Les tumeurs et les maladies de l’appareil circulatoire (cardiopathies ischémiques, maladies cérébrovasculaires) restent les deux premières causes de décès, mais les maladies de l’appareil respiratoire ont fortement progressé et deviennent la troisième cause de décès.

En France, les morts dues au Covid-19 baissent mais celles liées aux autres maladies respiratoires augmentent

Les cancers et les maladies cardio-vasculaires sont restés, dans cet ordre, les causes principales de mort en 2022. Mais les maladies respiratoires autres que le Covid-19 sont devenues la troisième cause de mortalité sur le territoire. 

Le Monde avec AFPPublié aujourd’hui à 06h38, modifié à 08h22

La France a connu en 2022 un fort regain des maladies respiratoires autres que le Covid-19, à tel point qu’elles sont devenues la troisième cause de mort après les cancers et les maladies cardio-vasculaires, selon des études de référence publiées mardi 8 octobre.

« Les tumeurs et les maladies de l’appareil circulatoire (cardiopathies ischémiques, maladies cérébro-vasculaires) restent les deux premières causes de décès, mais les maladies de l’appareil respiratoire (…) deviennent la troisième cause de décès », selon le travail de référence des chercheurs de l’agence Santé publique France, de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et de la direction des statistiques du ministère de la santé (Drees).

Tous les ans, ces scientifiques dressent un bilan des principales causes de mortalité avec un peu de décalage. Il s’agit en l’occurrence de l’année 2022, où plus de 673 000 morts ont été enregistrées – plus qu’en 2020 et 2021, deux années pourtant fortement affectées par le Covid-19.

Le taux de mortalité a notamment augmenté à cause d’« une progression des maladies respiratoires en lien avec les épidémies hivernales, à la Covid-19, toujours présente malgré son recul, à une hausse des causes externes (accidents, chutes, etc.) », a résumé, à l’Agence France-Presse (AFP), Anne Fouillet, de Santé publique France.

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Le cancer représente 25 % des morts

La première cause de mortalité en France reste le cancer. Responsables de plus d’un quart des morts en 2022, les tumeurs ont tué un peu plus d’hommes que de femmes et, dans plus de la moitié des cas, touché des seniors de 65 à 84 ans. La mortalité des cancers a cependant poursuivi sa tendance à la baisse, même si elle s’est stabilisée chez les femmes. Les tumeurs du poumon, colorectales, du sein, du pancréas et de la prostate sont restées les plus fatales.

Ensuite, les maladies cardio-neuro-vasculaires (infarctus du myocarde, AVC, insuffisance cardiaque, etc.) ont entraîné plus d’un cinquième des morts. La mortalité due à ces pathologies a encore progressé, notamment chez les femmes et les plus de 85 ans, en rupture pour la deuxième année avec l’avant-pandémie. Plusieurs pays ont aussi rapporté une hausse, notamment les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la Norvège, selon les chercheurs.

En forte progression, les morts causées par des maladies respiratoires hors Covid-19, notamment les pneumonies, les maladies chroniques et la grippe, ont représenté 6,7 % du total, et sont revenues à un niveau proche de celui de 2019. Pour Anne Fouillet, c’est « principalement sous l’effet des épidémies hivernales de grippe (une tardive de 2021-2022 et une précoce de 2022-2023) et de VRS [virus respiratoire syncytial, principal responsable de la bronchiolite], et, dans une moindre mesure, des canicules estivales ».

« Le Covid a pu prendre un peu le pas en 2020-2021 sur les autres causes de mortalité, par un phénomène de concurrence ; en 2022, ce sont plutôt les maladies respiratoires qui l’ont repris », a-t-elle expliqué. En 2022, le Covid-19 a reculé à la cinquième place des causes de mortalité, avec des victimes plus âgées qu’en 2021, tout en restant responsable d’une mortalité notable (6,1 % de l’ensemble des morts).

Hausse des morts accidentelles

Déjà apparentes en 2021, les augmentations notables de morts par maladies endocriniennes, digestives et génito-urinaires se sont confirmées. Et la mortalité due aux pathologies du système nerveux, dont Alzheimer, et, dans une moindre mesure, aux autres démences, est remontée à des niveaux proches de l’avant-pandémie. Un phénomène également observé au Royaume-Uni.

Autre fait marquant : la mortalité due aux accidents, en particulier les chutes et les accidents domestiques, a augmenté en 2022, notamment chez les plus âgés. Les morts dues à des accidents de transport ont aussi progressé, sans retrouver le niveau d’avant-Covid.

Pour la première fois depuis 2020, la mortalité due aux causes externes (accidents, suicides, etc.) a ainsi été « significativement » plus élevée que sa tendance d’avant-pandémie.

Globalement, dans les différentes causes de mortalité, « les effets du sexe et de l’âge se combinent un peu. La surmortalité masculine est très forte à tous les âges, et les femmes qui décèdent sont généralement plus âgées que les hommes », a précisé à l’AFP Elise Coudin (Inserm).

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Le Monde avec AFP

Grandes causes de mortalité en France en 2022 
et tendances récentes

http://beh.santepubliquefrance.fr/beh/2024/18/pdf/2024_18.pdf

// Leading causes of death in France in 2022 and recent trends

Anne Fouillet1* (anne.fouillet@santepubliquefrance.fr), Manon Cadillac2*, Cecilia Rivera3*, Élise Coudin3
1 Santé publique France, Saint-Maurice
2 Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), Paris
3 Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès de l’Inserm (Inserm-CépiDc), Paris

* Les auteurs ont contribué à parts égales à l’article.

Soumis le 18.06.2024 // Date of submission: 06.18.2024
Mots-clés : Causes médicales de décès | CIM-10 | Appareil respiratoire | Appareil circulatoire | Maladies endocriniennes | Tendances de mortalité
Keywords: Causes of death (CoD) | ICD-10 | Respiratory diseases | Diseases of the circulatory system | 
Endocrine diseases | Mortality trends

Résumé

Introduction –

Cette étude décrit la mortalité par cause de décès en 2022, en comparant son évolution avec les tendances entre 2015 et 2019 et en 2020 et 2021.

Méthodes –

À partir des certificats de décès des personnes résidentes et décédées en France en 2022 et entre 2015 et 2021, les causes médicales de décès ont été codées selon la Classification internationale des maladies, 10e révision (CIM-10) de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Les causes initiales de décès ont été regroupées selon la liste européenne des causes de décès, à laquelle s’ajoute la Covid-19. Les effectifs et les taux de mortalité standardisés ont été analysés par cause, classe d’âge et sexe. Les taux de 2020 à 2022 sont comparés aux niveaux tendanciels de mortalité estimés par un modèle de régression de Poisson entre 2015 et 2019.

Résultats –

Le taux de mortalité standardisé est stable à tous les âges par rapport à 2021, mais augmente chez les personnes de 85 ans ou plus. En 2022, les tumeurs et les maladies de l’appareil circulatoire (cardiopathies ischémiques, maladies cérébrovasculaires) restent les deux premières causes de décès, mais les maladies de l’appareil respiratoire ont fortement progressé et deviennent la troisième cause de décès. Ainsi, alors que la mortalité par Covid-19 recule, celle des autres maladies respiratoires progresse et revient à un niveau proche de celui de 2019. De plus, la hausse de la mortalité pour la majorité des grandes causes se poursuit en 2022, notamment pour les maladies de l’appareil circulatoire chez les femmes. Les taux standardisés de mortalité sont significativement plus élevés que ce que suggérait la prolongation de la tendance 2015-2019, en particulier pour les maladies de l’appareil digestif et les causes externes (accidents domestiques, chutes, suicides…).

Introduction

Après deux années fortement marquées par la Covid-19, l’épidémie recule en 2022 en France. Pour autant, l’année 2022 se caractérise par un excès de 54 000 décès toutes causes confondues par rapport au nombre attendu en l’absence d’épidémies ou d’autres événements inhabituels, excès un peu plus marqué qu’en 2020 (48 000 décès) et 2021 (43 000) 1. Par groupe d’âges, la surmortalité est plus élevée chez les personnes de plus de 75 ans (+9,1%, soit +39 600 décès) et celles de moins de 55 ans (+8,9%, soit +3 500 décès).

À partir de la statistique nationale des causes de décès, cette étude décrit les principaux indicateurs de mortalité par cause en 2022 et les compare aux tendances observées entre 2015 et 2019, et depuis 2020. Une étude complémentaire reposant sur les mêmes données analyse la mortalité évitable et la mortalité par cause selon les lieux de décès 2.

Discussion

En 2022, le taux de mortalité standardisé est stable tous âges confondus par rapport à 2021, mais augmente chez les personnes de 85 ans et plus et est nettement plus élevé tous âges confondus que celui auquel conduirait la prolongation de la tendance à la baisse des années 2015-2019.

Les deux premières causes de décès en France restent les tumeurs et les maladies de l’appareil circulatoire. La mortalité par maladies de l’appareil circulatoire poursuit sa hausse en rupture pour la deuxième année consécutive par rapport à sa tendance pré-pandémique, en particulier chez les femmes et les plus de 85 ans. Plusieurs pays rapportent aussi une hausse de la mortalité par maladies de l’appareil circulatoire, notamment les États-Unis 10,11 (où la hausse est, comme en France, plus marquée chez les femmes que chez les hommes), le Royaume-Uni 12 et la Norvège 13. Une étude sur les hospitalisations pour des maladies cardiovasculaires en France montre également une hausse significative chez les femmes de 15-64 ans en 2020 et 2021 14.

La mortalité par tumeurs, sans s’écarter significativement de sa tendance baissière d’avant 2020, se stabilise néanmoins en France chez les femmes. La situation aux États-Unis semble être comparable, avec une surmortalité liée aux tumeurs ne s’observant que chez les femmes de plus de 75 ans. En revanche, la mortalité par tumeurs augmente au Royaume-Uni et en Norvège 12,13.

La baisse de la mortalité par Covid-19 en France en 2022 se retrouve aux États-Unis (-12% par rapport à 2021) 15 et au Royaume-Uni (-66,7%) 12. Ce recul peut en grande partie s’expliquer par l’atteinte d’une immunité collective élevée, tant au niveau national qu’international, grâce à la grande circulation du virus dans la population et à une couverture vaccinale large, associée à une moindre virulence des variants.

La hausse de la mortalité liée aux maladies respiratoires (hors Covid-19) observée sur janvier, avril et décembre 2022 s’explique en partie par les deux épidémies de grippe saisonnières 2021-2022 et 2022-2023. La première était une épidémie grippale tardive (pic atteint début avril) d’intensité modérée 16 et concomitante à une vague de Covid‑19. La seconde, précoce, a démarré fin novembre avec un pic atteint fin décembre 2022 17, en même temps que la circulation d’autres virus respiratoires (virus respiratoire syncytial (VRS), Covid-19). Cette hausse pour partie liée à la grippe contribue à l’excès de mortalité toutes causes confondues décrit principalement sur cinq mois : janvier, avril, juillet et août et de façon plus marquée en décembre 1. Les trois épisodes de canicule et des périodes de fortes chaleurs de l’été, conjugués à une vague de Covid-19 en juillet ont pu contribuer à l’excès modéré de décès en juillet 18,19. En 2022, des excès de mortalité se retrouvent aussi dans d’autres pays : les États-Unis 20, l’Allemagne 21, le Danemark, la Suède, la Norvège 13,22.

Comme pour la mortalité liée aux maladies respiratoires, celles du système nerveux dont Alzheimer et dans une moindre mesure des troubles mentaux et du comportement (démences), largement en dessous de leurs tendances en 2020 et 2021, reviennent à des niveaux proches de ceux suggérés par la poursuite des tendances d’avant Covid-19. Ceci pourrait notamment être lié à la moindre mortalité due à la Covid-19 en 2022, et un effet de concurrence entre ces causes (qui concernent en particulier les plus âgés) et la Covid-19, effet fortement réduit par rapport aux deux années passées. Le Royaume-Uni rapporte également une hausse des décès pour troubles mentaux et du comportement (notamment démence) et pour les maladies du système nerveux (notamment Alzheimer), retrouvant le niveau atteint avant la pandémie de Covid-19 12.

Les hausses notables de mortalité concernant les maladies endocriniennes, les maladies de l’appareil digestif, les maladies génito-urinaires, déjà apparentes en 2021, se confirment en 2022. Elles pourraient être liées à des effets induits par l’épidémie et qui perdurent (retard de prise en charge, difficultés d’accès aux soins, changements dans les comportements, voire dans l’offre de soins). Toutefois, l’évolution de la mortalité due au diabète reste stable en France, alors que le nombre de décès dus au diabète augmente aux États-Unis en 2022, aussi bien pour les hommes que pour les femmes 20.

La hausse de la mortalité due aux causes externes, en particulier les accidents, fait marquant de 2022 en France, se retrouve également aux États-Unis : les décès dus aux accidents sont à des niveaux supérieurs aux prévisions, avec des taux de mortalité élevés notamment chez les jeunes. Pour ce qui est spécifiquement des accidents du transport en France, l’évolution est la même qu’observée par l’Observatoire national de la sécurité routière 23.

Enfin, la hausse de la mortalité liée aux symptômes et états morbides mal définis, lesquels sont plus fréquents chez les plus âgés, pourrait être reliée à la hausse de la mortalité des personnes de 85 ans ou plus, caractéristique de 2022. Il peut en effet être plus complexe aux grands âges de préciser une cause initiale de décès unique dans un contexte de multi-morbidités ou peu informatif. L’analyse pour cette population âgée est plus pertinente en causes multiples 24.

Limites

Les évolutions concernant notamment les causes externes doivent être interprétées avec précaution du fait de la diffusion progressive d’un nouveau format de certificat depuis 2018, conduisant à mieux les recenser qu’auparavant (grâce à la collecte des circonstances apparentes de décès) et à la mise à disposition de données par l’Institut médico-légal de Paris depuis 2018 25.

La forte proportion de décès pour symptômes et états morbides mal définis dans l’ensemble des décès en France et leur évolution entraînent des limites sur les analyses temporelles des autres causes. Des méthodes de redistribution de ces causes mal définies vers les grandes causes s’appuyant sur les écarts régionaux peuvent permettre d’approfondir l’analyse de la mortalité par cause 26. Une attention particulière doit être portée sur la prise en compte de l’âge pour la redistribution.

Cette étude ne permet pas d’estimer quantitativement la part respective de chaque cause de décès dans l’excès de mortalité toutes causes confondues. Cela nécessiterait une modélisation statistique plus fine du contrefactuel, c’est-à-dire du nombre de décès par cause qui se serait produit en l’absence de la pandémie.

Perspectives

Les écarts par rapport à la tendance passée relevés dans cette étude contribuent à documenter les évolutions de la mortalité depuis l’épidémie de Covid-19. Cette étude incite à approfondir l’analyse pour les évolutions en hausse en prenant en compte les comorbidités via les causes associées et en documentant les disparités entre les populations.

La mortalité en 2022, qui touche en particulier les plus âgés, met en avant les difficultés et les limites d’un indicateur reposant uniquement sur la cause initiale. Avec l’allongement de la durée de la vie et l’accumulation des comorbidités dans la population, une analyse plus précise de la mortalité bénéficierait d’autres indicateurs s’appuyant sur l’ensemble du processus morbide, ainsi que d’une collecte plus précise de l’information. Des marges possibles d’amélioration de la collecte s’ouvrent avec la certification par les infirmiers lorsque ceux-ci ont connaissance du dossier médical du défunt, ou encore avec les possibilités de clarification en direct auprès du certificateur du texte décrivant le processus morbide conduisant au décès qu’offre la certification électronique.

La surveillance de la mortalité par cause pour la santé publique contribue à la connaissance de l’état de santé de la population et à celle de l’évolution des comportements et de l’offre de soins. Elle aide alors à la décision et à l’orientation des politiques publiques. Cette surveillance doit être continue pour objectiver des effets qui peuvent apparaître plusieurs années après. La mise à disposition régulière et rapide de la statistique nationale sur les causes de décès est nécessaire pour atteindre cet objectif.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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