Le Plan national d’adaptation au changement climatique sort (enfin) du placard

Après un an d’attente, le nouveau Plan national d’adaptation au changement climatique est soumis à la consultation publique jusqu’au 27 décembre. Son principal objectif : faire de l’adaptation l’optique de tout le système administratif et économique.

Gouvernance  |  25.10.2024  | 

https://www.actu-environnement.com/ae/news/plan-national-adaptation-changement-climatique-consultation-44961.php4#ntrack=cXVvdGlkaWVubmV8MzY0MA%3D%3D%5BNDExMDgz%5D

 F. Gouty

Le Plan national d'adaptation au changement climatique sort (enfin) du placard

© Gouvernement (via X)Michel Barnier, Premier ministre, à Givors (Rhône), ce vendredi 25 octobre.

Et d’un ! Ce vendredi 25 octobre débute la consultation publique (1) tant attendue du troisième Plan national d’adaptation au changement climatique (Pnacc 3), l’un des trois documents de programmation composant la Stratégie française énergie-climat (Sfec) pour la décennie à venir et au-delà. À titre de rappel, les deux autres – les troisièmes Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3) et Stratégie nationale bas carbone (SNBC 3) – seront soumis, quant à eux, à l’avis des citoyens à partir du 2 novembre (2) et jusqu’à la mi-décembre. Ce document-ci restera en consultation jusqu’au 27 décembre prochain. « Face à la répétition des sécheresses et des inondations qui bouleversent l’économie et nos vies, ce plan était plus qu’attendu, il était vital », se réjouit Jean Burkard, le directeur du plaidoyer de la branche française du Fonds mondial pour la nature (WWF).

Il est finalement revenu au nouveau Premier ministre, Michel Barnier, d’ouvrir les hostilités à l’occasion d’un déplacement à Givors, dans le Rhône. Prenant l’exemple des fortes intempéries sévissant dans l’Hexagone, le nouveau locataire de Matignon confirme qu’il « faut nous préparer aux conséquences du changement climatique » et estime qu’en ce sens, « la prévention coûte toujours moins cher que la réparation ». Plus concrètement, ce projet de Pnacc 3 (3) comprend 51 mesures partagées entre cinq axes : la protection de la population, la résilience des territoires et de leurs infrastructures, la résilience économique et alimentaire, la protection du patrimoine naturel et culturel sans oublier les moyens humains et financiers pour y parvenir.

Adopter la philosophie de l’adaptation“ Face à la répétition des sécheresses et des inondations qui bouleversent l’économie et nos vies, ce plan était plus qu’attendu, il était vital ”Jean Burkard, WWF France

Parmi elles, le chef du Gouvernement a par exemple promis l’augmentation du Fonds de prévention des risques naturels majeurs (ou Fonds Barnier) de 75 millions d’euros supplémentaires en 2025. Le dispositif, mis en place en février 1995, s’appuiera désormais sur une cartographie nationale des risques naturels. Toujours à l’endroit des enjeux territoriaux, le Gouvernement prévoit d’instaurer dès l’année prochaine une « mission d’adaptation à guichet unique », mettant en relation des agences publiques spécialisées (comme l’Agence de la transition écologique, Ademe, ou le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement, Cerema) avec des collectivités pour accompagner ces dernières dans la réalisation de leurs stratégies d’adaptation. Le Gouvernement compte en outre sur la participation des citoyens, à travers la sensibilisation de 10 000 jeunes en service civique d’ici à 2027.

La Trajectoire de référence pour l’adaptation au changement climatique (Tracc), projetant un réchauffement moyen de la température de l’Hexagone de 4°C d’ici à 2100 et sur laquelle s’appuie le Pnacc, devra également être prise en compte dans tous les documents publics de planification ou d’aménagement. Des schémas régionaux d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires (Sraddet) aux plans locaux d’urbanisme (PLU), en passant notamment par les schémas directeurs d’aménagement et de gestion des eaux (Sdage) : l’objectif étant d’en couvrir l’ensemble, au fur et à mesure de leur renouvèlement, avant 2030. La même optique devra être adoptée par les entreprises publiques de transport et de mobilité, les agriculteurs, les sociétés de rénovation des logements, les opérateurs énergétiques ou encore les stations littorales ou alpines. L’an prochain, dix sites patrimoniaux seront par ailleurs « accompagnés pour étudier leur vulnérabilité au changement climatique ».

« Mais ce plan est, hélas, très représentatif des politiques climatiques de ces dernières années : il ne prévoit ni chef de file ni financements, regrette cependant Jean Burkard. Sans tête et sans jambes, le Pnacc ne pourra jamais se déployer. » Une crainte émise notamment à la faveur du coup de rabot porté au Fonds vert, l’un des principaux instruments de financement de l’adaptation ou de la renaturation des territoires, dans le projet de loi de finances pour 2025.

La fin des atermoiements ?

Outre la consultation publique ainsi lancée, ce projet de Pnacc 3 fera ensuite l’objet de deux concertations menées en parallèle : l’une, « sectorielle », mêlant les différentes filières de l’économie et les ministères idoines, mais également les organisations syndicales et les assureurs s’agissant de l’adaptation des conditions de travail ; l’autre, « territoriale », avec les collectivités en cohérence avec leurs COP régionales. Le tout dans l’idée d’adopter un plan finalisé dans le courant de l’année 2025. Il prendra ainsi la suite du deuxième Pnacc, adopté pour cinq ans en décembre 2018.

En somme, il aura fallu attendre plus d’un an pour que ce premier document programmatique voit le jour. En mai 2023, Christophe Béchu, alors ministre de la Transition écologique, avait d’abord présenté la Tracc avant de constituer, deux mois plus tard, les groupes de travail d’élaboration du Pnacc 3. La présentation de ce dernier a par la suite essuyé de multiples reports : d’automne 2023 à mi-janvier 2024 puis, face au remaniement du Gouvernement, en juin, échéance finalement avortée avec la dissolution de l’Assemblée nationale. Le projet de document avait même fini par être diffusé par nos confrères de Contexte en juillet et, de toute évidence, la version aujourd’hui soumise à la consultation n’en diffère aucunement.1.

Accéder à la consultation
https://consultation-pnacc.ecologie.gouv.fr/2. Accéder à la consultation de la PPE 3 et de la SNBC 3 (en attente)
https://concertation-strategie-energie-climat.gouv.fr/3. Télécharger le projet de Pnacc 3
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-44961-pnacc-version-consultation-octobre-2024.pdf

Climat : « En ignorant les points de bascule, le plan d’adaptation du gouvernement minimise les risques »

25 octobre 2024 

https://basta.media/plan-adaptation-national-changement-climatique-minimise-les-risques-ignore-points-bascule-effondrement-PNACC

par  Aurélien Boutaud

« Les politiques d’adaptation ébauchées en France et ailleurs nous donnent ainsi l’illusion que nous pourrons nous adapter à de tels bouleversements.« 

Michel Barnier vient de rendre public le 3e plan d’adaptation national au changement climatique. Il laisse « l’impression que nous pourrons faire face. Mais faire face à quoi ? À l’effondrement de la civilisation ? » alerte Aurélien Boutaud.

 DÉBATS

  • Temps de lecture :6 min

Au fur et à mesure que la transition écologique se voit critiquée et détricotée, une petite musique monte en puissance et en volume : celle de l’adaptation. Témoin de cette tendance, le plan national d’adaptation au changement climatique que le gouvernement a rendu public le 25 octobre anticipe un réchauffement de 3°C à l’échelle mondiale d’ici à 2100 [ce qui signifie +4°C en France]. Soit bien au-delà des 1,5°C proposés par l’Accord de Paris.

Les politiques d’adaptation ébauchées en France et ailleurs nous donnent ainsi l’illusion que nous pourrons nous adapter à de tels bouleversements. Mais elles ignorent volontairement certains aspects du changement climatique qui sont pourtant largement documentés, et qui pourraient considérablement compliquer la donne.

Pas un mot sur les points de bascule

Aurélien BoutaudAuteur de Déclarer l’état d’urgence climatique, Et s’il était trop tard pour la transition ? (éditions rue de l’Échiquier, mai 2024) et Les limites planétaires(avec Natacha Gondran, La Découverte, 2020).

Une première limite tient au fait que les modélisations aujourd’hui utilisées pour élaborer les trajectoires nationales ont beaucoup de mal à intégrer les risques liés aux points de bascule climatiques. Autrement dit, faute de consensus sur le sujet, nous faisons comme si le climat allait évoluer de manière relativement linéaire.

Or, une multitude de travaux ont montré au cours des dernières années que le régime climatique de l’Holocène était doté de mécanismes de rétroactions stabilisatrices qui, à l’instar d’un élastique, lui permettent dans un premier temps d’absorber les perturbations qu’il subit. Malheureusement, à partir d’un certain point, ce sont en général des rétroactions déstabilisatrices qui entrent en scène : les océans et les forêts émettent davantage de CO2 qu’ils n’en stockent, le pergélisol relargue le méthane qu’il contient dans l’atmosphère, etc. Le risque est alors que « l’élastique casse ». Dans ce cas, le réchauffement climatique s’autoalimenterait et pourrait provoquer une brutale bascule climatique.

Le sujet fait débat dans la communauté scientifique. Au sein du GIEC, certains chercheurs réclament en vain depuis plusieurs années une meilleure prise en compte de ces points de bascule dans les modèles climatiques. Lassés d’attendre, plus de 200 scientifiques se sont réunis autour de l’Université d’Exeter pour produire l’an dernier un rapport très documenté – et malheureusement largement ignoré – qui montre qu’une telle bascule pourrait advenir à partir de 1,5 à 2°C de réchauffement global. Une étude qui vient d’être publiée dans la revue Nature confirme cette analyse. Dans ce cas, un scénario de +3°C n’aurait alors guère de sens, puisqu’il mènerait à un changement de régime qui pourrait trouver son équilibre à terme autour de +5 ou +6°C. De manière imagée, c’est ce que le Secrétaire général des Nations Unies appelle « l’ère de l’ébullition globale ». Ou encore : l’enfer sur Terre.

On pourra rétorquer que les décideurs ne sont pas responsables des incertitudes liées aux modèles. Mais comme plusieurs scientifiques l’admettent aujourd’hui, ignorer les risques de point de bascule au nom de cette incertitude n’est plus aujourd’hui acceptable.

Rien sur les effets du changement climatique dans le reste du monde

L’autre raison pour laquelle nous risquons de sous-estimer les effets du changement climatique tient au fait que les institutions nationales chargées de l’adaptation ignorent, de manière plus ou moins délibérée, certains effets systémiques et globaux du changement climatique. Pour le comprendre, on peut prendre l’exemple d’une ville comme Paris. Afin d’anticiper un réchauffement de 3 ou 4°C, la capitale pourra se rassurer en constatant que Madrid ou Alger connaissent d’ores et déjà un tel climat. Mais en élargissant la focale, le problème prend une dimension toute autre, que chacun comprend aisément : que deviendront Madrid et Alger ?

Un scénario de +3°C , c’est ce que le Secrétaire général des Nations Unies appelle « l’ère de l’ébullition globale »

Il y a quelques années, une étude publiée dans la revue PNAS a analysé les conditions de température et d’humidité qui ont permis aux sociétés humaines de se développer. Les auteurs montrent que, avec une augmentation de température de 4°C, une part considérable des continents africain, américain et asiatique sortirait de cette « niche climatique humaine ». Ces territoires deviendraient proprement invivables. Avant la fin du siècle, près de la moitié de l’humanité pourrait ainsi être obligée de quitter ces zones.

Si la France devait prendre part à l’accueil de ces réfugiés climatiques, ce sont potentiellement plusieurs dizaines de millions de personnes qu’il faudrait accueillir. Pourtant, une étude de l’OCDE montre que le sujet n’est même pas abordé dans la plupart des plans nationaux d’adaptation. Tout comme sont ignorés de nombreux effets globaux du changement climatique : bouleversement des rapports géostratégiques, redistribution des cartes de la production alimentaire mondiale, effondrement de nombreux écosystèmes stratégiques à l’échelle globale, etc.

Accélérer la transition : la seule solution pour conserver une chance d’adaptation

Pour saisir l’ampleur d’une telle catastrophe, il faut prendre un peu de recul et se souvenir que l’invention de l’agriculture et l’émergence des civilisations n’ont été possibles que grâce à un régime climatique particulièrement stable et favorable, débuté il y a environ 12 000 ans : l’Holocène. En provoquant la sortie de route prématurée de cette période climatique, nous devrions saisir cette évidence : les civilisations ne sont pas sûres d’en réchapper. 

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Pourtant, en ignorant les points de bascule et les effets globaux du changement climatique, les plans nationaux d’adaptation laissent l’impression que nous pourrons faire face. Mais faire face à quoi ? À l’effondrement de la civilisation ? Et en faisant quoi ? En plantant des arbres dans les rues de nos villes ? En cultivant de nouvelles variétés de vigne ? En peignant en blanc les murs de nos bâtiments ?

Il serait temps d’envisager sérieusement cette possibilité : il n’y aura peut-être pas d’adaptation possible au-delà de 2°C de réchauffement. Or, nous n’avons pas jusqu’à 2050 pour tenir un tel objectif : tout se joue dans les dix prochaines années. Au lieu de lever le pied sur la transition, il faut donc accélérer. Et considérablement.

Aurélien Boutaud, environnementaliste. Docteur en Sciences de la Terre et de l’environnement, chercheur associé à l’UMR Environnement-Ville-Sociétés, Aurélien Boutaud est également chargé d’enseignement à l’Université Paris Dauphine, l’INSA de Lyon, Sciences Po Lille et l’Université Jean Moulin.

photo de une : Une rue de la ville de Rive de Gier, dans la Loire, quelques jours après les inondations du 17 octobre 2024 / © Sophie Chapelle

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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