Il faut une révision des politiques de dépistage du cancer du sein pour améliorer l’accès des femmes à ce service quels que soient leur âge, leur lieu de résidence ou leur éventuel handicap.

Cancer du sein : « Des inégalités flagrantes persistent dans le dépistage précoce, entravant l’accès équitable à ce service vital »

Tribune

Collectif

Un collectif de personnalités et de professionnels investis dans la lutte contre le cancer appelle, dans une tribune au « Monde », à une révision des politiques de dépistage pour améliorer l’accès des femmes à ce service quels que soient leur âge, leur lieu de résidence ou leur éventuel handicap.

Publié le 22 octobre 2024 à 15h30  Temps de Lecture 3 min.Offrir l’article Ajouter à vos sélectionsPartager

Hasard du calendrier, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale arrive au Parlement en ce mois d’Octobre rose, consacré à la sensibilisation et à la prévention du cancer du sein.

Le cancer du sein reste un défi majeur de santé publique, touchant plus de 61 000 femmes chaque année en France. Bien que le dépistage précoce soit crucial pour augmenter les chances de guérison, des inégalités flagrantes persistent, entravant l’accès équitable à ce service vital. En effet, le taux de dépistage en France n’est que de 47 %, contre 54 % en moyenne en Europe.

En tant que femmes engagées et professionnels investis dans la lutte contre le cancer, nous, signataires de cette tribune, appelons à une révision urgente des politiques de dépistage pour mieux répondre aux besoins de toutes les femmes, sans distinction d’âge, de lieu de résidence ou de situation de handicap.

Cinq mille femmes de moins de 40 ans

Le dépistage organisé du cancer du sein cible actuellement les femmes de 50 à 74 ans. Or, ce seuil d’âge doit être revu. L’incidence des cancers du sein continue d’augmenter pour les femmes avant 50 ans et après 75 ans, non concernées par le dépistage organisé. Chaque année en France, cinq mille femmes de moins de 40 ans développent un cancer du sein ; or les femmes de moins de 50 ans doivent avoir accès à un suivi gynécologique annuel pour que le spécialiste évalue l’intérêt d’une imagerie, à bon escient.

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Les avancées en oncogériatrie et les changements physiologiques des femmes âgées justifient d’évaluer précisément la balance bénéfice/risque après 75 ans : certaines femmes de 75 ans ou plus ont un âge physiologique de dix ans de moins et une espérance de vie de plus de vingt ans, d’autres au contraire sont fragiles, avec de multiples comorbidités ou en perte d’autonomie. A l’heure de la constitution de la nouvelle stratégie décennale de lutte contre les cancers, borner le dépistage en fonction de l’âge chronologique uniquement est dépassé.

Près de 20 % des nouveaux cas de cancer du sein concernent des femmes de plus de 75 ans, qui représentent en fait un quart des nouveaux cas de cancer et la moitié des décès. Souvent diagnostiquées tardivement, ces femmes voient leur prise en charge compliquée. De plus, les personnes âgées ne bénéficient pas des efforts de recherche comme les autres catégories de la population, ce qui rend leur prise en charge incertaine et non basée sur des preuves scientifiques.

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Aujourd’hui, moins de 7 % des patients de plus de 75 ans atteints de cancer sont inclus dans des essais cliniques, alors qu’ils représentent plus de 30 % des nouveaux cas. Une évaluation annuelle du risque conjoint de cancer du sein et de la fragilité, multimorbidité associée, pourrait être demandée aux médecins ou aux infirmières de pratique avancée (IPA) chargés du renouvellement des prescriptions des personnes âgées, offrant ainsi une chance égale de bénéficier d’un diagnostic précoce.

Déserts médicaux

Les disparités géographiques représentent un autre frein majeur à l’accès aux soins : en France, 30,2 % de la population vit dans des déserts médicaux. L’éloignement des centres, le manque de transports publics et la rareté des campagnes de sensibilisation dans ces régions accentuent cette inégalité. Il est crucial de développer des solutions innovantes en concertation entre les acteurs de la santé et les élus locaux, pour garantir un accès équitable aux soins, adapté à chaque territoire.

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Enfin, les femmes en situation de handicap font face à des obstacles supplémentaires pour accéder au dépistage. Environ 15 % de la population féminine en France vit avec un handicap, et ces femmes se heurtent souvent à des infrastructures inadaptées, un personnel médical insuffisamment formé et une communication inappropriée. Il est essentiel de mettre en place des mesures spécifiques aux femmes en situation de handicap pour faciliter leur accès au dépistage, en adaptant les infrastructures et en formant le personnel de santé à leurs besoins particuliers.

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Face à ces constats, l’heure est à l’action. Nous appelons les pouvoirs publics à revoir les politiques de dépistage du cancer du sein, à prendre en compte les résultats des recherches faites et à venir sur la compréhension des inégalités, que nous nous engageons par ailleurs à renforcer. Ensemble, œuvrons pour un dépistage inclusif, garantissant à chaque femme, où qu’elle soit et quels que soient son âge ou sa condition, un accès égal à la prévention et aux soins.

Liste des signataires : Anne Bergougnoux, cofondatrice de Trajectoires Cancer et directrice d’Odysséa ; Florence Canouï-Poitrine, docteure en médecine, professeure de santé publique à l’université Paris-Est-Créteil, directrice de l’équipe CEpiA (Clinical Epidemiology and Ageing, Institut Mondor de recherche biomédicale/IRMB Inserm), pour l’intergroupe coopérateur Dialog et la Société francophone d’onco-gériatrie (SoFOG) ; Patricia Chapelotte, présidente et fondatrice du prix de la Femme d’influence ; Claude Coutier, présidente du Collectif Triplettes roses ; Isabelle Fromantin, infirmière et docteure en science et ingénierie, experte plaies et cicatrisation à l’Institut Curie ; Guillemette Jacob, fondatrice des Seintinelles ; Steven Le Gouill, directeur de l’ensemble hospitalier de l’Institut Curie ; Jessica Leygues, secrétaire générale de l’Institut des cancers des femmes de l’Institut Curie ; Oriane Noir, cofondatrice de Trajectoires Cancer et diplômée de pharmacie, dirigeante de Dis-moi santé ; Anne Vincent-Salomon, docteure en médecine, cheffe de service de pathologie, pour l’Institut des cancers des femmes, Institut Curie.

Collectif

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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