
Loïc Steffan
3 h ·
Certains m’ont demandé mon ressenti sur l’économie de la Nouvelle-Calédonie et si la situation semblait maîtrisée ou non. J’avoue que j’ai du mal à me forger une opinion, car l’accès aux données est bien plus complexe qu’en métropole. Le gouvernement calédonien, les provinces et les communes ne publient pas vraiment des informations qui permettraient d’objectiver la situation et d’échapper aux idées reçues. L’opacité est beaucoup plus importante qu’en France métropolitaine. Ce que je dis ici n’est donc qu’un avis provisoire. Je sais juste que j’aime les habitants de NC quelles que soient leur origines et j’espère que j’arriverai à être utile.
Caractéristiques générales
Géographie : Située dans le Pacifique Sud, la Nouvelle-Calédonie est une collectivité d’outre-mer avec Nouméa pour chef-lieu.
Statut et institutions : Elle bénéficie d’un statut unique au sein de l’outre-mer français, avec des institutions locales telles que le Congrès de la Nouvelle-Calédonie et le Sénat coutumier. Ces structures permettent une certaine autonomie de gouvernance, tandis que l’État français conserve la responsabilité des domaines régaliens.
Population : En 2022, la population est estimée à environ 270 000 habitants, marquée par un vieillissement et un solde migratoire négatif, la population ayant tendance à diminuer. Environ 40 % des habitants sont Kanak. Le PIB par habitant s’élève à environ 30 509 euros. À titre de comparaison, le PIB par habitant du Tarn est de 27 000 €, un peu moins, mais le coût de la vie en Nouvelle-Calédonie est bien plus élevé, notamment les prix alimentaires qui sont 70 % plus chers qu’en métropole. C’est pour cette raison que les salaires des fonctionnaires sont indexés à 1,73 fois le salaire métropolitain. Plusieurs facteurs expliquent cette différence : le secteur agricole est morcelé et subit des conditions météorologiques difficiles, ce qui le rend peu concurrentiel, et de nombreux produits doivent être importés. La petite taille du marché local limite les économies d’échelle et réduit la concurrence. Le secteur de la distribution est concentré entre quelques familles historiques calédoniennes, qui influencent fortement l’économie et la politique locales. Par exemple, il n’existe qu’un seul opérateur téléphonique et une seule compagnie d’électricité. En outre, une loi sur l’emploi local, qui ressemble à une préférence nationale, rend la productivité relativement faible et augmente les coûts. Personnellement, je pense que cela détruit plus d’emplois qu’un marché ouvert à la concurrence ne pourrait en créer.
Pauvreté et inégalités
Le taux de pauvreté est beaucoup plus élevé qu’en métropole : 20 % contre 14 % en métropole. De plus, 70 % des personnes pauvres sont Kanak. Le taux de pauvreté pour la population Kanak atteint même 35 %. L’indice de Gini, qui mesure les inégalités, est de 0,42, comparé à 0,29 en métropole, ce qui montre bien que le PIB par habitant de 30 000 € est trompeur. Je n’ai pas pu obtenir de données précises sur le patrimoine, mais je pense que la concentration de la richesse y est plus marquée qu’en métropole. Cela serait intéressant de confirmer avec des données.
Les Kanak rencontrent aussi des difficultés scolaires, avec 20 % des jeunes ayant des difficultés en lecture (contre 11,2 % en métropole selon les Journées Défense et Citoyenneté en 2022). La dépendance vis-à-vis des aides de la métropole s’est accrue, passant de 13 % du PIB à la fin des années 2000 à plus de 20 % aujourd’hui.
Dépendance financière vis-à-vis de la France
Le territoire reçoit environ 6 000 € par an et par habitant, tandis qu’un département comme le Tarn en reçoit environ 4 500 €, et Mayotte environ 4 000 €. Ces départements contribuent à la solidarité nationale en payant des impôts (TVA, IRPP) et des cotisations sociales, même si cela reste en deçà de ce qu’ils reçoivent, car ce sont des régions moins riches (comme le Tarn) ou très pauvres (comme Mayotte). Ici, le solde net est de 6 000 €, puisque toutes les cotisations (RUAMM) sont destinées à financer la sécurité sociale locale (CAFAT) ou les gouvernements et provinces (IRPP).
Endettement et finances publiques
Le territoire est fortement endetté. La CAFAT (sécurité sociale) et le gouvernement présentent des déficits significatifs, avec un ratio d’endettement atteignant 255 %.
Fiscalité et charges sociales
Paradoxalement, les impôts sont relativement faibles. Pour l’IRPP (impôt sur le revenu), les taux en France varient de 0 à 45 %, avec un taux moyen d’environ 15 %. En Nouvelle-Calédonie, les taux vont de 0 à 32 %, mais en l’absence de CSG, le taux moyen se situe autour de 10 %. Pour l’IS (impôt sur les sociétés), le taux est de 25 % en France, alors qu’en Nouvelle-Calédonie, il est de 30 % pour les sociétés standards et de 35 % pour les entreprises minières. Cependant, un taux réduit de 15 % est appliqué aux petites entreprises qui respectent certaines conditions. En pratique, de nombreuses entreprises sont imposées à ce taux réduit de 15 %, ce qui contribue à la fragilité financière de la CAFAT, dont le déficit cumulé atteint 37 milliards de francs CFP en 2020, un chiffre énorme à l’échelle du territoire.
Les cotisations sociales sont aussi plus basses.
Secteurs d’activité
L’économie est principalement tertiarisée, avec les services représentant 61 % du PIB, le commerce 11 %, l’industrie (dont le nickel) 17 %, la construction 10 %, et le secteur primaire 2 %. Le nickel reste un pilier malgré une production en baisse, et la récente fermeture de certaines installations a eu un impact significatif. Le secteur de la construction est atone en raison de l’achèvement de grands projets, avec une baisse des effectifs de 36 % en dix ans. Le tourisme a rebondi après la pandémie, mais la baisse de la clientèle australienne et néo-zélandaise après les émeutes pourrait poser problème. Le potentiel touristique est pourtant réel, en raison des paysages exceptionnels. Mais aussi tributaire de la capacité d’aircalin à déployer des lignes régulières.
Croissance et climat d’investissement
La croissance est en territoire négatif depuis 2018, en raison de la volatilité des prix du nickel, de la crise sanitaire, et des tensions liées aux référendums sur l’indépendance. L’absence de visibilité institutionnelle décourage les entrepreneurs, qui hésitent à investir.
Échanges extérieurs
Le territoire affiche un déficit commercial avec un taux de couverture de 54 %. La Chine est le principal acheteur de nickel, tandis que la France est le principal fournisseur. La balance commerciale est donc largement déficitaire. A terme ça va être compliqué.
Relations entre la France et la Nouvelle-Calédonie
En ce qui concerne les relations avec la France, la métropole soutient largement la Nouvelle-Calédonie, en investissant dans divers domaines, y compris l’éducation, la santé (avec l’envoi de praticiens sous contrat) et l’université. Cependant, les coûts de la vie, notamment pour la médecine libérale, restent élevés. La relation n’est pas coloniale : il existe des efforts pour enseigner la culture Kanak et des programmes tels que les « 400 cadres » pour former une élite locale. Les Kanak, bien qu’ils soient minoritaires, rencontrent cependant des résistances des autres groupes à céder leurs prérogatives. Et que tout s’obtient par des combats âpres qui donnent le sentiment d’une forte conflictualité. En il est indéniable que la colonisation a pesé et que les positions préférentielles sont détenues par les descendants d’européens.
Après les trois référendums sur l’indépendance, l’accord de Nouméa est devenu obsolète, ce qui nécessite la mise en place d’un nouveau cadre institutionnel. À moyen terme, il est probable que la Nouvelle-Calédonie devra repenser ses alliances et ses partenariats pour assurer sa stabilité. Avec ou sans la France ? L’avenir le dira.
En conclusion, même si la situation est actuellement stable, elle repose en grande partie sur le soutien financier de la France et des mesures sécuritaires. Tout n’est pas réglé puisque la circulation depuis le Mont Dore en passant par la tribu de Saint Louis est compliqué. L’enjeu majeur réside dans les inégalités sociales et culturelles persistantes, qui alimentent les aspirations indépendantistes de certains groupes Kanak. Les systèmes juridiques et institutionnels mal coordonnés accroissent l’incertitude, ce qui freine le développement économique et le rééquilibrage social. Comme le disait Tjibaou, « l’indépendance, c’est choisir ses interdépendances ». OK comment et avec qui et qu’elle est la contrepartie.
Il ne faut pas oublié que le nombre d’émeutier était de 10 000 sur une population 270 000. C’est quasiment toute la jeunesse du grand Nouméa et un peu au-delà qui a exprimé son mal être. Les jeunes affichent leur identité kanak mais paradoxalement ont parfois du mal avec la coutume et beaucoup ne vivent pas en tribu.
Je pense que les jeunes rêvent d’indépendance mais je ne suis par sûr que tout le monde comprenne ce que cela implique.
Voir moins
— perplexe, à Nouméa, Province Sud, Nouvelle-Calédonie.