Le Monde nazi 1919-1945

Christian Ingrao & Nicolas Patin – Le monde nazi : 1919-1945

16 oct. 2024

https://www.youtube.com/watch?v=ctJjtNJmfVU

Le monde nazi : 1919-1945

Christian Ingrao & Nicolas Patin vous présentent leur ouvrage

« Le monde nazi : 1919-1945 » qu’ils ont écrit avec Johann Chapoutot aux éditions Tallandier.

Entretien avec Pierre Coutelle. Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/3155185…

Une histoire globale du nazisme, dont la contre-culture paranoïaque et radicale s’est forgée dans les traumatismes du début des années 1920. Dès 1933, quand Adolf Hitler est nommé chancelier du Reich, les nazis développent une vision du monde fondée sur une cohérence raciste et un élan utopique, en utilisant le contexte de crise de la République de Weimar pour subjuguer les foules. ©Electre 2024

Lire la Quatrième de couverture 

Le 30 janvier 1933, Adolf Hitler est nommé chancelier du Reich. Les nazis avaient développé, depuis 1919 et le traumatisme de la Grande Guerre, une vision du monde qui n’avait d’original que sa cohérence raciste et son élan utopique. Ils surent exploiter le contexte d’une crise majeure, celle de 1929, pour subjuguer les consciences et accéder au pouvoir.

Le pouvoir leur fut donné, avec une inconséquence sidérante, par les élites en place qui pensaient que Hitler ne tiendrait que quelques semaines et que ses partisans seraient « domestiqués ». Or les nazis prirent immédiatement le contrôle du pays avant de le conduire à la destruction, réduisant finalement le continent tout entier à un immense charnier. Le monde intérieur nazi, cet imaginaire politique pétri de haine, d’angoisse et d’utopie, avait donné naissance en l’espace de douze années à un monde infernal ; un monde qui impliquait la mort de dizaines de millions de personnes, dont la majorité des Juifs du continent.

Dans cet ouvrage, trois historiens du nazisme proposent un récit inédit, une histoire totale du national-socialisme, de sa naissance en 1919 à son effondrement en 1945. En se fondant sur les renouvellements de l’historiographie internationale de ces trente dernières années ainsi que sur une pratique constante des sources, Johann Chapoutot, Christian Ingrao et Nicolas Patin analysent le nazisme de l’intérieur : le système de croyances, les émotions fanatiques et la culture militante des années 1920 ; la nature du « Troisième Reich » comme « dictature de la participation » fondée sur un consentement massif de la population ; enfin, la « guerre génocide » de 1939-1945, apocalypse raciale qui réalise les potentialités de l’eschatologie nazie.

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Epilogue:

Article dans libération très mal reçu par les auteurs


Critique

«Le monde nazi» de Chapoutot, Ingrao et Patin : une synthèse bienvenue malgré une conclusion discutable

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https://www.liberation.fr/sciences/histoire/le-monde-nazi-de-chapoutot-ingrao-et-patin-une-synthese-bienvenue-malgre-une-conclusion-discutable-20241022_LPPKEHMJUJD2VO3SJ2YQMQFXCE/

Brillante, la somme des trois historiens du nazisme se veut un ouvrage de référence. Mais elle est entachée par quelques erreurs factuelles et une conclusion qui voit dans le capitalisme néolibéral la continuation du nazisme.

Le camp nazi de mise à mort Treblinka en 1944, situé à l’est de Varsovie, où près de 900 000 personnes presque toutes juives ont été assassinées entre 1942 et 1943. (Alexander Kapustyanskiy/SIPA)

par Eve Szeftel

publié le 22 octobre 2024 à 16h30

Pavé de 600 pages, le Monde nazi, 1919-1945 est un livre bienvenu pour s’y retrouver dans l’océan des publications sur le nazisme, source d’une fascination toujours intacte près de quatre-vingts ans après la chute du régime. «Une synthèse comme celle-là, il n’y en avait pas en France, pour les enseignants du secondaire et le grand public», justifie l’historien Nicolas Patin, l’un des coauteurs, avec Christian Ingrao et Johann Chapoutot, par ailleurs chroniqueur à Libération. La commande de l’éditeur Tallandier était d’ailleurs d’écrire un manuel, avant que le projet n’évolue vers cet ouvrage richement illustré qui s’adresse à un public plus large.

Le titre, le «monde nazi», renvoie non à la géopolitique, mais à la «vision du monde» que ces trois spécialistes d’histoire culturelle ont exploré dans leurs travaux, chacun à leur manière – Chapoutot, avec la Loi du sang. Penser et agir en nazi (2014) ; Ingrao avec Croire et détruire. Les intellectuels dans la machine de guerre SS (2010) ; et Patin dans sa thèse sur les députés sous la République de Weimar, puis sa biographie Krüger, un bourreau ordinaire (2017).

Comment un parti de 50 000 adhérents qui récolta à peine 2,6 % des voix en 1928 a-t-il pu, cinq ans plus tard, se retrouver à la t (suite abonnés)

Lettre des auteurs à la rédaction de « Libération ».

Cher Dov, chère Alexandra, cher Paul,

Libération a consacré une double page à un ouvrage que nous avons écrit avec C. Ingrao et N. Patin, et qui offre au grand public – ainsi qu’aux enseignants de collège et de lycée, que nous avons beaucoup fréquentés dans les formations du Mémorial de la Shoah, et qui nous disaient être en quête d’un ouvrage de synthèse – une somme qu’aucun historien, depuis celle de notre collègue Richard Evans, n’avait tentée. Comme vous vous en doutez, la bibliographie sur le nazisme et sur la Shoah (deux domaines de recherche distincts mais conjoints) est à la fois océanique (en stock) et abondante (en flux), de telle sorte que les spécialistes se multiplient et que plus personne n’ose s’atteler à la vue d’ensemble. Cela aurait pu être précisé, dans le cadre d’un entretien ou d’une mince enquête (en quelques clics), mais la journaliste qui signe ce papier, Mme Szeftel, n’a pas effectué ce travail.

Mme Szeftel a animé une discussion, lors des RVH de Blois, autour de ce livre, avec les trois auteurs, sans nous dire qu’elle en signerait la recension (nous le savions par ailleurs, mais pas d’elle) ni sans dire qu’elle citerait nos propos de discussion comme s’ils émanaient d’une interview en bonne et due forme. Cela nous semble constitutif d’un faute déontologique manifeste, car si des journalistes se retrouvent régulièrement discutants et animateurs dans le cadre de ce que l’on appelle des « ménages », il n’y a jamais confusion (cela ne nous est en tout cas jamais arrivé) entre le moment de l’animation et celui de l’entretien. Quand elle écrit, donc que nous avons été « interrogés par Libération », c’est factuellement faux : nous avions face à nous une journaliste, présente en tant que discutante, et non le journal en tant que tel et nous n’avons donc jamais été « interrogés par Libération » – et cela est dommage car le journal aurait ainsi évité la litanie d’erreurs dont la liste suit infra.

Se retrouvent ainsi cités, hors de tout contexte, des mots imprimés pour susciter la polémique – ce qui n’a pas manqué d’être le cas sur les réseaux dits « sociaux ». 

Mme Szeftel, que nous avons reprise non sans agacement lorsqu’elle a parlé de « point Godwin » (accablés par ce poncif, nous avons répondu par un développement épistémologique sur la comparaison en histoire), a achevé la discussion en parlant de la conclusion, qu’elle a attribuée à un des auteurs en particulier (elle a été reprise par C. Ingrao, qui a lui aussi largement contribué à ce texte, et qui a pris le soin de préciser que les trois auteurs étaient solidaires, chose que la journaliste semble ignorer dans son article ). Cette conclusion roule sur la question du nazisme et de la modernité (opposition ? insertion ?), avant 1933 et après 1945.

Mme Szeftel a ainsi posé la question du « Treblinka contemporain » (« il est où ? »). Estomaqué par la brutalité et la vulgarité de la démarche, nous avons répondu que la question nous semblait racoleuse et frelatée, mais que si l’on voulait parler du potentiel de dévastation de la modernité, citations d’auteurs à l’appui, la VIème extinction de masse nous semblait éligible à l’argumentation. 

Hors de tout contexte, cette référence s’est retrouvée dans le papier de Mme Szeftel, qui ironise lourdement sur le « dodo de Madagascar », à l’écrit,  dans un accès d’obscénité rare, surtout lorsque l’on connaît l’importance de Madagascar dans la planification nazie et que l’on a quelque lumière sur la catastrophe géoclimatique et biologique en cours (les liens entre panique écologique et nazisme ont par ailleurs déjà été étudiés par Tim Snyder dans Terre noire et font l’objet d’une réflexion au long cours de la part de l’un des co-auteurs). Évidemment, cela a été repris sur les « réseaux » et nous a valu insultes, menaces et quolibets divers. Nous ne vous ferons pas l’injure de préciser qu’il s’agit là de questions sérieuses, que les bibliographies, dès l’entre-deux-guerres, sont abondantes pour thématiser la destructivité moderne, ses atteintes au vivant en général, et la subsomption du nazisme sous ces catégories (de la sociologie de l’école de Francfort à la philosophie de Martin Heidegger et de Günther Anders), et que Libération et ses lecteurs méritent sans doute mieux qu’une aussi déplorable désinvolture.

Outre les problèmes posés par la situation (mélange des genres entre animation et entretien, auteurs non prévenus et jamais « interrogés par Libération »), outre la malhonnêteté insigne d’une citation hors contexte, la signataire du papier trahit une méconnaissance stupéfiante des recherches et débats autour du nazisme et de la Shoah et émaille son papier d’erreurs ou de mensonges problématiques : 

1.   « La commande de l’éditeur Tallandier était d’ailleurs d’écrire un manuel, avant que le projet n’évolue vers cet ouvrage richement illustré qui s’adresse à un public plus large » 

–   Il n’y a jamais eu aucune commande de l’éditeur Tallandier, mais, en 2017, une proposition de Johann Chapoutot à l’éditrice Judith Simony, responsable Histoire chez Belin, pour la collection Références dirigée par Joël Cornette. Judith Simony ayant quitté Belin pour la direction littéraire de Tallandier, les auteurs ont décidé de la suivre dans sa nouvelle maison. Jamais l’ambition n’a été d’écrire un « manuel » et l’évolution ne s’est pas faite « vers cet ouvrage richement illustré », bien au contraire car, au rebours de la collection Cornette, notre livre compte infiniment moins de documentation que le projet initialement envisagé. Ces erreurs auraient été aisément évitées si les auteurs et l’éditrice avaient été « interrogés par Libération ».

2.   « Ces trois spécialistes d’histoire culturelle » : 

– Ce n’est ni le cas de Christian Ingrao, ni celui de Nicolas Patin. Christian Ingrao fait l’histoire sociale et de l’anthropologie de la violence, Nicolas Patin de la sociologie politique et de la sociographie électorale (sa thèse et son HDR en cours), ainsi que de l’histoire de la Shoah. Un simple coup d’œil à leurs bibliographies respectives permettait d’éviter ces deux erreurs grossières, ou encore, derechef, un entretien avec « Libération ». Quant à Johann Chapoutot, il pratique une histoire culturaliste du nazisme, ce qui ne correspond pas exactement à la définition de l’histoire culturelle en France. Là encore, en deux clics, la bibliographie de l’auteur est aisément accessible.

3.   « Certaines questions demeurent ouvertes. Comme celle, centrale dans la controverse toujours vive entre intentionnalistes et fonctionnalistes » : 

–    Cette question n’est plus d’actualité depuis les années 1990 en Allemagne, les années 2000 en France et ailleurs, et Christian Ingrao s’est chargé, à Blois, d’affranchir Mme Szeftel, qui n’en a manifestement pas tenu compte dans son papier. La « controverse » n’existe plus que dans les manuels de quatrième main à l’usage des IEP, rédigés par des vulgarisateurs qui n’ont pas accès à la recherche, ou dans certains manuels du secondaire, en raison de la mauvaise conception des programmes et de l’économie du livre scolaire, qui visant au moins-disant et au moins-coûtant, exploite des enseignants peu au fait des états de l’art et exclut les universitaires par principe (trop chers, trop complexes, trop pénibles). 

4.   Le nazisme « est avant tout le produit d’une «histoire européenne». L’antisémitisme, en particulier, se retrouverait au même niveau dans toute l’Europe. Or, ce point de vue les conduit à minorer l’antisémitisme germanique en affirmant par exemple qu’aux yeux des Juifs de l’Est persécutés, «les Allemands sont, traditionnellement, ceux qui protègent». Le Reich était peut-être vu comme un moindre mal pour les Ostjuden, mais il n’a jamais eu la force d’attraction de la France, première nation à émanciper les Juifs en 1789 avant de se mobiliser pour la défense du capitaine Dreyfus – ce qui ne risquait pas de se produire outre-Rhin où la carrière militaire était interdite aux Juifs ».

–   Il y a ici un problème de bibliographie manifeste (sur quelles études la journaliste s’appuie-t-elle ?), de connaissance de l’histoire de l’Allemagne et de l’histoire de l’antisémitisme. On ne peut rien comprendre à la Shoah à l’Est si on n’intègre pas cette dimension : les Juifs de l’Est faisaient confiance aux Allemands en 1941, et les nazis comptaient bien sur cela. Et cela a tragiquement fonctionné. Les références bibliographiques sont aisément accessibles en Français dans Le Monde nazi ou, plus simplement encore, dans le Que Sais-Je consacré à l’histoire contemporaine de l’Allemagne (2014, 3è ed. 2022), ou encore dans le volume de synthèse consacré à la Shoah et publié par Tallandier en 2022. La question est, notamment, centrale, dans les controverses entourant les Judenräte, ravivées à chaque réédition du Eichmann à Jérusalem d’Hannah Arendt ou à chaque projection du Dernier des justes de Claude Lanzmann.

5.   « Pourtant, l’historien israélien Saul Friendländer a bien montré que «l’antisémitisme rédempteur» qui animait le Führer et le noyau dur du parti nazi, cette «synthèse de frénésie meurtrière et d’objectif “idéaliste”», avait peu à voir avec les «autres formes de haine antisémite très répandues dans l’Europe chrétienne, et aussi du fonds ordinaire de l’antisémitisme racial allemand et européen». Mais ses travaux sont à peine mentionnés » : 

– Et pour cause. Nous ne considérons pas que cette hypostase d’un antisémitisme allemand, supposément rédempteur, soit pertinente et la catégorie forgée par Friedländer n’est reprise que par des compilateurs qui ont accès à l’anglais ou au français, non par les historiens qui ont accès aux sources et à la bibliographie en allemand, et qui connaissent un peu l’histoire de l’Allemagne. Notre bibliographie mentionne Friedländer, mais contient surtout tous les historiens qui, en étudiant l’antisémitisme allemand et européen, font… de l’histoire, et non de la métaphysique ou de la théologie, en postulant une prétendue exception allemande que l’on est bien en peine de déceler : rappelons, comme nous l’avons fait dans le livre et lors de la discussion de Blois, que la Shoah a été un phénomène européen, et que les complices, les dénonciateurs, les logisticiens et les tueurs se rencontrent absolument partout en Europe. Faire de la Shoah un phénomène uniquement nazi en affirmant, par régression logique, qu’il procède d’un antisémitisme spécifiquement allemand, est une double faute logique et historiographique, qui ne correspond scientifiquement à rien. Ce sont des arguments qui nous ont souvent été opposés par des gens médiatiquement présentés comme des spécialistes de la Shoah, mais qui ne le sont pas, car ils n’ont pas accès aux sources de cette histoire (aucun d’entre eux ne lit l’allemand) : Tal Bruttmann (spécialiste de l’histoire de la spoliation sous Vichy, sur sources françaises – thèse inscrite à l’EHESS il y a 25 ans et jamais soutenue ), G. Bensoussan (certifié d’histoire-géographie, compilateur d’ouvrages écrits en français et en anglais dans des synthèses parfois remarquables, comme L’Europe génocidaire), A. Wieviorka (certifiée de lettres modernes et spécialiste de la littérature de témoignage sur les camps en langue française)… L’autrice les aurait-elle consultés sans les citer ? La question est d’importance, car la lecture très acribique (cf. infra) du cahier iconographique semble pointer vers une personne qui a travaillé, à défaut des textes, sur les images, et qui s’est récemment illustrée par des propos irresponsables sur les dizaines d’historiens qui ont contesté les accusations d’antisémitisme à l’égard d’un parti politique français, en affirmant que si ces historiens ne sont pas antisémites (c’est aimable), ils ont tout de même un problème avec cela (sans précision), une insinuation grave car l’antisémitisme est, en France, un délit pénal. 

6.   « La seconde, dans le droit fil de la première, surgit en conclusion, trois pages avant la fin, et gâche singulièrement le plaisir et l’intérêt pris à la lecture de cet ouvrage, qui quitte brusquement le terrain de la rigueur historique pour le ciel de l’idéologie. Elle consiste à poser une équivalence entre «nazisme» et «démocraties libérales» » : 

Nous sommes fort marris de gâcher le plaisir de lecture de qui que ce soit, mais qui pose cette équivalence ? Elle ne se trouve ni dans le livre, ni dans l’entretien. Cette affirmation est gravissime car elle ne correspond à rien dans le travail ni les propos des auteurs, et elle fait peser un discrédit lourd sur leur « rigueur historique ». Nous nous demandons, à juste titre, comme nombre d’auditeurs de Blois, qui se meut dans « le ciel de l’idéologie » (passons sur le cliché). 

 

7.   « entre elles, il y aurait une différence de degré, pas de nature » : 

–    Là encore, nous ne voyons pas d’où sort cette affirmation ni ce que signifie cette « différence de degré, pas de nature » Une différence de degré entre l’élection des députés français, par exemple, et la nuit des longs couteaux ? Le propos de Mme Szeftel est confus et ne correspond en rien à la conclusion de l’ouvrage.

8.   « Les deux procéderaient d’une même «matrice» occidentale, intrinsèquement criminogène. Ainsi, voulant expliquer que le nazisme n’a pas disparu comme par magie après 1945, mais a survécu à la défaite, ils écrivent : «Aux mêmes causes, les mêmes effets : ségrégations états-uniennes, empires et violences ultramarines procédaient inexorablement de la même matrice – sociale-darwinienne, impérialiste et raciste – que le nazisme.» » : 

–     La citation est exacte et nous la maintenons, bien entendu, mais le commentaire qu’en fait la journaliste, en l’introduisant, est confus, voire hors de propos. Il existe, sur cette matrice, un assez large consensus désormais, qui va de la gauche critique (Sven Lindquist, dans Terra nullius) à la droite la plus ferme (G. Bensoussan dans L’Europe génocidaire). Nous rappelons en conclusion que le 8 mai 1945 est aussi la journée de Sétif, et que refuser de penser ces concomitances et ces solidarités et affinités idéelles et fonctionnelles entre « nazisme » et « occident » interdit tout accès réel au phénomène et à ses suites (l’absence de dénazification à l’Ouest, par exemple, désormais très amplement documentée par une abondante bibliographie). 

9.   « Avant d’ironiser sur ces vainqueurs qui ne valent pas mieux que les vaincus » : 

–    Nous n’ironisons pas sur les « vainqueurs de la guerre » (nous avons suffisamment visité de cimetières militaires pour cela) et nous n’écrivons nulle part que les uns « ne valent pas mieux que les autres ». Où Mme Szeftel trouve-t-elle une telle affirmation ?

10.    « Cette thèse d’un continuum entre dictature nazie et démocraties néolibérales n’est pas nouvelle » : 

–      Cette thèse ne se trouve en aucun cas dans nos propos. Où Mme. Szeftel la trouve-t-elle ? 

11.      « Elle fait écho à Libres d’obéir, petit livre à grand succès de Johann Chapoutot au sous-titre explicite : Le management du nazisme à aujourd’hui. L’historien y revendiquait sa filiation avec deux auteurs qui voient le nazisme toujours à l’œuvre aujourd’hui, le sociologue Zygmunt Bauman (Modernité et Holocauste), et le philosophe Giorgio Agamben (Ce qui reste d’Auscwhitz), qui, «entre autres sagaces intuitions, voit dans le camp [de concentration, ndlr] le lieu paradigmatique du contrôle social, de la hiérarchisation et de la réification caractéristiques de notre modernité». » :  

–     Johann Chapoutot ne revendique aucune « filiation » avec ces auteurs. Il les cite, ce qui est assez courant dans un travail historique. Ni Agamben, ni Bauman ne « voient le nazisme toujours à l’œuvre aujourd’hui ». La journaliste les a-t-elle lus ? Par ailleurs, Libres d’obéir ne pose aucun « continuum entre dictature nazie et démocraties néolibérales » comme il est affirmé dans la phrase précédant ce paragraphe. Ce livre a-t-il été lu, ou s’est-on contenté d’écouter une chronique rapide ou de lire un tweet assassin ?

12.     « Une analyse qui a pour effet d’oblitérer le cœur du projet nazi, son absolue priorité, ce pour quoi il a tout sacrifié, jusqu’aux ressources nécessaires pour ne pas perdre la guerre, à savoir l’éradication des Juifs et des Tsiganes » : 

– Difficile de parler d’oblitération de l’antisémitisme meutrier des nazis lorsque l’on lit sérieusement Le monde nazi et le travail des trois auteurs (Croire et détruire, La loi du sang et Krüger, entre autres) ou, à tout le moins, et à défaut d’ouvrir un livre, que l’on se donne la peine de lire la rubrique « du même auteur » en début d’ouvrage. L’affirmation de Mme Szeftel est par ailleurs fausse, car la priorité « absolue » dépend des contextes, des acteurs et des lieux. Du reste, l’éradication des Tsiganes n’est ni uniforme, ni prioritaire, à telle enseigne que la qualification de génocide contre cette population ne s’applique pas. Une erreur de plus, que quiconque qui serait un minimum au fait de la recherche historique n’aurait pas commise. 

La journaliste pointe par ailleurs : « L’ouvrage comprend cependant plusieurs erreurs factuelles », affirmation reprise en titraille, et qui se révèle fausse car, des trois « erreurs factuelles » supposées, il ne reste, après vérification des auteurs, qu’une seule (il faudrait donc en toute logique titrer, après correction de l’article « L’ouvrage comprend cependant une erreur factuelle ») : 

1) Légende ‘une photo extraite de l’Album d’Auschwitz : en l’occurrence 
page 436. Il s’agit bien d’une erreur, l’album n’a pas été « volé » mais trouvé à Dora.

2) « l’indication que les « Juifs européens » périrent à Auschwitz quand les « Juifs polonais, eux », furent gazés dans les centres de mise à mort comme Treblinka ou Sobibor » (même page).
Ce n’est pas une erreur : dans le contexte d’une légende de 9 lignes, pédagogique, l’auteur a schématisé. Le reste du chapitre complète de manière plus précise et complexe (que la journaliste n’ont pas choisi de citer).

3) Sur le graphique du rapport Jäger : ce n’est pas une erreur. Les auteurs savaient que les chiffres ne concordaient pas avec les indications dudit rapport, mais le graphique reproduit est issu d’une source irréprochable (cité sous le graphique, page 429). Or dans cette source, « Geographies of the Holocaust », les chiffres sont bons. Est-ce qu’ils font référence à des tueries plus généralisées de l’Einsatzkommando 3, non comptabilisées dans le rapport Jäger ? Ce qui est sûr, c’est qu’il y a tout de même une erreur de lecture de la part de Mme Szeftel : c’est plutôt le 28 août 1941 que le chiffre de 17 000 est atteint (p. 98 de cette version). 

Nous passons sur les deux derniers paragraphes du papier, évoqués plus haut, et sur la grossièreté du style (« pavé de 600 pages » ; « bordélisant le Reichstag »…). 

Nous nous interrogeons sur l’intention de Mme Szeftel, et sur le registre, la scène, de son propos. La question sur le « Treblinka contemporain » visait sans doute, comme nous l’ont fait observer bien des auditeurs, éberlués par la question, à faire citer des massacres contemporains, ce qui aurait assuré à la journaliste la maternité d’un buzz dantesque et d’un de ces « moments » qui, paraît-il, sont désormais l’alpha et l’oméga de l’entretien de presse (ici, le dévoilement de l’idéologie supposée des auteurs, sans doute islamo-antisémites chafouins car, pour certains, engagés à gauche, et lecteurs de leurs collègues Omer Bartov, Enzo Traverso, Didier Fassin et Shlomo Sand). 

La journaliste a nettement approuvé la question de l’un des spectateurs qui nous demandait pourquoi nous n’avions pas parlé des nazis du « Moyen Orient » (les Arabes, sans doute : le gouvernement allemand a dû officiellement démentir l’affirmation du PM israélien qui affirmait le 21/10/2015 que la Shoah avait été inspirée à Hitler par le Grand Mufti de Jérusalem – le révisionnisme, voire le négationnisme, est structurel dans l’extrême droite israélienne, thuriféraire de Mussolini et du IIIème Reich), lequel MO se retrouve dans le papier (pour un livre consacré au nazisme de 1919 à 1945, rappelons-le). 

Attachés à la déontologie journalistique, à la vérité des affirmations (nous sommes historiens) ainsi qu’à la qualité du journal, nous demandons des correctifs pour les points suscités, en corrigeant le papier mis en ligne et en faisant un erratum détaillé qui sera « tweeté » et diffusé sur tous réseaux sociaux, comme le papier fautif qui nous a valu tant d’insultes. 

PS : pour vos corrections, vous trouverez sans difficulté une graphie fautive de « Auschwitz » p. 17 du quotidien, col. 2.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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