Drogue : pour les addictologues, les discours visant les consommateurs sont sans effet »
Date de publication : 24 octobre 2024 https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=9c05590510df4b65554924497d684ef1&id_newsletter=20927&liste=0&site_origine=revue_mediscoop&nuid=44baf5968540a6248a8065e80f2f7273&midn=20927&from=newsletter

Pascal Charrier relève dans La Croix que « la semaine dernière, face à la multiplication des règlements de comptes liés au trafic en France, le ministre de l’intérieur Bruno Retailleau a lancé un appel aux consommateurs, estimant qu’«un joint a le goût du sang» ».
« Son prédécesseur, Gérald Darmanin, les avait également mis en cause lors d’un déplacement à Marseille en janvier. Pour lui, les «premiers responsables» de la violence des narcotrafiquants sont «d’abord les consommateurs», qu’il faut viser par «un travail de harcèlement» au même titre que les dealeurs », note la journaliste.
Elle rappelle : « De fait, la loi française pénalise la consommation de drogue, qu’elle soit récréative ou pas ».
Marie Öngün-Rombaldi, déléguée générale de Fédération Addiction, réseau de professionnels de l’addictologie, précise que « tous les usages n’amènent pas forcément à un usage problématique ou une addiction, cela vaut pour tous les produits, légaux ou illégaux. On considère qu’il y a à peu près 80% de personnes qui ont un usage ne relevant pas d’une addiction. C’est une moyenne, cela dépend des produits. Mais ce n’est pas parce qu’on n’a pas d’addiction qu’il n’y a pas de risque pour la santé ».
Pascal Charrier note que « le psychiatre Laurent Karila, médecin à l’hôpital Paul-Brousse à Villejuif (Val-de-Marne), voit «rarement» en consultation ces usagers récréatifs ». Le médecin indique : « On sait que l’usage récréatif peut devenir à terme problématique, c’est clair et net, mais ce n’est pas parce que l’on va fumer un joint un jour qu’on va sniffer plus tard de la cocaïne ou prendre des méthamphétamines ».
Le journaliste relève que « le praticien estime que les déclarations de politiques désignant les consommateurs de substances illicites comme étant responsables de tueries à Marseille ou à Grenoble sont des «non-sens» ». Le Pr Karila souligne ainsi que « la France ferait mieux de faire des vraies campagnes de prévention ».
Marie Öngün-Rombaldi ajoute : « Pourquoi on consomme ? Cela peut être pour le plaisir, mais aussi dans le cadre de la recherche de la performance ou pour alléger des souffrances. Pour nous, ce n’est ni mal, ni bien, c’est un comportement humain qui présente des risques. […] La distinction légal-illégal ne sert à rien d’un point de vue de santé publique, et culpabiliser les personnes ne les fait pas moins consommer ».