Budget de la Sécu : la Ligue contre le cancer souhaite un projet plus juste pour les malades
par Marilyn Perioli
29 octobre 2024 https://www.vivamagazine.fr/budget-de-la-secu-la-ligue-contre-le-cancer-souhaite-un-projet-plus-juste-pour-les-malades/

La Ligue contre le cancer lance un véritable cri d’alarme contre le projet de budget de la Sécurité sociale. Les économies prévues pourraient se faire au détriment des malades.
Le projet de budget de la Sécurité sociale ne convainc pas du tout les associations de malades et notamment la Ligue contre le cancer. Les économies prévues pour les dépenses de l’Assurance maladie, c’est-à-dire 5 milliards d’euros, vont peser lourd dans le porte-monnaie des malades les plus précaires risquant de les éloigner de l’accès aux soins.
Des économies sur le dos des malades
Faire des économies sur le dos des malades, c’est NON ! clame haut et fort la Ligue contre le cancer en la personne de son président Philippe Bergerot.
C’est injuste car cela va pénaliser les gens qui sont à plus grande précarité.Philippe Bergerot
Car les pistes avancées consistent notamment à réduire la prise en charge de certains actes de biologie ou de radiologie ou augmenter les contraintes sur le remboursement des transports sanitaires. « C’est injuste car cela va pénaliser les gens qui sont à plus grande précarité, puisque l’on va diminuer ce qui leur est remboursé donc augmenter le reste à charge », fustige Philippe Bergerot interviewé dans le journal Libération. Et, ceux qui n’ont pas la chance de bénéficier d’une mutuelle seront lourdement pénalisés.
Miser sur la prévention
On sait aujourd’hui que 40 % des cancers seraient évitables avec une meilleure prévention, mais rien n’est prévu dans ce sens dans le prochain projet de loi sur la Sécurité sociale. Aucune mesure n’est envisagée contre l’alcool ni le tabac comme une augmentation des prix, un contrôle plus strict sur l’âge des acheteurs… Alors que ce sont deux facteurs de risque évitables du cancer.
Qu’en est-il de l’interdiction de fumer dans les parcs et jardins, se demande le président de la Ligue ? « On nous a parlé d’interdire de fumer dans les parcs, une mesure qui ne coûte rien. Mais il ne se passe rien. »
Pourquoi ne pas demander une contribution aux industriels participant à la hausse des cancers plutôt que des économies sur les patients qui en souffrent ?Philippe Bergero
Où en est-on des accords avec les industriels pour réduire le taux de sucre dans l’alimentation ? Sur ce dernier point, la Ligue propose « une taxe sur les produits sucrés ultra-transformés car ils sont sources de surpoids, d’obésité, de diabète, facteurs qui augmentent le risque de cancer ». S’attaquer à la source du problème plutôt qu’aux conséquences. Les malades seront-ils entendus ?
Dans une tribune parue dans Le Monde *le 28 octobre, le président de la Ligue contre le cancer va droit au but : « Pourquoi ne pas demander une contribution aux industriels participant à la hausse des cancers plutôt que des économies sur les patients qui en souffrent ? »
*Santé : « Pourquoi ne pas demander une contribution aux industriels participant à la hausse des cancers plutôt que des économies sur les patients qui en souffrent ? »
Tribune
Philippe Bergerotprésident de la Ligue contre le cancer
Dans une tribune au « Monde », le président de la Ligue contre le cancer presse le gouvernement d’investir dans une politique de prévention, laquelle permettrait en retour une baisse des dépenses de la Sécurité sociale.
Publié hier à 15h00
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Les discussions qui s’engagent ce lundi 28 octobre au Parlement sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2025 seront cruciales pour l’avenir de notre système de santé. Le cancer demeure encore aujourd’hui la première cause de décès prématurés en France. Pour autant, la copie actuelle proposée par le gouvernement manque clairement de courage.
En ne ciblant pas les responsables des facteurs de risque de maladie, il fait porter uniquement la charge sur les personnes malades, en introduisant une hausse des franchises, et complexifie le critère de pertinence des prescriptions – ce qui engendrera in fine des refus de remboursement de la part de l’Assurance-maladie. C’est la double peine pour les Français atteints de cancer, dont certains risquent de renoncer progressivement à leurs soins.
« Faire plus avec moins » est l’orientation donnée par le gouvernement, qui entend l’appliquer à notre système de santé. Or, plus de prévention, c’est moins de personnes malades, donc une baisse des dépenses de santé. Alors que, d’après le rapport du Centre international de recherche sur le cancer (juin 2018), 40 % des cancers sont évitables, la prévention reste le parent pauvre de nos politiques publiques de santé. Nous avons la conviction qu’investir dans la prévention pourrait permettre à l’Etat et à la Sécurité sociale de réaliser assez rapidement les économies tant recherchées.
Instauration d’un prix minimal sur l’alcool
Pourquoi attendre ? Il est utile de rappeler que les maladies liées au tabac et à l’alcool coûtent chaque année plusieurs milliards d’euros à l’Etat : les dépenses publiques de santé liées à la consommation d’alcool (7,8 milliards d’euros) sont deux fois plus élevées que les recettes liées à sa vente (4 milliards d’euros). Pourquoi ne pas demander une contribution aux industriels participant à la hausse des cancers en France plutôt que des économies sur les patients qui en souffrent ?
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Rien n’est incurable, surtout en matière fiscale. La Ligue contre le cancer se bat depuis plus d’un siècle contre cette maladie. Loin d’être enfermés dans nos convictions, nous appelons les parlementaires à s’emparer du récent rapport sénatorial (rapport d’information n° 638 [2023-2024], déposé le 29 mai 2024) qui préconise de réinvestir le champ de la fiscalité dite « comportementale ». Taxer les produits sucrés, le tabac et l’alcool, c’est allier politique de santé publique en faveur des citoyens et recettes budgétaires pour l’Etat.
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De telles mesures ont été appliquées avec succès dans d’autres parties du globe. Nous demandons ainsi l’instauration d’un prix minimal sur l’alcool, permettant de limiter sa vente en grande quantité ou en promotion, méthode qui a fait ses preuves en Ecosse. Cela contribuerait à diminuer rapidement les dépenses de santé en préservant des vies : moins d’accidents, moins de personnes aux urgences, moins de violence et moins de cancers ultérieurs.
Des Etats généraux de la santé
Nous militons également pour une augmentation significative du prix du paquet de cigarettes et l’alignement de la taxation des produits nicotinés sur celle de tous les produits du tabac. Rappelons-le, la fiscalité sur le tabac est la mesure la plus efficace, selon l’Organisation mondiale de la santé.
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Enfin, n’hésitons pas à mettre à contribution les fabricants de produits trop sucrés ou ultratransformés, qui bénéficient en France d’une sous-taxation par rapport à celle de nos voisins européens. Au-delà de ces mesures, la question de l’amélioration de l’espérance de vie en bonne santé est ici en jeu. C’est pourquoi nous appelons à la tenue des Etats généraux de la santé afin de réfléchir au financement de notre système solidaire avec pour objectif principal le « bien vieillir ».
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Il est inacceptable que les personnes malades soient aujourd’hui considérées comme la variable d’ajustement des politiques publiques, alors que, pour faire face aux dépenses, il existe des alternatives crédibles, qui sont à la fois plus justes, plus efficaces et parfois attendues depuis des décennies. Ce n’est plus le moment de le dire mais de le faire.