
Des centaines de personnes ont marché contre l’atome samedi 12 octobre à Rouen dans le cadre d’un weekend national antinucléaire. – © Émilie Sfez / Reporterre
Par Guénolé Carré et Émilie Sfez (photographies)
14 octobre 2024 à 10h21Mis à jour le 14 octobre 2024 à 14h39 https://reporterre.net/C-est-difficile-a-combattre-a-Rouen-le-mouvement-antinucleaire-en-quete-d-un-nouveau-souffle
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Un week-end d’actions était organisé à Rouen pour s’opposer à la relance à marche forcée du nucléaire et impulser une dynamique locale autour de la construction de deux réacteurs EPR sur le site de Penly.
Rouen (Seine-Maritime), reportage
«On est jeunes, déter et antinucléaires», scandaient des groupes de manifestants, le visage dissimulé par des masques colorés, dansant au son d’une sono ambulante montée sur des roues de vélo.
Samedi 12 octobre à Rouen, plusieurs centaines de personnes — des militants antinucléaires aguerris comme des habitants de la métropole rouennaise — ont marché contre la relance du nucléaire civil et militaire. Plus spécifiquement, il s’agissait de protester contre la construction de deux réacteurs EPR-2 sur le site de la centrale de Penly, situé à une soixantaine de kilomètres et dont les travaux viennent de débuter. Un projet qui ferait du département l’un des plus nucléarisés de France avec huit réacteurs répartis sur les deux centrales de Penly et Paluel.

Des centaines de personnes ont marché contre le nucléaire samedi 12 octobre. © Émilie Sfez / Reporterre
Organisé par la coordination antinucléaire, un week-end national visait à insuffler une nouvelle dynamique commune au nord-ouest du pays : depuis Flamanville, où le tout récent réacteur EPR peine à démarrer, jusqu’à Gravelines, dans le nord, où deux autres réacteurs EPR-2 sont également prévus.
«C’est délirant, lance un manifestant rencontré à la queue du cortège. Depuis 1945, on vit dans un monde qui peut disparaître du jour au lendemain.»

Pour être anonymes, certains et certaines manifestantes s’étaient déguisées. © Émilie Sfez / Reporterre
Sur place, ce projet pharaonique suscite peu d’opposition
En plus du cortège du samedi, une centaine de militants se sont également rendus dimanche 14 sur la côte d’Albâtre, à proximité du site de la centrale de Penly, pour y planter sur la plage un «un serpent de mer des monstruosités du nucléaire».
Pourtant, localement, ce projet pharaonique ne suscite que peu d’oppositions, comme le dénonçait Françoise Cobiard, de l’association Stop EPR, ni Penly ni ailleurs. Elle a fait le déplacement à Rouen avec plusieurs autres riverains de la centrale.
«On se rend bien compte que le nucléaire est une vache sacrée, personne ne peut la critiquer», a-t-elle déclaré sous une tente ornée de drapeaux Greenpeace, dans le village antinucléaire installé pour l’occasion sur les quais de Seine.

«Le nucléaire est une vache sacrée, personne ne peut la critiquer», dit Françoise Cobiard, de Stop EPR, ni Penly ni ailleurs. © Émilie Sfez / Reporterre
Cette résignation serait due aux promesses d’emploi alliées aux généreuses subventions et impôts locaux dont EDF fait bénéficier les communes limitrophes de ses installations. Une manne qui permet à la récente commune de Petit-Caux — issue du regroupement de seize communes situées autour de la centrale — de bénéficier de recettes brutes plus de deux fois supérieures à la moyenne des communes de taille comparables.
«On a toujours vendu le nucléaire comme étant un gisement d’emploi extraordinaire, regrette Denis Szalkowski, maire d’une commune de l’Eure. C’est quelque chose qui est enkysté dans le passé, dans la culture des gens. C’est difficile à combattre.»

Le 8 octobre, Greenpeace France, le réseau Sortir du nucléaire et le collectif Stop EPR ni à Penly ni ailleurs ont attaqué en justice le décret d’autorisation des travaux préparatoires pour la construction de deux EPR-2 à la centrale de Penly. © Émilie Sfez / Reporterre
Faille démocratique
Pour lui, c’est tout le modèle de production et de distribution d’électricité qui est à revoir au profit d’une production locale d’énergie, au modèle décisionnel plus démocratique. «Les subventions vont sur les autoroutes de l’électricité, sur la construction de centrales, mais on n’a pas aujourd’hui la promotion d’un modèle qui permettrait d’avoir le courant près de chez soi, de produire à côté de chez soi.»
Derrière cette résignation, c’est bien un contrat d’absence de démocratie qui est fait par les habitants. Les militants soulignaient ainsi que le vote du Sénat entérinant la construction des réacteurs de Penly a eu lieu avant même la fin du débat public, pourtant prévu par la loi.

À Fukushima, les Japonais doivent refroidir le combustible pour éviter qu’il ne surchauffe. Les eaux sont, depuis peu, relâchées dans l’océan. © Émilie Sfez / Reporterre
Face à une politique de relance qui s’oriente désormais sur la construction de quatorze nouveaux réacteurs, le mouvement antinucléaire se cherche un nouveau souffle. Pour Denis Szalkowski, celui-ci ne se fera qu’à la faveur d’une ouverture vers les autres luttes environnementales.
«Il y a une responsabilité du mouvement d’être suffisamment en capacité de s’ouvrir aux autres, il faut trouver les moyens de faire des jonctions», déclare-t-il, évoquant les luttes contre les mégabassines et l’extraction de granulats.