Près de 4 900 lits d’hospitalisation complète supprimés à l’hôpital l’an dernier
Selon une nouvelle étude de la Drees, publiée ce jeudi 31 octobre, près de 4 900 lits d’hospitalisation complète ont fermé en 2023, soit un recul de 1,3%. Les places d’hospitalisation partielle et les capacités d’accueil à domicile continuent, elles, leur progression.
31/10/2024 Par Chloé Subileau

Les lits d’hospitalisation complète sont encore moins nombreux en France. En 2023, près de 4 900 de ces places – qui comprennent une nuitée dans l’établissement – ont été supprimées. C’est ce que révèle, ce jeudi 31 octobre, un bilan de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees). Depuis 2013, 43 500 lits d’hospitalisation complète ont ainsi disparu, soit -10,5% en dix ans.
https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2024-10/ER1315EMB.pdf
Lire aussi : Moins de médecins, moins de lits … Ce rapport « rétablit la vérité » sur les urgences *
Fin 2023, les 2 962 hôpitaux publics, privés et privés non lucratifs comptaient 369 400 lits d’hospitalisation complète, 88 500 places d’hospitalisation partielle et 24 100 à domicile (HAD). Ces chiffres révèlent donc un nouveau recul du nombre de lits d’hospitalisation complète de 1,3%, un rythme moins rapide qu’en 2022 (-1,8%), indique ce bilan. Mais ce recul est plus rapide qu’avant la crise du Covid, où il s’établissait à -0,9% en moyenne par an sur la période 2013-2019.
Virage ambulatoire
Pour la Drees, « ce repli poursuit une tendance observée depuis plusieurs années, qui reflète la réorganisation de l’offre de soins hospitaliers dans un contexte de ‘virage ambulatoire’, mais aussi de contraintes de personnel, ne permettant pas de maintenir des lits ».
Le nombre de places d’hospitalisation partielle, sans nuitée, progresse en effet ; entre 2013 et 2023, 20 900 places ont été créées, soit 31% en plus en dix ans. La crise sanitaire n’a freiné cette dynamique que très temporairement, précise l’étude, « en 2020, avec une hausse du nombre de places limitée à +1,7%, en deçà de la tendance observée de 2013 à 2019 (+2,5 % par an en moyenne). Depuis 2021, le nombre de places a augmenté à un rythme annuel plus rapide qu’avant la crise sanitaire (+4,1 % en 2023, après +3,1 % en 2022 et +3,4 % en 2021) », peut-on lire.
Enfin, les capacités d’accueil de l’hospitalisation à domicile progressent aussi. Après avoir bondi durant la crise sanitaire, celles-ci ont augmenté « à nouveau vigoureusement » en 2023. D’après les chiffres de la Drees, 24 100 patients pouvaient être pris en charge simultanément en HAD en France (+4,1%) ; ils n’étaient que 18 900 en 2019 avant la crise sanitaire.
[avec AFP]
Auteur de l’article Chloé Subileau Journaliste Etudiant
Hôpital : moins de lits mais plus de places ! Stabilité en réanimation malgré une légère baisse de 1%
Quentin Haroche | 31 Octobre 2024 https://www.jim.fr/viewarticle/hôpital-moins-lits-plus-places-2024a1000jyi?ecd=wnl_all_241103_jim_jim-pro_etid6960161&uac=368069PV&impID=6960161&sso=true
Paris – Selon les derniers chiffres de la Drees, le nombre de lits d’hospitalisation a une nouvelle fois diminué en 2023, tandis que celui des places a augmenté, notamment grâce à la croissance d’alternative à l’hospitalisation classique.
Qu’il semble loin le temps, en pleine crise sanitaire, où les Français avaient les yeux rivés sur le nombre de patients et de lits disponibles dans les services de réanimation, bien conscient que ces chiffres allaient déterminer lesquels de leurs libertés seraient suspendus pour freiner l’épidémie de Covid-19. Le nombre de lits d’hospitalisation, en réanimation et en général, ne fait plus la une de l’actualité.
C’est comme chaque année la Drees, le service des statistiques du ministère de la Santé, qui s’est chargé de compiler les statistiques sur les capacités de prises en charge hospitalière. Selon son dernier rapport publié ce jeudi (un rapport provisoire qui pourrait être amendé d’ici la fin de l’année tient-il à rappeler), la France comptait, en 2023, 2 962 établissements de santé (1 329 hôpitaux publics, 656 établissements privés à but non lucratif et 977 cliniques privées). Un nombre en baisse de 0,5 % sur un an et de 5,1 % en dix ans, « sous l’effet des réorganisations et des restructurations » indique la Drees sans plus de précision.
Plus de 43 500 lits d’hôpitaux fermés en dix ans
S’agissant du nombre de lits d’hôpitaux, il continue sa tendance à la baisse. Près de 4 900 lits ont été fermés en 2023, soit une baisse de 1,3 % sur un an. La diminution est moins importante qu’en 2022 (- 1,8 %) mais plus rapide que durant les années précédant la crise sanitaire (- 0,9 % par an en moyenne). La promesse formulée par l’ancien ministre de la Santé Aurélien Rousseau à l’automne dernier d’augmenter le nombre de lits d’hospitalisation n’a donc pas été tenue.
Cette évolution s’inscrit dans une longue tendance: plus de 43 500 lits d’hôpitaux ont été fermés depuis 2013, soit 10,5 % de moins en dix ans. Ceci « reflète la réorganisation de l’offre de soins hospitaliers dans un contexte de virage ambulatoire, mais aussi de contraintes de personnel, ne permettant pas de maintenir les lits » explique la Drees. La baisse du nombre de lits affecte particulièrement la psychiatrie publique, qui a perdu 1 300 lits en 2023, soit une baisse de 4,2 % sur un an.
Paradoxe apparent, si le nombre de lits diminue, celui des places d’hospitalisation est lui en forte augmentation : 4,1 % de places supplémentaires en 2023, une progression plus rapide que les années précédentes (3,4 % en 2021 et 3,1 % en 2022). Ceci s’explique par « des innovations médicales » qui ont permis le développement d’ « alternatives à l’hospitalisation complète ». La Drees indique ainsi que le nombre de places en hospitalisation partielle (+ 4,1 %) et en hospitalisation à domicile (+ 4,1 %) ont fortement augmenté en 2023 : l’hospitalisation à domicile représente désormais 7,7 % des capacités d’hospitalisation de court et moyen séjour, contre seulement 2,1 % en 2006.
A peine plus de lits de réanimation qu’avant la pandémie
S’agissant ainsi des fameux lits de soins critiques, sur qui tous les regards étaient rivés lors de la crise sanitaire, leur nombre continue de diminuer depuis la fin de la pandémie : on en comptait 19 500 fin 2023, soit 1 % de moins qu’en 2022 et 0,3 % de moins qu’avant la crise sanitaire. Rappelons que les lits de soins critiques sont constitués des lits de réanimation, de soins intensifs et de surveillance continue.
Après avoir bondi de 14,5 % en 2020 pour faire face à l’afflux de patients atteints de Covid-19, le nombre de lits de réanimation n’a lui cessé de refluer, pour atteindre 5 600 en 2023, soit 3,2 % de plus seulement qu’avant la pandémie. En mars 2022, le Dr Olivier Véran, alors ministre de la Santé, avait promis une hausse de 20 % du nombre lits de réanimation d’ici 2025 par rapport à leur niveau d’avant pandémie.
Ces chiffres sont publiés alors que l’Assemblée Nationale examine le projet de loi de financement de la Sécurité Sociale (PLFSS) pour 2025. Ce budget ne prévoit une hausse du budget de l’hôpital que de 3,1 %, là où la Fédération Hospitalière de France (FHF) demandait un surplus de 6 %. Pour protester contre ce budget qu’ils qualifient d’austérité, quatre syndicats de la fonction publique hospitalière ont déposé ce lundi un préavis de grève courant du 4 novembre au 21 décembre prochain. Ces nouveaux chiffres sur les fermetures de lits devraient donner encore un peu de grain au moudre aux détracteurs du PLFSS.
*Moins de médecins, moins de lits … Ce rapport « rétablit la vérité » sur les urgences
Samu-Urgences de France a publié ce mardi 17 septembre sa troisième enquête annuelle sur la situation estivale des urgences. Il émane de ce sondage un terrible constat : celui d’une « dégradation majeure » du fonctionnement de ces services, alerte le syndicat qui appelle les pouvoirs publics à réagir.

« Le fonctionnement en mode dégradé de nos structures de médecine d’urgence est devenu ‘habituel’ : moins de médecins présents pour accueillir un nombre de patients toujours plus important, moins de médecins dans nos Smur, moins de lits pour hospitaliser les patients à partir des services d’urgences… La conséquence sur la qualité et la sécurité des soins pour les patients est bien évidemment majeure, en corrélation avec la dégradation des conditions de travail et l’épuisement des professionnels », écrit Samu-Urgences de France (SUdF) en introduction de sa troisième enquête sur la situation estivale des urgences, publiée ce mardi 17 septembre.
Le 20 août dernier, dans un entretien à Ouest-France, le ministre démissionnaire de la Santé déclarait que les tensions à l’hôpital n’avaient pas été « aussi fortes » cet été « qu’au cours de celui de 2022« , mentionnant une cinquantaine d’établissements en difficulté à cause du manque de personnels. Aussitôt, les praticiens hospitaliers avaient pointé du doigt « la mauvaise foi » de Frédéric Valletoux et le « mépris affiché du Gouvernement ». « Le constat des praticiens de nos syndicats est lui sans appel : la situation sanitaire de notre pays poursuit sa dégradation programmée ! », avait ainsi répondu Action Praticiens Hôpital (APH) dans un communiqué.
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Ex-président de la Fédération hospitalière de France (FHF), Frédéric Valletoux soulignait également dans la presse régionale l’importance des mesures issues de la mission flash sur les urgences, et de la réforme des autorités de médecine d’urgence de décembre 2023. « [Elles] portent leurs fruits, glissait-il à nos confrères. Les revalorisations des gardes de nuit et des heures travaillées les dimanches et les jours fériés […] ont été pérennisées. On constate ainsi qu’il est plus facile de recruter des personnels supplémentaires durant cet été. »
Loin de « l’euphorie » ministérielle, l’intersyndicale APH tirait, elle, la sonnette d’alarme et appelait à mettre en place un « plan santé » ainsi qu’un « plan de prévention » afin que « la santé de nos concitoyens redevienne une priorité nationale ».
« La sécurité sanitaire de la population face à l’urgence vitale ne peut plus être assurée partout en France »
Ce mardi, Samu-Urgences de France reprend cette alerte à son compte. Le syndicat signale en effet que le résultat de son bilan estival est « criant ». Pas moins de 453 médecins urgentistes ont renseigné le formulaire de l’enquête, ce qui représente 331 établissements sièges de structures d’urgences (environ 48% de la totalité des SU de France). Il découle de ce sondage « une dégradation majeure du fonctionnement des services d’urgences, allant à l’encontre de la communication ministérielle ». Parmi les 331 établissements représentés dans l’enquête, 202 services d’urgences ont déclaré avoir fermé au moins une ligne médicale, soit 61% des SU répondants. Et parmi eux, 18% ont dû fermer plusieurs lignes. L’an dernier, 57% des SU avaient été contraints de fermer une ligne médicale.
Ces fermetures ont concerné une majorité de départements avec, tout de même, des fermetures plus importantes dans l’est, dans le nord ou encore dans le sud-est du pays. Elles étaient pour 41% continues, 37% fréquentes, et 21% ponctuelles.

« Si la situation a été moins catastrophique qu’attendu, c’est au prix d’un nombre considérable d’heures de temps additionnel, tient par ailleurs à souligner le principal syndicat d’urgentistes. Faute d’avoir pu recruter des médecins en nombre, ce sont les médecins de nos structures qui ont consenti à exploser leur quota horaire pour maintenir à bout de bras et de force le système. »
Plus de 220 Smur ont également répondu à cette enquête (51% des Smur de France). Au total, 127 Smur ont fermé au moins une fois une ligne durant l’été, ce qui représente 174 lignes Smur qui ont été fermées, dont 48 fermetures fréquentes ou continues. L’an dernier, 166 fermetures avaient été comptabilisées. « Parmi les répondants, 101 n’ont qu’une seule ligne Smur dont 10% d’entre eux ont dû fermer cette ligne, laissant le secteur sans aucune réponse Smur pour répondre à l’urgence vitale de ces territoires », indique le rapport.
« C’est une ligne rouge qu’il avait toujours été convenu de ne pas franchir, y compris au sein du ministère. La sécurité sanitaire de la population face à l’urgence vitale ne peut donc plus être assurée partout en France », signale SUdF. « Ce point doit être géré sans délai par les tutelles de manière à rétablir un maillage Smur opérationnel permettant de rétablir une équité d’accès aux soins pour l’urgence vitale. »
« Cet été nous avons franchi un nouveau stade dans l’inacceptable »
Les services d’urgences ont, en outre, eu davantage de mal à trouver des lits en aval pour hospitaliser leurs patients cet été par rapport aux années précédentes. 23% des établissements étudiés dans cette enquête ont ainsi indiqué avoir fermé des lits de réanimation de manière durable cet été, en plus des fermetures estivales habituelles. « Ces fermetures représentent au total près de 270 lits de réanimation fermés dans 56 établissements », peut-on lire. Et 65% des établissements ont fermé des lits de médecine ou de chirurgie (MCO) de manière durable cet été (en plus des fermetures estivales habituelles programmées).
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« Ce sont plus de 1 500 lits supplémentaires qui ont été fermés dans les établissements participant à cette enquête, alors même que l’activité ne connait pas de baisse dans le SU durant la période estivale, avec un besoin de lits d’hospitalisation qui reste stable », s’indigne le syndicat, pour qui « les prétendues leçons de la pandémie Covid sur la nécessité d’un nombre de places en réanimation et en soins intensifs sont déjà oubliées par les tutelles et le Gouvernement ». Conséquence de ces fermetures de lits : le nombre de patients contraints de patienter – parfois des jours – sur des brancards n’a cessé d’augmenter, avec des conséquences délétères ; « augmentation de la morbi-mortalité pour les patients, épuisement et démotivation pour les équipes d’urgentistes. »
« Cet été nous avons franchi un nouveau stade dans l’inacceptable », dénonce SUdF. Face à ce constat alarmant, le syndicat énumère plusieurs priorités à mettre en œuvre pour améliorer la prise en charge des patients et maintenir les équipes. S’agissant de l’aval – enjeu majeur pour les soignants, Samu-Urgences de France appelle à « interdire définitivement la possibilité d’hospitaliser un patient dans un couloir » en dédiant une place au non-programmé, ou encore en affichant un indicateur lit brancard quotidien. Il milite également pour la fin du financement incitatif dédié à l’amélioration de la gestion des lits. « À la place, il est crucial d’intégrer l’indicateur lit-brancard dans les indicateurs de financement des activités de qualité afin de passer à un financement basé sur les résultats. »
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Autre priorité identifiée : « arrêter définitivement le fonctionnement dégradé des structures d’urgences. » Pour cela, il apparaît nécessaire de réviser le maillage territorial des urgences. Pour le syndicat, « il n’est plus viable de maintenir tous les services d’urgences actuellement autorisés par les ARS selon les modalités d’organisation actuelle ». Certains pourraient évoluer en antennes de médecine d’urgence, par exemple. SUdF suggère aussi de créer des centres de soins primaires et appelle à généraliser progressivement la régulation médicale d’accès aux urgences « par les Samu-SAS ». La proposition du sénateur-médecin Bernard Jomier d’instaurer un ratio patients/soignés est également plébiscitée.
Enfin, SUdF défend le rétablissement d’un maillage Smur opérationnel « permettant de rétablir une équité d’accès aux soins urgents ».
Auteur de l’article
Cheffe de rubrique Rencontres