Psychiatrie la mal aimée

On a l’impression que tous les psys ont des problèmes » : la psychiatrie, la mal-aimée des étudiants en médecine

Santé mentale

Par  Chloé Sémat

Publié le 11/10/2024 à 17:38 https://www.marianne.net/societe/sante/on-a-limpression-que-tous-les-psys-ont-des-problemes-la-psychiatrie-la-mal-aimee-des-etudiants-en-medecine

Chloé Sémat

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La psychiatrie est de plus en plus délaissée par les étudiants en médecine qui affirment, pour plus d’un tiers d’entre eux, « avoir peur » de cette spécialité. Stigmatisation, manque de moyens, méconnaissance de la discipline… Les professionnels alertent sur le manque d’attractivité du secteur, alors que le gouvernement de Michel Barnier a érigé la santé mentale comme « Grande cause nationale pour 2025 ».

Quand il s’est lancé dans des études en médecine, Ali-Kemal, 26 ans, se prédestinait plutôt à la neurologie. « Quand j’ai finalement annoncé à mes potes que j’avais choisi la psychiatrie, certains se sont un peu moqués, ou m’ont gentiment fait quelques blagues… » Pourtant, l’étudiant à Paris l’assure : son choix pour cette spécialité était totalement « volontaire ».

Ali-Kemal fait ainsi partie des quelque 424 étudiants en France qui ont opté, à la rentrée 2024, pour cette spécialité. À noter que 65 postes sont restés vacants – un chiffre en hausse de 13,3 % par rapport à l’an dernier, comme le souligne le Collège National des Universitaires de Psychiatrie (CNUP). « On constate un certain désamour de cette discipline, lié notamment à sa méconnaissance », se désole Olivier Bonnot, professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent et président du CNUP.

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Une incompréhension de la discipline perceptible dans la population générale, alors que plus de six Français sur dix jugent l’univers de la psychiatrie « anxiogène », selon le baromètre réalisé par l’institut CSA pour le CNUP, l’Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF) et l’Association nationale des internes de psychiatrie (AFFEP).

Plus inquiétant encore pour les professionnels du secteur : « Les étudiants sont globalement en accord avec cette assertion », déplore Olivier Bonnot. En effet, ils sont 37 % à « avoir peur » de cette spécialité, qui reste cantonnée au top 4 des derniers choix des élèves, à l’issue des épreuves classantes nationales, avec la santé publique, la médecine du travail et la biologie.

« ON S’ACCROCHE À NOS PRÉJUGÉS »

Et la méthode d’enseignement, au cours des premières années d’études de médecine, n’a rien fait pour dissiper les nombreux aprioris des élèves : « On nous donne une simple liste de symptômes et les cours ne sont pas assez poussés par rapport à d’autres disciplines. De fait, on manque beaucoup d’informations en la matière, notamment sur le suivi du patient. On s’accroche à nos préjugés et certains continuent de penser que la psychiatrie se résume à donner des antidépresseurs », regrette Dahlia, étudiante en césure entre sa troisième et sa quatrième année de médecine, qui n’a pas encore fait son choix quant à sa future spécialité.

Une chose est sûre : la jeune femme de 20 ans souhaite faire un stage en psychiatrie pour essayer de passer outre la théorie qu’elle a survolée sur les bancs de sa faculté de Creil (Oise) pour s’essayer à la pratique. Car, si certains stages sont obligatoires comme en chirurgie ou en médecine générale, celui de psychiatrie reste optionnel – au grand dam des professionnels qui insistent, depuis de nombreuses années, pour l’imposer dans le cursus des étudiants.

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Ce manque de considération contribue à la stigmatisation d’une discipline, que beaucoup continuent de ne pas reconnaître comme une spécialité médicale à part entière. « Les praticiens ne considèrent pas leurs confrères psychiatres comme de « vrais médecins », ce qui s’illustre notamment par l’absence très fréquente de courriers médicaux leur étant adressés », confirme la psychiatre Déborah Sebbane, dans un articlepublié dans la revue Information psychiatrique en 2015.

GRANDE CAUSE NATIONALE POUR 2025

Elle est en outre considérée comme étant « moins prestigieuse » que les autres spécialités par pas moins de 62 % des étudiants. Opaque, angoissante, synonyme d’enfermement… « C’est la mal-aimée des disciplines cliniques », constate, las, Ali-Kemal, qui regrette par ailleurs les idées reçues vis-à-vis des patients en psychiatrie, comme des professionnels. « On a l’impression que tous les psys ont des problèmes psychiatriques », note l’étudiant dans un rire jaune.

En effet, selon les données rapportées par la revue Information psychiatrique, 56 % des internes toutes spécialités confondues pensent qu’un étudiant en psychiatrie a probablement des antécédents psychiatriques personnels ou qu’il est « bizarre ». Les psychiatres sont quant à eux perçus comme des « gens confus, complexes et difficiles à comprendre ». Résultat, la profession tombe dans la désuétude… et les étudiants optant pour cette spécialité n’étant pas assez nombreux, le renouvellement démographique est loin d’être assuré. Rappelons qu’en 2023, un quart des psychiatres avaient plus de 65 ans.

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Or, en parallèle, les troubles psychiatriques sont devenus un enjeu prioritaire de santé publique, en dégradation constante depuis la pandémie de Covid-19. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), un Français sur cinq sera touché au moins une fois dans sa vie par de tels troubles ou par une maladie mentale. Face à ce constat, le Premier ministre, Michel Barnier, a érigé la santé mentale comme « Grande cause nationale » pour 2025, lors de son discours de politique générale le 1er octobre dernier.

Un soulagement pour les professionnels du secteur, qui attendaient cette annonce depuis de longues années. « Maintenant, il va falloir informer la population générale sur ce que sont les troubles psychiatriques. Par exemple, quand quelqu’un se casse une jambe, il sait qu’il va devoir consulter un orthopédiste. En revanche, lorsqu’une personne entend des voix ou souffre d’une dépression, il n’est pas évident qu’elle se dirige automatiquement vers un psychiatre », observe Olivier Bonnot, qui prône une vaste campagne médiatique en la matière.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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