Taxe sur la vape : bataille d’experts autour d’un substitut à la cigarette encore contesté »
Date de publication : 24 octobre 2024

Apolline Le Romanser observe dans Libération que « le prix de la vape pourrait grimper l’année prochaine. Alors que la rumeur d’une taxe sur les cigarettes électroniques circulait ces derniers mois, un amendement au budget 2025, porté par le centriste Charles de Courson (groupe Liot), propose de créer une «fiscalité dédiée aux produits de vapotage» ».
La journaliste explique ainsi qu’« elle prendrait la forme d’une taxe de 15 centimes par millilitre, à partir de mars 2025. Ils étaient, jusqu’ici, uniquement soumis à la TVA – fixée à 20%. Recettes pour l’Etat attendues : entre 150 et 200 millions d’euros par an ».
Elle note qu’« en plus de le présenter comme une «mesure de santé publique», le député défend aussi son amendement comme une harmonisation européenne. Car 19 autres pays du Vieux Continent l’appliquent déjà – 12 centimes par millilitre au Luxembourg, 20 centimes en Allemagne, jusqu’à 1,04 euro en Suisse ».
Apolline Le Romanser relève que « le projet a bien vite fait bondir le secteur de la vape. «Avec une taxe de 0,15 €/ml, les prix d’une fiole de 10 ml et de 50 ml […] augmenteraient respectivement de 25% et 38%», a pointé leur principal représentant, Fivape. […] Elle dénonce une «taxe contre l’arrêt du tabac» qui «fait le jeu» des cigarettiers ».
La journaliste remarque que « certains tabacologues ont aussi, depuis, partagé leur inquiétude : mesure contre-productive, affirment-ils ».
Le Pr Bertrand Dautzenberg a ainsi réagi : « S’il n’y avait plus de cigarette, je serais contre la vape. Mais aujourd’hui, elle est une arme antitabac : elle le concurrence, a la plus grande efficacité ou équivalente au meilleur produit antitabagique. C’est encore mieux quand on la rajoute au traitement classique. Elle est aussi utile pour ne pas rechuter ».
Le Dr William Lowenstein, président de SOS-Addictions, indique quant à lui que « la priorité est de combattre les méfaits de la combustion. C’est elle qui tue : il y a 75.000 décès par an lié au tabac fumé, des centaines de milliers d’accidents cardiaques, d’insuffisances respiratoires, d’AVC et de cancers qui handicapent les personnes touchées ».
« Il n’est pas question de dire à des non-fumeurs de vapoter et devenir accro à la nicotine. Mais le mode d’usage du tabac est plus important dans les méfaits. Ce n’est pas la nicotine qui tue, c’est le fait de fumer », ajoute le médecin.
Apolline Le Romanser observe toutefois que « d’autres experts ou autorités sanitaires se montrent plus réservés. Ils pointent notamment un manque de recul sur le long terme – ces produits sont commercialisés massivement depuis une dizaine d’années ».
Le Pr Loïc Josseran, président de l’Alliance contre le tabac, remarque que « la cigarette électronique est un outil de sevrage : l’utiliser avec une durée limitée dans le temps, oui, mais sur le long terme je suis incapable de garantir que des effets néfastes n’existent pas. […] On est pour que ce produit soit taxé, mais moins que le tabac. Il existe des substituts nicotiniques, on n’abandonne pas le fumeur seul face à sa dépendance au tabac ».