Le contre-budget du NFP ferait mieux que le budget de Barnier pour réduire le déficit 

ANALYSE  

LE 31 OCTOBRE 20247 min

L’économiste Anne-Laure Delatte détaille l’impact macroéconomique du contre-budget présenté par le NFP et démontre qu’il serait plus efficace pour réduire le déficit que celui proposé par le gouvernement.

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Par Anne-Laure Delatte

Dans leurs prévisions de croissance les plus récentes, les économistes de l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques) estiment que la croissance française, en 2025, serait divisée par deux si le budget déposé par le gouvernement Barnier était adopté en l’état.

Plus précisément, leurs calculs aboutissent à un effet récessif de 0,8 point de PIB, une prévision proche de celle de 0,6 point de PIB (Produit intérieur brut) que j’ai présentée ici récemment. Cette réduction de l’activité serait accompagnée d’une suppression de 130 000 emplois, selon la même prévision. La décision de couper les dépenses publiques – tout en augmentant les prélèvements – a donc un coût social important.

Sur les plateaux, dans les journaux, les intervenants répètent à l’envi que nous n’avons pas le choix : notre pays est endetté jusqu’au cou, il faut en passer par là pour réduire le déficit. Même quand il est établi que la dégradation budgétaire est en grande partie due à la baisse des prélèvements obligatoires depuis 2017 ? Oui, nous n’aurions pas le choix !

Remettre en question cette affirmation est très difficile, voire inaudible : on passe pour un·e idéologue ou un·e irréaliste. Comme toujours, quand un récit s’installe aussi bien, il est utile de l’éprouver : existe-t-il une alternative moins douloureuse et crédible ?

C’est précisément ce qu’affirme le Nouveau front populaire (NFP), qui a présenté sa propre stratégie budgétaire le 9 octobre 2024. Qu’est-ce qui diffère de celle du gouvernement Barnier ? Aurait-elle eu un coût social et des effets sur l’activité différents ?

Différence de philosophie

Comme le gouvernement, le NFP compte lever de nouvelles recettes. Mais dans une plus grande mesure, puisqu’elles sont chiffrées à 49 milliards d’euros, contre 30 pour le Projet de loi de finances (PLF) 2025. Au-delà des montants, leurs stratégies divergent.

La dissemblance majeure tient à l’usage des recettes : « Grâce aux mesures fiscales [proposées], notre pays serait en mesure de réduire le déficit tout en augmentant immédiatement les investissements dans les services publics et les secteurs d’avenir »,dit le document.

Le NFP consacre donc une partie des 49 milliards à réduire le déficit budgétaire et le reste à financer des dépenses publiques dites d’avenir. La philosophie est très différente de celle du gouvernement Barnier, qui est centrée sur la simple réduction du déficit, au prix d’effets récessifs significatifs (la moitié de la croissance). A l’inverse, le contre-budget du NFP prévoit une augmentation des dépenses publiques. Comment est-ce que cela peut réduire le déficit public ? Est-ce soutenable ?

Pour y répondre, je reprends la même méthodologie que précédemment, basée sur les multiplicateurs budgétaires de chaque mesure envisagée. Le tableau ci-dessous présente les mesures du contre-budget NFP et les traduit en impulsions budgétaires.

49 milliards d’euros de recettes supplémentaires voulues par le Nouveau Front populaire

Montant (en milliards d’euros par an) des mesures fiscales voulues par le Nouveau Front populaire traduites et traduction en impulsion budgétaire (en pourcentage de PIB)

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Source : Calculs Anne-Laure Delatte

Les lecteurs et lectrices intéressées trouveront les détails des mesures fiscales dans le document du NFP, mais pour cet exercice, on peut retenir trois grandes sources de recettes fiscales.

Il y a d’abord la suppression d’exonérations de cotisations sociales (pour les salaires au-dessus de deux fois le Smic) et d’une partie du crédit impôt recherche (CIR). Ce bloc rapporterait 11 milliards d’euros par an. Viennent ensuite les différentes taxes sur le capital (ISF vert, suppression du prélèvement forfaitaire unique (PFU), taxation de l’héritage et des superprofits), qui généreraient 29,5 milliards d’euros par an. Enfin, un dernier bloc comprenant la réforme de la taxe sur les transactions financières, de la taxe solidarité avion et de la fiscalité des collectivités locales, rapporteraient 8,5 milliards d’euros chaque année. En tout, les recettes supplémentaires sont donc chiffrées à 49 milliards d’euros. Combien sont consacrés à réduire le déficit et combien à augmenter les dépenses publiques ?

Comme le communiqué du NFP ne donne pas de détail, on peut se baser sur les nouvelles règles européennes qui exigent une réduction annuelle du déficit de 0,6 point de PIB, c’est-à-dire 18 milliards d’euros. Il resterait donc 31 milliards d’euros (soit un point de PIB) pour les dépenses d’avenir.

Pour simuler les effets d’une telle impulsion, comme précédemment, j’utilise les multiplicateurs budgétaires et fiscaux issus du modèle Mésange développé par l’Insee et le Trésor (Bardaji et al. 2017), que je complète avec un multiplicateur issu du modèle de l’OFCE (impôt sur les sociétés). Ils sont présentés ci-dessous.

Les multiplicateurs utilisés pour simuler les effets des mesures sur la croissance

Multiplicateurs utilisés sur le PIB pour simuler les impulsions budgétaires en année 2025 et 2026

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Lecture : une augmentation d’un point de PIB de la dépense publique générique 0,78 point de PIB supplémentaire en 2025 et 1,06 point en 2026. 

Source : BARDAJI et al. 2017 et OFCE, Policy Brief 25

Les deux colonnes présentent les effets en 2025 et 2026. Comme précédemment, il est intéressant de constater que les effets augmentent dans le temps car l’ajustement de la demande est progressif.

Selon le modèle, les effets augmentent même pendant cinq ans, mais comme précédemment, je ne présente les simulations que pour les deux premières années, étant donné l’incertitude politique actuelle. Toutefois, si la valeur des multiplicateurs est la même qu’auparavant, leur effet va différer parce que les dépenses augmentent plutôt que de baisser. C’est ce que révèlent les résultats ci-dessous.

Effet des mesures du Nouveau Front populaire sur le PIB

Effet multiplicateur des mesures du NFP sur le PIB pour simuler les impulsions budgétaires en 2025 et 2026

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Lecture : l’augmentation de la dépense publique entraîne une augmentation de 0,78 point de PIB en 2025 et de 1,06 point en 2026. La réforme de l’ISF et du prélèvement forfaitaire unique coûte 0,41 point de PIB.

Source : Calculs Anne-Laure Delatte

Les dépenses publiques proposées par le NFP génèrent 0,78 point de PIB d’activité supplémentaire en 2025 et 1,06 point de PIB en 2026. Ce surcroît d’activité est toutefois réduit par les effets récessifs des prélèvements obligatoires, qui s’élèvent à 0,66 point de PIB au total (la somme des effets de chaque impôt en plus). Notons que l’effet le plus coûteux est lié à la réforme de la fiscalité du patrimoine qui « coûte » en tout 0,44 point de PIB.

Toutefois, les effets récessifs sont inférieurs aux gains d’activité, ce qui entraîne un effet agrégé total positif dès la première année : une légère augmentation du PIB de 0,21 point, soit 6 milliards d’euros par rapport aux prévisions actuelles. Ce surcroît d’activité génère un peu plus de 3 milliards de recettes supplémentaires.

Un autre budget est possible, et il serait plus efficace

Ainsi, entre les 18 milliards d’euros de recettes directement consacrés à la réduction du déficit et les 3 milliards de recettes supplémentaires liées au surcroît d’activité, le déficit se réduit de 21 milliards d’euros en 2025.

En 2026, sans autre impulsion budgétaire, le déficit est réduit de 6 milliards (0,21 point de PIB) ce qui suggère qu’un nouvel effort de 12 milliards d’euros est nécessaire pour atteindre l’objectif annuel.

La simulation met donc en évidence que, avec cette stratégie budgétaire, l’effort à réaliser en 2026 est très inférieur à l’effort de 2025. Ce résultat est opposé aux implications macroéconomiques du PLF 2025, qui exige un effort budgétaire chaque année plus important à cause des effets récessifs des coupes de dépenses publiques.

Pour conclure, le programme du Nouveau Front populaire propose une stratégie budgétaire qui augmente les dépenses publiques, stimule l’activité économique et permet de dégager des recettes supplémentaires.

A quoi consacrer ces nouvelles dépenses ? Le document du NFP suggère des investissements dans la transition et les services publics. Cela peut se justifier en effet, car en matière de crise écologique, chaque euro dépensé aujourd’hui réduit les dépenses de réparation demain. De plus, la croissance générée est a priorimoins intense en carbone.

Il y a bien une autre politique possible que celle proposée par le gouvernement Barnier. Et elle donnerait de meilleurs résultats pour la France.

Anne-Laure Delatte
Directrice de recherches au CNRS, rattachée à l’université Paris-Dauphine PSL Abonnez-vous pour commenter son article

S’il est adopté tel quel, le budget 2025 coûtera 0,6 point de croissance à la France 

LE 14 OCTOBRE 20249 min

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L’économiste Anne-Laure Delatte s’est penchée sur les effets macroéconomiques du budget 2025. Dans l’hypothèse où les mesures seraient adoptées en l’état, elles auraient un effet récessif majeur sur l’économie.

Antoine Armand, le ministre de l’Economie et Laurent Saint-Martin, le ministre du Budget et des Comptes publics lors de la présentation du projet de loi de finances 2025 à Bercy, le 10 octobre 2024. PHOTO : Eric TSCHAEN/REA 

Par Anne-Laure Delatte

La spécificité du budget 2025 repose sur deux piliers. La stratégie du gouvernement Barnier cumule en effet la réduction des dépenses publiques et la hausse des prélèvements obligatoires. Le projet de loi de finances (PLF) a été déposé jeudi 10 octobre et l’avis du Haut conseil aux finances publiques (HCFP)rendu le même jour.

Nous sommes donc aujourd’hui en mesure d’estimer les « effets retour » d’un tel budget, c’est-à-dire de répondre à deux questions importantes : quel sera son impact sur l’activité économique ? Et cette politique permettra-t-elle de rétablir les comptes publics ? (Suite … abonnés)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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