Election présidentielle américaine 2024 : Donald Trump ou Kamala Harris, un choix crucial pour le climat

Bien que le climat n’ait pas été un thème de la campagne américaine, les visions des deux candidats divergent radicalement. Un retour du républicain à la Maison Blanche pourrait ainsi enterrer définitivement l’objectif de limiter le réchauffement à + 1,5 °C. 

Par Audrey GarricPublié le 03 novembre 2024 à 09h51, modifié le 03 novembre 2024 à 21h20

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La centrale électrique alimentée au charbon d’Oak Grove, dans le comté de Robertson (Texas), le 29 avril 2024.
La centrale électrique alimentée au charbon d’Oak Grove, dans le comté de Robertson (Texas), le 29 avril 2024.  BRANDON BELL / GETTY IMAGES / AFP

« A bien des égards, je pense que le sort de notre planète dépend des électeurs américains. » Par cette phrase dont elle reconnaît qu’elle « peut sembler hyperbolique », Ariel Moger, directrice des affaires politiques de Friends of the Earth Action (Les Amis de la Terre) aux Etats-Unis, traduit l’inquiétude de nombreux observateurs du climat à quelques jours de l’élection présidentielle américaine, qui aura lieu le 5 novembre.

Alors que la fenêtre pour espérer limiter le réchauffement climatique à + 1,5 °C est en train de se refermer, l’action des Etats-Unis, premier producteur de pétrole, second émetteur mondial de gaz à effet de serre et premier pollueur historique, pèsera lourd dans la balance. Le vote en faveur de Kamala Harris ou de Donald Trump affectera non seulement la politique climatique américaine, mais aussi la lutte mondiale contre le réchauffement tant tout oppose les deux candidats sur ce sujet.

L’ancien président américain ne fait pas mystère de son rejet absolu de l’écologie. Depuis des années, il multiplie les déclarations climatosceptiques, qualifiant le réchauffement de « canular » ou de « concept inventé par les Chinois pour empêcher l’industrie américaine d’être compétitive ». Lors de son mandat (2017-2021), il avait abrogé plus de 100 normes environnementales issues de la présidence de son prédécesseur, Barack Obama, et il avait fait sortir son pays de l’accord de Paris sur le climat. Les Etats-Unis l’ont réintégré, en 2021, dès l’investiture de Joe Biden.

Transition énergétique bien enclenchée

Cette fois, le républicain veut aller plus loin. S’il est élu, il prévoit de revenir sur l’Inflation Reduction Act (IRA), voté sous la présidence de Joe Biden. Ce vaste programme de soutien à la transition énergétique constitue la plus grosse loi sur le climat jamais votée dans l’histoire des Etats-Unis. Le candidat veut « mettre fin » à cette « nouvelle arnaque verte », comme il la décrit, et plus spécifiquement aux subventions à la production d’énergies renouvelables et aux voitures électriques, quand bien même Elon Musk, le patron de Tesla, est l’un de ses plus fervents soutiens. A la place, le leitmotiv de Donald Trump, soutenu par les compagnies pétrolières, est « Drill, baby drill! » (« Fore, chéri, fore ! »), et il entend relancer massivement la production de gaz et de pétrole – « de l’or liquide sous nos pieds » –, tout en continuant à brûler du charbon, la plus polluante des énergies fossiles.

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En réalité, Donald Trump ne pourra pas stopper la transition énergétique américaine, bien enclenchée grâce au coût très compétitif des renouvelables. « Il est très peu probable qu’il arrive à faire passer une nouvelle loi pour revenir sur l’IRA, dans la mesure où beaucoup d’investissements ont déjà été faits, des emplois créés et la majorité de l’argent est allé aux Etats républicains », décrypte Frances Colon, directrice pour la politique internationale au Center for American Progress, un centre de réflexion fondé par le démocrate John Podesta.

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Parmi les grands bénéficiaires, figurent l’Ohio, dont J. D. Vance, le colistier de Donald Trump, est sénateur, la Georgie et le Nevada, dont les gouverneurs sont républicains. Au total, l’IRA a déjà créé 300 000 emplois et entraîné 372 milliards de dollars d’investissements. Face à cette manne économique, 18 élus républicains au Congrès avaient écrit au président républicain de la Chambre des représentants, en août, afin de le mettre en garde contre les conséquences d’un abandon de l’IRA.

Donald Trump pourrait toutefois ralentir la transition, en rendant les démarches administratives malaisées, en supprimant les limites sur les émissions des centrales thermiques et des véhicules. Il risque également de démanteler l’Agence de protection de l’environnement (EPA) et l’Agence nationale d’observation océanique et atmosphérique (NOAA), ce qui lui laisserait encore davantage les coudées franches.

« Un retour de Donald Trump empêcherait les Etats-Unis de respecter et de renforcer leurs objectifs climatiques », prévient Frances Colon. La première puissance économique mondiale vise une réduction de ses émissions de gaz à effet de serre de 50 % à 52 % d’ici à 2030 par rapport à 2005, un objectif qu’elle n’est pas en bonne voie de tenir, mais qu’elle doit revoir à la hausse avant février 2025, comme le prévoit l’accord de Paris.

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Selon les calculs du site Carbon Brief, une victoire de Donald Trump entraînerait une hausse des émissions américaines de 4 milliards de tonnes d’équivalent CO2 d’ici à 2030 par rapport à la poursuite des politiques de Joe Biden, soit l’équivalent des émissions annuelles combinées de l’Union européenne et du Japon. Les Etats-Unis rateraient de très loin leurs objectifs pour 2030, de quoi mettre définitivement fin à tout espoir de limiter le réchauffement à + 1,5 °C.

D’autant que Donald Trump a également prévu de retirer de nouveau les Etats-Unis de l’accord de Paris, voire également de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, empêchant la participation du pays à toute négociation sur le climat. « Cela freinerait l’action climatique mondiale et créerait une onde de choc dans la dynamique multilatérale, prévient Lola Vallejo, de l’Institut du développement durable et des relations internationales. Beaucoup de pays risqueraient de ne plus vouloir s’engager si le premier pollueur historique entre et sort de l’accord de Paris quand bon lui semble. » Les risques pour la diplomatie climatique seraient d’autant plus élevés que la « capacité de résistance de l’Union européenne », en train de détricoter son Green Deal, est « bien moindre » qu’en 2017, ajoute Gaïa Febvre, du Réseau action climat.

Un thème à peine abordé par Harris

A l’inverse, une présidence de Kamala Harris renforcerait l’Inflation Reduction Act et permettrait de rendre le tournant des énergies vertes et la réduction des émissions « irréversibles », assure Manish Bapna, président de l’ONG américaine Natural Resources Defense Council Action Fund. La vice-présidente est de longue date engagée en faveur du climat, dont elle considère le dérèglement comme une « menace existentielle », et a bataillé, lorsqu’elle était procureure générale de Californie, pour faire condamner les compagnies pétrolières et Volkswagen pour leur pollution. « Sur le plan mondial, nous sommes convaincus qu’elle donnera un nouvel élan au leadership américain en matière de climat », ajoute-t-il.

Kamala Harris a en revanche retourné sa veste sur la fracturation hydraulique, déclarant n’être plus opposée à cette technique très polluante d’extraction des hydrocarbures. Et la candidate n’a pas présenté de plan détaillé sur le climat, un thème qu’elle a à peine abordé lors de sa campagne. Saura-t-elle freiner la production et l’exportation d’énergies fossiles, que les Etats-Unis projettent de faire croître à court terme, en contradiction avec les engagements pris à la COP28 de Dubaï, en 2023 ? « Rien ne le prouve à ce stade, mais elle évite de s’exprimer sur ce sujet pour ne pas que Donald Trump utilise ce thème contre elle », explique un expert des négociations climatiques, qui souhaite rester anonyme.

Si elle était élue, les marges de manœuvre de Kamala Harris pourraient toutefois se voir réduites en cas de victoire des républicains au Sénat, mais aussi par les juges de la Cour suprême, à majorité conservatrice, qui peuvent empêcher des régulations menaçant trop les intérêts de l’industrie des énergies fossiles. A défaut du « cauchemar » pour le climat décrit par les observateurs en cas de réélection de Donald Trump, il n’est pas sûr que le monde vive pour autant un rêve sous une présidence de Kamala Harris.

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Audrey Garric

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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