Internat : où sont les majors d’antan ?
Quentin Haroche | 28 Octobre 2024
Paris – C’était l’un des marronniers de la presse médicale. A chaque rentrée universitaire, plusieurs médias (dont le JIM) consultent la liste des choix de spécialité faits par les nouveaux internes qui viennent de passer les épreuves classantes nationales (ECN). L’occasion d’examiner quels sont les spécialités les plus recherchés par les internes (généralement l’ophtalmologie, l’imagerie et la chirurgie plastique) et d’observer avec curiosité le choix fait par le major de promotion (pour l’anecdote, le major de la promotion 2022-2023 avait choisi l’infectiologie à Montpellier).
Mais la réforme du deuxième cycle des études de médecine, qui est pleinement entrée en vigueur lors de l’année universitaire 2023-2024, a mis fin à cette tradition. Les ECN ont en effet été remplacés par un nouveau « concours » combinant deux épreuves, les EDN et les ECOS. Surtout, la réforme a mis fin au système facilement compréhensible du classement unique, où chaque candidat faisait son choix de spécialité et de CHU selon son rang national.
13 classements pour 13 groupes de spécialités
Désormais, il existe en effet 13 classements différents selon 13 groupes de spécialités distincts : chirurgie tête et cou, chirurgie hors tête et cou, médecine de l’aigu (anesthésie, réanimation, urgence), radiologie et imagerie, biologie et génétique, médecine du travail, endocrinologie, spécialités transversales (gériatrie, médecine interne, infectiologie, dermatologie, rhumatologie), psychiatrie et neurologie, hémato-oncologie, pédiatrie, médecine cardiovasculaire, médecine générale.
Un étudiant peut donc être potentiellement très bien classé dans une spécialité et beaucoup moins bien dans une autre. « Le classement et la notion de major n’ont plus vraiment de sens, un étudiant pouvant être classé en tête dans une discipline qu’il ne souhaite pas poursuivre dans son internat et être moins bien noté dans celle qui l’intéresse » résumait en juillet dernier à nos confrères du Quotidien du médecin Philippe Touzy, chef du département concours du centre national de gestion (CNG).
La procédure complexe d’appariement s’est déroulée le mois dernier (presque) sans accroc. Selon un système ressemblant à celui de Parcoursup, les internes ont d’abord formulé des vœux de spécialité et de CHU. Un poste leur a ensuite été attribué en fonction de leurs vœux et de leurs différents rangs via un algorithme.
Ophtalmologie, radiologie et cardiologie ont toujours la côte
Un arrêté publié mercredi dernier au Journal Officiel est venu rendre public les affectations de l’ensemble des nouveaux internes, qui prendront leur poste la semaine prochaine. Pour chacune des 13 « spécialités », l’arrêté donne le classement, des internes qui y ont été affectés. Impossible donc d’établir un classement des spécialités les plus choisis par les « meilleurs » étudiants comme c’était le cas avec les ECN.
Des tendances se dégagent tout de même et ils semblent que ce soient toujours les mêmes « spécialités » qui soient les plus prisées. On observe ainsi que le deuxième étudiant le mieux classé dans le groupe de spécialité « chirurgie tête et cou » a choisi l’ophtalmologie, confirmant l’attractivité de cette spécialité.
Globalement, les étudiants qui étaient très bien classés en hématologie-oncologie, médecine cardiovasculaire ou en radiologie sont restés dans cette filière. A l’inverse, le désamour pour la médecine générale se confirme : les 53 étudiants les mieux classés dans cette spécialité ne l’ont pas choisi et le mieux classé à avoir choisi cette discipline n’était « que » le 54ème meilleur étudiant en médecine générale.
La réforme du « concours » de l’internat n’aura donc, a priori, pas chamboulé les préférences des étudiants en médecine pour telle ou telle spécialité. Elle aura en revanche mis fin à notre curiosité consistant à scruter le haut de la liste pour observer les choix des meilleurs étudiants en médecine de France.