Centre Pompidou: en fait de projet de rénovation, c’est un enterrement de première classe au profit des institutions privées (Fondation Louis Vuitton, Bourse de commerce et Fondation Cartier)

Le projet de réouverture

Centre Pompidou 2030 https://www.centrepompidou.fr/fr/fermeture-provisoire-pour-travaux/le-projet-de-reouverture

Le Centre Pompidou dévoile son projet de rénovation pour 2030. 

L’imposant chantier, qui nécessite la fermeture complète de son bâtiment à la fin de l’été 2025 et pendant 5 ans, répond à des enjeux de sécurité, développement durable et accessibilité, liés à la vétusté de l’édifice construit il y a près de cinquante ans, et aux exigences actuelles des normes environnementales, sanitaires et énergétiques. C’est le versant dit technique, tout autant que patrimonial, du projet – porté par AIA Ingénierie depuis 2020. 

Fer de lance toutefois d’un second aspect dit culturel, mené en étroite adéquation, qui vient, lui, interroger les possibilités de réaménagement spatial et fonctionnel d’un édifice devenu une icône de l’architecture au regard de besoins et usages qui eux aussi ont évolué. À l’issue d’un concours d’architecture pour la maîtrise d’œuvre du volet culturel, le projet est confié à l’agence Moreau Kusunoki, associé à Frida Escobedo Studio, designer.

L’attachement pour l’édifice iconique conçu par Renzo Piano et Richard Rogers est immense : il est donc primordial d’en conserver l’ADN.

En respectant l’architecture actuelle du bâtiment, sans construction ni extension supplémentaire, le Centre Pompidou fait un choix éco-responsable. Le projet se fonde sur la transformation d’une partie des espaces en nouveaux lieux de propositions culturelles et de convivialité. 

Laurent Le Bon, président du Centre Pompidou

Nous aspirons à une architecture en phase avec son temps, qui respecte les valeurs généreuses et les concepts novateurs et ambitieux de la vision d’origine : l’utopie sociale d’un centre culturel en parfaite continuité avec la ville, « un lieu ouvert, pour les gens, destiné aux rencontres et au contact », un organisme hybride en constante évolution, interrogeant sans cesse, par leur coexistence, le rôle et les codes des musées, des bibliothèques, des arts de la scène et des arts visuels ainsi que les attentes des différents publics qui fréquentent, composent et animent le Centre Pompidou.

Moreau Kusunoki

Je crois que les lauréats du concours ont bien compris l’esprit du Centre Pompidou. Leur projet est respectueux de l’architecture de ce bâtiment et en même temps capable de le renouveler pour le futur, tout en gardant son intégrité.

Toutes mes félicitations et mon encouragement aux gagnants.

Renzo Piano


Le projet culturel

Hiroko Kusunoki, Nicolas Moreau © Photo : Maris Mezulis

Note d’intention
par Moreau Kusunoki
architecte mandataire, designer principal

Cette rénovation est l’occasion de renouer avec certains des principes fondateurs du projet. Quatre grandes lignes directrices structurent l’approche conceptuelle, et tendent vers la renaissance d’un lieu riche en expériences, attractif et capable de répondre aux attentes de l’ensemble des publics et du personnel.

Porosités physiques et visuelles

Amplifiant la générosité de la vision initiale du Centre Pompidou, de nouvelles transparences ouvrent les espaces entre eux, ainsi que sur leur environnement urbain immédiat. La lumière pénètre en profondeur les plateaux.

Le prolongement de la ville au cœur du bâtiment devient une intention fondamentale du projet. 

Évidence des parcours

L’organisation spatiale, aujourd’hui parfois confuse, est simplifiée au profit de parcours fluides, qui facilitent l’expérience de tous, notamment des nouveaux visiteurs, et favorisent les déambulations.

Lors de la conception du Centre Pompidou, les notions de vitesse, d’animation et de diffusion d’informations symbolisaient le progrès. Aujourd’hui le paradigme est inversé : face à la surabondance informationnelle, à la fragmentation de notre attention, à l’isolement que provoque le temps passé sur les écrans, le Centre Pompidou propose un espace où la médiation, l’interaction humaine et l’expérience physique des utilisateurs sont centrales. 

Activation et requalification des espaces

Libérés physiquement et visuellement, les espaces dévoilent de nouvelles potentialités et sont mieux exploités. Il s’agit d’organiser les dispositions nécessaires à leur activation : polyvalence, variété des aménagements, mélange des publics, accessibilité et rapports visuels transversaux.

L’édifice retrouve son caractère de plateforme créative. 

Respect de l’existant

Les choix architecturaux se nourrissent de l’attention portée aux usages, aux besoins et attentes des différents publics qui fréquentent, composent et animent le Centre Pompidou. Il est crucial de préserver les relations établies entre le bâtiment et son public. Cette approche attentive, respectueuse et confiante préserve et revitalise l’harmonie et l’équilibre de l’écosystème que forme le Centre Pompidou. 

Cette attitude volontairement en retrait se reflète également sur le vocabulaire et la matérialité des transformations, qui s’insèrent dans l’identité du langage du bâtiment existant.


Focus espace par espace

La Piazza et l’Atelier Brancusi

Lieu fondamental pour le Centre Pompidou, la Piazza accueille et ancre sa relation à la ville. L’intervention vise à accroître son utilisation en assurant une intégration complète dans le tissu urbain, créant ainsi une continuité fluide et évidente, accessible à tous.

Les zones sous-utilisées de part et d’autre de la Piazza seront dynamisées grâce à l’aménagement notamment au nord, de gradins invitant les passants à s’installer ; au sud, d’une rampe destinée aux personnes à mobilité réduite. Accentuant cette scène naturelle, le projet entend encourager l’expression spontanée des contre-cultures urbaines (performeurs, danseurs, artistes de rue, poètes…), en lien direct avec ce que le Centre Pompidou représentait à ses débuts dans les années 1970.

L’Atelier Brancusi sera réhabilité et accueillera désormais le centre de recherche et de ressources du Centre Pompidou (archives et Bibliothèque Kandinsky).
Une restructuration des niveaux de planchers permettra notamment de ménager un accès principal de plain-pied au niveau de la rue Saint-Martin ; une rampe pour accéder aux espaces de travail de plain-pied avec le jardin ; d’insérer un niveau inférieur supplémentaire de bureaux. Le jardin s’étendra au nord-est sur l’emplacement de l’ancien escalier ; la façade sud s’ouvrira sur la Piazza par un système de mur rideau, ainsi qu’un emmarchement public ; des puits de lumière seront ajoutés à la verrière.
Grâce aux porosités visuelles qu’il démultiplie, le projet renouvelle autant la fonction du bâtiment que son interaction avec la Piazza, les liens de ses usagers avec les passant·e·s et les visiteur·ses.


Le Forum et l’Agora

Point de départ de tous les parcours, le Forum invite aux échanges spontanés et sociaux. Pour revitaliser le pôle d’accueil du Centre Pompidou, les architectes créent un nouveau volume sur trois niveaux. Les escalators côté façade sont déplacés ; la trémie (« trou ») au cœur du Forum est largement agrandie : la Mezzanine, le Forum et le niveau inférieur, l’Agora, sont mis en continuité – en écho à la chenille sur la façade. Des gradins sont installés pour relier le Forum et l’Agora. Comme sur la Piazza, l’aspect social et théâtral de l’espace est renforcé. Ce dernier permettra d’accueillir des événements organisés ou spontanés, ainsi que des moments de pause individuels.

Les fonctions d’accueil des visiteurs sont toutes regroupées et placées à proximité de l’entrée principale.

L’ouverture des façades nord et sud, le remplacement des façades coupe-feu par des modules vitrés, l’élimination d’obstacles visuels permettent à la lumière d’entrer davantage, offrent des perspectives dégagées et une plus grande porosité avec la ville. 

Le projet vise à maintenir le caractère organique et fluide du Forum tout en favorisant une orientation claire, intuitive, immédiate. 

L’Agora, largement agrandie sous la Piazza par l’espace gagné sur l’ancien parking, regroupera les salles de spectacles, conférences et répétitions, ainsi que désormais les deux cinémas. Une zone libre en leur centre pourra être activée pour devenir un Foyer éphémère. 

Elle accueillera également quatre « Boîtes » polyvalentes, deux grandes et deux petites, qui pourront se connecter entre elles grâce à des cloisons mobiles, et offrir des possibilités de configurations différentes en fonction de la programmation – exposition, installation, spectacle…


Le Pôle Nouvelle génération

Le Pôle Nouvelle génération sera un lieu intergénérationnel, dédié à la pratique artistique, mais aussi à la détente et au jeu considérées comme autant d’opportunités de vivre l’art. 

La transparence importante de ses espaces vise à laisser le jeune public libre de l’appréciation de son environnement, aussi bien sur les activités intérieures que sur l’architecture du bâtiment ou les vues sur la ville. 
Ce nouveau pôle se composera de vastes espaces flexibles, pouvant être modulés par les équipes et les visiteur·ses. 
Le niveau en contrebas, destiné aux plus petits, possède une organisation minimaliste autour de grands espaces où les enfants peuvent déambuler librement. La bibliothèque pour les enfants est légèrement et subtilement surélevée vers l’est et l’ouest ; deux grands cercles sont creusés dans ce sol afin de créer des lieux intimes qui favorisent rassemblement et calme. Un escalier gradin en double hauteur relie le Pôle Nouvelle génération à la Bpi. Une connexion verticale qui vient enrichir la diversité spatiale et sociale des espaces.


La Bibliothèque publique d’information

L’approche architecturale ludique de la bibliothèque cherche à inspirer une appropriation joyeuse et contemporaine des espaces pour des usagers aux profils multiples. 


L’accueil, accessible directement depuis la chenille au niveau 2, est pensé comme un autre « forum » : un espace flexible dialoguant avec la nature sociale et urbaine de la bibliothèque. Dès l’entrée, le visiteur aperçoit les profondes perspectives au travers de la salle d’exposition puis de la façade est, rendue transparente ponctuellement. La ville devient partie intégrante de cette superposition de plans. Les collections de la bibliothèque s’intègrent et dialoguent dans ce paysage intérieur-extérieur où la limite de l’espace devient imprécise.

Au sein des deux étages, les collections sont présentées de façon régulière et continue, accessibles depuis les circulations principales et secondaires. En contrepoint de cette organisation linéaire et directionnelle, le visiteur trouvera au sein de son parcours une série de petites structures qui invitent au rassemblement et au partage. Conçus pour être autonomes ou s’assembler, ces modules peuvent accueillir différents dispositifs d’exposition, de consultation ou d’information, ainsi que bancs, tables, étagères…  Au niveau 2, animé, la distribution des îlots est riche et variée ; au niveau 3, plus calme, elle se fait plus régulière, davantage portée sur l’expérience individuelle. 

Une nouvelle zone appelée « Archipel » sera dédiée au dialogue entre les collections du Musée et de la Bpi. 


Le Musée et les espaces d’expositions du niveau 6

Les espaces dédiés à la présentation de la collection du Musée national d’art moderne aux niveaux 4 et 5, ainsi qu’aux expositions au niveau 6 seront également repensés. Ces opérations seront conçues et pilotées en interne, par l’équipe d’architectes-scénographes du Centre Pompidou.


Le toit-terrasse

Le niveau 7 sera désormais accessible au public grâce à l’aménagement d’une terrasse panoramique au nord. Point d’orgue du parcours vertical du Centre Pompidou, il offre une vue panoramique exceptionnelle. L’intervention sera volontairement minimale pour permettre au lieu de s’accommoder à une diversité d’utilisations, y compris programmatiques. 


Librairie, Boutique, Restaurant, Café

Restaurant, café, librairie et boutique seront regroupés dans la partie sud du Centre Pompidou.

Des ouvrants seront ménagés sur la façade pour créer de nouveaux liens avec la place Stravinsky, la rue Saint-Merri et l’angle sud-ouest de la Piazza. La limite intérieur-extérieur est volontairement atténuée. Cette nouvelle continuité entre le Centre et l’espace public et ses activités extérieures est pensée pour inviter un public nouveau à pénétrer l’édifice, à estomper son caractère potentiellement intimidant. La possibilité d’installer temporairement des œuvres dans ces espaces commerciaux et leurs circulations s’offre comme un facteur complémentaire de glissement entre l’espace public et l’espace muséal. 

D’autres espaces de détente, de restauration rapide, ou belvédères ponctureront le parcours, permettant à chacun·e d’investir les lieux à son rythme et au gré de ses envies. 


Le projet technique

Le volet technique du projet, confié aux architectes d’AIA Life Designers en 2020, vise trois grands objectifs :

  • redonner au bâtiment les potentialités d’un bâtiment neuf
  • garantir la pérennité et l’adaptabilité d’une icône de l’architecture du 20e siècle
  • limiter l’empreinte environnementale (énergie, empreinte carbone, etc.)

Cela se traduit concrètement par les travaux suivants :

  • le remplacement de l’intégralité des façades du projet, endommagées, amiantées et peu performantes thermiquement
  • le remplacement de l’ensemble des productions énergétiques et des réseaux de distribution des fluides avec adoption de principes moins énergivores
  • l’amélioration de la sécurité et de l’accessibilité du bâtiment
  • l’amélioration des conditions de maintenance pour les agents
  • le traitement des corrosions de la structure et des éléments de second-œuvre
  • le remplacement ou la rénovation des ascenseurs, monte-charges et escaliers mécaniques du forum

S’agissant d’un bâtiment qui est le symbole d’un courant architectural, la méthode consiste à cartographier chacun des éléments architecturaux, structuraux et techniques, et déterminer si chacun peut être :

  • conservé – lorsque sa fonction ne change pas et qu’il est en bon état
  • refait à l’identique – lorsque sa fonction ne change pas mais qu’il est en mauvais état
  • modifié – lorsque son usage est modifié
    Dans le cas d’une modification, différentes solutions qui respectent l’esprit des propositions initiales sont proposées à l’agence Renzo Piano Building Workshop lors de réunions régulières, afin de concevoir le projet.

Un chantier vertueux

Tant sur le plan culturel que technique, une démarche bas carbone vise à réduire les consommations d’énergie par la maîtrise du confort thermique, l’installation de technologies performantes (LED, récupération d’énergie fatale, fluides frigorigènes à faible impact), mais aussi à prévoir l’avenir en installant des solutions robustespermettant de limiter les futures interventions de maintenance et les gros remplacements dans les prochaines décennies. 

Cette démarche s’applique également en phase chantier où les consommations seront limitées par des équipements sobres en eau et en énergie.

Dans cette perspective, l’objectif est également de viser des niveaux très performants de réemploi :

  • lors de la phase de déconstruction de certains éléments : a minima 54 % de la masse totale des déchets sera réemployée (in situ ou ex situ), soit 1 200 T de déchets évités ;
  • en phase de construction : l’utilisation de matériaux issus du réemploi permettra d’éviter l’émission de 60 kg eq CO2/m² ;
  • 30 % du montant alloué au mobilier sera réalisé à partir de mobilier issu du réemploi.

La sélection des matériaux de construction identifiés sains pour l’utilisteur et pour l’environnement, démontables, séparables et réutilisables est également significative. Seront privilégiés :

  • les composants qui peuvent être assemblés mécaniquement pour simplifier les processus de déconstruction ;
  • des dimensions et des trames répétitives pour créer une banque de matériaux composée d’une quantité d’éléments similaires qui facilitera sa réutilisation dans le futur ;
  • leur origine géographique en tant que facteur important de réduction de l’énergie nécessaire à la construction.

Conçu comme un projet démontable et recyclable, ce geste architectural rentre dans la logique initiale du Centre Pompidou : un espace en mouvement continu. 


La maîtrise d’usage, une approche innovante

Pour la première fois intégrée à un projet culturel de grande ampleur, la « maîtrise d’usage » sera portée par l’agence de design Vraiment Vraiment, spécialisée dans la transformation publique fondée sur la participation des usagers. 


De la phase de lancement à la livraison du bâtiment, cette approche garantit la bonne adéquation entre les besoins des usagers et le projet architectural en valorisant l’expérience sensible des visiteur·ses. Au travers d’un travail de diagnostic et d’observations mais aussi d’ateliers menés avec des agents du centre Pompidou, des visiteur·ses, des spectateur·rices et des publics éloignés, l’agence nourrira notamment de scénarios, de parcours et de prototypes, le travail des architectes.

Le Centre Pompidou va fermer entièrement de fin 2025 à 2030 pour travaux, annonce Rima Abdul Malak

Le chantier de rénovation doit notamment servir à désamianter le bâtiment et est chiffré à 262 millions d’euros.

Le Centre Pompidou, en août 2022. (Magali Cohen/Hans Lucas. AFP)

par Claire Moulène

publié le 10 mai 2023 à 12h30 https://www.liberation.fr/culture/arts/art-contemporain/le-centre-pompidou-va-fermer-entierement-de-fin-2025-a-2030-pour-travaux-annonce-rima-abdul-malak-20230510_SXGI5MGGG5CERJMNO2XAZWXE7I/

Le Centre Pompidou à Paris, l’un des plus importants musées d’art moderne et contemporain au monde, fermera pour travaux fin 2025 et rouvrira en 2030, a annoncé ce mercredi 10 mai la ministre de la Culture, Rima Abdul Malak. Seul l’Ircam, (Institut de recherche et coordination acoustique-musique) continuera à fonctionner. Annoncés en 2021 par la ministre de la Culture d’alors, Roselyne Bachelot, ces travaux de modernisation et de désamiantage, qui coûteront 262 millions d’euros, devaient initialement s’étendre de 2023 à 2027, année des 50 ans de l’établissement. Laurent Le Bon, le nouveau président du Centre, avait finalement obtenu un report d’un an pour qu’il reste ouvert pendant les Jeux olympiques. Le déménagement et la fermeture progressive débuteront à l’automne 2024 et prendront dix-huit mois. «Un casse tête», a confirmé la ministre. Les travaux de rénovation et de désamiantage de la totalité des façades, la mise en sécurité incendie, l’optimisation énergétique du bâtiment, ainsi que les aménagements nécessaires à une meilleure accessibilité pour les personnes à mobilité réduite, devraient commencer début 2026.

Inauguré en 1977 en plein cœur de la capitale, le Centre George-Pompidou n’avait connu qu’un toilettage, entre 1997 et 2000. Aujourd’hui ce sont des travaux plus structurels qui doivent être réalisés, le Centre – et ses 300 millions de visiteurs comptabilisés depuis l’ouverture – étant «tout simplement usé», a rappelé Rima Abdul Malak. Ils permettront de «pérenniser sa survie», a insisté la ministre, mais aussi de «réactualiser sa modernité», lorsqu’il rouvrira en 2030, dans «une France et un écosystème de l’art tout à fait différents de celui des années 70».

Le Grand Palais, écrin principal de la continuité

En parlant d’écosystème, c’est sur lui justement que comptent le Centre Pompidou et ses 2000 agents durant la fermeture de cinq ans pour faire vivre sa programmation. Et c’est le Grand Palais qui devrait servir d’écrin principal à cette continuité. Profitant de l’heureuse conjoncture qui verra les travaux du monument s’achever alors que se profileront ceux du Centre, et le flottement lié au départ de Chris Dercon, l’ancien directeur de la Réunion des musées nationaux pour la Fondation Cartier, la ministre a sauté sur l’occasion. Le président du Centre Pompidou, Laurent Le Bon, l’en a chaleureusement remercié, lui qui a rappelé au passage qu’avec sa collection de 140 000 œuvres, bientôt augmentée d’une importante donation permise par Antoine de Galbert (la collection Jean Chatelus), le Centre Pompidou était «le plus important prêteur au monde». Au Grand Palais, Beaubourg devrait ainsi pouvoir continuer à proposer de grandes expositions monographiques ou thématiques à condition de se frayer une place au sein du programme déjà bien chargé en foires (dont Paris+ by Art Basel) et autres privatisations (liées entre autres aux fashion week).

Concernant la programmation culturelle, principale vitrine du contemporain au sein du Centre Pompidou dont on espère qu’il profitera de ce lifting en profondeur pour prendre également un coup de jeune en matière d’expositions (l’artiste le plus contemporain programmé dans les mois à venir étant Gilles Aillaud, décédé en 2005 !), difficile pour l’heure de savoir quels seront exactement ses points de chute et la forme que prendront ses co-programmations. Pour l’heure, seuls des partenariats avec le Palais de Tokyo, sur le volet cinéma, et le Louvre sur des échanges étalonnés sur des périodes de dix-huit mois, ont été évoqués par le président Le Bon. Le Centre, rare institution à pouvoir articuler une programmation pluridisciplinaire de qualité mêlant conférences, performances, projections ou accrochages, comme c’est le cas actuellement avec l’ambitieux festival «Moviment» chapitré en dix épisodes, trouvera-t-il d’autres interlocuteurs ?

Son savoir-faire et son immense collection pourront quoi qu’il en soit compter sur une diffusion à double niveau : en direction des territoires d’abord, avec «pas moins d’une centaine de projets» partout en France, a promis Laurent Le Bon, de Villeneuve-d’Ascq à Marseille et bien sûr Metz qui accueille une antenne du Centre Pompidou depuis 2019, ou encore Massy, en région parisienne, où un futur centre des collections, immense stockage augmenté d’une lieu de programmation, devrait ouvrir en 2026. L’autre appel d’air, c’est bien sûr l’international avec depuis quelques mois la multiplication des annonces de partenariats tous azimuts avec l’Arabie Saoudite, la Corée du Sud, la Chine ou les Etats-Unis.

Autre annonce attendue : le relogement de la BPI (la Bibliothèque publique d’information), qui chaque jour draine des milliers d’étudiants. C’est dans le quartier de Bercy qu’elle atterrira. A un vol d’oiseau de la BNF, mais de l’autre côté de la Seine, elle bénéficiera d’un espace de 10 000 m2 et accueillera 1500 places de lecture. Sa petite sœur, la bibliothèque Kandinsky, réservée aux chercheurs en histoire de l’art, devrait suivre, en attendant de récupérer, à la réouverture du Centre, l’actuel Atelier Brancusi, situé sur la piazza qui lui regagnera les étages du Centre Pompidou. L’accès à la BPI devrait quant à lui se faire du côté de la rue Rambuteau, «pôle nord davantage tourné vers la recherche».

Gigantesque agora souterraine

On y vient justement : la piazza. Tour de force des architectes Rogers et Piano en 1977 lorsqu’ils imposent de laisser une immense esplanade vide devant le Centre Pompidou, c’est elle encore qui sera au cœur du projet de réaménagement du Centre Pompidou nouvelle génération. Elle, ou plutôt ses sous-sols puisque s’il n’est pas question, comme l’a rappelé Laurent Le Bon, eut égard aux enjeux de l’époque, «d’annoncer la création d’un bâtiment ou d’une nouvelle aile mais de faire avec l’existant», le futur nouveau Centre Pompidou intègrera le grand parking souterrain autrefois réservé aux bus pour créer une gigantesque agora souterraine. Il faut dire que la pluridisciplinarité et l’hospitalité, dans «l’ADN» de l’institution depuis ses débuts, comme l’a rappelé la ministre, est aussi au programme du futur Centre Pompidou réactualisé. «Sur un même plateau, nous pourrons déployer avec un même artiste, une expo, une performance, un film».

Le reste du bâtiment, entièrement rescénographié, devrait reprendre peu ou prou l’organisation actuelle avec l’accrochage des collections au 4e étage et les expositions temporaires aux 5e et 6e étages. Parmi les nouveautés : l’ouverture au public de la terrasse du 7e étage et la création côté sud d’un accès public et d’un restaurant doté d’une terrasse face à la Fontaine Stravinsky. «Cette machine continue à nous faire rêver», a conclu le président Laurent Le Bon avant de citer le néologisme du poète Francis Ponge, ce fameux «Moviment», contraction de monument et de mouvement, nom bien choisi du festival présenté jusqu’au début du mois de juillet dans le forum du Centre.

Le Centre Pompidou, fermé pendant cinq ans pour travaux, cherche des locaux et des financements

Grand Palais, Louvre et Conciergerie… Des pistes sont à l’étude pour redéployer à Paris une partie des collections et du personnel de Beaubourg, inaccessible aux visites de 2025 à 2030. 

Par Publié le 04 mai 2023 à 17h00, modifié le 05 mai 2023 à 00h27 https://www.lemonde.fr/culture/article/2023/05/04/le-centre-pompidou-ferme-pendant-cinq-ans-pour-travaux-cherche-des-locaux-et-des-financements_6172084_3246.html

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Vue depuis le toit-terrasse du Centre Pompidou, à Paris, le 24 février 2022.
Vue depuis le toit-terrasse du Centre Pompidou, à Paris, le 24 février 2022.  FRANK HEUER / LAIF / DPA / PHOTONONSTOP

Près de cinquante ans après sa construction, le bâtiment du Centre Pompidou est à bout de souffle. Il faut désamianter les façades, refaire les baies vitrées. De la climatisation à la sécurité incendie, tout est à revoir dans le vieux paquebot rouillé, dont les couleurs vives et la transparence avaient attisé le scandale. Le chantier de rénovation est lourd, la durée de fermeture longue, de 2025 à 2030, et le coût pharaonique : 262 millions d’euros, financés par le ministère de la culture.

En annonçant ces importants travaux, son ancien président, Serge Lasvigne, avait promis un « big bang ». Lors de sa première prise de parole médiatique en 2021, son successeur Laurent Le Bon lui a préféré la formule « moviment », empruntée à l’écrivain Francis Ponge. L’auteur du Parti pris des choses (1942) aimait décrire Beaubourg comme un muscle aux « battements ininterrompus ». Renvoyant à l’idée fondatrice du frottement des publics et des disciplines, le néologisme sert de libellé à une programmation pluridisciplinaire organisée par l’institution parisienne jusqu’au 14 juillet. « Moviment », c’est aussi le nom de code du projet culturel accompagnant le vaste chantier de rénovation, qui espère renouer avec une utopie aujourd’hui oxydée.

En premier lieu, celle de l’accueil et de la culture pour tous. D’après nos informations, que le Centre Pompidou n’a pas souhaité commenter, Laurent Le Bon tiendrait à requalifier l’ensemble des espaces pour les rendre plus lisibles et hospitaliers, à la fois pour le public et pour les agents. Pour la première fois, les visiteurs pourront accéder au toit-terrasse panoramique du septième étage et sa vue imprenable sur Paris. Même la Bibliothèque publique d’information, qui accueille, chaque année, 1,4 million d’usagers, devrait gagner en surface.

Chasse aux mètres carrés

La contrainte est pourtant grande : aucune extension n’est possible. Une nouvelle construction n’est pas davantage à l’ordre du jour. Faute de pouvoir pousser les murs, les équipes ont fait la chasse aux mètres carrés. En récupérant certains parkings et ateliers, il est ainsi prévu de créer en sous-sol une agora avec des gradins pouvant accueillir une centaine de personnes.

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De nouvelles entrées seront aussi aménagées. Un pôle « nouvelles générations », dévolu à la jeunesse dans la partie nord du bâtiment, côté rue Rambuteau, réunira les activités de médiation, de création et de pratique artistiques. Au sud, côté rue Saint-Merri, un pôle commercial regroupera la librairie, la boutique, un nouvel espace de restauration ainsi qu’une terrasse extérieure.

Quant à l’Atelier Brancusi, reconstruit à l’identique en 1997 sur la piazza et qui abrite les chefs-d’œuvre du sculpteur roumain, il sera relogé dans le bâtiment central. Ses actuels espaces de 600 mètres carrés, reconfigurés en lieu de ressources et de recherche, hébergeront dès lors la bibliothèque Kandinsky et les archives du centre. Et l’avenir du restaurant Georges, fleuron des frères Costes, semble incertain.

Restent plusieurs inconnues, de taille. Comment le Centre Pompidou compte-t-il financer ce nouveau projet culturel de 186 millions d’euros (qui s’ajoutent aux 262 millions de la rénovation fonctionnelle), sachant que ses différentes antennes dans le monde, y compris celle prochaine en Corée du Sud, ne lui rapportent qu’une petite dizaine de millions d’euros par an ?

Flou complet

Autre défi, non moins important : comment ne pas disparaître du paysage hexagonal et international pendant les cinq longues années de fermeture, alors que des lieux privés autrement mieux dotés, comme la Fondation Louis Vuitton, la Bourse de commerce et la Fondation Cartier, qui inaugurera en 2025 ses nouveaux pénates dans l’ancien Louvre des antiquaires, lui volent déjà la vedette ?

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Pour le moment, seule la Bibliothèque publique d’information a trouvé un point de chute, dans le bâtiment Lumière, avenue des Terroirs-de-France, à proximité de Bercy Village. L’espace, qui ouvrira en 2025, sera doté de 1 500 tables de lecture, soit une baisse de près de 30 % de ses capacités d’accueil.

Mais pour les 940 agents que compte le Centre Pompidou, c’est encore le flou complet. Une partie des collections devrait être relocalisée sur quelques sites parisiens. Un partenariat aux modalités encore brumeuses devrait se nouer avec le Grand Palais pour l’organisation d’expositions dans deux espaces de 2 000 et 800 mètres carrés. Une autre collaboration est en cours avec le Centre des monuments nationaux (CMN). Le Centre Pompidou s’y était déjà associé en 2017 à l’occasion de ses 40 ans, dans le cadre d’une exposition de la sculptrice Germaine Richier au Mont-Saint-Michel.

Future antenne francilienne

La Conciergerie, un lieu historique central mais peu visité du CMN, contrairement à la Sainte-Chapelle voisine où se pressent les touristes, pourrait prêter ses murs pour toute la période de fermeture. Des monuments non meublés en région devraient aussi accueillir régulièrement des expositions, notamment le palais Jacques-Cœur à Bourges ou l’abbaye de Montmajour à Arles (Bouches-du-Rhône).

Une présentation des collections de Beaubourg est aussi envisagée au Louvre, dès 2026, ainsi que des collaborations plus ponctuelles avec la Cité de l’architecture et du patrimoine et même le Palais de Tokyo, que le Centre Pompidou est régulièrement suspecté de vouloir coloniser.

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L’institution parisienne mise beaucoup sur le Centre Pompidou-Metz, qui organise des expositions à partir de ses collections, et sa future antenne francilienne de Massy-Palaiseau (Essonne), dont l’ouverture est prévue à l’été 2026. L’espace, dévolu principalement au stockage des réserves, proposera sur quelque 2 500 mètres carrésdeux expositions annuelles à partir des collections ainsi qu’une programmation de spectacle vivant.

D’autres partenariats en région sont en projet avec les collectivités dans le cadre de temps forts comme Lille 3000 ou le Festival d’Avignon. Montpellier et Clermont-Ferrand, deux villes candidates au label de capitale européenne de la culture, vont enfin accueillir des centres d’initiation à l’art pour les tout-petits, notamment sous la forme d’un camion itinérant en partenariat avec le musée mobile MuMo.

Roxana Azimi

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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