« Faire prendre en charge en service de spécialité un enfant en souffrance est une gageure, pas par mauvaise volonté des acteurs de la chaîne de soins, mais parce que souvent celle-ci n’existe plus » (Christian Lehmann)

« Santé mentale : derrière la « grande cause nationale », un catalogue de mesures inconsistantes »

Date de publication : 17 octobre 2024

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Libération

Dans Libération, Christian Lehmann, médecin et écrivain, évoque « la question de la santé mentale, désignée «grande cause nationale» par [le Premier ministre] Michel Barnier ».
Le médecin observe que « la réalité de la prise en charge psychiatrique en France a si souvent été dénoncée que je n’y reviendrai pas en détail : le secteur est sinistré, l’accès aux soins est complexe, les délais de prise en charge découragent les patients, en particulier en pédopsychiatrie, où le délai pour une première consultation peut dépasser un an ».
« Sans même parler des pathologies mentales plus graves, des psychoses, les troubles anxieux et dépressifs explosent, générateurs de mal-être et de ces arrêts de travail que le gouvernement traque en dénonçant une culture de l’absentéisme », 
continue Christian Lehmann.
Il cite le Premier ministre qui « liste les composantes de son plan » : « Permettre d’en parler grâce à une campagne de communication, prévenir et former aux premiers secours en santé mentale, encourager les initiatives collectives et s’appuyer sur les belles expériences, soutenir les professionnels et notamment la psychiatrie de secteur, intensifier l’effort de recherche, source de progrès ».
Christian Lehmann relève que « le plan de communication aurait pour but de déstigmatiser les maladies mentales, avec «des campagnes de sensibilisation, comme ça a été fait, d’ailleurs, sur le harcèlement ou contre le harcèlement moderne, qui parlera aux jeunes». Les médecins généralistes seraient incités à travailler plus étroitement avec les psychiatres, et le gouvernement soutiendrait «le travail en commun de toutes les associations et tous les acteurs qui doit concerner tout le monde» ».
Le médecin remarque que « ce catalogue de bonnes résolutions mollassonnes, Michel Barnier l’avoue, a un intérêt : ne pas coûter cher. Dans le monde où il vit, le problème de la santé mentale en France peut être résolu si les professionnels et les associations s’asseyent autour d’une table, à pas cher, au lieu de jouer les Gaulois réfractaires comme à leur habitude. […] Les généralistes, pas mauvais bougres mais jamais assez bien formés et incapables de communiquer avec leurs confrères du secteur psychiatrique, devraient faire un effort ».
Christian Lehmann note que « la réalité quotidienne est légèrement différente : le saccage financier du secteur, les fermetures de postes, ont amené de nombreux centres médico-psychologiques à abandonner le suivi de certains patients et à les renvoyer vers les médecins généralistes pour leur suivi exclusif. Faire prendre en charge en service de spécialité un enfant en souffrance est une gageure, pas par mauvaise volonté des acteurs de la chaîne de soins, mais parce que souvent celle-ci n’existe plus », souligne le praticien.
Il ajoute : « Aucun vrai questionnement sur les causes de cette «épidémie» de troubles de la santé mentale. Tout au plus le Premier ministre évoque-t-il parfois le Covid, sans qu’on sache s’il fait référence au fait que les pouvoirs publics font comme si la pandémie avait été vaincue, ou au confinement, qui en 2 mois aurait donc créé à la fois une dette immunitaire fantasmée et une dette psychologique à long terme ».

Journal d’un système de santé en crise

Santé mentale : derrière la «grande cause nationale», un catalogue de mesures inconsistantes

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Journal d’épidémie, par Christian Lehmanndossier

Christian Lehmann est médecin et écrivain. Pour «Libération», il tient la chronique d’une société touchée par les crises sanitaires et du service public. Aujourd’hui, la question de la santé mentale, désignée «grande cause nationale» par Michel Barnier.

A l’unité pour malades difficiles Louis Crocq à Albi (Tarn), le 15 septembre 2021. (Ulrich Lebeuf/Myop pour Libération)

par Christian Lehmann, médecin et écrivain

publié le 16 octobre 2024 à 11h20

https://www.liberation.fr/societe/sante/sante-mentale-derriere-la-grande-cause-nationale-un-catalogue-de-mesures-inconsistantes-20241016_4KQNQXUHNBB6VEI4AFC7WOPQQI/

On était en panne de «grand plan national» depuis quelque temps déjà. Plusieurs mois sans numéro vert, ce n’était plus possible. Heureusement Michel Barnier arrive et nous sort de son chapeau une «grande cause nationale 2025» : la santé mentale. Après le succès considérable des grands plans précédents, la disparition des personnes dormant dans la rue, l’éradication des violences faites aux femmes, la fin des contaminations au Covid dans les lieux publics, le gouvernement s’attaque au vaste problème de la santé mentale, avec la rigueur visionnaire qu’on lui connaît. La France va mal, on nous le dit souvent, en rappelant quand même, surtout si on est un écrivain voyageur de droite comme Sylvain Tesson, que «la France est un paradis peuplé de gens qui se croient en enfer».

Secteur sinistré

Dans un discours prononcé le 10 octobre à Poitiers dans le cadre de la journée de la santé mentale, Michel Barnier énonçait ce constat : «Il y a une famille sur cinq, presque un Français sur cinq, qui est touchée par une question de la santé me (Suite abonnés)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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