à l’école. Les résultats de Morris sur la manière dont les jeunes filles noires sont perçues dans le milieu scolaire ont été confirmés par des recherches ultérieures, notamment celles de Monique W. Morris, qui a produit des études similaires sur les biais et le surcontrôle des jeunes filles noires en contexte éducatif.

Bien que cette étude spécifique n’ait pas été répliquée, elle a servi de fondement pour des études plus récentes validant ses conclusions.

  • Collins, P. H. (2000). Black Feminist Thought: Knowledge, Consciousness, and the Politics of Empowerment. Routledge.

Bien qu’il ne s’agisse pas d’une étude empirique, ce livre explore les expériences des femmes noires en matière de marginalisation dans divers contextes, dont l’éducation(2).

Les résultats en Europe retournés par ChatGPT

1. Santé mentale et bien-être 

  • Fernando, S. (2010). Mental Health, Race and Culture. Palgrave Macmillan.
  • Ahmad, A., & Bradby, H. (2007). “Locating Ethnicity and Health: Exploring Concepts and Contexts in the Nordic Welfare State.” Scandinavian Journal of Public Health, 35(3), 251–256.

2. Discrimination sur le marché du travail 

  • Heath, A. F., & Cheung, S. Y. (Eds.). (2007). Unequal Chances: Ethnic Minorities in Western Labour Markets. Oxford University Press. Cette collection d’études examine les obstacles uniques rencontrés par les femmes issues de minorités ethniques sur le marché du travail en Europe, y compris en France, au Royaume-Uni, en Allemagne et aux Pays-Bas.
  • Andriessen, I., Fernee, H., & Wittebrood, K. (2014). “Ethnic Discrimination in the Dutch Labor Market: Its Relationship with Job Characteristics and Multiple Group Memberships.” Work, Employment and Society, 28(3), 380–397. Cette étude néerlandaise montre que les femmes d’origine immigrée sont souvent les plus pénalisées sur le marché du travail en raison de la combinaison des discriminations de genre et d’ethnicité.

3. Justice pénale et traitement des femmes issues de minorités ethniques 

  • Bowling, B., & Phillips, C. (2002). Race, Crime, and Criminal Justice. Pearson Education. Cet ouvrage examine le traitement disproportionné des minorités ethniques dans le système de justice britannique, notamment l’impact de l’intersection race-genre pour les femmes.
  • Spencer, S., & Pobjoy, J. (2011). “Immigration Detention in the UK.” Refugee Survey Quarterly, 30(3), 109–127. Les auteurs analysent l’impact des pratiques de détention pour les femmes immigrées au Royaume-Uni et montrent comment les intersections de genre et de statut migratoire influencent leur expérience du système judiciaire.

4. Éducation et réussite académique 

  • Szalacha, L. A., & Souliotis, K. (2019). “Intersectionality in Educational Attainment among Immigrants and Ethnic Minorities in Europe.” European Societies, 21(5), 659–681.
  • Van Praag, L., Stevens, P. A., & Van Houtte, M. (2017). “The Ethnic Composition of Schools and Students’ Problem Behavior in Flanders: The Role of the Ethnic School Context.” Youth & Society, 49(2), 229–250.

Notre conclusion

La théorie de l’intersectionnalité, si elle est analysée sous l’angle d’une base scientifique, est d’un niveau de preuve faible. Les études évoquées ci-avant par ChatGPT sont toutes non reproduites, voire indirectement reproduites parfois. Et c’est aux Etats-Unis, dans le domaine de la santé humaine que se situerait le seul résultat reproductible – donc d’un niveau de preuve modéré.

Figure 1 Les niveaux de preuve en science

Source : https://www.penser-critique.be/les-niveaux-de-preuve-scientifique/.

Il est même notable que l’étude proposée par Madame Crenshaw n’ait pas de validité scientifique, mais une finalité politique.

Il est également notable qu’un biais puisse se glisser dans les études américaines : comme l’indique cet article de Forbes(3), l’on peut se poser la question légitime de savoir si c’est la couleur de peau qui est déterminante ou tout simplement le niveau de pauvreté qui serait en réalité l’origine d’une discrimination. Car « être noir » signifie « être moins riche ».

Et en conséquence, être déclassé socialement ne permet pas d’être en bonne santé dans le système ultralibéral américain (comme le montre le film Sicko(4) de Michael Moore), tout autant qu’il ne permet pas d’accéder à des études supérieures, donc à des emplois mieux rémunérés.

Concernant les études mentionnées et réalisées en Europe, là encore ChatGPT propose une vision partagée : aucune étude européenne ne corrobore une reproductibilité effective et la théorie de l’intersectionnalité n’est donc que faiblement validée là encore.

Notre conclusion est, sans être d’un avis tranché, que la théorie de l’intersectionnalité sert ici de diversion à une autre beaucoup plus ancienne : celle de la lutte des classes.

Notes de bas de page

↑1,↑2ChatGPT ne mentionne pas que cette étude a été reproduite.
↑3https://www.forbes.fr/politique/zoom-sur-lecart-racial-de-richesse-aux-etats-unis/.
↑4https://fr.wikipedia.org/wiki/Sicko_(film).

Trump élu Président des États-Unis… versez vite votre don à Respublica !

Vous pensiez peut-être que, noyant notre cafard des élections américaines du 5 novembre dernier dans un bon Bourgogne ou un excellent Bordeaux,  le comité de rédaction de votre journal favori avait perdu la raison dans l’ivresse… Vous vous trompez. Cette formule liant l’élection de Trump avec la souscription de Respublica est certes un tantinet raccourcie, mais elle exprime bien notre point de vue. 

La victoire du « trumpisme » représente une défaite centrale pour le camp populaire et démocratique international. C’est le couronnement pour tout l’espace occidental d’une « hégémonie culturelle » du rassemblement de la droite et de l’extrême-droite constitués en un puissant bloc politique homogène. C’est un KO idéologique et peut-être même culturel.

Depuis des années, Respublica a alerté des dangers d’une gauche abandonnant sciemment les couches populaires, se vautrant dans les idéologies de division du peuple comme le « wokisme », soutenant les fondamentalismes anti-laïques et favorisant les populismes démagogiques. Bref, une certaine gauche anti-populaire et wokiste nous  a mené irrémédiablement là où nous en sommes, c’est-à-dire à une défaite en rase campagne aux États-Unis et si nous n’y prenons garde demain en  France !

Nous avions mis en garde dans des dizaines et des dizaines d’articles, et nous avions parfaitement raison… Hélas ! Cette « gauche américaine » ne peut nous conduire qu’au désastre.

Le principe de réalité nous rattrape, nous sommes encore un petit journal et notre voix n’a pas porté assez haut, assez loin. Mais nous ne renonçons pas, nous ne renoncerons jamais. Car l’histoire a connu et connaîtra encore des retournements parfois très rapides. Nous continuerons contre vents et marées à défendre l’avènement d’une République sociale.

Pour cela, un réarmement idéologique est indispensable. Car, comme nous le disions, le danger est présent en France également. Déjà en juin dernier avec la dissolution de l’Assemblée nationale, nous avons échappé de peu au pire, c’est-à-dire à une prise de pouvoir par l’extrême-droite et ses alliés. Mais combien de temps ce sursis va-t-il durer alors que la situation se tend à l’extrême : coupe budgétaire mettant en danger les services publics, tentatives de privatisation comme à la SNCF fret, fermetures de sites industriels… La lutte des classes se durcit de jour en jour.

Il nous faut donc réagir et rendre plus offensives, plus cohérentes, plus populaires, nos propositions de rassemblement et d’unité autour du combat laïque et du combat social. Il faut organiser la contre offensive !

Pour y parvenir, il nous faut des moyens financiers. Et nous n’avons que vous, chères lectrices et chers lecteurs, comme sources monétaires. C’est la clé de notre indépendance, comme vous le savez.

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Le comité de rédaction 

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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