Les ultra-riches alimentent les inégalités climatiques mondiales, selon Oxfam 

Gouvernance  |  29.10.2024  https://www.actu-environnement.com/ae/news/rapport-oxfam-milliardaires-inegalites-climatiques-jets-yachts-investissements-pollution-44974.php4#ntrack=cXVvdGlkaWVubmV8MzY0Mg%3D%3D%5BNDExMDgz%5D

|  R. Boughriet

Les ultra-riches alimentent les inégalités climatiques mondiales, selon Oxfam

© James Heming

« Le budget carbone mondial  (1) serait épuisé en seulement deux jours si toute la population consommait comme les cinquante personnes les plus riches du monde », alerte Oxfam*. À l’approche de la Conférence mondiale sur le climat (COP 29), à Bakou (Azerbaïdjan) du 11 au 22 novembre, l’ONG a publié, le 28 octobre, un rapport  (2) qui calcule les émissions des jets privés et des yachts ainsi que les investissements polluants des milliardaires.

« On a comparé les émissions de consommations de Bernard Arnault, Elon Musk et Jeff Bezos avec celles d’un·e Français·e moyen·ne et d’une personne moyenne dans le monde. La responsabilité de ces ultra-riches dans la crise climatique est immense », épingle Oxfam.

Résultats : en moyenne, un milliardaire parmi les 50 personnes les plus riches du monde (3) , émettrait 7 746 tonnes de CO2 équivalent par an, « rien qu’avec sa consommation de jets et yachts ». En comparaison, une personne parmi les 50 % les plus pauvres de l’humanité émettrait 1,01 tonne de CO2e par an (via sa consommation).

De même, c’est par l’intermédiaire de leur patrimoine financier que les milliardaires pollueraient le plus.  « Les cinquante personnes les plus riches du monde polluent autant que 1,3 milliard de personnes sur terre. Au-delà de leur train de vie, ce sont leursinvestissements dans des entreprises fortement émettrices qui représentent le poste le plus important de l’empreinte carbone totale de ces ultra-riches », ajoute l’association. Autrement dit, l’empreinte moyenne des émissions liées aux investissements des 50 milliardaires de l’échantillon d’Oxfam serait 26 millions de fois plus élevée que les émissions liées aux investissements d’une personne faisant partie des 50 % les plus pauvres de la planète.

Face à ce constat, Oxfam propose la mise en place d’un impôt sur la fortune climatique pour les multimillionnaires et les milliardaires (ISF climatique). « Il s’agit de taxer, d’une part, le niveau de patrimoine (la taille de la fortune), et d’autre part, la quantité de CO2 qu’il contient (son impact sur le climat). » L’ONG recommande aussi d’établir une taxe sur les dividendes pour les entreprises ne respectant pas l’Accord de Paris sur le climat.

Oxfam propose par ailleurs d’interdire ou de taxer de manière dissuasive les consommations de luxe à forte intensité de carbone (jets privés, superyachts, voyages aériens fréquents…) et de mettre fin aux niches fiscales polluantes offertes par l’État aux plus riches et aux grandes entreprises.1. Le budget carbone mondial représente la quantité émise de dioxyde de carbone (CO2) qui peut encore être ajoutée à l’atmosphère, sans que les températures mondiales n’augmentent de plus de 1,5°C. 2. Télécharger la synthèse du rapport d’Oxfam
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-44974-synthese-rapport-oxfam-inegalites-emissions-carbone-mondial.pdf3. L’échantillon d’Oxfam repose sur 50 milliardaires mondiaux et les cinq milliardaires régionaux les plus riches des régions suivantes : Asie de l’Est et Pacifique, Europe et Asie centrale, Amérique latine et Caraïbes, Moyen-Orient et Afrique du Nord, Amérique du Nord, Asie du Sud et Afrique subsaharienne.

*L’adaptation climatique ne peut se détacher de la dimension sociale, selon Oxfam

La branche française de l’ONG déplore les politiques « par à-coup », qui creusent les inégalités sociales. Elle réclame une vraie ambition, notamment financière, pour assurer l’adaptation climatique du pays.

Gouvernance  |  15.07.2024  |  https://www.actu-environnement.com/ae/news/adaptation-climatique-dimension-sociale-oxfam-44422.php4

F. Gouty

L'adaptation climatique ne peut se détacher de la dimension sociale, selon Oxfam

© ERIC – stock.adobe.comLes zones urbaines périphériques, moins végétalisées, sont plus chaudes en été, pénalisant leurs habitants.

Pour l’association Oxfam France, la France reste loin d’être la « championne » de l’adaptation climatique. « Les rares initiatives mises en place par les pouvoirs publics sont purement réactives et renforcent les inégalités sociales et climatiques. » Dans un rapport (1) publié ce lundi 15 juillet, l’ONG dresse un inquiétant diagnostic des conséquences de la maladaptation française et prescrit quelques remèdes.

Éviter l’approche fractionnée…

« Au moins 26 des 50 droits fondamentaux sont directement menacés en France du fait de la négligence de l’État en matière d’adaptation, dont le droit à la santé, le droit à l’éducation, ou encore le droit à un logement digne », inflige Oxfam. Elle indique, par exemple, que 55 % des écoles maternelles du territoire métropolitain pourraient être exposées à des chaleurs excédant 35 °C au début de l’été, d’ici à 2030. « Dans quatre départements – les Bouches-du-Rhône, la Seine-Saint-Denis, Paris et la Gironde –, ce seront 100 % des maternelles. » Or, rappelle l’ONG, si le droit à l’éducation s’en trouve ainsi menacé, c’est parce que l’augmentation des températures impacte directement le bon déroulement des programmes scolaires, mais aussi les performances cognitives des élèves, de nature à « créer une rupture d’égalité des chances entre écoles non adaptées et écoles adaptées ». Si la France continue à se réchauffer au rythme actuel, c’est-à-dire en direction d’une hausse de 4 °C d’ici à 2100 par rapport aux niveaux préindustriels, 3 % des écoles primaires risquent la fermeture, mais également 5 % des hôpitaux et 2,3 % des maisons de retraite.“ Les pouvoirs publics attendent que les catastrophes se produisent pour tenter de les réparer ”Oxfam France

Comment l’État se saisit-il pour l’instant d’une tel enjeu ? Oxfam évoque notamment la parution, le 29 juin, d’un décret indemnisant les professionnels du BTP en cas d’arrêt de travail du fait d’une alerte vigilance canicule « orange » ou « rouge ». Un pas en avant qu’elle juge insuffisant. Ce texte étant « l’illustration de l’approche par à-coups et ultra-sectorisée de l’État. D’autres travailleurs sont gravement affectés par la canicule et ce décret ne concerne d’ailleurs ni les pics ni les vagues de chaleur. » Du reste, l’ONG maintient que la plupart des politiques d’adaptation s’inscrivent uniquement en réaction à un phénomène : l’introduction de plans de défense contre les incendies en réponse aux feux de forêt de 2023, en Gironde, ou bien le Plan eau pour se prémunir d’une sécheresse comme celle subie en 2022. Tactique qui montre ses limites lorsqu’un autre cas se présente, comme les inondations dans le Pas-de-Calais l’hiver dernier. « Les pouvoirs publics attendent que les catastrophes se produisent pour tenter de les réparer. »

… qui aggrave la situation

Or, insistent les auteurs du rapport, cette stratégie « aggrave les inégalités entre les personnes et les structures pouvant s’adapter par leurs propres moyens, d’un côté, et celles, de l’autre, à qui la collectivité fait défaut pour affronter les conséquences du changement climatique ». L’ONG souligne que les personnes vivant le plus proche des axes routiers (et loin d’aménités environnementales, comme une espace vert suffisant) comptent parmi les plus exposés aux conséquences du réchauffement climatique. Les vagues de chaleur allant de pair avec une hausse de la pollution de l’air générée par le trafic routier. Ces personnes constituent également, bien souvent, les personnes les plus vulnérables, des ménages modestes ou marginalisés qui manquent « des ressources économiques, sociales, culturelles, de mobilité et de droits (nécessaires) pour s’adapter avec succès au changement climatique ». Et ce, notamment dans leur accès aux services et aides de l’État. Oxfam France observe, en parallèle, un phénomène de « gentrification verte » en zones urbaines. « La végétalisation des villes a un effet positif sur la valeur des biens immobiliers et entraîne donc le déplacement des populations précaires vers les périphéries non végétalisées, donc plus chaudes en été. »

Revoir le budget

55 %

C’est la proportion d’écoles maternelles du territoire métropolitain qui pourraient être exposées à des chaleurs excédant 35 °C au début de l’été, d’ici à 2030.

Les conséquences d’une maladaptation climatique ne sont évidemment pas uniquement sociales, mais sont également économiques. Dans un point d’étape (2) sur le sujet publié le 27 juin, le Secrétariat général à la planification écologique (SGPE) attestait par exemple que le coût sanitaire des canicules survenues entre 2015 et 2020 s’élevait déjà jusqu’à 6 milliards d’euros par an. Quant aux catastrophes naturelles, si elles ont déjà coûté 74 milliards aux assureurs entre 1988 et 2019, il devrait leur en coûter, à ce rythme, 143 milliards d’ici à 2050. Rien qu’en entretien des routes, en réponse aux vagues de chaleur ou aux submersions, l’État pourrait devoir dépenser 1,5 milliard d’euros par an. Alors même que les modèles employés « prennent imparfaitement en compte les effets du changement climatique (points de bascule, imprévisibilité) ». Le SGPE en tient pour preuve le coût réel de la sécheresse de 2022, près de 3,2 milliards, déjà bien au-dessus des « projections pour 2050 sur cet aléa oscillant entre 1 et 2 milliards par an ».

Le Secrétariat général remarque néanmoins que le budget vert de l’État pour l’année 2024 misait déjà sur environ 18 milliards d’euros de dépenses favorables à l’adaptation (dans la recherche, pour la rénovation des bâtiments, etc.). Il suggère par ailleurs d’engager « dès à présent des dépenses « sans regret » (pour) mieux évaluer la rentabilité des différentes solutions et ainsi optimiser les coûts à venir ». Car, autrement, l’addition risque fort d’être salée dans les années à venir. Dans son rapport, Oxfam estime qu’il faudrait « plusieurs dizaines de milliards d’euros a minima par an pour adapter la France aux impacts du changement climatique ». Le tout « assorti d’un système fiscal juste », c’est-à-dire de sorte à ce que les investissements publics soient « conditionnés à des critères d’efficacité et de réduction des inégalités ».

Rehausser l’ambition

Tout cela s’adosse au manque criant d’une « vision globale et transversale de l’adaptation », à même de sortir des tactiques réactionnaires. Cette vision, qui doit être consacrée dans la prochaine édition du Plan national d’adaptation au changement climatique(Pnacc 3), demeure en suspens. D’autant que la précédente édition (Pnacc 2), arrivée à expiration en 2022, est restée, toujours selon l’ONG, « une coquille vide sans aucune mesure concrète traduisible en actes politiques avec des objectifs atteignables et ambitieux » et ne misait que sur un budget de 600 millions d’euros par an. Et Oxfam de rappeler, par ailleurs, que celui-ci n’avait rien de « contraignant pour la France » et il ne pouvait lui être « opposer le non-respect de ce plan au niveau judiciaire ». Rectifier le tir s’impose.1. Consulter le rapport d’Oxfam France
https://www.oxfamfrance.org/app/uploads/2024/07/Oxfam-France_rapport-adaptation_sous-embargo-15-juillet-00h01.pdf2. Consulter le document du SGPE
https://www.info.gouv.fr/upload/media/content/0001/10/4c6d2a94458c69d040f1759d78d28f6e35271f5a.pdf

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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