Doliprane : des politiques de tous bords demandent au gouvernement d’empêcher la cession de la filiale de Sanofi à un fonds américain
Sanofi a confirmé qu’il avait engagé des négociations avec le fonds américain CD&R, afin de lui céder 50 % d’Opella, sa filiale qui fabrique ce médicament, le plus vendu en France.
Le Monde avec AFPPublié aujourd’hui à 16h56, modifié à 17h48 https://www.lemonde.fr/economie/article/2024/10/11/doliprane-des-deputes-de-tous-bords-demandent-au-gouvernement-d-empecher-la-cession-de-la-filiale-de-sanofi-a-un-fonds-americain_6349306_3234.html
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De gauche comme de droite, des parlementaires de plusieurs partis politiques ont exhorté, vendredi 10 octobre, le gouvernement à bloquer la vente d’Opella, filiale de Sanofi responsable notamment de la fabrication du Doliprane.
Le Doliprane, médicament le plus vendu en France, est sur le point de passer sous pavillon américain, Sanofi ayant annoncé vendredi négocier avec le fonds d’investissement CD&R pour lui céder le contrôle de sa filiale.
Plusieurs chefs de parti ont aussitôt tiré à boulets rouges sur leurs réseaux sociaux. « La vente à la découpe de la France se poursuit », a tancé Jordan Bardella (Rassemblement national). « Aucune leçon n’aura été tirée du Covid », a relevé Marine Tondelier (Ecologiste). C’est « une honte » et « encore un symbole de notre perte de souveraineté », a réagi Fabien Roussel (Parti communiste).
Des parlementaires de tous bords, de la gauche à des élus soutenant le gouvernement, ont aussi appelé l’exécutif à s’y opposer. L’opération « pose un enjeu très préoccupant pour notre sécurité nationale », écrivent une soixantaine de députés issus des groupes Ensemble pour la République (ex-Renaissance), Horizons, Démocrate (ex-MoDem) et Droite républicaine (ex-LR), à l’initiative du député Charles Rodwell (EPR). « Le Doliprane est un médicament essentiel pour la santé de millions de Français », un « succès pour le groupe Sanofi », et l’opération irait à l’encontre du « rétablissement de la souveraineté française en matière de santé », alertent-ils dans un courrier commun au ministre de l’économie, Antoine Armand.
Ils demandent au gouvernement d’invoquer un article du code monétaire et financier lui permettant de soumettre à une autorisation préalable des investissements étrangers dans des secteurs sensibles.
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« Souveraineté sanitaire »
Plus tôt vendredi, ce sont les députés de La France insoumise qui avaient demandé au gouvernement de bloquer la cession. « Ces gens sablent le champagne en désindustrialisant la France », ont-ils dénoncé, évoquant « une vente à 15 milliards d’euros… et 7 milliards de cadeaux aux actionnaires en perspective ».
Le patron du groupe Droite républicaine, Laurent Wauquiez, et le rapporteur général du budget de la Sécurité sociale, Yannick Neuder (DR), ont également écrit au ministre avec la même demande : « Il est indispensable que l’Etat agisse pour protéger nos fleurons industriels et assurer la souveraineté sanitaire de la France. »
« Alors que le paracétamol était déjà introuvable il y a quelques mois… ils l’abandonnent ? Ni bon pour notre santé ni bon pour nos emplois », a dénoncé sur X le patron des députés socialistes, Boris Vallaud, appelant le gouvernement à« réagir ».
Selon des sources concordantes, la valorisation, non précisée, approcherait 16 milliards d’euros. Opella se revendique numéro trois mondial des médicaments sans ordonnance, vitamines, minéraux et compléments alimentaires. Cette filiale chapeaute une centaine de marques outre Doliprane, comme Mucosolvan, Maalox ou Novanuit.
Les ministres de l’économie, Antoine Armand, et de l’industrie, Marc Ferracci, ont demandé vendredi des engagements de Sanofi et du futur repreneur pour garantir le « maintien du siège et des centres de décisions sur le territoire national »et « l’empreinte industrielle française d’Opella ».
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Le Monde avec AFP
Sanofi va vendre Opella, qui produit le Doliprane, au fonds américain CD&R pour plus de 15 milliards d’euros
La filiale de santé grand public du groupe pharmaceutique français compte plus d’une centaine de marques, dont le Dulcolax, la Lysopaïne ou encore le Maalox. Elle emploie 11 000 salariés. Le Doliprane est le médicament le plus consommé en France.
Par Zeliha Chaffin et Isabelle Chaperon Publié hier à 23h57, modifié à 06h40 https://www.lemonde.fr/economie/article/2024/10/10/sanofi-va-vendre-opella-qui-produit-le-doliprane-au-fonds-americain-cd-r-pour-plus-de-15-milliards-d-euros_6348537_3234.html

Sanofi tourne la page du Doliprane. Après plus d’un demi-siècle dans le giron du laboratoire pharmaceutique tricolore, l’iconique petite boîte jaune s’apprête à quitter sa maison mère pour entamer une nouvelle vie sous la houlette du fonds d’investissement CD&R. Selon nos informations, Sanofi a choisi d’engager des négociations exclusives avec le fonds américain afin de lui céder sa filiale de santé grand public, Opella, pour plus de 15 milliards d’euros.
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Le conseil d’administration de Sanofi a tranché, jeudi 10 octobre, parmi les deux offres en lice. Celle de CD&R, d’un côté, et celle du fonds d’investissement français PAI Partners. C’est le prix, semble-t-il, qui a été déterminant. Le fonds américain offrait une valorisation supérieure à celle de PAI. Ce dernier, en revanche, avait apporté des engagements sociaux conséquents. Le fait que PAI soit un acteur français aurait pu lui conférer un avantage non négligeable, afin de conserver sous pavillon tricolore le Doliprane, le médicament le plus consommé en France.
Pour autant, en choisissant un fonds américain, le conseil d’administration a semblé désireux de donner à ses actionnaires internationaux un gage d’indépendance par rapport aux autorités françaises. Un geste d’autant plus facile dans un contexte politique chahuté, avec un gouvernement fragile.
Présent dans 150 pays
L’ancrage français d’Opella est assuré à court terme. Sanofi conservera, en effet, environ 50 % du capital encore quelques années, avant de se désengager probablement d’ici à cinq ans. Bpifrance devrait participer dans un second temps au tour de table. Cette opération sera soumise au contrôle des investissements étrangers, la santé faisant partie des secteurs où la France a mis en place des garde-fous pour protéger sa souveraineté, notamment en matière de sécurité d’approvisionnement.
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Si ce rachat va à son terme, CD&R mettra la main sur un paquebot de 11 000 salariés, présent dans 150 pays avec plus d’une centaine de marques, dont le Doliprane, le Dulcolax, la Lysopaïne, ou encore le Maalox, et qui pesait, en 2023, 5,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires.
Sanofi avait annoncé son intention de se séparer de sa filiale de médicaments sans ordonnance et de compléments alimentaires en octobre 2023. Le groupe avait alors justifié son choix de céder Opella par sa volonté de concentrer ses efforts d’investissement sur le développement de médicaments innovants, plus lucratifs. Sanofi avait élaboré deux scénarios potentiels, celui d’une vente ou d’une introduction en Bourse, à l’image du choix opéré par le laboratoire britannique GSK en 2022 lors de sa séparation de sa division santé grand public, Haleon.
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