Une offre médicale alternative aux médecins de garde, à SOS Médecins ou aux urgences (pas bien vue par l’assurance maladie), se développe à vitesse grand V.

« Ces centres de soins privés, alternative aux urgences »

Date de publication : 8 octobre 2024

Le Figaro

C’est ce que titre Le Figaro, qui se penche sur « ces structures [qui] se développent en France à vitesse grand V. Mais l’Assurance-maladie ne les voit pas toujours d’un bon œil ».


Marie Bartnik livre un reportage dans « un établissement tout juste installé à Cucq, dans les Hauts-de-France. Le service qu’il propose tombe à pic : des consultations de médecins généralistes et d’urgentistes avec ou sans rendez-vous, de 9 heures à 20 heures – et bientôt jusqu’à 22 heures ».


La journaliste note ainsi que « longtemps, les options des patients étaient limitées une fois le cabinet de leur médecin traitant fermé. C’est de moins en moins le cas : une offre médicale alternative aux médecins de garde, à SOS Médecins ou aux urgences se développe à vitesse grand V. Les centres et cabinets médicaux tels que celui de Cucq essaiment partout en France ces dernières années.


« Leur point commun : s’engouffrer dans une brèche laissée ouverte par les médecins généralistes traditionnels, qui pratiquent peu certains actes techniques comme les sutures ou les électrocardiogrammes, ferment leur cabinet en début de soirée et ne travaillent très souvent que sur rendez-vous »
observe Marie Bartnik.
Elle indique que « ce centre médical flambant neuf appartient à un réseau, la Smuca, qui compte près de dix sites et offre une réponse aux «petites urgences» ».
Frédéric Pochet, cofondateur du réseau et ancien praticien hospitalier, précise : « Nous avons voulu créer le maillon manquant entre la médecine de famille et les services d’urgences débordés. Un lieu pour traiter les cas où il y a un soin à fournir – une entorse, une plaie à suturer, une colique néphrétique ou des douleurs abdominales – sans aller jusqu’aux cas comme l’infarctus, qui nécessitent de se rendre à l’hôpital ».
Marie Bartnik explique que « cette nouvelle offre se développe sur un double terreau. D’un côté, des patients de plus en plus exigeants, qui ne veulent plus attendre le lendemain ou le lundi pour consulter. D’un autre côté, des professionnels de santé qui ne souhaitent plus sacrifier leur vie personnelle sur l’autel de la médecine.

Pour les urgentistes, les centres de soins non programmés offrent une soupape face aux difficiles conditions de travail de l’hôpital ».
« À la critique qui leur est souvent faite de déshabiller les urgences, ces centres répliquent qu’ils permettent au contraire d’y retenir des praticiens », 
poursuit la journaliste.
Marie Bartnik observe que « si ces nouvelles offres sont confortables pour le patient et les médecins, elles sont en revanche sévèrement jugées par l’Assurance-maladie ».
Cette dernière relève que « nombre (de ces centres) rendent un réel service aux patients et aux établissements de santé avec lesquels ils travaillent, mais d’autres ont une pratique d’optimisation, d’une part, peu compatible avec les règles de prise en charge par l’Assurance-maladie et, d’autre part, qui peut conduire à une désorganisation des territoires ».


La journaliste indique : « Dans le viseur de l’Assurance-maladie : les consultations « de confort » qui contournent le médecin traitant, dont le tarif est majoré après 19 heures et le week-end, mais qui auraient pu attendre le lundi ou la journée. Le déploiement de ces nouveaux acteurs, qui restent des libéraux payés à la consultation ou à l’acte, se lit en effet dans les comptes publics : même si la téléconsultation concourt aussi à cette évolution, le nombre d’actes non régulés réalisés en dehors des horaires habituels de travail des généralistes a progressé de 47% en 2022 contre 3% par an entre 2014 et 2020 ».


Jérémie Chaumoître, de la société 7/7, réagit : « Dans les Bouches-du-Rhône, les cabinets de généralistes à horaires élargis accueillent 6000 patients par jour quand les urgences en reçoivent 2000. Sans nous, un tiers de nos patients iraient aux urgences. Et si l’Assurance-maladie ne nous aime pas, les mairies et les patients nous adorent ».


Marie Bartnik ajoute que « les centres qui emploient des urgentistes affirment n’accepter que les patients qui seraient allés aux urgences sans leur existence. […] La donne va changer le 23 décembre prochain : la Sécurité sociale a décidé de serrer la vis.

Afin de donner un coup de frein au développement de cette activité, il en sera fini des majorations de consultations des tarifs de nuit et de week-end prises en charge par la Sécurité sociale, pour tout type de consultations ».
« Le coup sera dur pour les centres dédiés aux « petites urgences », dont l’équilibre économique est déjà fragile car ils accueillent par nature des patients dont la pathologie nécessite plus de temps qu’une simple angine. Ils emploient au moins un infirmier, qu’il faut salarier », 
continue la journaliste.

Commentaires Dr Jean SCHEFFER:

Il s’agit de centres de santé de soins non programmés avec médecins salariés travaillant le plus souvent 3 jours de suite, pouvant prendre en charge des patients en tant que leur généraliste. Ils peuvent faire de la petite chirurgie mais envisagent d’acquérir de scanners. Ils sont créés par des collectivités, par un généraliste en fait chef d’entreprise qui demande des reversements ou encore par des sociétés à but lucratif. Ils ne sont pas toujours bien vus par les généralistes libéraux car ils sont en partie des concurrents et n’assurent pas forcément le suivi des malades chroniques.

En fait ce qui me gène le plus c’est que la création de ces centres de santé lucratifs de soins non programmés ne s’implante pas suivant une programmation correspondant aux besoins les plus criants, la preuve en est par leur implantation majoritaire dans la région la mieux dotée, le Sud-Est.

Autre point qui me choque, c’est que souvent il y a utilisation de fonds publics, à travers l’aide proposée par des collectivités locales ( prêts de locaux, subventions, faible location…), pour une entreprise lucrative.

Cependant, vu le nombre de patients sans médecins traitant, ils répondent cependant à un besoin, même dans les territoires les mieux dotés !

Voir aussi:

https://environnementsantepolitique.fr/2024/02/06/centre-de-soins-non-programmes-ouvert-7-jours-sur-7-en-bretagne-apres-les-25-centres-crees-par-le-dr-chaumoitre/

https://www.lasanteavoixhaute.fr/fil-santé/2023/des-centres-médicaux-en-continu-7-7

https://environnementsantepolitique.fr/2023/06/24/un-collectif-denonce-la-marchandisation-de-la-sante-derniers-exemples-des-cabines-de-tele-medecine-les-gares-des-tele-consultations-avec-des-infirmieres/

https://environnementsantepolitique.fr/2023/06/21/non-albi-nest-pas-la-premiere-ville-en-france-a-avoir-cree-un-centre-de-soins-non-programme-et-un-entre-de-sante-public-ne-coute-pas-300-000-en-fonctionnement-par-an-a-une-municipalite/

https://environnementsantepolitique.fr/2023/06/15/albi-grand-battage-mediatique-sur-le-centre-de-sante-de-soins-non-programmes-tenu-par-des-medecins-retraites-un-tres-bonne-chose-mais-ce-nest-pas-le-premier-type-de-consultation-de-ce-genre-en-f/

** https://href.li/?https://www.ouest-france.fr/nouvelle-aquitaine/thouars-79100/en-deux-sevres-ces-medecins-retraites-renfilent-la-blouse-face-au-desert-medical-1c8474a6-5b63-11ed-b6e6-f63b47634c9e

https://www.lemonde.fr/sante/article/2023/03/03/contre-la-penurie-de-generalistes-des-medecins-retraites-font-tourner-un-cabinet-de-premier-recours-dans-le-nord_6163966_1651302.html

https://environnementsantepolitique.fr/2023/06/17/tele-consultations-payantes-par-abonnement-mensuel-lindustrialisation-de-ces-activites-de-denuees-de-tout-contact-physique-avec-le-patient-pourrait-conduire-a-une-forme-de-deshumanisation/

https://environnementsantepolitique.fr/2023/03/14/de-minuit-a-8-heures-seulement-23-du-territoire-est-couvert-par-des-medecins-liberaux/

https://environnementsantepolitique.fr/2023/02/10/acquisition-historique-par-le-numero-un-francais-de-lhospitalisation-lucrative-groupe-ramsay-du-centre-de-sante-haussmann-cree-en-2001-au-coeur-de-paris/

https://environnementsantepolitique.fr/2023/02/10/acquisition-historique-par-le-numero-un-francais-de-lhospitalisation-lucrative-groupe-ramsay-du-centre-de-sante-haussmann-cree-en-2001-au-coeur-de-paris/

https://environnementsantepolitique.fr/2022/12/07/le-no-mans-land-des-unites-de-soins-non-programmes-usnp-point-dinteret-du-secteur-lucratif-ramsay-vivalto-et-eldorado-danciens-urgentistes-hospitaliers/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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