Certains dérivés de pesticides échappent encore à la surveillance dans l’eau par les autorités,

Pesticides dans l’eau : Générations futures appelle à resserrer la surveillance

Générations futures a évalué la surveillance des métabolites de pesticides dans l’eau en croisant plusieurs bases de données. Elle estime que les mailles gagneraient à être resserrées. Explications.

Eau  |  Aujourd’hui à 00h01  | 

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D. Laperche

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Pesticides dans l'eau : Générations futures appelle à resserrer la surveillance

© teerawat

Malgré un palmarès qui justifierait qu’on les recherche, certains dérivés de pesticides échappent encore à la surveillance dans l’eau par les autorités, selon Générations futures. Pour démontrer que les mailles du filet sont trop lâches, l’association a entrepris un croisement entre plusieurs jeux de données. Elle a ainsi comparé la liste des métabolites de pesticides recherchés au moins une fois dans les eaux souterraines et/ou dans l’eau potable en 2022 et 2023 à celle des dérivés qui ont été autorisés ou le sont encore et qui pourraient contaminer les eaux souterraines et dépasser le seuil de 0,1 microgramme par litre pour l’eau potable.

L’association a ainsi montré que 56 métabolites, qui risqueraient de dépasser les seuils fixés pour l’eau potable n’ont fait l’objet d’aucun suivi en 2022 et en 2023. Parmi ceux-ci, douze (1) sont considérés comme préoccupants par l’association. En cause ? Leur persistance dans l’environnement, leur présence à des concentrations potentiellement supérieures à la limite de qualité pour l’eau brute, leur reconnaissance comme métabolite pertinent par l’Agence européenne de sécurité des aliments (Efsa) ou encore un tonnage de vente élevé de leur substance active.“ Il y a probablement un manque de communication entre les services de l’Anses et les services de la DGS et des ARS chargés du contrôle sanitaire de l’eau potable ”Générations futures

Dans cette liste réduite, l’association pointe plus particulièrement l’acide trifluoroacétique (TFA), un métabolite issu notamment de pesticides PFAScomme le flufénacet. « Le TFA est prédit dans les eaux souterraines à des niveaux supérieurs à 0,75 μg/L pour tous les usages représentatifs dans tous les scénarios Focus (2) et supérieurs à 10 μg/L dans certains scénarios pour tous les usages, souligne Générations futures. Ces conclusions, disponibles depuis 2017 auraient déjà dû alerter les autorités françaises étant donné que le flufénacet est très utilisé en France. » Le constat est similaire pour un second pesticide source de TFA, le fluopyram.

La Dipa, précurseur de substances suspectées cancérigènes

Autre métabolite pointé par l’association : le dérivé de l’herbicide triallate, la diisopropylamine (Dipa). « Déjà en 2009, l’Efsa identifie dans ses conclusions un besoin d’évaluer le devenir dans le sol et les eaux souterraines du métabolite Dipa, dénonce l’association. Elle souligne déjà que ce métabolite est connu pour être un précurseur du N-nitrosodiisopropilamine (NDipa), une substance appartenant à la famille des nitrosamines, suspectée cancérigène. » En 2020, le dossier de l’agence signale la migration dans le sol du Dipa à des concentrations qui peuvent atteindre 10 μg/L dans tous les scénarios. « L’Efsa considère ce point comme une « critical area of concern » [un domaine de préoccupation critique, ndlr] devant normalement conduire à l’interdiction de la substance au niveau européen, rappelle Générations Futures. Sur la base de ces données, le triallate n’aurait donc jamais dû être autorisé pour dix ans en 2009. »

En France, les conclusions de l’évaluation du principal herbicide en contenant sur le territoire, l’Avadex 480, par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (réalisée en 2019) rejoignent celles de l’Efsa. Le retrait du produit est décidé le 29 septembre 2023 avec un délai de dix-huit mois accordé pour l’écoulement des stocks. « Alors que l’Anses a la certitude qu’il existe un risque très élevé de contamination des eaux souterraines françaises depuis au moins 2019, ce métabolite n’a toujours pas fait l’objet d’une surveillance, même à titre exploratoire de la part des autorités », regrette Générations futures.

Trois raisons à ce maillage trop lâche

Les améliorations proposées

Pour améliorer la situation, Générations futures souhaite agir sur trois pistes : tout d’abord, pour une meilleure connaissance, l’association préconise d’inclure dans la surveillance les douze métabolites les plus à risques qu’ils ont identifiés. Autre demande : réviser l’instruction de la Direction générale de la Santé du 18 décembre 2020 ; favoriser la transmission d’information entre la DGS et les ARS ; et exiger des fabricants de pesticides la fourniture des étalons aux laboratoires d’analyses. L’association appelle également à l’interdiction des pesticides dans les aires d’alimentation des captages d’eau potable d’ici à 2030 et la révision du processus d’autorisation des produits (par exemple ne pas autoriser l’usage d’un produit s’il y a un risque de contamination des eaux souterraines > 0.1 μg/L). Tout ceci en accompagnant financièrement les agriculteurs.
À l’opposé, Générations futures souhaite que la dépollution de l’eau soit financée par les titulaires des autorisations de mise sur le marché et de permis de commerce. Elle demande à relever de 20 % la redevance pour pollution diffuse pour dégager des marges de manœuvre aux agences de l’eau.

Pour l’association, cette situation s’explique par plusieurs facteurs. Tout d’abord, elle considère que la méthodologie suivie pour la surveillance dans l’eau potable est à revoir. Pour sélectionner les substances à suivre sur leur territoire, les agences régionales de santé (ARS) s’appuient sur l’instructionde la direction générale de la Santé parue en décembre 2020. Celle-ci conseille notamment de cibler les pesticides en fonction de la probabilité de les retrouver dans les eaux et des risques pour la santé humaine. Mais pour l’association des biais sont à corriger. « Selon cette méthodologie, il est très difficile d’intégrer de nouveaux métabolites s’ils ne sont pas encore recherchés dans aucune matrice (eau potable, eau de surface, eau souterraine), assure Générations futures. Les propriétés intrinsèques des métabolites, et donc leur capacité à persister dans les sols et à lessiver vers les eaux souterraines, ne sont pas prises en compte pour sélectionner les métabolites les plus susceptibles d’être présents dans les nappes phréatiques. » 

Autre piste pour l’association : un manque de transmission d’informations entre les administrations. « Il y a probablement un manque de communication entre les services de l’Anses, qui sont au courant des risques avant même la mise sur le marché des produits, et les services de la DGS et des ARS chargés du contrôle sanitaire de l’eau potable », suppose-t-elle.

Enfin, Générations futures déplore que les laboratoires soient limités dans leurs surveillances par l’accès à des étalons analytiques pour certains métabolites de pesticides. Normalement, les fabricants de pesticides doivent fournir sur demande les étalons pour l’analyse des métabolites pertinents et de tous les autres composants figurant dans toutes les définitions de résidus à des fins de surveillance. « À la suite du rapport du BRGM (3) de 2018 qui alertait déjà sur le défaut de surveillance pour de nombreux métabolites, les laboratoires auraient pu, depuis cette date, développer des méthodes d’analyse, estime Générations futures. Encore fallait-il que les autorités chargées du contrôle sanitaire en fassent la demande, ce qui semble ne pas avoir été le cas. »

1. TFA, Diisopropylamine (Dipa), M650F04, THPAM, Chlorotoluron benzoic acid, 479M09, 479M11 ; NOA 413163, NOA 41361, M650F03, hydroxy isoxaben et sulfonate M2

2. Focus est un modèle mathématique utilisé par l’Anses pour prédire les concentrations dans les eaux souterraines des substances actives et de leurs métabolites, après l’utilisation des produits dans les conditions d’usage préconisées.

3. Lire « Besoins analytiques sur les métabolites de pesticides : liste des substances issues des dossiers d’homologation et capacités actuelles des laboratoires – bilan 2015-2018 »


https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-44868-besoin-analytiques-metabolitiques-pesticides-listes-substances-issues-dossiers-homologations-capacites-actuelles-laboratoires.pdf

Dorothée Laperche, journaliste
Cheffe de rubrique eau / santé environnement

Eau potable : des dizaines de métabolites de pesticides échappent à toute surveillance

Une étude menée par l’association Générations futures répertorie cinquante-six molécules issues de la dégradation de pesticides susceptibles d’être présentes dans les eaux souterraines françaises et ne faisant l’objet d’aucun suivi par les autorités sanitaires, pourtant averties par les fabricants des risques encourus. 

Par Stéphane FoucartPublié aujourd’hui à 06h58 https://www.lemonde.fr/planete/article/2024/10/15/eau-potable-des-dizaines-de-metabolites-de-pesticides-echappent-a-toute-surveillance_6352130_3244.html

Temps de Lecture 4 min.

L’Arias, un kilomètre en aval du point de rejet de l’usine Solvay, où l’on retrouve d’importantes quantités d’acide trifluoroacétique (TFA) dans l’eau, à Salindres (Gard), le 30 janvier 2024.
L’Arias, un kilomètre en aval du point de rejet de l’usine Solvay, où l’on retrouve d’importantes quantités d’acide trifluoroacétique (TFA) dans l’eau, à Salindres (Gard), le 30 janvier 2024.  JULIEN GOLDSTEIN POUR « LE MONDE »

En mai, Le Monde révélait que 97 % des eaux souterraines françaises étaient contaminées par un ou plusieurs pesticides, ou par des produits de dégradation de ces substances – des métabolites. En particulier, 20 % des nappes affichent des taux supérieurs aux seuils réglementaires de qualité, mais la réalité pourrait être plus préoccupante encore. Dans un rapport rendu public mardi 15 octobre, l’association Générations futures a identifié plusieurs dizaines de métabolites de pesticides connus des autorités pour présenter un risque de contamination des eaux souterraines et qui ne font cependant l’objet d’aucune surveillance. Ils ne sont recherchés ni dans les nappes phréatiques, ni en bout de chaîne, dans l’eau du robinet.

Générations futures estime que ces substances sont, en l’état actuel des connaissances, au nombre de cinquante-six, dont une douzaine particulièrement problématiques pour les nappes phréatiques. Deux d’entre elles concentrent, selon l’association, une grande part des risques : le DIPA (le diisopropylamine) et le TFA (l’acide trifluoroacétique). Le premier est un métabolite d’un herbicide, le triallate, autorisé depuis les années 1960 et qui a été retiré du marché français l’an dernier. Le second appartient à la famille des substances per- et polyfluoroalkylées, les PFAS, appelés « polluants éternels » pour leur persistance dans l’environnement et les organismes contaminés. Il provient, entre autres, de la dégradation d’un herbicide dénommé flufenacet, toujours autorisé en Europe et en France.

En quelques années, la question des métabolites dans l’eau est devenue critique. Ces substances sont à l’origine de nombreuses non-conformités des eaux destinées à la consommation humaine. En 2022, selon les données officielles, près de 11 millions de Français ont reçu au robinet une eau non conforme aux critères de qualité. « Malgré la gravité de la situation, on n’observe aujourd’hui que la partie émergée de l’iceberg, dit Pauline Cervan, ancienne toxicologue réglementaire pour l’industrie, principale autrice du rapport. Nous sommes dans une grande ignorance de l’état réel de nos ressources en eau, donc de la qualité de l’eau du robinet distribuée à des dizaines de millions de personnes. »

Voir notre grand format |    Trois cents contaminants dans nos nappes : polluant par polluant, notre analyse des eaux souterraines en France

Et pour cause : aujourd’hui, alors que 188 molécules ont fait l’objet d’au moins un dépistage depuis 2022, trois métabolites de pesticides, issus respectivement du chlorothalonil, de la chloridazone et du S-métolachlore, sont à eux seuls responsables de la majorité des dépassements. Ces substances ont été utilisées pendant plus d’un demi-siècle sans que leurs métabolites aient été recherchés, bien que leur potentiel de contamination des nappes ait été connu parfois de longue date. Et dix ans se sont écoulés dans les deux cas entre les premières mises en garde au niveau européen et l’entrée en vigueur des premières mesures de surveillance en France.

Triallate interdit en 2023

Générations futures a donc épluché les milliers de pages de dossiers réglementaires déposés par les fabricants pour des dizaines de pesticides autorisés en Europe afin d’y déceler les produits identifiés comme problématiques pour les ressources en eau, et pourtant non recherchés par les autorités sanitaires. « Nous avons identifié 88 substances actives autorisées en Europe qui génèrent des métabolites potentiellement à risque de contaminer les eaux souterraines », lit-on dans le rapport de l’association. Cette liste a été réduite, ne tenant compte que des pesticides qui sont effectivement utilisés en France et ceux dont les métabolites sont présumés dangereux pour l’intégrité des nappes, à en croire les modélisations réalisées par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses).

Lire aussi |    L’eau potable des Parisiens et des Européens contaminée par un « polluant éternel » non surveillé

Une fois cet écrémage réalisé, il reste dans l’escarcelle de l’association 39 pesticides générant 79 métabolites risquant de contaminer les nappes au-delà du seuil réglementaire de 0,1 microgramme par litre (µg/l). Sur ces 79 métabolites, seuls 23 font ou ont fait l’objet d’une surveillance par les autorités sanitaires dans les eaux souterraines ou l’eau du robinet. Il reste donc, dans cette liste, 56 molécules de synthèse issues de la dégradation de pesticides à n’avoir jamais été surveillées ou recherchées.

Une situation surprenante au vu des modélisations effectuées par l’Anses. Pour le DIPA, par exemple, l’agence estimait, dans un avis de 2016, qu’en utilisation normale (une application tous les trois ans), le triallate pouvait conduire à une contamination des nappes par son métabolite, jusqu’à 42,4 µg/l, soit plus de 400 fois le seuil de qualité. Selon le crible de Générations futures, le DIPA n’a pourtant jamais été recherché dans les ressources hydriques. Le triallate n’a été interdit en France qu’en 2023. On ignore donc toujours l’héritage toxique que ses décennies d’utilisation ont pu laisser dans les nappes phréatiques.

Manque de coordination

De même, le TFA n’a jamais été officiellement recherché, mais Pesticide Action Network Europe (PAN-Europe) et Générations futures ont conduit une petite campagne de mesure en juillet, testant sa présence dans 36 échantillons d’eau du robinet et 19 eaux en bouteille, prélevées dans onze pays européens, dont la France. Le TFA a été détecté dans 34 des 36 échantillons d’eau du robinet et dans 12 des 19 eaux en bouteille. A Paris, le taux de TFA dans l’eau du robinet était mesuré autour de 1 µg/l. A ce jour, il n’existe aucun seuil établi pour cette substance, mais si elle devait être classée « pertinente », c’est-à-dire potentiellement problématique pour la santé humaine, ce seuil excéderait d’un facteur dix la limite de qualité.

Outre le TFA et le DIPA, Générations futures identifie dix autres métabolites non surveillés potentiellement très problématiques. Soit parce qu’ils sont considérés comme « pertinents » par l’Autorité européenne de sécurité des aliments, soit qu’ils proviennent de pesticides utilisés à fort tonnage dans l’agriculture française ou qu’ils sont persistants dans l’environnement. Pour l’association, ces défauts de surveillance proviennent essentiellement d’un manque de coordination entre l’Anses et la direction générale de la santé.

Lire aussi l’enquête (2023) :    L’eau potable en France contaminée à vaste échelle par les métabolites du chlorothalonil, un pesticide interdit depuis 2019

« On a vu, avec les exemples du chlorothalonil et de la chloridazone, que la découverte de ces métabolites entraîne des difficultés de gestion pour les autorités sanitairesIl est certain que la recherche, et la probable découverte, de nouveaux métabolites engendrera également de nouvelles difficultés, dit Mme Cervan. Il est choquant que les pouvoirs publics autorisent ces produits alors que l’information sur les risques est accessible. La seule issue possible est une réelle volonté politique de réduire l’usage des pesticides, en particulier dans les aires de captage. » Interrogée sur les raisons de l’absence de suivi de ces substances, la direction générale de la santé n’a pas donné suite à nos sollicitations.

Stéphane Foucart


Pesticides: la pollution des eaux «très sous-estimée», selon Générations Futures

Par Le Figaro avec AFP 

Publié le 15 Octobre 2024 https://www.lefigaro.fr/sciences/pesticides-la-pollution-des-eaux-tres-sous-estimee-selon-generations-futures-20241015?utm_source=CRM&utm_medium=email&utm_campaign=20241015_NL_ALERTESINFOS&een=8aa4833201a408e8a5d776ac0b844bbc&seen=2&m_i=21M3IgDdbaglRKQMPU2xgd3XpTXoZliFlV7Xp6Q6rvA%2Bd_QZge7QxJWZHo50nAliBSVG2l4GsSejenH%2BoqQBjcvG5v6a0TMk2K

Les métabolites sont des molécules issues de la dégradation de substances chimiques. S. Leitenberger / stock.adobe.com

L’ONG affirme avoir identifié 56 métabolites de pesticides n’ayant fait l’objet d’aucun suivi alors qu’ils risquent de contaminer les eaux souterraines.Passer la publicité

La pollution des eaux en France est «très sous-estimée» car des dizaines de métabolites de pesticides, molécules issues de leur dégradation et potentiellement toxiques, ne font l’objet d’aucune surveillance, dénonce un rapport publié mardi par l’ONG Générations Futures. «De nombreux métabolites de pesticides officiellement à risque de dépasser la norme pour l’eau potable n’ont fait l’objet d’aucun suivi dans les eaux souterraines ou l’eau potable ces dernières années», alerte l’association de défense de l’environnement.

L’ONG affirme avoir identifié 56 métabolites de pesticides n’ayant fait l’objet d’aucun suivi alors qu’ils risquent de contaminer les eaux souterraines à des concentrations supérieures à 0,1 ?g/l, soit la limite réglementaire, selon leur analyse de travaux de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail). Les métabolites sont des molécules issues de la dégradation de substances chimiques, telles que les pesticides, qui peuvent se retrouver ensuite dans les sols, les eaux de surface et les eaux souterraines, avant de contaminer les zones de captage d’eau potable.

À lire aussi Pesticides : l’eau du robinet présente-t-elle un risque pour la santé? 

«Parmi ces 56 métabolites non suivis, nous avons identifié 12 métabolites particulièrement à risque», affirme l’association, dont l’acide trifluoroacétique (TFA), une molécule très persistante déjà dans le viseur du Réseau européen d’action sur les pesticides (PAN Europe). Le TFA est issu de la dégradation de certains «polluants éternels», les PFAS, qui sont des substances présentes dans des pesticides, des gaz réfrigérants, des revêtements anti-adhésif de poêles, des mousses anti-incendie ou des cosmétiques, et particulièrement dans les rejets des usines qui les produisent.

Un déficit d’études sur la toxicité de ces molécules

«Les autorités françaises ne peuvent pas ignorer les risques de contamination des eaux souterraines par le TFA», alerte l’ONG, arguant de la proposition d’une agence sanitaire allemande de classer le TFA comme toxique pour la reproduction. «Les conséquences d’une exposition chronique aux métabolites de pesticides présents dans l’eau potable sont largement inconnues», rappelle Générations Futures, qui dénonce régulièrement un déficit d’études sur la toxicité de ces molécules. Même si les informations manquent pour déterminer avec certitude les niveaux de concentrations sans risque, les associations antipesticides rappellent que les molécules se cumulent dans l’eau et peuvent avoir un «effet cocktail».

En conclusion, «Générations Futures demande la mise en place rapide d’un plan d’action pour améliorer la surveillance des métabolites et relancer une politique ambitieuse de diminution de l’usage des pesticides en France», prévue par le plan Ecophyto du gouvernement, très décrié par les écologistes. Fin 2023, une commission d’enquête avertissait qu’en France, «sur au moins un tiers du territoire national, les pesticides et leurs métabolites constituent une menace majeure pour la ressource en eau potable».

71% des métabolites de pesticides à risque pour l’eau potable n’ont fait l’objet d’aucun suivi dans les eaux souterraines ou l’eau potable !

Le 15 octobre 2024 https://www.generations-futures.fr/actualites/metabolite-pesticides-iceberg/


Générations Futures révèle, dans 
un rapport exclusif publié ce jour, une surveillance de l’eau très insuffisante et une sous-estimation importante de la pollution des eaux en France.  

D’après les analyses officielles menées par les agences françaises[1], les métabolites, produits de dégradation des substances actives pesticides dans l’environnement, contaminent davantage les eaux potables que les substances elles- mêmes. Pourtant, bien que les autorités publiques soulignent fréquemment que “l’eau du robinet est l’un des aliments les plus contrôlés en France[2]”, nous constatons en réalité que peu de métabolites de pesticides sont intégrés dans la surveillance de l’eau potable au regard du nombre très importants de métabolites existants. De plus, lorsque cette surveillance est instaurée, elle intervient souvent tardivement, parfois après l’interdiction des substances actives.

Face à ce constat, une question se pose : et si les métabolites de pesticides qui sont actuellement inclus dans les analyses ne représentaient que la partie émergée de l’iceberg ? Nous avons donc investigué pour savoir s’il existait d’autres métabolites de pesticides susceptibles de contaminer les eaux souterraines et l’eau potable mais qui ne sont pas encore recherchésEt les résultats de nos investigations que nous publions aujourd’hui sont pour le moins inquiétants ! 

Notre enquête : un travail minutieux et fouillé

Face à la multitude de substances actives pesticides existantes pouvant générer des métabolites, il a été nécessaire de prioriser nos recherches. Nous nous sommes concentrés sur l’étude de 88 substances pesticides autorisées ou ayant été autorisées en France depuis 2011 et à risque de générer des métabolites mobiles. En se basant sur les dossiers d’évaluation des pesticides de l’agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) pour ces 88 substances, nous avons établi une liste des métabolites à risque de contaminer les eaux souterraines et de dépasser la norme de 0,1 µg/l pour l’eau potable.

A noter : Cette norme de 0.1µ/l s’applique aux pesticides et à leur métabolites pertinents, c’est-à-dire pouvant générer un risque sanitaire pour les consommateurs. La majorité des métabolites n’ayant pas été évalués, ils doivent être par défaut considérés comme pertinents. Par conséquent la limite de 0.1µg/L s’applique à la très grande majorité des métabolites que nous avons étudiés.

Pour déterminer si ces métabolites identifiés comme à risque sont effectivement recherchés ou non, nous avons listé tous les métabolites qui ont été analysés au moins une fois dans les eaux souterraines et/ou potables ces 2 dernières années par les agences chargées de la surveillance des eaux en France.

Et alors qu’avons-nous découvert ?

Nos résultats : Des dizaines de métabolites problématiques passés sous silence !

Plusieurs conclusions sont à tirer de nos investigations :

  • L’utilisation des pesticides de synthèse est une menace pour la qualité des masses d’eau souterraines : Sur les 88 substances actives étudiées, nous en avons identifié 39 générant 79 métabolites risquant de contaminer les eaux souterraines françaises à des concentrations supérieures à 0.1 µg/L d’après l’Anses. Les ventes en France de ces 39 substances à risque s’élevaient à 8330 tonnes en 2021. 
  • La surveillance des eaux est largement insuffisante et la pollution est donc sous-estimée :  23 métabolites sur les 79 que nous avons identifiés ont fait l’objet d’un suivi dans les eaux en 2022/2023. Au contraire, 56 métabolites à risque de dépasser la norme pour l’eau potable n’ont fait l’objet d’aucun suivi dans les eaux souterraines ou l’eau potable d’après nos recherches. La pollution des eaux françaises par les métabolites de pesticides est donc potentiellement très sous-estimée !
  • 12 métabolites particulièrement à risque non suivis :  Parmi ces 56 métabolites non suivis, nous avons identifié 12 métabolites particulièrement à risque, dont les concentrations prédites dans les eaux souterraines sont très élevées. 8 de ces métabolites sont issus de substances actives cancérigènes mutagènes ou reprotoxiques (CMR) ou perturbatrices du système endocrinien.
  • Parmi ces 12 métabolites les plus préoccupants, figurent le TFA, métabolite commun à de nombreux pesticides fluorés retrouvés et présents dans la majorité de l’eau potable en Europe[3]Le TFA est considéré par l’Allemagne comme toxique pour la reproduction probable. On retrouve également le DIPA, métabolite persistant de l’herbicide tri-allate jugé potentiellement génotoxique et dont certains usages conduisent à des concentrations calculées dans les eaux souterraines de 42 µg/L soit 420 fois au-dessus de la norme pour l’eau potable !

Mais alors pourquoi ces métabolites ne sont-ils pas suivis ?

Pour Générations Futures il y aurait plusieurs raisons possibles :

  1. la méthodologie utilisée pour sélectionner les métabolites à suivre n’est pas pertinente.  Entre autres, les propriétés intrinsèques des métabolites concernant leur capacité à persister dans les sols et à lessiver vers les eaux souterraines ne sont pas prises en compte.
  2. il y a probablement un manque de communication entre les services de l’Anses, qui sont au courant des risques avant même la mise sur le marché des produits, et les services de la Direction Générale de la Santé du ministère de la Santé et des Agences Régionales de Santé chargés du contrôle sanitaire de l’eau potable.
  3. La non mise à disposition par les industriels d’étalons analytiques pour de nombreux métabolites freine l’élargissement nécessaire des recherches des métabolites de pesticides dans l’eau.

Nos demandes sur ce sujet des métabolites de pesticides

Face à ces résultats, nous proposons d’agir immédiatement en améliorant drastiquement la surveillance des métabolites dans l’eau, en sélectionnant mieux les substances à suivre et en obligeant les industriels à fournir tous les étalons analytiques nécessaires. Afin de préserver la ressource, l’usage des pesticides dans les aires d’alimentation de captages doit être interdit rapidement. Il est nécessaire de soutenir financièrement les agriculteurs dans leur conversion vers des systèmes moins dépendants des pesticides.

« Notre rapport montre que le suivi des métabolites de pesticides dans les eaux en France ignore de très nombreuses substances pourtant à risque d’être présentes dans l’eau selon les dossiers d’évaluation. Cette situation sous-estime grandement le risque de pollution! » déclare François Veillerette, porte-parole de Générations Futures. “Il est choquant de constater que les risques de contamination des nappes phréatiques par les métabolites sont connus avant la commercialisation des produits pesticides. Pourtant, l’usage de ces pesticides est tout de même accordé, en toute connaissance de cause, et aucune surveillance n’est mise en place, ce qui est tout bonnement scandaleux!” ajoute Pauline Cervan, toxicologue et chargée de mission chez Générations Futures. « Générations Futures demande la mise en place rapide d’un plan d’action pour améliorer la surveillance des métabolites et relancer une politique ambitieuse de diminution de l’usage des pesticides en France. » concluent les représentants de l’association.

Téléchargez le dossier: https://www.generations-futures.fr/wp-content/uploads/2024/10/dossier-metabolites-iceberg-vf-online.pdf

Voir aussi:

Résidus de pesticides : 20% des Français sont exposés à une eau du robinet « non conforme »

Par La rédaction numérique de France Inter

Publié le jeudi 22 septembre 2022 à 18h59 https://www.radiofrance.fr/franceinter/residus-de-pesticides-20-des-francais-sont-exposes-a-une-eau-du-robinet-non-conforme-7576750

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Dans plusieurs milliers de communes, l'analyse de l'eau du robinet a révélé des niveaux de molécules issues des pesticides au-dessus des seuils de qualité.
Dans plusieurs milliers de communes, l’analyse de l’eau du robinet a révélé des niveaux de molécules issues des pesticides au-dessus des seuils de qualité. © AFP – Vanessa Meyer

D’après les données collectées par Le Monde, environ 12 millions d’habitants ont été confrontés à une eau potable du robinet contenant des résidus de pesticide au-delà des limites de qualité.

L’eau du robinet est-elle vraiment potable ? Deux enquêtes journalistiques distinctes, l’une du Monde publiée jeudi, l’autre du magazine « Complément d’Enquête » diffusée jeudi soir, montrent toutes deux que 20% des Français vivent dans des régions concernées par des dépassements des seuils de qualité.

12 millions de Français vivent dans des régions où les seuils de qualité de l’eau ont été dépassés

L’enquête du Monde révèle ainsi que 12 millions de Français, soit environ 20 % de la population vivant en métropole, sont soumis à une eau du robinet non conforme aux critères de qualité, « régulièrement ou épisodiquement », précise le quotidien, contre 5,9% en 2020. Qualifiée de « non conforme », cette eau n’est pas toxique pour autant. « L’eau potable de 20% de la population en métropole dépasse les seuils de qualité requis pour les pesticides et les métabolites« , écrit le quotidien du soir.

Une enquête de l’émission « Complément d’enquête » diffusée jeudi sur France 2 arrive aux mêmes conclusions. « Dans un peu plus de 20% des prélèvements, les autorités sanitaires ont constaté un dépassement de la quantité d’une ou plusieurs molécules de pesticides ou de leurs métabolites, au-delà du seuil réglementaire. (…) Cela représente 12 281 dépassements entre janvier 2021 et juillet 2022, touchant 8 959 communes », en conclut cette deuxième enquête.

On ne connaît pas exactement les conséquences pour l’organisme de ces traces de pesticides, selon le ministère de la santé. « Les effets à long terme sur la santé d’une exposition à de faibles doses de pesticides sont difficiles à évaluer », précise le site franceinfo qui a mis en place un moteur de recherche pour savoir dans chaque commune, si l’eau du robinet comporte des pesticides au-dessus des limites de qualité.

Les épandages de pesticides dans le viseur

Comment ces pesticides arrivent-ils dans l’eau du robinet ? Après les épandages dans les cultures, les pesticides s’infiltrent dans les sols, puis contaminent les nappes phréatiques, le principal réservoir de l’eau du robinet. On ne retrouve pas directement les pesticides dans l’eau, mais des molécules issues de leur dégradation. « Le glyphosate se transforme en Ampa ; le chloridazone se transforme en chloridazone desphényl », écrit franceinfo. Pourtant, l’eau est ultra surveillée et contrôlée en France.

Si un dépassement de la limite de qualité est constaté, l’eau continue donc d’être distribuée. En revanche, un second seuil, appelé « valeur sanitaire maximale » (Vmax), ne doit pas être franchi. « Ce seuil est fixé en fonction des données toxicologiques de la substance en question. Pour l’ESA métolachlore, qui apparaît souvent dans le tableau ci-dessus, cette « Vmax » est établie à 510 μg/L, un seuil jamais dépassé sur la période que nous avons étudiée », note franceinfo.

65% des habitants des Hauts-de-France touchés

C’est dans les Hauts-de-France que la situation est la pire : 65% de la population est concernée par des non conformités. Vient ensuite la Bretagne (43%), le Grand-Est (25,5%), les Pays-de-la-Loire (25 %), la Bourgogne-Franche-Comté (17 %) et la Normandie (16 %). Des dépassements de qualité ont été mesurés dans près de 9.000 communes depuis janvier 2021, selon franceinfo.

Le 15 septembre, l’Agence régionale de santé des Hauts-de-France a annoncé avoir placé sous surveillance renforcée 45 communes de la région, soir 13.500 habitants, car les taux en métabolites de chloridazone (un sous-produit résiduel de la chloridazone) dans l’eau potable sont particulièrement élevés.

Résidus de pesticides : des collectivités ferment leurs captages d’eau

Par Anne-Laure Barral, Cellule investigation de Radio France

Mis à jour le mardi 4 juillet 2023 à 17h28, publié le vendredi 30 juin 2023 à 06h09 https://www.radiofrance.fr/franceinter/residus-de-pesticides-des-collectivites-ferment-leurs-captages-d-eau-8777246

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La découverte de nouveaux résidus de pesticides, d’explosifs et d’un solvant ont provoqué la fermeture de points de captage d’eau potable.
La découverte de nouveaux résidus de pesticides, d’explosifs et d’un solvant ont provoqué la fermeture de points de captage d’eau potable. © Radio France – Nicolas Dewit

Depuis que l’Anses a révélé une contamination massive de forages d’eau par un résidu de pesticide interdit, plusieurs d’entre eux ont été fermés. La cellule investigation de Radio France a pu reconstituer la carte de ces polluants. 

Beaucoup le redoutaient. Ces dernières semaines, plusieurs captages ont dû fermer à cause de la présence d’un résidu de pesticide que l’Anses avait identifié un peu partout en France dans son étude publiée en avril dernier. L’ennemi s’appelle : le R47811. C’est un résidu de chlorothalonil, un fongicide aujourd’hui interdit. On en a notamment trouvé dans la Vienne. Deux sites au nord de Poitiers ont dû être débranchés du réseau parce qu’ils avaient dépassé le seuil sanitaire fixé par le Haut conseil de santé publique. Certes, il reste d’autres captages pour alimenter les habitants, mais ils fleurtent eux aussi avec ce seuil sanitaire. Au moment où la sécheresse commence à se faire sentir, cela tombe mal. “Notre objectif est qu’il y ait encore de l’eau potable », explique Yves Kocher, directeur du syndicat Eaux de Vienne. « Et de l’eau pour la douche et les toilettes, même non potable.” C’est pourquoi le préfet a dû prendre des mesures de restrictions pour les particuliers comme pour les agriculteurs. Dans le nord du département, les collectivités se préparent à distribuer des bouteilles d’eau, en cas de besoin.

Déjà durant l’été 2022, à cause de la sécheresse, plus de 1000 communes avaient connu des ruptures d’alimentation en eau. Certaines avaient dû faire venir des camions citernes. “On s’est retrouvé avec seulement deux captages pour alimenter 90.000 habitants, alors que l’on en a 29 normalement », se souvient Alain Bellamy, président de Chartres Métropole Eau. « On n’est pas passé loin d’avoir un gros pépin.” Ce scénario pourrait donc s’aggraver cet été, puisque les contrôles de pollution sur le résidu de chlorothalonil détecté par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) cette fois-ci, vont se renforcer.

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Des molécules “filles” inquiétantes

L’alerte a été donnée en avril 2023. L’agence annonce avoir trouvé des résidus de pesticide à des taux importants dans plus d’un tiers des échantillons d’eau potable lors de sa dernière campagne d’analyses. Habituellement, ce polluant n’est pas contrôlé par les autorités sanitaires. Mais “nous avons été alertés par des collègues suisses qui avaient trouvé ce résidu de chlorothalonil dans de nombreux captages”, explique Christophe Rosin, directeur adjoint du laboratoire d’hydrologie de Nancy de l’Anses.

Le résidu en question est un métabolite. Dans un désherbant ou un insecticide, il existe un ingrédient principal : la substance mère. Mais une fois disséminée dans les champs, d’autres molécules se forment sous l’effet du soleil par exemple. Ce sont ces substances “filles” de la molécule mère qu’on appelle des métabolites. Avec la pluie et le ruissellement, ils se retrouvent dans l’eau de nos rivières ou de nos nappes phréatiques. Or “il peut y avoir des métabolites plus toxiques que la molécule mère, comme ceux du chlorpyriphos [un insecticide aujourd’hui interdit, NDLR] par exemple”, s’inquiète Laurence Payrastre, docteure en biologie cellulaire à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae).

Sur les 30 000 points de captage d’eau en France, l’Anses en a contrôlé environ 300 et de nouveaux contrôles sont en cours.
Sur les 30 000 points de captage d’eau en France, l’Anses en a contrôlé environ 300 et de nouveaux contrôles sont en cours. © Radio France – Nicolas Dewit

Il y a trois mois, le ministère de la Transition écologique se montre rassurant. Il estime que le rapport de l’Anses ne met pas en évidence de seuils inquiétants pour la santé. Mais l’Anses n’a alors analysé que 300 sites sur les 30.000 captages français. Depuis, il y a eu de nouveaux contrôles, et d’autres sont envisagés. L’Agence régionale de santé (ARS) d’Île-de-France ainsi que celle de Bourgogne-Franche-Comté vont en faire et rechercher d’autres substances que ce seul résidu de chlorothalonil. De nombreuses collectivités craignent donc qu’on trouve de nouveaux polluants dans leurs forages, ce qui les contraindrait à faire des travaux dans un délai maximum de six ans.

Une dangerosité inconnue

Mais comment savoir si ces métabolites sont dangereux pour la santé ? La plupart de ceux que l’Anses a trouvés lors de sa campagne n’avaient aucun seuil de toxicité établi, puisqu’on ne les avait jamais identifiés auparavant. Dans l’urgence, le Haut conseil de santé publique a fixé une valeur provisoire de trois microgrammes par litre (un seuil également adopté par l’agence de l’environnement allemande). Ce seuil devrait bientôt être révisé après communication des études de Syngenta (l’industriel qui fabrique le chlorothalonil) et après avis de l’Anses.

A Flourish map

“On peut se demander si c’est raisonnable de confier de telles études à l’industriel », relève Jean-François Humbert, directeur de recherche à l’Inrae et vice-président du comité d’experts “Eaux” à l’Anses. « Mais c’est ce qu’on fait aussi lors de la mise sur le marché des pesticides. On n’attend pas d’avoir une étude académique indépendante pour les autoriser. » C’était en effet déjà cet industriel qui avait réalisé des études du même type en septembre 2022 lorsqu’on a découvert les résidus d’un autre pesticide : le métolachlore. Et lorsque les conclusions des autorités sanitaires ne conviennent pas au fabricant, il peut arriver qu’il les conteste. C’est ce qui s’est produit en Suisse où les chercheurs ont également découvert des résidus de chlorothalonil dans l’eau. En 2020, l’industriel Syngenta a saisi le tribunal pour faire annuler le seuil fixé par les autorités sanitaires dans l’eau potable. “Nous attendons toujours la décision du tribunal pour savoir si ce seuil est correct ou non”, explique Karin Kiefer, qui a réalisé l’étude suisse en 2019.

Le seuil sanitaire correspond à une concentration de polluants au-delà duquel une exposition prolongée peut représenter un risque pour la santé.
Le seuil sanitaire correspond à une concentration de polluants au-delà duquel une exposition prolongée peut représenter un risque pour la santé. © Radio France – Nicolas Dewit

En France pour l’instant, Syngenta n’a pas contesté le seuil provisoire fixé par le Haut conseil de santé publique, bien qu’il soit identique à celui de la Suisse. De nombreuses collectivités espèrent que ce taux de trois microgrammes par litre au robinet, ainsi que celui autorisé dans les captages (qui est différent), seront bientôt relevés pour pouvoir continuer à les utiliser.

Des résidus d’explosifs

Mais on n’a pas trouvé que des résidus de pesticides dans l’eau potable. L’Anses a aussi identifié “des résidus d’explosifs sur 10% des échantillons. Certains sont issus de la Première et Seconde Guerres mondiales. D’autres sont des explosifs plus modernes qu’on utilisait dans les carrières, les mines ou les camps d’entrainement militaires”, précise Xavier Dauchy du laboratoire de l’Anses de Nancy. Cette pollution a été repérée dans de nombreux endroits du Nord-Est de la France.

Entre 1914 et 1940, “on a créé une véritable industrie de désobusage », raconte Daniel Hubé, chercheur au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). « Des industriels récupéraient le laiton, l’acier et les nitrates des obus. Et le reste, on le brûlait ou on l’enfouissait.” Deux cents sites de ce type ont été identifiés. Or là encore, beaucoup de résidus d’explosifs identifiés dans l’eau potable n’ont pas de seuil sanitaire établi. “On ne sait toujours pas répondre à la question : sommes-nous en train de nous empoisonner ?”, reconnaît le professeur de toxicologie Franck Saint-Marcoux du CHU de Limoges. “Les études peineront toujours à démontrer l’existence d’un lien direct entre une substance et des effets sur la santé humaine”, renchérit-il.

Un solvant dans l’eau potable

Parmi les 200 substances qui figurent dans le rapport d’avril dernier de l’Anses, il y a encore un solvant utilisé dans de nombreuses industries depuis les années 1950. Il s’agit du 1,4-dioxane qu’on retrouve dans les secteurs pharmaceutique, textile et papetier, mais aussi dans des cosmétiques, des peintures ou des détergents. “C’est parce qu’il y a eu des publications aux États-Unis sur ce polluant que nous l’avons cherché”, précise Xavier Dauchy de l’Anses. L’EPA, l’Agence de protection de l’environnement américaine a confirmé à la cellule investigation de Radio France, avoir ciblé ce solvant en particulier : “Le 1,4-dioxane figure sur la liste des contaminants candidats de l’Agence américaine de protection de l’environnement. Elle décidera s’il faut le réglementer d’ici 2026. En attendant, un niveau de référence sanitaire de 0,3 microgramme par litre a été estimé sur la base d’une évaluation de ses effets cancérigènes.”

Pour autant, cette valeur n’a pas de caractère obligatoire. Plusieurs États américains ont adopté des seuils très différents. “En Alaska, au-delà de 77 microgrammes par litre, on considère qu’il faut nettoyer un captage. En revanche, à New York, le seuil sanitaire au robinet est d’un microgramme par litre”, précise Nicole Deziel, professeur de toxicologie à l’université de Yale. Cette chercheuse est en train de lancer une étude auprès de 500 personnes pour évaluer leur exposition à ce solvant, dans le but “de conduire une étude épidémiologique plus vaste d’ici cinq ans”.

A Flourish map

En France, si nous appliquions les règles choisies à New York, plusieurs sites nécessiteraient que les pouvoirs publics prennent des mesures d’interdiction ou de purification de l’eau. (C’est le cas dans l’Eure-et-Loir à Thiron-Gardais, en Côte d’Or à Perrigny-lès-Dijon, ainsi que dans les Yvelines à Mareil-sur-Mauldre. Sur ce dernier site, l’ARS a trouvé près de cinq microgrammes de solvant par litre dans le captage (Pour plus d’informations sur les cartes des pollutions des eaux potables près de chez vous cliquez ici). La nappe souterraine et le sol ont sans doute été pollués par des solvants chlorés, issus d’anciennes fosses de stockage de résidus chimiques, utilisées avant 1985 par l’usine La Quinoléine (spécialisée dans les produits phytosanitaires). “Nous avons de très bonnes raisons de penser que ce site historique, occupé d’abord, par La Quinoléine depuis 1945, puis par la société Prosynthèse jusqu’en 1988, et enfin par les Laboratoires Fournier, est responsable des teneurs élevées en 1,4-dioxane mentionnées par le rapport de l’Anses”, affirme l’association Robin des Bois. À moins qu’il s’agisse d’une ancienne décharge sauvage inconnue des services de l’État. En attendant les conclusions des études en cours, aucun conseil sanitaire n’a été donné aux usagers sur ce solvant. Le syndicat des eaux de la région Yvelines, (Siryae) a renvoyé vers la Saur, qui gère ce captage et qui n’a pas répondu à cette question. L’ARS a reconnu que ce n’était pas une obligation*. “Les concentrations retrouvées sont très en deçà du seuil proposé par l’OMS,* relativise pour sa part l’ARS de Bourgogne-Franche-Comté. Et Selon l’OMS, en dessous du seuil de 50 microgrammes par litre, il n’y a pas d’effet attendu sur la santé.”

Quid de l’effet cocktail ?

Mais si connaître les effets de chaque substance sur l’organisme est déjà difficile, savoir ce qu’il se passe lorsqu’elles se cumulent l’est encore plus. “Il y a environ 100.000 molécules chimiques sur le marché actuellement. Or, on ne connaît la toxicité que de 500 d’entre-elles”, explique Xavier Coumoul, professeur de toxicologie à l’université Paris Descartes. À l’université de Toulouse, le programme Toxalim essaie cependant d’analyser les conséquences possibles d’un cumul de molécules. “Nous avons testé sur des rats six substances d’un cocktail réaliste de pesticides auquel nous sommes nous-mêmes exposés”, explique Laurence Payrastre, de l’Inrae.

Ses travaux ont démontré que cela engendrait des effets en particulier sur les animaux mâles qui développaient des problèmes de diabète, de surpoids et une perturbation du fonctionnement du foie. “La science ne sera jamais en mesure de tester toutes les combinaisons. Mais on voit bien que notre environnement se détériore. À court ou à moyen terme, cela aura un impact sur notre santé”, estime le professeur Franck Saint-Marcoux de l’Université de Limoges.

De coûteux investissements

Depuis le rapport de l’Anses, l’association Amorce a réalisé un sondage auprès de la centaine de collectivités qui la composent. 88% d’entre elles ont annoncé avoir des captages pollués, essentiellement aux métabolites de pesticides. Et 58% estiment ne pas avoir les moyens financiers d’y faire face. C’est pourquoi elle souhaite une forte hausse des taxes sur les pesticides notamment pour aider les collectivités à traiter ces pollutions. “Il y a 20 ans, la solution aurait été d’aller chercher de l’eau propre ailleurs », explique Régis Taisne de la FNCCR, la Fédération nationale des collectivités et régies. « Mais avec la sécheresse et le dérèglement climatique, il n’y a plus beaucoup de ressources disponibles.” La France a dû en effet abandonner 5.000 captages en 20 ans parce qu’ils étaient trop pollués, selon un rapport publié en 2020 par le ministère de la Transition écologique.

Une autre solution consiste à diluer l’eau d’un captage pollué avec celle d’un captage plus propre. Mais un kilomètre de tuyau peut couter entre 100 000 et 500 000 euros à la collectivité. S’il n’y a pas d’autres captages propres à proximité, il faut filtrer ces polluants chimiques. Cela nécessite de construire des usines complexes avec des charbons actifs ou de la nanofiltration. “C’est une technique qui pousse l’eau à travers des membranes aux trous très fins pour filtrer le maximum de polluants. C’est un peu ce qu’on fait pour dessaler l’eau de mer”, explique Laurent Brunet, directeur technique de la Fédération des entreprises de l’eau.

Veolia est l’un des principaux opérateurs dans le domaine de la production et de la distribution d’eau potable en France.
Veolia est l’un des principaux opérateurs dans le domaine de la production et de la distribution d’eau potable en France. © Radio France – Nicolas Dewit

Le Syndicat des eaux d’Île-de-France, dirigé par André Santini, envisage lui d’investir 870 millions d’euros pour installer dans trois de ses usines, une filtration de ce type dite d’osmose inverse. Elle permettrait d’éliminer le résidu de chlorothalonil identifié par l’Anses dans l’eau. Mais l’opération débouchera sur une hausse de près de 25% du prix de l’eau potable. “Certaines collectivités et associations de consommateurs considèrent que c’est un peu la double peine”, relève Régis Taisne de la FNCCR. Car elles paient pour une pollution qu’elles n’ont pas créée. Des collectivités redoutent aussi de ne pas avoir les moyens de financer ce type de technologie, même en doublant le prix de l’eau. Le risque, c’est donc d’avoir une France à deux vitesses. Avec “des habitants des zones rurales qui ne pourront peut-être plus se permettre d’avoir une eau potable au robinet », redoute Marc Laimé, un consultant sur les questions d’eau pour les collectivités. « Alors que ceux des grandes villes, plus nombreux, eux, pourront se payer ces usines.”

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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