Qu’est-ce qui pousse les jeunes à s’installer là où ils s’installent ?
Raphaël Lichten | 16 Octobre 2024
Paris – L’ANEMF, l’Isnar-IMG et ReAGJIR ont publié un rapport analysant l’ensemble des déterminants influençant les choix professionnels des jeunes médecins généralistes.
Parallèlement aux arbitrages budgétaires douloureux, la question de l’accès aux soins devrait encore être au cœur des débats du futur PLFSS 2025, entre vieillissement de la population, déserts médicaux et répartition inégale des praticiens sur le territoire.
C’est pourquoi trois organisations, ReAGJIR (représentant les généralistes et jeunes installés), Isnar-IMG (internes en médecine générale) et l’ANEMF (étudiants en médecine) ont publié un rapport conjoint pour aborder ces questions particulièrement importantes en France, alors que 87 % du territoire français reste médicalement sous-doté.
Mieux comprendre les choix à l’installation
« L’accès aux soins s’est imposé comme l’une des préoccupations principales de la population française », affirment les auteurs du rapport en introduction, qui ajoutent que la France affronte des problématiques importantes en la matière, comme le vieillissement de la population et la diminution du nombre de médecins généralistes en exercice.
Des réalités qui soulèvent forcément des inquiétudes au sein de la population et auxquelles les politiques tentent d’apporter des réponses, à l’image du projet de loi déposé en septembre 2024 par la députée Géraldine Bannier. Celle-ci propose l’instauration d’un « service civique médical », potentiellement obligatoire, forçant les jeunes praticiens à s’installer dans des zones sous-dotées. Bien sûr, cette idée a été jugée contre-productive par les syndicats qui considèrent plus pertinent de mieux connaître les déterminants qui favorisent l’installation des médecins. Ainsi, de l’enquête des trois organisations, un certain nombre de critères est ressorti.
Pourquoi choisit-on de s’installer ?
Les auteurs du rapport notent, tout d’abord, que les jeunes généralistes sont plus souvent tentés de s’installer dans des territoires qu’ils connaissent ou qu’ils ont explorés durant leurs études, leurs stages et leurs remplacements. Cette « exposition professionnelle répétée » apparaît ainsi comme un « facteur favorisant la projection dans un exercice ambulatoire ultérieur ».
« Un interne de médecine générale qui réalise un stage pendant sa première année d’internat sera plus enclin à en faire d’autres dans ce même territoire », abonde Bastien Bailleul, président de l’Isnar-IMG, auprès de nos confrères de WhatsUp Doc. « Il va créer son réseau professionnel en fonction des spécialistes autour, mais aussi se faire des amis, peut-être trouver un ou une compagne… En somme, il va s’ancrer dedans ».
D’autres facteurs, plus précis, viennent compléter le tableau. Les caractéristiques du territoire, dont la dotation en services publics et en professionnels de santé, sont des critères particulièrement importants pour les jeunes généralistes. D’autres éléments, personnels, entrent aussi en compte : offre diversifiée de loisirs, vie culturelle, accès à un internet haut débit, environnement sécurisant pour construire une vie de famille, transports, éloignement par rapport au pôle urbain…
Un élément qui correspond aux données de la Drees, qui avait estimé en 2020 que les territoires les mieux dotés en médecin sont aussi les plus attractifs en général.
D’autres critères personnels entrent aussi en compte : le cadre de vie (urbain ou rural) en adéquation avec le souhait du professionnel, proximité avec le domicile, qualité de l’accueil de la population (au-delà de la patientèle), possibilité de trouver un emploi pour son conjoint, offre de scolarité pour les enfants… La proximité amicale et familiale s’avère aussi indispensable pour de nombreux praticiens.
La crainte de se retrouver « démuni »
Les critères professionnels, à proprement parler, sont eux aussi extrêmement importants. Les jeunes généralistes souhaitent disposer de conditions d’exercice favorables, ce qui passe par la présence de professionnels de santé en nombre suffisant associée à l’existence de structures (hôpitaux de proximité, médico-sociale…). « Il s’agit aussi d’un critère permettant de s’assurer que la charge de travail peut être répartie afin d’être compatible avec l’équilibre vie professionnelle/vie personnelle envisagée », précisent les auteurs du rapport.
L’exposition professionnelle au territoire, évoquée précédemment, joue un rôle important ici, puisque les jeunes praticiens qui ont déjà exercé dans une zone donnée ont pu commencer à tisser des liens avec les autres praticiens. Un aspect plutôt important et qui peut donc motiver les jeunes généralistes à s’installer.
Enfin, concernant les critères financiers, les trois organisations soutiennent qu’ils sont moins importants que tous les autres facteurs énumérés plus haut, même s’ils ne sont pas négligeables. « Les jeunes médecins généralistes prennent en compte dans leur décision des critères comme le coût global de la vie (loyer, consommation, transport, etc.) ainsi que les éventuelles exonérations d’impôts proposées », ainsi que le coût de la création de leur entreprise (investissement immobilier compris), peut-on lire dans le rapport.
L’impact des aides financières est cependant assez minime : elles ne semblent pas déterminantes. Les aides humaines, en revanche, comme le soutien des collectivités, sont plutôt bien vues. « Le jeune médecin préfèrera s’installer dans une commune prête à l’accompagner dans la création de son entreprise médicale, à lui proposer un local adapté à bas prix, à trouver une place en crèche pour son enfant, etc. », expliquent les auteurs du rapport pour conclure.
ACCÈS AUX SOINS : LES REPRÉSENTANTS DES FUTURS ET JEUNES MÉDECINS APPELLENT À PRENDRE EN COMPTE LES DÉTERMINANTS DU PROJET PROFESSIONNEL DES FUTURS MÉDECINS GÉNÉRALISTES.
8 octobre 2024 | Communiqués de presse
Le dépôt imminent du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2025 prédit des débats parlementaires houleux sur l’épineuse question de l’accès aux soins. Afin d’éclairer ces échanges, l’ANEMF, l’ISNAR-IMG et ReAGJIR, représentant respectivement les étudiants et étudiantes en médecine, les internes en Médecine Générale et les jeunes médecins généralistes, s’associent pour publier un rapport portant sur les déterminants du projet professionnel des jeunes médecins généralistes.
À la suite d’une revue minutieuse de la littérature sur le sujet, les représentants des jeunes médecins décrivent en détail les motivations, à la fois professionnelles et personnelles, déterminant le choix de l’installation en médecine générale ainsi que le territoire d’exercice. Après analyse de l’ensemble de ces données, ils proposent un panel de solutions afin de mobiliser les leviers disponibles pour agir sur ces déterminants.
“ Loin de prôner la fatalité, nous pensons que l’action politique doit être avant tout guidée par des données factuelles, et non des opinions dogmatiques. C’est pourquoi nous invitons les décideurs à étudier ce rapport pour construire un plan d’action cohérent pour améliorer durablement l’accès aux soins de la population.”
Dr Raphaël Dachicourt, président de ReAGJIR.
“ En s’appuyant sur une analyse approfondie des déterminants à l’installation, ce rapport propose des leviers essentiels pour façonner une politique d’accès aux soins équitable et pérenne, sans céder à l’appel de mesures coercitives dommageables.”
Bastien Bailleul, président de l’ISNAR-IMG.
“ Ce rapport représente une formidable opportunité d’œuvrer pour renforcer l’accès aux soins de la population par des propositions pragmatiques, en accord avec les besoins des territoires et les aspirations des jeunes et futurs médecins. Il doit constituer le socle de toute réflexion, et guider les débats relatifs à l’accès aux soins et l’organisation du système de santé. “
Lucas Poittevin, président de l’ANEMF.
Voir aussi:
Les leviers d’action proposés dans le rapport:
Au vu des déterminants influençant l’installation précédemment cités, nous identifions 4 leviers à mobiliser pour encourager les installations, en particulier dans les territoires les
plus en difficulté.
Formation
La formation est le premier levier à mobiliser dans le contexte de pénurie démographique.
En effet, il serait bénéfique de pouvoir former plus de médecins généralistes pour compenser les départs à la retraite, mais il s’avère surtout indispensable d’opérer un véritable virage ambulatoire de la formation pour renforcer l’exposition des étudiants à l’exercice ambulatoire, et les ancrer dès leurs études dans les territoires les plus déficitaires.
Pour cela, augmenter le nombre de stages ambulatoires serait un moyen d’action pertinent, ce qui nécessiterait de former davantage de maîtres de stage des universités.
Permettre la découverte de territoires plus éloignés serait aussi indispensable et nécessiterait d’améliorer les aides au transport et au logement, en renforçant les indemnités de transport, et en créant des hébergements territoriaux dédiés aux étudiants en santé(13).
Enfin, créer des antennes universitaires dans les territoires sous-dotés sans faculté de médecine permettrait de recruter des étudiants issus de ces territoires, en leur permettant
de réaliser leurs études sans être déracinés, favorisant leur installation ultérieure dans la même zone géographique comme le souligne la DREES(14). C’est d’ailleurs le modèle développé par les Rural Clinical Schools en Australie par exemple.
Exercice professionnel
Les conditions de travail sont le facteur principal influençant le choix d’un mode d’exercice.
L’attractivité de l’exercice libéral reposant sur la capacité d’équilibrer vie professionnelle et vie personnelle, limiter les contraintes administratives et alléger la charge de travail devrait être une des préoccupations centrales.
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13 https://www.isnar- img.com/wp- content/uploads/181218 – H%C3%A9bergements- territoriaux- des- %C3%A9tudiant-
en- Sant%C3%A9 – HTES – Charte- commune- ANEMF – ISNAR – ISNI – 1.pdf
14 https://drees.solidarites- sante.gouv.fr/sites/default/files/2021 – 12/DD89.pdf
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Comme le souligne la DREES “Proposer des conditions de vie et de travail épanouissantes ressort, en France comme dans tous les autres pays, comme un élément essentiel pour attirer les professionnels dans les zones sous-dotées, et aussi pour leur permettre de s’y maintenir”. En cela, soutenir le travail en équipe permettant de mieux répartir la charge de travail pourrait être un levier intéressant. Alléger les contraintes imposées aux médecins traitants dans l’augmentation des patientèles serait également un axe à étudier afin de pouvoir gérer un cabinet tout en diversifiant sa pratique (exercice mixte). Faciliter
l’embauche des assistants médicaux, soutien aux médecins généralistes dans leur rôle de gestion d’une patientèle, paraît également pertinent. La place des remplaçants gagnerait
aussi à être renforcée afin de permettre aux médecins de continuer à se former et à prendre des congés sans devoir délaisser leurs patients. Ce dernier point rejoint d’ailleurs
les recommandations de la DREES qui propose de renforcer “l’organisation et le financement de remplacements pour permettre aux praticiens de s’absenter”.
Accompagnement
L’accompagnement humain ressort comme un déterminant ayant davantage d’impact sur l’installation que les aides financières individuelles. En ce sens, renforcer l’accompagnement des jeunes professionnels lors de la construction de leur projet
professionnel serait un levier efficace. Si la création des guichets uniques départementaux d’accompagnement des professionnels de santé dans la LFSS 2023 répond à cet objectif, force est de constater que leur déploiement dans les territoires n’est toujours pas effectif à l’heure actuelle.
Ce lien humain étant particulièrement souligné dans l’interaction avec les collectivités, il semblerait bénéfique d’encourager ces acteurs à se positionner en tant que soutien des
projets d’équipes (MSP, cabinets de groupe, CPTS) par la mise à disposition de moyens et l’accompagnement des professionnels plutôt que de les inciter à proposer des aides financières individuelles anarchiques peu efficaces.
Territoire
Enfin, la problématique du lieu d’installation s’inscrivant dans un contexte territorial global, encourager les installations dans les zones sous-dotées nécessiterait en premier lieu d’agir sur l’attractivité globale de ces territoires. Pour cela, développer les services publics, les transports, l’offre de services culturels et de loisirs sur l’ensemble des territoires pourrait sans aucun doute s’avérer être un levier efficace.
Déterminants du projet professionnel des jeunes médecins généralistes
Bibliographie
- CNOM, Commission jeunes médecins. Enquête sur les déterminants de l’installation chez les
internes, les remplaçants exclusifs et les installés. 2019. [cité 11 septembre 2024]
Disponible sur : https://www.isnar-img.com/wp-content/uploads/Dossier-de-presse-
Enqu%C3%AAte-d%C3%A9terminants-installation-CNOM-CJM-1.pdf - ISNAR-IMG, Impact du diplôme d’études spécialisées de médecine générale sur l’installation
des jeunes médecins généralistes – Exemple du stage SASPAS. Avril 2020. [cité 11 septembre
2024]
Disponible sur : https://www.isnar- img.com/wp- content/uploads/200127-Impact-du-
DES-de-MG-sur-linstallation-des-jeunes-MG-Document-ISNAR-IMG.pdf - DREES, Remédier aux pénuries de médecins dans certaines zones géographiques – les
leçons de la littérature internationale. Décembre 2021 - Laforêt Claire, Impact des différentes mesures incitatives sur le choix du lieu d’installation :
étude auprès des médecins généralistes installés en zones sous-dotées et des médecins
généralistes remplaçants en Limousin, [thèse d’exercice],[Limoges], Université de Limoges, - Disponible sur https://aurore.unilim.fr/ori-oai-search/notice/view/unilim-ori-103018
- Hebert Ambre, Influence des mesures incitatives à l’installation des médecins généralistes
dans les landes : étude observationnelle auprès des médecins installés et collaborateurs
depuis 5 ans, [thèse d’exercice] [Bordeaux], Université de Bordeaux, 2019. Disponible sur
https://dumas.ccsd.cnrs.fr/MEM-UNIV-BORDEAUX/dumas-02519309v1 - Delfino Marie, Quels peuvent être les facteurs favorisant l’installation des médecins
généralistes dans le Var ? [thèse d’exercice] [Marseille] Université d’Aix-Marseille. 2021.
Disponible sur https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-03200092v1 - Pongerard Vincent, Facteurs incitant les médecins généralistes à l’installation en secteur
libéral en Corse : étude qualitative menée en Haute-Corse (2B) et Corse-du-Sud (2A) en - [thèse d’exercice] [Nice] Université de Nice Sophia Antipolis. 2018. Disponible sur
https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-01841543v1 - Resnier Pauline, Déterminants à l’installation des jeunes médecins dans les Mauges – étude
qualitative. Dynamique et avenir d’une zone sous dotée. [thèse d’exercice] [Angers]
Université d’Angers, 2023.
Disponible sur https://dune.univ-angers.fr/fichiers/20093287/2023MCEM16191/fichier/16191F.pdf
Page 18 sur 20
Déterminants du projet professionnel des jeunes médecins généralistes
Rapport | Septembre 2024 - Cros Elise, Marquot Laurène, Déterminants et motivations à l’installation des médecins
généralistes ambulatoires en Aveyron. [Thèse d’exercice][Toulouse] Université Toulouse III –
Paul Sabatier. 2021. Disponible sur http://thesesante.ups-tlse.fr/3684/ - Ambert Vincent, Bien-être au travail et installation pérenne des médecins généralistes en
milieu rural : une étude qualitative. [Thèse d’exercice][Clermont-Ferrand] Université de
Clermont Ferrand. 2019.
Disponible sur https://www.urps-med-aura.fr/wp-content/uploads/2020/09/AMBERT-
Vincent.pdf - Dupont Charline. Les facteurs motivant l’installation en médecine générale libérale. Étude
qualitative auprès de médecins généralistes de l’Aisne, l’Oise et la Somme, installés depuis
moins de trois ans. [Thèse d’exercice][Amiens] Université d’Amiens. 2017.
Disponible sur https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-01774830/document - Elvire Martinez-Valentin, Pierre Chapuis. Déterminants à l’installation de jeunes médecins
généralistes en zone sous-dotée en Isère, chez les signataires du dispositif d’aide à
l’installation du département de l’Isère. [Thèse d’exercice][Grenoble] Université de Grenoble
Alpes. 2022.
Disponible sur https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-03888291v1 - Masurier Nathan, Etude des facteurs influençant l’installation des médecins généralistes en
Sarthe. [Thèse d’exercice][Angers] Université d’Angers. 2022. Disponible sur
https://dune.univ-angers.fr/fichiers/19012401/2022MCEM16075/fichier/16075F.pdf - Esnault Guillaume, Facteurs déterminants à l’installation des médecins généralistes en milieu
rural dans le secteur bas-normand : étude qualitative auprès de médecins généralistes
récemment installés dans le Calvados, La Manche et l’Orne. [Thèse d’exercice][Caen]
Université de Caen. 2022. Disponible sur https://normandie-univ.hal.science/MEM-UNIV-
CAEN/dumas-03982301v1 - Rey Sébastien, Critères d’installation en pôle et Centre de santé des femmes médecins
généralistes en Basse-Normandie. [Thèse d’exercice][Caen] Université de Caen. 2022.
Disponible sur https://normandie-univ.hal.science/MEM-UNIV-CAEN/dumas-04037002v1 - Husser Sarah.. Installation libérale des femmes médecins généralistes : exploration des
déterminants influençant la conciliation entre vie privée et vie professionnelle des femmes
médecins généralistes au moment de leur installation en libéral.
[Thèse d’exercice][Bordeaux] Université de Bordeaux. 2020. Disponible sur
https://dumas.ccsd.cnrs.fr/MEM-UNIV-BORDEAUX/dumas-02977225v1
Page 19 sur 20
Déterminants du projet professionnel des jeunes médecins généralistes
Rapport | Septembre 2024 - Coppolani, Estelle, Je peux m’installer, mais je ne le fais pas, pourquoi ? Enquête auprès des
médecins généralistes remplaçants thésés de Haute-Garonne. [Thèse d’exercice]
[Toulouse], Université Toulouse III – Paul Sabatier. 2014
Disponible sur http://thesesante.ups-tlse.fr/528/ - Levy Dan, Déterminants des choix professionnels des jeunes médecins généralistes : analyse
de l’impact des caractéristiques de l’exercice salarié. [Thèse d’exercice] [Nantes], Université
de Nantes. 2023. Disponible sur https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-04452039v1 - Cantiran Victor, Évaluation par les médecins généralistes nouvellement installés en
Dordogne de l’impact des mesures incitatives et initiatives locales sur leur lieu d’installation.
[Thèse d’exercice] [Bordeaux], Université de Bordeaux. 2019.
Disponible sur https://dumas.ccsd.cnrs.fr/MEM-UNIV-BORDEAUX/dumas-02459345v1 - Uhrig Odile, Évaluation du ressenti après installation, des médecins généralistes salariés
français, face aux différents déterminants les ayant influencés initialement à exercer en
centre de santé. [Thèse d’exercice] [Nancy], Université de Lorraine. 2023.
Disponible sur https://hal.univ-lorraine.fr/hal-04517134 - Birebent Jordan, Déterminants favorisant l’installation des médecins généralistes en zones
sous-denses : Étude quantitative menée sur l’Ariège, le Comminges et le Gers. [Thèse
d’exercice] [Toulouse], Université Toulouse III – Paul Sabatier. 2024.
Disponible sur http://thesesante.ups-tlse.fr/4849/1/2024TOU31057.pdf - Saad-Eddine Murjana, Projet professionnel des internes de médecine générale de l’Université
de Bordeaux en dernière année de DES en 2015 et déterminants de leurs choix. [Thèse
d’exercice] [Bordeaux], Université de Bordeaux. 2017
Disponible sur https://dumas.ccsd.cnrs.fr/MEM-UNIV-BORDEAUX/dumas-01676334v1 - Chudy Christofer, Recherche des freins à l’installation des médecins généralistes en milieu
rural et plus précisément à Fruges. [Thèse d’exercice] [Lille], Université de Lille. 2021
Disponible sur https://pepite- depot.univ- lille.fr/LIBRE/Th_Medecine/2021/2021LILUM647.pdf - Lemonnier Rebecca, Aubry Paul, Les déterminants du parcours professionnel des médecins
généralistes en France: une revue systématique de la littérature. [Thèse d’exercice] [Rouen],
Université de Rouen. 2019. Disponible sur https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-
02345119v
Qu’est-ce qui pousse les jeunes à s’installer là où ils s’installent ?
Raphaël Lichten | 16 Octobre 2024 https://www.jim.fr/viewarticle/qu-qui-pousse-jeunes-à-sinstaller-là-où-ils-2024a1000iwr?ecd=wnl_all_241020_jim_jim-pro_etid6918196&uac=368069PV&impID=6918196&sso=true
Paris – L’ANEMF, l’Isnar-IMG et ReAGJIR ont publié un rapport analysant l’ensemble des déterminants influençant les choix professionnels des jeunes médecins généralistes.
Parallèlement aux arbitrages budgétaires douloureux, la question de l’accès aux soins devrait encore être au cœur des débats du futur PLFSS 2025, entre vieillissement de la population, déserts médicaux et répartition inégale des praticiens sur le territoire.
C’est pourquoi trois organisations, ReAGJIR (représentant les généralistes et jeunes installés), Isnar-IMG (internes en médecine générale) et l’ANEMF (étudiants en médecine) ont publié un rapport conjoint pour aborder ces questions particulièrement importantes en France, alors que 87 % du territoire français reste médicalement sous-doté.
Mieux comprendre les choix à l’installation
« L’accès aux soins s’est imposé comme l’une des préoccupations principales de la population française », affirment les auteurs du rapport en introduction, qui ajoutent que la France affronte des problématiques importantes en la matière, comme le vieillissement de la population et la diminution du nombre de médecins généralistes en exercice.
Des réalités qui soulèvent forcément des inquiétudes au sein de la population et auxquelles les politiques tentent d’apporter des réponses, à l’image du projet de loi déposé en septembre 2024 par la députée Géraldine Bannier. Celle-ci propose l’instauration d’un « service civique médical », potentiellement obligatoire, forçant les jeunes praticiens à s’installer dans des zones sous-dotées. Bien sûr, cette idée a été jugée contre-productive par les syndicats qui considèrent plus pertinent de mieux connaître les déterminants qui favorisent l’installation des médecins. Ainsi, de l’enquête des trois organisations, un certain nombre de critères est ressorti.
Pourquoi choisit-on de s’installer ?
Les auteurs du rapport notent, tout d’abord, que les jeunes généralistes sont plus souvent tentés de s’installer dans des territoires qu’ils connaissent ou qu’ils ont explorés durant leurs études, leurs stages et leurs remplacements. Cette « exposition professionnelle répétée » apparaît ainsi comme un « facteur favorisant la projection dans un exercice ambulatoire ultérieur ».
« Un interne de médecine générale qui réalise un stage pendant sa première année d’internat sera plus enclin à en faire d’autres dans ce même territoire », abonde Bastien Bailleul, président de l’Isnar-IMG, auprès de nos confrères de WhatsUp Doc. « Il va créer son réseau professionnel en fonction des spécialistes autour, mais aussi se faire des amis, peut-être trouver un ou une compagne… En somme, il va s’ancrer dedans ».
D’autres facteurs, plus précis, viennent compléter le tableau. Les caractéristiques du territoire, dont la dotation en services publics et en professionnels de santé, sont des critères particulièrement importants pour les jeunes généralistes. D’autres éléments, personnels, entrent aussi en compte : offre diversifiée de loisirs, vie culturelle, accès à un internet haut débit, environnement sécurisant pour construire une vie de famille, transports, éloignement par rapport au pôle urbain…
Un élément qui correspond aux données de la Drees, qui avait estimé en 2020 que les territoires les mieux dotés en médecin sont aussi les plus attractifs en général.
D’autres critères personnels entrent aussi en compte : le cadre de vie (urbain ou rural) en adéquation avec le souhait du professionnel, proximité avec le domicile, qualité de l’accueil de la population (au-delà de la patientèle), possibilité de trouver un emploi pour son conjoint, offre de scolarité pour les enfants... La proximité amicale et familiale s’avère aussi indispensable pour de nombreux praticiens.
La crainte de se retrouver « démuni »
Les critères professionnels, à proprement parler, sont eux aussi extrêmement importants.
Les jeunes généralistes souhaitent disposer de conditions d’exercice favorables, ce qui passe par la présence de professionnels de santé en nombre suffisant associée à l’existence de structures (hôpitaux de proximité, médico-sociale…). « Il s’agit aussi d’un critère permettant de s’assurer que la charge de travail peut être répartie afin d’être compatible avec l’équilibre vie professionnelle/vie personnelle envisagée », précisent les auteurs du rapport.
L’exposition professionnelle au territoire, évoquée précédemment, joue un rôle important ici, puisque les jeunes praticiens qui ont déjà exercé dans une zone donnée ont pu commencer à tisser des liens avec les autres praticiens. Un aspect plutôt important et qui peut donc motiver les jeunes généralistes à s’installer.
Enfin, concernant les critères financiers, les trois organisations soutiennent qu’ils sont moins importants que tous les autres facteurs énumérés plus haut, même s’ils ne sont pas négligeables.
« Les jeunes médecins généralistes prennent en compte dans leur décision des critères comme le coût global de la vie (loyer, consommation, transport, etc.) ainsi que les éventuelles exonérations d’impôts proposées », ainsi que le coût de la création de leur entreprise (investissement immobilier compris), peut-on lire dans le rapport.
L’impact des aides financières est cependant assez minime : elles ne semblent pas déterminantes. Les aides humaines, en revanche, comme le soutien des collectivités, sont plutôt bien vues. « Le jeune médecin préfèrera s’installer dans une commune prête à l’accompagner dans la création de son entreprise médicale, à lui proposer un local adapté à bas prix, à trouver une place en crèche pour son enfant, etc. », expliquent les auteurs du rapport pour conclure.