Microplastiques : de la pollution environnementale aux maladies des voies urinaires
Dr Bernard-Alex Gauzere | 18 Octobre 2024 https://www.jim.fr/viewarticle/microplastiques-pollution-environnementale-aux-maladies-des-2024a1000j1s?ecd=wnl_all_241018_jim_daily-doctor_etid6918030&uac=368069PV&impID=6918030&sso=true
Alors qu’un rapport de l’OMS de 2019 concluait que les microplastiques présents dans l’eau potable ne présentaient pas de menace pour la santé humaine, des preuves contredisant ces conclusions s’accumulent.
Depuis leur adoption généralisée au milieu du XXème siècle, les plastiques sont passés d’une substance nouvelle à une gamme polyvalente de matériaux, avec une production de 368 millions de tonnes de plastique en 2019 qui devrait doubler d’ici 2039. La production et la dégradation du plastique impliquent une combinaison de processus physiques, chimiques et biologiques, entraînant l’accumulation de fragments minuscules appelés microplastiques (MP) ou nanoplastiques (NP), dans notre environnement. Au-delà des impacts environnementaux bien documentés des MP et des NP, des preuves de leur présence dans l’organisme humain interrogeant sur leur rôle dans le déclenchement de divers processus physiopathologiques sont rapidement apparues. Leur présence dans les voies urinaires et leur impact sur les pathologies rénales et vésicales montré dans des études animales, sont particulièrement préoccupants.
Vers une définition internationale des micro et nanoplastiques
L’impact de la pollution plastique devenant de plus en plus évident, la nécessité de disposer, au niveau international, de définitions normalisées pour les MP et les NP s’impose. Les publications gouvernementales révèlent des divergences notables d’une organisation à l’autre dans la définition de ces plastiques fragmentés. L’absence de consensus entre les différents organismes de réglementation illustre les défis associés à l’atténuation des impacts environnementaux et sanitaires des microplastiques et des nanoplastiques (MNP). L’Organisation internationale de normalisation (ISO) propose la classification la plus précise, définissant les MP comme des particules plastiques solides insolubles dans l’eau, allant de 1 micromètre (µm) à 1 000 µm (1 mm), et les NP comme des particules inférieures à 1 µm.
L’intrusion des MNP dans le corps humain, que ce soit par inhalation, ingestion ou à travers la peau (plaie, follicule pileux, glande sudoripare) a des implications physiopathologiques délétères qui se traduisent par une inflammation, des altérations du métabolisme cellulaire, des dommages cellulaires induits mécaniquement et une diminution de la viabilité cellulaire.
Des MNP dans les voies urinaires humaines
La détection de MNP dans les voies urinaires humaines, associée à un manque de compréhension de leurs effets, suscite actuellement des inquiétudes. Cette étude exploratoire a pour but d’explorer et de résumer systématiquement la littérature concernant la présence de MNP dans les voies urinaires ainsi que leurs conséquences, à partir des questions de recherche suivantes :
- Quelles sont les caractéristiques des plastiques détectés dans les voies urinaires humaines ?
- Comment les MP et les NP sont-ils actuellement définis dans la littérature ?
- Quelles sont les méthodologies actuellement utilisées pour explorer la présence de MNP et leurs effets ?
- Quelles sont les conséquences physiopathologiques de la présence de MNP dans les voies urinaires humaines ?
Dans le cadre de cette étude, une définition large du terme « voies urinaires » a été utilisée, comprenant les reins, la vessie, l’uretère, l’urètre et l’urine. En se concentrant sur les voies urinaires, cette étude tente de consolider la compréhension des MNP, de sensibiliser à cette question émergente importante et de jeter les bases d’une recherche plus approfondie qui pourrait contribuer à l’élaboration de politiques de santé publique et de lignes directrices pour la pratique clinique.
Une analyse de la littérature a été entreprise conformément aux recommandations de l’Institut Johanna Briggs. Cinq bases de données (PubMed, SCOPUS, CINAHL, Web of Science et EMBASE) ont fait l’objet d’une recherche systématique, ainsi que la littérature grise.
Des études aux résultats préoccupants
Dix-huit articles ont été identifiés. Les auteurs représentent sept pays : Pakistan (n =1), Pays-Bas (n =1), États-Unis d’Amérique (n=1), Taïwan (n=1), Allemagne (n=3), Chine (n=5) et Italie (n=6). Parmi ces travaux, 6 étudiaient et caractérisaient la présence de MNP dans les voies urinaires humaines. La présence de MNP a été constatée dans des échantillons de d’urine (n=5), de cancer du rein (n=2), et de cancer de la vessie (n=1).
Parallèlement, 12 articles ont étudié l’effet des MNP sur des lignées cellulaires humaines associées aux voies urinaires humaines. Leurs résultats suggèrent que les MNP ont un effet cytotoxique, augmentent l’inflammation, diminuent la viabilité cellulaire et modifient les voies de signalisation des protéines kinases activées par les mitogènes.
La méthode la plus couramment utilisée pour détecter et caractériser les MNP dans les échantillons humains était la spectroscopie Raman (5/6 ; 83 %). Alternativement, la spectroscopie de masse par chromatographie en phase gazeuse à pyrolyse combinée à la spectroscopie infrarouge directe au laser a été utilisée dans une étude.
Un besoin urgent de poursuivre la recherche
Cette étude exploratoire souligne le besoin urgent de poursuivre la recherche et l’élaboration de politiques pour relever les défis liés à la contamination par les microplastiques. Elle met en évidence la menace rapidement émergente de la contamination des voies urinaires humaines par les microplastiques, remettant en cause l’affirmation de l’OMS selon laquelle les microplastiques n’exposent à aucun risque pour la santé publique. Les effets cytotoxiques documentés des microplastiques, ainsi que leur capacité à induire une inflammation, à réduire la viabilité cellulaire et à perturber les voies de signalisation, soulèvent d’importantes préoccupations de santé publique en matière de cancer de la vessie, de maladies rénales chroniques, d’infections urinaires chroniques, et d’incontinence.
References
O’Callaghan L, Olsen M, Tajouri L, et al. Plastic induced urinary tract disease and dysfunction: a scoping review. J Expo Sci Environ Epidemiol. 2024 Aug 31. doi: 10.1038/s41370-024-00709-3.