Avec Macron, les résultats scolaires des Français ne s’améliorent pas 

 

Un récent rapport de l’OCDE torpille la politique du gouvernement français en matière d’éducation. Le bulletin de notes est particulièrement sévère : malgré des dépenses par élève bien supérieures à la moyenne des pays de l’OCDE, les résultats scolaires de la France se hissent à peine à la moyenne. Et l’hexagone affiche une corrélation très forte entre milieu socio-économique et résultats scolaires.

Graphe Société

publié le 15/10/2024 https://elucid.media/analyse-graphique/ocde-rapport-macron-resultats-scolaires-francais-ameliorent-pas-inegalites-education

Par Alexandra Buste, Xavier Lalbin

Si la France peut se gargariser de pulvériser les objectifs quantitatifs de l’Union européenne en matière d’éducation (nombre d’élèves de 3 ans scolarisés, sorties précoces du système éducatif, etc.), les résultats qualitatifs ont quant à eux raté la cible. Zéro pointé en compréhension de l’écrit, culture scientifique ou mathématique avec un niveau à la fois sous l’objectif et sous la moyenne de l’UE.

Dans le même temps, depuis quelques mois, ce sont 20 milliards d’euros d’économies qui sont recherchés, un pansement pour juguler l’hémorragie non anticipée mais prévisible du déficit public 2023 à 5,5 % du PIB contre 4,9 % prévu… L’éducation est mise à contribution à hauteur de 700 millions d’euros dans un contexte où, en plus du niveau qui s’effondre, les enseignants sont à la fois les plus qualifiés et les moins bien payés de l’OCDE. Sans surprise, le secteur peine à recruter et à mettre un professeur devant chaque classe.

Le constat est donc clair : le pouvoir actuel considère l’éducation de nos enfants comme une dépense de fonctionnement compressible au service de la réduction des déficits et non comme un investissement dans l’avenir, l’innovation et la bonne santé économique future.

Éducation : un système inefficace malgré un niveau de dépense par élève parmi les plus élevés de l’OCDE

Les comparaisons internationales des niveaux des élèves au sein de l’OCDE conduisent à un verdict implacable. Si, en 2022, les scores au PISA baissent dans la plupart des pays, ceux des élèves français dégringolent davantage que la moyenne – un constat particulièrement exacerbé en mathématiques. Et aucun mieux à attendre du côté de la compréhension écrite avec des résultats en chute depuis 2012. Au final, près d’un tiers des élèves n’atteint pas le niveau minimum de compétences, c’est un peu moins que la moyenne de l’OCDE.

Un coup d’œil dans le rétroviseur n’est pas plus rassurant. Il y a 20 ans, les élèves français de 15 ans obtenaient des résultats proches de la moyenne de l’OCDE en culture mathématique et en culture scientifique. Quant aux élèves français âgés de 10 ans, ils obtiennent des résultats inférieurs à la moyenne depuis 2011. Prendre 1998 en référence permet de constater que même les élèves performants sont concernés. 9 % étaient alors catalogués comme très performants en culture mathématique ; ils ne sont plus que 7 % en 2022.

Ces résultats ont de quoi interroger. Après tout, l’Éducation nationale occupe le premier poste du budget de l’État. Cependant, deux éléments complémentaires viennent moduler ce constat. D’une part, la dépense intérieure d’éducation – qui agrège l’ensemble des dépenses publiques et privées – est en baisse en pourcentage de PIB depuis 1995. D’autre part, les effectifs augmentent, ce qui provoque un tassement de la dépense par élève et notamment de celles dans le supérieur et le second degré.

Les dépenses par élève consacrées à l’éducation en France sont supérieures à la moyenne de l’OCDE, mais sont réparties de manière hétérogène. Dans le secondaire, c’est un tiers de plus que la moyenne, mais c’est près de 10 % en moins par élève dans l’enseignement élémentaire.

Ces différences singularisent la France : l’écart des dépenses entre l’élémentaire et le secondaire est de l’ordre de 10 % dans l’OCDE contre plus de 40 % dans l’hexagone. Les autres pays investissent plus dans l’élémentaire que la France. Un constat déjà relevé en 2007 par l’Inspecteur général de l’administration de l’Éducation nationale et de la recherche :

« Cette structure particulière de financement révèle des choix implicites en faveur du secondaire et notamment des lycées, au détriment de l’enseignement supérieur et partiellement de l’enseignement primaire. Si l’on note que les recommandations de l’OCDE vont plutôt dans le sens d’un effort accru sur l’enseignement primaire – où se creusent déjà les inégalités scolaires – et vers l’enseignement supérieur, acteur de compétitivité économique, on voit que nos choix sont paradoxaux. »

Un système éducatif hexagonal parmi les plus inégalitaires de l’OCDE

Côté inégalités aussi, le bât blesse. Le milieu socio-économique est déterminant pour les résultats des élèves. Ceux issus de milieux socio-économiques défavorisés obtiennent de moins bons résultats que les élèves favorisés. Ce phénomène est encore plus prégnant en France que pour la moyenne des pays de l’OCDE. Les élèves défavorisés français sont dix fois plus susceptibles que leurs camarades favorisés de ne pas atteindre le niveau minimum de compétences en culture mathématique ; c’est sept fois en moyenne dans l’OCDE.

Tarir la source de ces inégalités suppose d’agir dès l’école élémentaire, à commencer par un rééquilibrage des dépenses en faveur de l’enseignement élémentaire. Il s’agit de limiter le nombre d’élèves en retard dès le plus jeune âge et d’éviter le recours à des mesures de rattrapage dans le secondaire.

La France alloue pourtant depuis 1981 des ressources supplémentaires aux établissements scolaires relevant de « l’éducation prioritaire » (réseau d’éducation prioritaire – REP, concerne les écoles et collèges). L’objectif est de réduire l’impact des inégalités sociales et économiques sur la réussite scolaire. Le dispositif consiste à réduire les effectifs des classes et de proposer une incitation financière pour attirer plus de professeurs.

Côté verre à moitié plein, la réduction de la taille des classes de CP et de CE1 a permis aux élèves de progresser en français et en mathématiques. De ce fait, les écarts de résultats avec les élèves de l’enseignement non prioritaire ont été réduits. Côté verre à moitié vide, la part d’enseignants expérimentés, qui sont ceux qui obtiennent de meilleurs résultats scolaires, est plus faible dans ces établissements défavorisés.

Ce modèle binaire français du « tout ou rien » (REP ou pas REP), unique dans OCDE, fonctionne de telle sorte qu’il peut écarter certains établissements présentant des caractéristiques proches de celles du réseau prioritaire. C’est notamment parfois le cas en milieu rural, constat qui avait d’ailleurs conduit la Cour des comptes début 2023 à préconiser une affectation plus progressive des ressources. L’objectif est de prendre en compte le contexte économique de la région, ce qui permettrait d’améliorer l’efficacité en termes de réussite scolaire et d’égalité des chances des établissements scolaires.

Le rapport de l’OCDE identifie aussi le renfort de la mixité sociale au sein des établissements comme piste pour améliorer les résultats des élèves.

La France présente en effet la caractéristique d’un plus grand isolement des élèves les moins performants. La mixité est un sujet sensible qui peut présenter un effet repoussoir pour les parents qui cherchent à contourner la carte scolaire pour que leurs enfants soient écartés de ceux perçus comme plus faibles. Cependant, les études (12) sont plus modérées et montrent que l’incidence défavorable d’une concentration d’élèves en difficulté sur les résultats scolaires pèse surtout sur les élèves eux-mêmes en difficulté.

A contrario, l’OCDE note que favoriser la mixité des élèves de bon niveau avec ceux qui sont moins performants est bénéfique pour tous les élèves, notamment quand cela s’accompagne de l’implication des parents et des communautés dans les activités liées à l’école. Pour l’OCDE, « Il semblerait donc que la réduction de la ségrégation socio-économique des écoles favorise à la fois l’amélioration du niveau scolaire au niveau national et celle de l’équité en matière de résultats et de perspectives scolaires ».

Une réduction de ségrégation bien peu prise en compte par les établissements privés de France, qui reçoivent 20 % des élèves. Alors qu’ils sont subventionnés à 75 % par l’État, ils accueillent une part plus importante d’élèves issus de milieux socio-économiques favorisés que les établissements publics. Cette part a d’ailleurs augmenté au cours des deux dernières décennies. À cela s’ajoutent des dotations horaires des lycées privés bien plus importantes que celles du public. Pour l’intersyndicale de la Seine Saint-Denis, « être un ou une élève du 93, c’est partir avec moins de chance qu’ailleurs, c’est 15 mois de scolarité volée en raison du non-remplacement des profs ».

Tous ces constats viennent aggraver les inégalités et mettent à mal la réussite scolaire des moins favorisés.

Autre problématique, le harcèlement scolaire, source potentielle de dégradation des résultats scolaires. En France, 9 % des élèves se déclarent harcelés, c’est au-dessus de la moyenne européenne. Même si l’hexagone a mis en place des mesures (sanctions, renvoi), l’OCDE estime que « la France peut progresser en matière de discipline dans les établissements scolaires, qui est un des facteurs pouvant réduire l’incidence du harcèlement ».

Même constat avec l’indiscipline. La France se classe sixième pire pays en la matière dans l’OCDE. Or, il existe une corrélation positive entre les résultats scolaires et la discipline, de quoi motiver une meilleure formation des professeurs à la gestion des classes.

Crise de vocation : des enseignants parmi les plus qualifiés de l’OCDE, mais mal rémunérés

Les enseignants français figurent parmi les plus qualifiés de l’OCDE. En 2018, plus des deux tiers étaient titulaires d’un master ou d’un diplôme plus élevé, contre moins de la moitié en moyenne dans la zone OCDE. Pourtant, seul un tiers se sent « bien ou très bien préparé en pédagogie générale », contre plus des deux tiers dans les pays de l’OCDE. Sans compter le manque d’enseignants capables de s’occuper des élèves ayant des besoins spécifiques. Ce ne sont pas moins de 7 chefs d’établissements sur 10 qui ont rapporté le manque. Pour pallier le problème, l’OCDE préconise un renforcement de l’utilisation d’approches pédagogiques modernes, ainsi qu’une formation en continu des enseignants.

Sur le même thème, la France occupe la troisième marche du podium en matière de bruit et de désordre dans la plupart des cours (plus de 40 % des élèves le constatent). Dans le même temps, à peine la moitié des enseignants a bénéficié d’une formation à la gestion des classes et du comportement des élèves contre presque les trois quarts en moyenne dans l’OCDE.

Seul un enseignant sur cinq s’estime bien préparé à la gestion des classes et du comportement des élèves contre plus de la moitié en moyenne dans l’OCDE. Pire, on dénombre deux fois plus d’enseignants stressés par des actes d’intimidation ou des attaques verbales de la part des élèves que dans l’ensemble des pays de l’OCDE.

À cela, il convient d’ajouter que le nombre d’élèves par classe, plus élevé en France, est un facteur qui pénalise l’apprentissage. Toutefois, une réduction des effectifs n’est efficace que si elle est accompagnée d’une amélioration de la qualité de l’enseignement, ce qui doit se traduire par « la revalorisation des salaires et l’amélioration des conditions de travail des enseignants, et la mise en avant de nouvelles approches de l’enseignement et de l’apprentissage. »

Il va donc de soi que la profession d’enseignant est peu attractive. En plus des conditions de travail, le niveau de salaire et les perspectives de carrière limitée sont pénalisants, comme le déclarent les deux tiers des étudiants du supérieur qui ne souhaitent pas devenir enseignants. D’ailleurs, seul un enseignant sur six recommanderait la profession d’enseignant. Dans la population générale, cette proportion augmente un peu, mais seule une personne sur quatre recommanderait la profession d’enseignant.

Il faut dire qu’après 15 ans d’expérience, le salaire moyen des enseignants de l’élémentaire et du secondaire général en France est 20 % plus faible que dans la moyenne des pays de l’OCDE (salaire statutaire plus les primes courantes). Consolation, les salaires du haut de la grille sont largement supérieurs à la moyenne. Mais il faut 35 ans d’expérience pour atteindre ce niveau… contre 25 ans en moyenne dans les autres pays.

Et ce n’est pas une charge de travail plus faible qui justifierait des salaires. Bien au contraire, la charge de travail des enseignants français est bien plus élevée que la moyenne.

En ajoutant que moins d’un enseignant français sur dix considère bénéficier d’une reconnaissance sociale, soit plus de quatre fois moins que dans l’ensemble de la zone OCDE, il est peu étonnant finalement qu’en 2022, quatre académies aient été dans l’incapacité de pourvoir tous les postes d’enseignants proposés.

En parallèle, la part d’enseignants qui démissionnent augmente depuis 2012 et le recours aux contractuels progresse sur la dernière décennie. En 2022/2023, les contractuels représentaient 2 % des enseignants du primaire et 10 % des enseignants du secondaire. À la rentrée 2024, début septembre, déjà 2 000 postes de professeurs des écoles étaient répertoriés sur le site de France Travail (ex-Pôle emploi). Pour Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU : « La crise de recrutement [des enseignants] s’est tellement enracinée qu’elle menace la continuité du service public […], sur 2-3 ans, entre 14 et 16 % des postes ne sont pas pourvus […], pour la première fois en 2024, l’agrégation n’a pas fait le plein ».

Pour l’OCDE, la solution réside dans une rémunération qui reflète la charge de travail des enseignants et de meilleures conditions de travail :

« Poursuivre les récentes hausses de la rémunération afin de la rapprocher de la moyenne de la zone OCDE pour les enseignants de l’élémentaire et les enseignants en milieu de carrière pourrait constituer l’un des axes du renforcement de l’attractivité du métier d’enseignant. »

Éducation : un investissement sur l’avenir ou une variable d’ajustement du budget ?

En matière d’éducation, les objectifs fixés par l’Union européenne sont à la fois qualitatifs et quantitatifs. Sans surprise, en France mais aussi dans l’ensemble de l’Union européenne, tous les indicateurs qualitatifs relatifs à la compréhension écrite ou à la culture scientifique sont dans le rouge…

Ce constat a de quoi inquiéter sur l’avenir qu’il esquisse, surtout que le lien entre résultats scolaires, score au PISA et productivité est réel selon l’OCDE. Si le score moyen de la France au PISA atteignait le score moyen des dix pays de l’OCDE les plus performants en matière de compréhension de l’écrit, de culture scientifique et de culture mathématique, on observerait une hausse de la productivité dans le pays de l’ordre d’environ +2,7 %.

Pour y parvenir, l’OCDE recommande d’œuvrer autour de trois axes. D’une part, il s’agit d’améliorer les résultats des garçons en compréhension de l’écrit et ceux des filles en culture mathématique. D’autre part, il faut augmenter la satisfaction des enseignants à l’égard de leur profession et du climat de discipline. Pour finir, les résultats du PISA laissent à penser qu’un équilibre adéquat entre autonomie et redevabilité des établissements va de pair avec de meilleurs résultats parmi les élèves. Ce constat suggère qu’un renforcement de l’autonomie et de la responsabilité des établissements scolaires serait bénéfique.

« L’éducation n’est pas une dépense, c’est un investissement ! ». On se prend à rêver que le gouvernement français fasse sien le slogan scandé par des enseignants, étudiants et parents d’élèves espagnols lors d’une manifestation pour la défense de l’école publique dans les rues de Madrid en 2011. Hélas, le pouvoir actuel semble plutôt considérer l’éducation comme une variable d’ajustement au service d’une réduction des déficits que l’ère Macron n’a cessé de laisser filer…

Photo d’ouverture : Le président français Emmanuel Macron rencontre des enfants dans une école lors d’une visite pour assister à une cérémonie marquant le 175e anniversaire de l’abolition de l’esclavage, à La Cluze-et-Mijoux, près de Besançon, dans l’est de la France, le 27 avril 2023. (Photo par Raphael Lafargue / POOL / AFP)

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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