« L’immobilisme inquiétant sur les dons d’organes, et comment en sortir »

Date de publication : 5 novembre 2024 https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=ddf69db9ee88e69050fcc84ee034061c&id_newsletter=21021&liste=0&site_origine=revue_mediscoop&nuid=44baf5968540a6248a8065e80f2f7273&midn=21021&from=newsletter

Libération

C’est ce qu’indique Eric Favereau dans Libération, relevant que « les prélèvements d’organes stagnent et la succession de ministres de la Santé empêche d’avoir une politique soutenue dans le domaine. Pour tenter d’y remédier, un colloque s’est tenu fin octobre 2024 à Paris ».
Yvanie Caillé, fondatrice de l’association Renaloo, « à l’initiative [du] colloque autour de la question qui s’est tenu au ministère de la Santé », déclare ainsi qu’« il y a une espèce d’indifférence ou de fatalisme des pouvoirs publics vis-à-vis des dons d’organes ».
Eric Favereau fait savoir qu’« une déclaration a été adoptée, sous la forme d’un appel dit «de Paris». Initiative utile, mais sera-t-elle suffisante, tant la situation reste médiocre sur le front des prélèvements d’organes, avec un taux élevé, et qui augmente, de refus des proches ? ».
Le journaliste observe que « c’est donc une association qui œuvre contre l’immobilisme ambiant, et non les autorités sanitaires qui ont la charge de cette question. Une situation paradoxale, pour le moins… ».
Yvanie Caillé indique que « la ministre [de la Santé] est venue ouvrir notre colloque. Elle nous a appuyés mais elle nous a dit aussi qu’elle ne pouvait pas faire de miracles ».
Eric Favereau relève que « Renaloo se démène, et sa fondatrice Yvanie Caillé se bat avec force pour les malades du rein, comme elle a pu le faire lors du Covid pour combattre leur isolement ; mais aussi pour dénoncer régulièrement l’ineptie française qui a préféré développer les lieux de dialyses plutôt que la pratique des greffes d’organes ».
Le journaliste note ainsi que « rien ne bouge. Au 1er janvier 2024, 21.866 patients étaient sur la liste nationale d’attente de greffe en France. Chaque jour, 2 à 3 personnes sur liste d’attente meurent faute de greffon disponible. En 2023, plus de 800 patients sont ainsi décédés en attente de greffe, dont 70% qui avaient besoin d’un rein. Pour cet organe, la situation est en effet très tendue : les durées d’attente varient de quelques mois à plus de 4 ans, selon l’hôpital où le patient est inscrit ».
Eric Favereau explique que « le taux de refus, en particulier des proches, est souvent pointé du doigt. Rappelons que pour un prélèvement, la règle de droit est le consentement implicite. Pour autant, si la personne n’a pas explicitement donné son accord ou son refus, les équipes médicales doivent demander l’avis des proches ».
Marine Jeantet, directrice de l’Agence de biomédecine, a souligné que « l’opposition des proches est la première cause de non-prélèvement – plus des deux tiers des cas –, loin devant les causes médicales. Et elle augmente : 37% de plus en 2024 par rapport à l’année dernière, avec des pics à plus de 50% dans certaines agglomérations ».
Le journaliste poursuit : « Selon cette haute fonctionnaire, cette opposition survient «quand les proches ne connaissent pas la position du défunt, et, par prudence, s’y opposent.» Pourtant, 80% des Français se disent favorables au don de leurs propres organes ».
Yvanie Caillé déclare que « c’est toute l’organisation qui n’est pas au point. Et aujourd’hui, les difficultés de l’hôpital sont un blocage important ».
La responsable ajoute qu’« on sait ce qu’il faudrait faire. Car on a un contre-exemple avec l’Espagne. Là, c’est une vraie politique gouvernementale et une vraie priorité donnée aux greffes. C’est une activité qui est valorisée, soutenue, aidée. Et cela marche : le taux de prélèvement dans la population y est supérieur de moitié à la France ».
Eric Favereau évoque ainsi « cet appel de Paris, lancé à l’issue de ce colloque, avec 25 recommandations, dont un accent fort mis sur la formation d’équipes et la priorisation de cette activité », ajoutant qu’« au ministère de la Santé, […] la bonne volonté est évidente ».
Yvanie Caillé remarque cependant que « ce n’est pas facile. La succession de ministres bloque toute avancée. Non seulement le sujet n’est pas porté politiquement, mais dès que l’on avance, dès que l’on est à deux doigts de signer une circulaire, plouf, le ou la ministre s’en va ».

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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