Armée de réserve du capital ?
Par Marianne
Publié le 24/09/2024 à 21:30 https://www.marianne.net/politique/gauche/marre-de-ces-discours-de-gauche-pour-le-depute-lfi-aly-diouara-meme-la-cgt-et-sophie-binet-sont-racistes
« Marre de ces discours de gauche: pour le député LFI Aly Diouara, même la CGT et Sophie Binet sont racistes
Ce lundi 23 septembre, le député de la 5e circonscription de Seine-Saint-Denis Aly Diouara, membre du groupe La France insoumise (LFI) à l’Assemblée nationale, a épinglé la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet sur les réseaux sociaux. Il accuse la syndicaliste, avec son discours sur l’immigration, d’alimenter « le dessein des réactionnaires et des racistes en tous genres ». Et ce, alors même que la responsable syndicale appelle à « une égalité entre les travailleurs », qu’ils soient immigrés ou français…
Mais qui n’est pas raciste dans le monde binaire d’Aly Diouara ? Ce lundi 23 septembre, le député insoumis de la 5e circonscription de Seine-Saint-Denis, élu le 7 juillet dernier à la faveur des élections législatives anticipées, a fustigé publiquement les prises de position de la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet sur l’immigration. Et le moins que l’on puisse dire c’est que le Courneuvien de 37 ans, déjà épinglé pour ses positions obsessionnelles à l’égard des « juifs » ou des « blancs » et son agressivité sur les réseaux sociaux, n’y est pas allé de main morte.
Invitée de BFMTV ce dimanche 22 septembre, la responsable syndicale de la Confédération générale du travail (CGT) était amenée à réagir au nouveau gouvernement de Michel Barnier… et notamment à la nomination de Bruno Retailleau au poste de ministre de l’Intérieur. « J’espère qu’il va respecter le cadre républicain et les libertés syndicales qui sont fondamentales pour notre démocratie », a d’abord confié Sophie Binet à propos du nouveau locataire de Matignon. Mais cette dernière a rapidement fait part de son inquiétude concernant « ses positions sur la question de l’immigration ».
Et pour cause, selon la secrétaire générale de la CGT – qui s’est à de maintes reprises prononcée contre la loi Asile et immigration depuis sa prise de fonction à la tête de l’organe syndicale en mars 2023 –, l’ex-patron des sénateurs LR s’est illustré dans ce débat « en reprenant une partie des propositions du Rassemblement national ». Sophie Binet a ensuite rappelé que ces dernières ont d’ailleurs été censurées par le Conseil constitutionnel car jugées « non constitutionnelles».
« DES RÉACTIONNAIRES ET DES RACISTES EN TOUS GENRES »
Mais c’est la suite de son argumentation qui a fait bondir l’Insoumis fraîchement élu à l’Assemblée nationale. Alors que la cheffe de file de la CGT s’émeut d’un « débat » sur le sujet qu’elle estime « totalement caricatural » puisqu’il oublierait que « l’immigration est une richesse » pour la France, « parce que les personnes immigrées travaillent et rapportent beaucoup plus au pays qu’elle ne lui coûte notamment en impôt et en cotisations sociales », Aly Diouara fait un raccourci pour le moins étonnant…
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« Ce genre de discours qui croit rendre service à une cause et qui en réalité poursuit et alimente le dessein des réactionnaires et des racistes en tous genres », va en effet jusqu’à affirmer sur X l’élu LFI. Entre la CGT et le racisme d’extrême droite, il n’y aurait donc qu’un pas ? « Marre de ces discours de « gauche » qui font de l’immigré une vulgaire variable d’ajustement économique, un agrégat », ajoute Aly Diouara, en usant des guillemets et en accusant la CGT de défendre les salariés étrangers uniquement pour ce qu’ils rapportent à l’économie du pays.
Aly Diouara reprendrait-il ici une position marxiste et jauressienne historique sur l’immigration, prônant la lutte contre un capitalisme qui promeut la concurrence entre classe ouvrière et main-d’œuvre étrangère ? Pas sûr que le militant qui prend régulièrement soin de marteler qu’il est lui-même issu de l’immigration et n’hésite pas à fustiger dès qu’il le peut la ligne du Parti communiste français (PCF) sur l’immigration – qu’il qualifie d’« intégration assimilationniste, répressive et raciste » – aille jusque-là.
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D’autant plus que la syndicaliste ne fait ici que reprendre un argumentaire désormais bien répandu à gauche consistant à répondre à l’idée soulevée par leurs adversaires politiques selon laquelle l’immigration représente un coût trop important. Pas de surprise, donc. Tant pis, aussi, si Sophie Binet prône dans ce même extrait « une égalité entre les travailleurs », en revendiquant que les travailleurs « immigrés aient les mêmes droits que les travailleurs français ».
La secrétaire générale de la CGT rappelle au passage la « promesse » – non tenue – de Gérald Darmanin d’ouvrir « la possibilité de régulariser plus facilement les travailleurs et travailleuses étrangers ». Soit la position que l’on retrouve dans le livret migration de La France insoumise, appelant à la régularisation de tous les travailleurs sans-papiers…
SUR LA LIGNE D’ANASSE KAZIB
Accusée par Aly Diouara d’alimenter le « dessein » des « racistes », Sophie Binet en profite pourtant pour déplorer sur BFM les « difficultés » encore plus importantes dans les préfectures depuis le vote la loi en question. Selon elle, c’est même « le parcours du combattant pour faire régulariser des salariés qui sont là depuis des années en France, qui bossent, qui ont leurs familles en France et qui ont besoin d’avoir des droits ».
Pour rappel, fin décembre 2023, la responsable syndicale avait appelé à la « désobéissance civile »et à des « actions de résistance » pour s’opposer à l’entrée en vigueur de la loi immigration, l’accusant de remettre « en cause en profondeur tous nos principes républicains » et de dérouler « le tapis rouge à l’extrême droite », en rejoignant l’appel de 32 départements de gauche qui avaient annoncé ne pas appliquer certaines mesures du texte.
À noter qu’Aly Diouara n’est pas le seul à la gauche de la gauche de l’échiquier politique à avoir taxé les propos de la cheffe de file de la CGT de racistes. « Juste la @lacgtcommunique y’a pas de commission antiraciste ou quelqu’un qui peut former @BinetSophie à arrêter de sortir les discours comme ça ? », avait lancé plus tôt dans la journée ce lundi 23 septembre dans un post sur X le militant de Révolution permanente Anasse Kazib. « Donc l’objectif c’est de convaincre les racistes de pas trop l’être parce que y’a un p’tit billet qui tombe pour l’économie du pays », avait également abondé le trotskiste syndiqué chez Sud-Rail.
UN DÉPUTÉ ANTI-CGT ?
Des accusations à l’encontre de la CGT finalement pas si étonnantes, de la part d’Aly Diouara ? En 2021, l’ex-candidat sans étiquette aux élections départementales estimait que « le corporatisme de gauche est avant toute chose, un corporatisme BLANC (…) ». En août 2022, il n’hésitait pas non plus à apostropher plusieurs responsables politiques de gauche tels que Clémentine Autain, Olivier Faure et Alexis Corbière réunis aux universités d’été du PS en déclarant sur le réseau social X : « Salut les blancs, dites… on vous dérange pas trop dans votre remake de la conférence de Berlin ? » – en référence à cette réunion entre plusieurs pays occidentaux à la fin du XIXe siècle sur le partage et la division de l’Afrique.
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Depuis l’attaque du 7 octobre par le Hamas en Israël, Aly Diouara s’est par ailleurs trouvé une nouvelle obsession. Pendant la campagne des européennes, il avait notamment qualifié Raphaël Glucksmann de « candidat sioniste », « complice du génocide en cours à Gaza », tout comme sa colistière Emma Rafowicz… au mépris du discours de la candidate et du Parti socialiste sur la question.
Mais c’est peut-être aussi du côté d’un certain sectarisme primaire à l’égard de la CGT, et du Parti communiste français (PCF), qu’il faut aller chercher… Car ce n’est pas la première fois qu’Aly Diouara s’attaque publiquement à la Confédération syndicale. En novembre 2022, le militant associatif s’indignait des « excédents cumulés par l’union locale #CGT en 2014 », dénonçant « un véritable trésor de guerre abondé par les subventions de la majorité socialo-communiste NUPES de La Courneuve ».
« À QUI SERT CE PACTOLE ??? », allait-il jusqu’à dénoncer sur son compte X dans un post aux relents complotistes. Un an plus tôt, en décembre 2021, l’insoumis fraîchement élu à l’Assemblée nationale déclarait déjà : « Dans la lutte en faveur du salariat, la CGT est sans nul doute l’organisation syndicale la plus corrompue et la plus sectaire qu’il m’a été donné d’observer ». Si la ligne différentialiste d’Aly Diouara n’a, semble-t-il, pas posé problème au mouvement de Jean-Luc Mélenchon lors de son investiture, reste à voir comment ses positions anti-CGT seront accueillies dans une période où LFI pousse pour que les syndicats se mettent en branle.